NOVEMBRE 2022



GLOZEL 1ère partie

par Michel Latour



Rubrique
Civilisations Disparues


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     Notre ami Michel Latour nous fait l’honneur de présenter le premier dossier de la nouvelle rubrique, les Civilisations Disparues. Le sujet, « GLOZEL », est tout sauf neutre. Ce brillant chercheur s’intéresse à cette Affaire hors norme depuis des décennies, plus de 50 ans en réalité. Outre son expérience et notamment sur le terrain, c’est aussi une grande humilité, une compétence rare, qui sont ici mises au service de la recherche de la vérité. Ce dossier sera présenté en pas moins de 6 parties que nous nous efforcerons de proposer rapprochées dans le temps. Nous adressons un grand merci à Michel qui a accepté de se livrer sur un sujet qui reste complexe. Bonnes lectures à chacune et chacun d’entre vous. Thierry Rollat.




GLOZEL  le centenaire en vue

 

 

Je découvris Glozel en 1967 par un beau dimanche de printemps . Yvonne  Fradin , sœur d’Emile ouvrit les portes du musée. Comment ne pas être étonné par les  innombrables pièces   de cette collection si décriée!  Et les premiers doutes s’installèrent : était-il possible  qu’un jeune garçon de 17 ans ait pu concevoir et réaliser ce qu’on appela une civilisation ?   Le certificat d’études  primaires dont il était  titulaire offrait-il  un fonds  suffisant pour nourrir de telles accusations ?  Ce diplôme très valable dans l’après-guerre ( et dans la Montagne Bourbonnaise) m’apparut alors bien léger…

Je revins plus tard , aussi souvent que possible et mes rencontres de plus en plus abouties avec Emile Fadin et son musée, mon adhésion aux « Amis de Glozel » et  ma participation aux premiers colloques initiés par le C.I E.R[1]  me permettent de vous présenter l’affaire Glozel…

Pour calomnier il ne faut qu’un instant :par exemple  dire sans preuve que « Glozel est faux »  ou que « Emile Fradin est un faussaire » . Pour  prouver le contraire , il faudra davantage de temps. C’est ce que nous remarquerons tout au long de la découverte de ce site  un peu curieux.


 Allons  voir de plus près

« La fausseté du site et des découvertes ne fait plus aucun doute, pour la majorité des archélogues, mais il existera toujours une minorité[2] de personnes pensant que le site et ses découvreurs ont été victimes d’une injustice ou d’un complot d’archéologues étroits d’esprits. »  Telle est  une des  conclusions  que le Net apporte à l’épineuse problématique du site de Glozel  (Allier)

 C’est donc un « minoritaire » qui va vous présenter  l’ « affaire » Glozel …


avec Emile Fradin devant la Musée 

 

 

AVANT LE PREMIER MARS 1924

 

Avec Glozel s’ouvre une page  incertaine de notre préhistoire. Mais qu’en était-il avant  1924?

De nombreux progrès  ont fait reculer la zone d’ombre  de la préhistoire. Chaque pas en avant succède à un  dogme parfois bien installé ; finalement le temps, qui véhicule avec lui, la modernité de la science  finira par rompre le fil de l’immobilisme…

Au XIX e siècle, on affirmait péremptoirement que l’homme était venu sur terre 4004 ans avant JC et personne  ne semblait se poser de question sur  la faible durée de notre humanité. Cependant certains rêveurs pouvaient imaginer des temps bien différents.

Dans la continuation de son initiateur Casimir  Picard, Boucher de Perthes osa penser , suite à quelques trouvailles et beaucoup de réflexion, que  l’homme avait pu se servir d’outils en silex et ce, avant même l’inévitable  déluge.

