NOTRE SECOND
INVITÉ DE MARS 2009 EST FRANCK DAFFOS
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Le mystère
de Rennes-le-Château attire un nombre sans cesse renouvelé
de chercheurs de tous poils et de tous genres. D’ailleurs, nulle part ailleurs
qu’à Rennes-le-Château il n’est plus facile de se bombarder
de ce titre ronflant de « chercheur », que Coluche raillait volontiers.
À Rennes-le-Château, il y a le chercheur « excité
», celui qui croit être le seul capable de découvrir
la clé du mystère, et taxe volontiers les autres de demeurés.
Il y a le chercheur « allumé », qui visiblement a trop
fumé la moquette de la Villa Béthanie, et qui relie notre
tranquille village audois à des quantités de mystères
sidérants ou sidéraux, déjà bien difficiles à
aborder par ailleurs. Il y a le chercheur « mystique », pour
qui Rennes-le-Château ne peut que rimer avec sacré, et qui
recherche l’ineffable caché sous quelque montagne du Razès.
Dans la génération précédente, il y avait aussi
le chercheur de trésor, maniant pelle et pioche, parfois dynamite,
transformant le sous-sol en gruyère.
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Regards du Pilat
: Franck Daffos, vous êtes l’auteur de Rennes-le-Château,
le secret dérobé, livre publié en 2005 qui a connu
un certain retentissement et vous a largement médiatisé dans
le milieu des chercheurs castelrennais. Vous vous êtes ainsi retrouvé
sur le devant de la scène et dans le feu des projecteurs, pourtant
vous dites vous intéresser à l’affaire de Rennes-le-Château
depuis 1968. Comment se fait-il que l’on n’ait pas, ou peu, entendu parler
de vous avant ?
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Franck Daffos
: Bonjour. En ce qui concerne ma passion pour l’énigme dite de
RLC, elle remonte effectivement à longtemps, mais pendant des années
je me suis contenté, comme beaucoup, d’être un aficionado
discret et fidèle, et surtout un acheteur compulsif de tout ce
qui était publié sur cette affaire, ce qui m’a permis au
fil des années de me constituer une très importante bibliothèque
sur ce sujet et tous ses éventuels corollaires. N’habitant pas
très loin, j’ai de plus rapidement ressenti le besoin de venir
très fréquemment dans la région des deux Rennes,
ce qui constitue toujours un magnifique but de promenade et de découvertes.
J’avais, en quelques années, certes rencontré ou croisé
certains auteurs (Gérard de Sède, Antoine Captier, Franck
Marie, Philippe Schrauben, etc.), et j’ai toujours été présent
lors de journées marquantes, comme le centenaire le 1er juin 1985
de l’arrivée de l’abbé Saunière à RLC, mais
en restant toujours dans l’anonymat le plus complet.
La suite est connue. |
Regards du Pilat : Dans ce livre, vous privilégiez l’hypothèse
d’un trésor matériel pour expliquer la fortune de l’abbé
Saunière, et d’autres ecclésiastiques avant lui. Pour vous,
les hypothèses d’autres chercheurs — même sérieux
dans leurs démarches — évoquant plutôt un secret lié
aux fondements de la religion, voire à la tombe du Christ, n’ont
donc aucune valeur ?
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Franck Daffos
: Je ne suis effectivement
pas client de la présence d’un éventuel tombeau du Christ
ou de Marie Madeleine dans la région, et c’est le moins que je
puisse dire. Cette hypothèse date du début des années
1980 et du best seller « L’énigme sacrée » de
Henry Lincoln et ses 2 amis. On sait à présent dans quel
esprit fut composé ce livre, et surtout dans quelles circonstances
: vouloir prendre le mythomane Pierre Plantard à son propre jeu.
