DECEMBRE 2022



GLOZEL 2ème partie
par Michel Latour



Rubrique
Civilisations Disparues


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GLOZEL  LA MEMOIRE EXHUMEE

 

CHAPITRE 2          LES FOUILLES

 

Avec ce chapitre nous allons sortir de l’ombre les noms sans doute oubliés de personnes ( dont de nombreux scientifiques) ayant animé « La guerre des briques » ou pour d’autres « L’affaire Dreyfus de la préhistoire ». C’est ainsi que l’on nomma  la querelle que l’on va aborder au cours des chapitres suivants…

Sur le terrain, les véritables scientifiques –ceux qui fouillent- affirment l’authenticité des trouvailles. Se succèdent  après le Dr. Capitan :

Arnold Van Gennep (13 juin 1926) folkloriste , ethnologue qui prendra en charge la « chronique  de Glozel » au sein du « Mercure de France »[1] bimensuel très en vogue.

Le roi de Roumanie Ferdinand  -simple ( ?) visiteur (17  août). Ce fut un honneur très compliqué pour la famille Fradin.

 

Salomon Reinach  conservateur du M.A.N. St Germain-en-Laye  du 24 au 26 août 1926 accompagné le 25 par Seymour de Ricci, courtier en antiquités (dont nous allons reparler)…

 

M. Emile Espérandieu , membre de l’Institut  et conservateur du musée de Nimes du 9 au 11 septembre accompagné  par M. Leite de Vasconcellos, conservateur du musée de Lisbonne.

M. Depéret paléontologue , doyen de la Fac de Sciences de Lyon accompagné par M. Viennot géologue le 14 septembre

 

L’abbé Breuil que l’on ne présente plus , arriva avec Joseph  Loth, professeur au Collège de France ; également membre de l’Institut . Ils  fouillèrent les 22 et 23 octobre 1926 pour ce dernier.

  

L’année suivante :

A.Mallat des Antiquaires de France et G.Méchin archéologue amateur  le 21 avril  1927.

Jean  Labadié journaliste  scientifique (l’Illustration) le 5 mai.

Joseph  Loth  de retour le 19 mai …

Découverte de la Tombe 1(Morlet et Fradin)  (14 juin).

Découverte de la Tombe 2 en présence d’Emile Espérandieu, Auguste Audollent épigraphiste, doyen de la Fac de lettres de Clermont-Ferrand, d’un archéologue suédois Olov Janse, d’un professeur d’Afrique du Sud John de Klercker et du folkloriste Pierre Saintyves  (21 juin)

 

André Vayson (de Pradenne) collectionneur riche,  surveillé par Morlet, le 11 juillet . Nous reparlerons de ce monsieur se présentant  sous une fausse identité .

Stephen Chauvet de la commission préhistorique du ministère des Beaux-Arts - 10  juillet.

Reinach de retour les 19 et 20 juillet en présence d’Emile Espérandieu, de Jeanne Déchelette , Albert et Marc Déchelette, d’Alexandre  de Laborde archéologue membre de l’Académie des inscriptions, de Lucien Mosnier et de F. Butavand ingénieur. La famille de Bourbon-Busset[2], voisine de Glozel,  était représentée par 5 de ses membres.

Retour de Charles Depéret avec Fabien  Arcelin fils d’Adrien Arcelin coinventeur du site de la Roche de Solutré , préside aux destinées d’une société savante de Lyon (paléontologie et préhistoire) et A . Björn , conservateur du musée préhistorique d’Oslo le 31 juillet.

Antonio Mendes-Correa anthropologue à la Fac des sciences de Porto et Lucien Mayet professeur d’anthropologie et de préhistoire à la Fac de Lyon , le 11 septembre 1927

Denis  Peyrony conservateur du musée des Eyzies, O. Tafrali directeur du musée de Jassy (Roumanie), Marcel Solignac, chef des services géologiques de Tunisie et A. vergne, conservateur du musée de villeneuve sur lot le 25 septembre.