Avant lui, François Jouannet (1765-1845) -le grand-père de la préhistoire- explora le site de Badegoule riche en outils  en 1834 . Boucher de Perthes ne trouvera sa première hache qu’en 1836…

A cette date, les fouilles nécessitaient l’embauche de terrassiers  qui, avec pelles et pioches se mettaient aux ordres de « fouilleurs » en tenue de ville. Rien ne garantissait la destruction d’une pièce !

L’art rupestre ne fut reconnu qu’en 1902 effaçant  la glaçante méprise de  la grotte d’Altamira et le deshonneur de son découvreur, décédé  dans l’intervalle. 

L’Homme de Néandertal fut reconstitué en 1911 par Marcellin Boule qui ne diagnostiqua pas une cervicarthose pourtant prononcée et fit de ce Néandertalien une brute pour des décennies. (Marcellin Boule détestait les Hommes de Néanderthal  disait-on ; il n’aimera pas non plus Glozel  dont il deviendra un opposant comme on le devine).

Les époques  du paléolithique supérieur commençaient  à être bien définies ; par contre un hiatus séparait  le magdalénien du néolithique et comme de bien entendu, Glozel ne manquera pas d’y mettre « le pied ».

A  la fin du magdalénien, le réchauffement  avait fait fuir les rennes  et disparaître  les chasseurs-cueilleurs de nos latitudes. Avec le néolithique (pierre polie), la céramique au colombin  faisait son apparition , suivie bien plus tard par les métaux. L’âge du cuivre (chalcolithique ou énéolithique) précédait le bronze  et enfin le fer (Hallstat  puis La Tène)


illustration de Emile Bayard dans «L ’industrie humaine » de Daux-1877

 

 
 
LA  DECOUVERTE  du 1 er MARS 1924

 

 

Dans ce cadre scientifique asez incomplet, nous arrivons en Montagne Bourbonnaise dans la commune de Ferrières sur Sichon dans la ferme-une ancienne métairie- qui appartenait à  Claude Fradin, dit le Sergent.


Claude Fradin propriétaire

Emile raconte son enfance dans ses mémoires[3]. Bien que titulaire du Certificat d’Etudes  Primaires, la préhistoire lui restait un domaine totalement inconnu. Le très qualifié épigraphiste, Dussaud  insinuera plus tard que ce jeune paysan avait relevé les lettres phéniciennes du tombeau d’Esmounasar alors qu’il n’avait jamais quitté son village. Plus c’est gros…

Pour augmenter la surface  cultivable, Emile et son grand-père labouraient une parcelle en pente nommée le Champ Duranthon ,le premier mars 1924. Dès 1892, ce champ aurait été déboisé et des poteries  brisées et jetées.

 Tout à coup, Florence , la vache[4] prédestinée, trébuche et son pied s’enfonce dans une anfractuosité L’extraire, s’avère assez difficile ; deux briques sont mises au jour …On jette un œil dans ce trou et le labour reprend. Plus tard, les Fradin  revenus dans leur champ, détruisent  des poteries ramassées dans ce qu’on appellera la « fosse ovale » sans  découvrir  un quelconque trésor. Emile remonte un crâne qui effraya sa grand’mère .  Les distractions étant rares à la campagne, les voisins , les curieux , les amis se pressent  autour des trouvailles. Certains repartent avec un souvenir . Le mois de mars s’avère chargé de visites .



Emile jeune homme

Autour du 19 mars , Mademoiselle Adrienne Picandet, directrice de l’ecole de Ferrières  se rend à Glozel avec ses élèves et répond à une circulaire de son inspecteur  posant  les bases d’une enquête patrimoniale. Elle propose les restes de la ville des Clairières , antique légende courant le pays. Dans un courrier qu’elle écrira plus tard, elle mentionne « la première brique à signes, une rondelle à signes » dans la collection d’Emile lors de sa première visite. Précision qui aura son importance quant à l’apparition des signes, enfin des idéogrammes…

C’est ainsi que l’information aboutit sur le bureau du Dr. de Brinon , président de la S.E.B.[5]. Benoït Clément instituteur à La Guillermie  fut chargé de l’enquête.