Comme il affirmait descendre des Rois Mérovingiens, Lincoln et ses
amis firent tout simplement descendre les Mérovingiens du Christ
! Pour les besoins de la cause, il fallait donc tout simplement que son
tombeau fut dans la région …
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Regards du Pilat : Dans
ce premier livre vous êtes très affirmatif. Vous avez opté
pour une formulation littéraire catégorique, vous racontez
l’histoire comme si vous l’aviez vécue. Qu’est-ce qui vous permet
d’être aussi péremptoire ?
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Franck Daffos
: Dans un premier temps, je serai tenté de répondre
que c’est mon inexpérience d’auteur, mais dans un deuxième
temps, à ma décharge, je serai tenté d’ajouter que
j’avais, dès la rédaction du « Secret dérobé
» fin 2003, des éléments plus que probants pour étayer
mes thèses, ce qui me permettait alors d’être assez affirmatif.
Avec le recul, et au su de toutes dernières découvertes
qui sur beaucoup de points le confirment, je suis particulièrement
fier du « Secret dérobé ». Cinq ans après
son écriture et plus de trois ans après sa parution, je
constate que, même débarrassé de certaines de ses
scories et de ses erreurs de jeunesse, il reste et restera définitivement
valable à plus de 70 %. Il a surtout permis de reposer les véritables
fondamentaux de cette énigme, à savoir qu’il s’agit principalement
d’une affaire d’ecclésiastiques, de gens d’Eglise (et surtout
pas d’une affaire d’Eglise !), et de la replacer dans son véritable
cadre historique datant principalement du 17ème siècle, ce
que nul n’avait envisagé jusqu’alors, et de rediriger ainsi les
recherches dans une direction inconnue de tous alors que depuis 40 ans,
la majorité des auteurs (pas tous heureusement !) se contentaient
de copiés collés de l’affaire telle que l’avait présentée
Gérard de Sède.
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Regards du Pilat : Deux
ans après la publication du Secret dérobé, vous
avez publié une suite, Le puzzle reconstitué, sous la forme
d’un entretien avec Michel Vallet alias Pierre Jarnac. C’est un ouvrage
que l’on sent très fouillé, avec des références
précises assénées à chaque page ou presque.
On comprend que vous possédez à fond votre sujet, et qu’en
même temps vous ne distillez vos connaissances qu’avec parcimonie.
Peut-on espérer d’autres révélations de votre part
dans l’avenir ?
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Franck Daffos
: Le puzzle reconstitué
est la suite naturelle et logique du Secret dérobé dans
le sens où il le corrige parfois, notamment en tout ce qui concerne
l’intervention de certains protagonistes de la fin du 19ème siècle
et du début du 20ème siècle, comme le lazariste Jean
Jourde dont je n’avais pas encore découvert l’existence lors de
l’écriture du Secret dérobé, et il donne à
cette énigme les fondements historiques du 17ème siècle
incontestables qui d’abord permettent d’en fixer la chronologie, et ensuite
d’en mieux comprendre l’importance et les subtilités. Inutile en effet,
et cela me fait beaucoup sourire puisque la plupart du temps je vois le
contraire, d’essayer de percer à nu les différents codages
de cette affaire tant qu’on n’a pas compris qui a fait quoi, à quelle
époque et surtout pourquoi ! Sans compter bien évidemment
que les différents rébus laissés par nos aînés
au fil des évènements forment une suite logique et un tout
absolument cohérent : vouloir isoler un seul codage pour en venir
à bout, comme par exemple un parchemin, la dalle de Blanchefort,
ou le tableau de la Piéta de RLB, est parfaitement utopique et vain.
Cette énigme ne fonctionne pas ainsi !
Je n’ai pas révélé la moitié de ce que je sais sur cette affaire, et je laisse à présent le temps au temps : petit à petit d’autres révélations viendront, peut-être pas de moi d’ailleurs, et elles ne pourront que confirmer mes thèses. Mon bonheur maintenant est de prendre du recul et de laisser faire : je suis dans la position privilégiée de celui qui sait qu’il a raison et que tout ce qui va être découvert ensuite ne pourra qu’apporter de l’eau à son moulin. En lisant ceci, certains vont encore me taxer de suffisance, mais je l’assume complètement et je la revendique : je n’ai pas à rougir et à m’excuser de mes recherches et de mon travail. |
Regards du Pilat : Avec
ce deuxième livre, vous attirez notre attention sur le personnage
du lazariste Jean Jourde, et en particulier sur l’un des lieux où
il fut en poste, le sanctuaire de Valfleury, à deux pas du Pilat.