Les  scientifiques qui avaient fouillé et dont la compétence n’est pas à prouver, avaient « constaté que les objets découverts étaient parfaitement en place et que le terrain ne paraissait avoir subi aucun remaniement[3] ».  Seymour de Ricci  avait bien signalé une éventuelle fraude. Ce courtier en antiquités désirait déprécier la marchandise qu’il désirait acheter : manœuvre dilatoire qui ne surprend personne.

Peut-être aussi, n’avait-il point apprécié les lazzi qui avaient  accompagné son arrivée au volant d’une guimbarde dont Emile se souvient encore ?

 Quel contraste avec la limousine du roi de Roumanie arrivée quelques jours auparavant victorieuse des ornières boueuses , héritage du dernier orage !

Parmi les contempteurs, citons Vayson de Pradenne , riche collectionneur, désirant  négocier les trouvailles glozéliennes. Se présentant sous un nom qui n’était pas vraiment le sien, il revint proposant à nouveau l’acquisition de toute la collection. Refoulé, il fouilla sous son nom véritable le 11 juillet désirant montrer au Dr. Morlet un canal d’introduction . Les négateurs affirmèrent avoir surpris un de ces fameux canaux .Canaux verticaux ou horizontaux ? Ils n’étaient pas du même avis ! Les trous de taupe explorés ne conduisirent à aucune conclusion. Finalement ces remarques s’enlisèrent dans le sable du temps , parfois couvertes de moqueries.

Et l’abbé Breuil me direz-vous ? Il rapartit satisfait, convaincu même et écrivit des articles dans ce sens. Mais pour lui, la civilisation de Glozel était exotique. Avait-il tort ?

 Son ami Peyrony n’avait pas élevé la moindre objection en septembre

 

Nous avons cité en détail le nom et la qualité des scientifiques qui ont donné leur aval pour montrer que ces derniers  constituaient une part importante de la communauté scientifique d’alors.

Les nombreux visiteurs  ont validé les fouilles de ce site  et  accepté les diverses pièces exhumées. Les discussions au sujet de la chronologie demeurent habituelles en pareil cas. [4]

Avant de rentrer au musée , observons la stratigraphie du site qui se dégage  après les premières fouilles. Ensuite, il sera plus difficile de faire cette distinction.

 

 

STRATIGRAPHIE  du  « CHAMP DES MORTS  »

 

Le champ Duranthon prendra ce nom suite aux découvertes effectuées.

Que trouve-t-on dans ce champ ? Stratigraphiquement  on peut localiser 3 couches : (vérifiées  lors des premières fouilles)

1.Une couche supérieure : terre végétale de 15 à 20 cm d’épaisseur selon l’endroit de la pente…

2.Une couche intermédiaire ou archéologique : argile jaune à beige,fine avec sable de 25 à 50 cm d’épaisseur.

Au sommet de cette couche sous la terre végétale on trouve du verre (quelques larmes bataviques)  et des creusets en grès ( lustrés pour Depéret) qu’on attribue  à la pratique verrière. La canne de verrier ou le bras de charrue provient de cet horizon. Ces derniers éléments ne sont pas contemporains de l’activité glozélienne exhumée de la couche archéologique.

3.Couche inférieure stérile: argile arénacée, plus dure ,d’un blanc jaunâtre.

                                                  

VISITE RAPIDE DU MUSEE

 

Qu’a-t-on trouvé au cours de toutes ces fouillles?  La  visite du musée  est là pour nous renseigner.  La première forme d’exposition se tenait dans la chambre de Claude Fradin (1926) pour s’installer finalement dans la pièce actuelle depuis 1929.


 
Puis plus proche de nous

 

D’autres projets ont vu le jour mais ne se sont point finalisés. Les objets glozéliens  portent un numéro d’inventaire[5]  parfois mal placé. On peut parfois se demander si cette maladresse  n’est pas volontaire!

Le musée présente 2500 pièces d’argile cuite, de pierre et d’os[6]. De remarquables gravures et sculptures animales, des urnes à visage sans bouche, des tablettes inscrites et d’énigmatiques idoles bisexuées figurent  dans ses vitrines[7] au même titre que les ossements (humains  et animaux) et diverses empreintes.