Ce tranquille village des coteaux du Jarez se retrouve soudain propulsé
dans l’énigme castelrennaise (et il entre à ce titre dans
l’ABC de RLC, un ouvrage auquel vous avez collaboré mais pour d’autres
sujets). Du coup, vous validez l’hypothèse selon laquelle l’abbé
Saunière serait venu séjourner plusieurs fois à Lyon
et dans la région. On suppose que vous avez solidement étudié
la question, avant de faire ces révélations ?
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Franck Daffos
: Il ne fait aucun doute
que Saunière se soit bien rendu dans la région lyonnaise
à la fin des années 1890, certains documents déjà
publiés depuis des années le prouvent sans conteste. Mais
Saunière par lui-même ne m’intéresse pas, même
si j’ai été le premier à pouvoir démonter
et expliquer le système financier des pseudos messes mis en place
d’abord à son profit par les lazaristes de N-D de Marceille jusqu’à
la fin des années 1890, puis comment, grâce à des
annuaires ecclésiastiques, il décida ensuite de détourner
ce système à son avantage. Concernant cette affaire, Saunière
ne présente absolument aucun intérêt puisqu’il ne fut
qu’une erreur de casting imposée par le message dévolu à
sa paroisse. Il n’a été simplement approché par Jean
Jourde pour se voir offrir la restauration de son église et la construction
de son domaine que parce que sa paroisse, Rennes-le-Château, présentait
un intérêt stratégique certain pour le futur. La meilleure
preuve en est que si nous sommes tous là à présent,
c’est à cause des constructions et des restaurations prêtées
à Saunière. Dans quelques temps sortiront peut-être
certains documents prouvant que Saunière n’était pas concerné
par la restauration de son église, c’est tout dire … Hélas
pour lui, Bérenger Saunière ne fut qu’un prêtre roublard
et retors qui, par son comportement, rata lamentablement son rendez-vous
avec l’Histoire.
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Regards du Pilat : Vous
êtes-vous déjà rendu sur place, ou envisagez-vous
de le faire prochainement ? Question corollaire : pouvons-nous espérer
vous accueillir un jour pour vous guider sur les chemins de Valfleury
et du Pilat ?
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Franck Daffos
: Le personnage de Jean
Jourde m’intéresse bien plus prodigieusement que celui, falot et
sans intérêt, de Saunière. Je suis loin aussi d’avoir
divulgué tout ce que je sais sur cet extraordinaire lazariste qui
est vraiment la clef de voûte de la compréhension de l’énigme
des deux Rennes : lui seul peut permettre la compréhension du cheminement
des documents qui servirent de substrat à L’or de Rennes de Gérard
de Sède. Depuis des années, je suis donc Jean Jourde à
la trace, et à ce titre, un détour par la région
lyonnaise s’imposera un jour, même si ses archives se trouvent ailleurs.
Je ne manquerai donc pas alors, et avec le plus grand plaisir, de vous contacter.
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Regards du Pilat : Vous
entretenez des relations privilégiées avec Michel Vallet,
or aujourd’hui on annonce une prochaine publication décisive de
sa part. Va-t-elle intégrer vos propres recherches, y avez-vous
apporté votre collaboration ?
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Franck Daffos
: Il a été
décidé de frapper un grand coup dans l’affaire dite de Rennes,
juste pour prouver l’avance considérable que nous avons acquis
dans la résolution de cette énigme. Je crois que beaucoup
ne se sont pas bien rendus compte de l’accélération qu’avait
pris une certaine recherche dans cette affaire depuis très peu d’années.
Aucune énigme n’est insoluble, et il serait stupide de croire que
celle-ci est l’exception qui confirme la règle. Mais peut-être
pour avancer, et faire sauter certains verrous qui résistaient
depuis des décennies, fallait-il réunir certaines compétences
et certaines qualités détenues par des personnes différentes
œuvrant en totale confiance ? Lorsqu’on arrive à une telle confiance,
le terme collaboration semble alors dépassé…
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Regards du Pilat : Tourner
définitivement la page RLC ? Un objectif ? Une réalité
proche et forcément à venir ? Jamais, cette énigme
est devenue trop importante pour que je puisse envisager tourner la page
?
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Franck Daffos
: L’extraordinaire complexité
de cette affaire se retrouve hélas totalement aussi dans sa conclusion.
Ainsi on peut être assuré que ceux qui réussiront
à la mener à son terme se verront immédiatement plongés
dans les plus grands tracas : problèmes d’accessibilité
à la cache puisque d’abord sur une propriété privée,
problèmes de sécurité des intervenants, et surtout
problème d’un éventuel écoulement du butin absolument impossible de nos jours. Il
est totalement irresponsable en effet de penser que l’on puisse s’enrichir
en écoulant ce qui est resté sur place … En fait, on peut
annoncer sans risque de se tromper que pour ceux qui parviendront à
localiser le trésor des deux Rennes, dès qu’ils seront en
présence physique de la cache, les gros ennuis commenceront. Virtuellement,
ils seront dès lors richissimes, mais en réalité,
ils ne pourront en fait tirer de leur découverte aucun bénéfice.
Faut-il assimiler ceci à une quelconque malédiction ? On
peut se poser la question. Mais à mon sens, ils ne pourront que
se taire et attendre d’utopiques jours meilleurs. Savoir et se taire, voilà
la seule récompense à laquelle pourront prétendre
ceux qui auront achevé le daemon de gardien à midi.
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Regards du Pilat : Des
chercheurs moins sérieux, des encore plus fantaisistes. Dans les
nombreuses pistes qui visent à proposer une solution AU mystère
castelrennais et dont vous connaissez un nombre significatif, est t’il
possible, ou mieux envisageable, que plusieurs énigmes soient confondues
en cette même région ?
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Franck Daffos
: Dans tous les éléments
qui sont à notre disposition, et dont certains n’ont pas encore
été publiés, absolument rien ne permet de dire que
plusieurs énigmes cohabiteraient dans le Razès. Je laisse
donc ces affirmations à ceux à qui elles font plaisir :
elles n’ont pour moi qu’un seul mérite, égarer un grand
nombre de chercheurs sur de fausses pistes, ce qui ma foi, n’est souvent
pas pour me déplaire.
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Regards du Pilat : Dernière
question et probablement pas la plus simple. Voyez vous un jour RLC,
en tant que Grand secret, définitivement percé et sans appel,
curieux et chercheurs « satisfait » d’un résultat ?
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Franck Daffos
: Il ne fait aucun doute,
à mon sens, que l’énigme dite (à tort) de Rennes-le-Château
soit un jour percée et cela sans appel. Peut-être l’est-elle
déjà … Mais, et pour beaucoup de raisons déjà
évoquées, se posera alors le problème de la divulgation
de sa conclusion définitive. Mais même si tous les obstacles
induits par cette découverte pouvaient miraculeusement être
levés, et donc sa résolution être totalement expliquée
avec toutes les preuves à l’appui, je doute que certains esprits
simples s’en contentent : la nature humain est ainsi, elle veut toujours
que continuent ses rêves…
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Regards du Pilat : Franck,
un grand merci pour avoir répondu à cet entretien avec autant
de spontanéité et une sincère précision. Au
plaisir de vous revoir et de vous recevoir un jour prochain dans le Pilat.
Où en sera l'Affaire à ce moment là ? ..... Bonne continuation
dès à présent.
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