Je propose qu’une visite complémentaire  du musée soit l’objet du sixième et dernier chapitre . Nous nous contenterons d’admirer un exemplaire emblématique de chaque catégorie. Commençons par de la céramique au colombin[8] , visages sans bouche de  l’inframonde …(peut-être)

 

 

 

des gravures sur pierre dont le “renne “parlant”  véritable œuvre d’art [9]


Les fameuses tablettes et leurs “signes alphabétiformes” qui ont nourri la querelle …


                                                                 

Sur la tablette ( à droite) on peut distinguer un “ svastika” qui ne fut pas utilisé par l’ahnenerrbe[10] dans sa recherche des origines  des indo-germains  Ce fut heureux pour Glozel mais n’empêcha pas la parution d’articles tendencieux sans fondement , ni des rapprochements douteux entre Glozel et Vichy.

Arrive le tour de “idoles sexuées” rassemblées dans une vitrine: sans homologues dans  les collections d’époque. Quels problèmes ne poseront-elles pas?

 

Nous avons survolé les 2500 pièces du Musée  . Rien ne vaut la visite complète de cette collection privée. Rappelons qu’il a été ouvert  pendant l’été 2022 les dimanches de juin à septembre de 13 h 30 à 17h 30.

Seuls les groupes d’au moins15 adultes  peuvent s’inscrire toute l’année par mail  au    contact@museedeglozel.com

 

 

 Nous allons clore ce deuxième chapitre avec une sculpture de 9,5 cm de haut, tout aussi iconique du site: le chasseur  aux caractères androgynes marqués: sexe masculin et poitrine féminine.

 

 

Pour les amateurs de photos, conseillons  celles  de  Robert LIRIS  dans “Les graveurs du silence” 1994 dont il est l’un des auteurs.

 

                 

                    


[1] d’avril 1927 à novembre 1932 

[2]famille importante:le comte de Bourbon-Busset  fut chargé d’accueillir les plénipotentiaires allemands pour la rédaction des  actes de l’armistice du 11 novembre 1918

[3]4 signatures dont Peyrony ,futur opposant, le 25 septembre 1927

4 documentation  pour les curieux: Joseph Grivel « La préhistoire chahutée » L’Harmattan 2003

[5] réalisé par M. Tixier en 1975

[6] aucune analyse ne certifie la présence d’ivoire .Cependant elle est pressentie dans certaines pièces comme le peigne à chignon ( victime des analyses de Bayle).

[7] Peut être d’un autre temps

[8]réalisé avec  des boudins d’argile

[9] sur la pierre bouchardée. La gravure interrompue est commencée sur l’autre face …

[10]  Institut de recherches pluridisciplinaires créé par Himmler en 1935, désirant prouver la supériorité raciale des Aryens. Un de ses autres fondateurs confirma  par courrier que Glozel et ses incertitudes  n’intéressa pas les nazis.

OUVRAGES A CONSULTER

 

Dr. MORLET

Glozel  Tome 1 1929

Petit historique de l’affaire de Glozel, 1932 (1970)

Origines de l’écriture 1955

Glozel   tome II  1962

Glozel Corpus des Inscriptions , 1965

 

Chanoine Léon COTE (beau frère d’Emile)

Glozel ou la guerre des briques  1958

Glozel 30 ans après , 1959

Glozel authentique 1970

 

Emile FRADIN  Glozel et ma vie   1978

 

Joseph GRIVEL  Historien

La préhistoire chahutée  2003

Glozel avant Glozel  2019

Le temps enfoui 2022

 

Salomon REINACH

Ephémérides de GLOZEL   2  Tomes 1928

 

Marie LABARRERE –DELORME

Préhistoire des hommes du Sichon 2008

   Les tablettes  de Glozel      2019

La collection Depéret réhabilitée ( en collaboration avec M.  JM THENOUX)  2020

  Retrouver la bibliographie dans Glozel par le petit bout de la lorgnette 1984

Le site internet du musée     www.museedeglozel.com 

 




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