Il arriva le 9 juillet à Glozel ( soit déjà 4 mois après la découverte) et fouilla seul au début, puis avec  Mademoiselle Picandet et le procureur de Cusset, M. Viple, également sociétaire de la SEB. Le 28 juillet, Clément et Viple détruisirent la fosse et adressèrent un colis au Dr. Capitan , membre de la célèbre « trilogie » de chercheurs (Capitan, Breuil , Peyroni)  laquelle avait réussi à imposer l’art rupestre à  l’immense majorité des préhistoriens . Ils attendirent longtemps  une réponse de cet influent personnage car le colis n’avait pas été ouvert. Finalement le champ fut remis en culture et Emile se souvient d’avoir semé de l’avoine.

En janvier 1925, la SEB fit savoir dans son bulletin, qu’elle refusait le crédit de 50 francs demandé pour payer les 2 journées d’ouvriers permettant de clore les fouilles du fameux champ.

 

Le Dr.  MORLET   à  GLOZEL

 

Lisant le bulletin de la SEB, le Dr . Morlet de Vichy prit connaissance de la découverte ,  rencontra B. Clément et tous deux aboutirent à Glozel le 26 avril 1925. Fortement intéressé, le Dr. Morlet  se proposa de louer le champ pour y réaliser des fouilles . Au cours du mois de mai, Emile et sa sœur Yvonne se rendirent à bicyclette à Vichy pour accepter l’offre . Contre un loyer de 200 francs annuels, le Dr. Morlet commença ses fouilles le 24  mai 1925 soit près de 14 mois  après la découverte initiale. Ceux qui pensent avoir découvert le faussaire en la personne du Dr. Morlet  ne tiennent aucun compte des dates. Voilà une raison qui fit que le Dr. Morlet  ne sera pas inquiété  au cours de la « guerre de briques ».

Les « antiglozéliens » avancent  alors un argument totalement irréel en prétendant que le Dr. Morlet  aurait dit aux Fradin: « Vous avez une fortune.  Entourez le terrain de fil de fer. Vous gagnerez tout ce que vous voudrez… »[6] Tout juste pas possible… En avril 1925, les voisins et curieux avaient fait , avec l’accord tacite d’Emile, main basse sur la plupart des objets découverts dans le fameux champ. Il ne restait pas grand chose…Suite à la demande du Dr. Morlet, Emile dut  faire rentrer un à un, les objets emportés comme souvenir. Le seul échec notable fut le crâne qu’on ne retrouva pas (confié à un docteur qui mourut dans l’intervalle). En avril comme en mai 1925  la collection d’Emile n’était pas suffiusamment garnie pour qu’on y parle de fortune…Mademoiselle Picandet la quantifiera dans un courrier ultérieur comme comprenant au 20 mars 1924 :

« 2 superbes empreintes de main, la 1 ère brique à signes, une rondelle à signes, 2 tranchets ,une petite hache, le tranchant d’une hache brisée , de nombreux débris de poterie et plusieurs morceaux de supports de creusets. »  A cette date le fonds Fradin n’était pas très garni ![7] Pas de quoi tenter la fortune !


une superbe empreinte de main



une rondelle à signes

 

 

 
GLOZEL  LA MEMOIRE EXHUMEE

 

LES FOUILLES

 

Le terrain loué pour neuf ans, le Dr. Morlet  commence à le fouiller. Il travaille seul ou avec Emile. M. Grand le domestique et Madame Morlet lui prêtent main forte. Plus tard, cette dernière avouera qu’elle a beaucoup apprécié ces premières années.


le Dr.  Morlet

Le 25 septembre de cette même année, paraît la première publication Nouvelle station néolithique  cosignée par Emile . Il va sans dire que le jeune Fradin n’avait rien demandé et seule la générosité du Dr. Morlet est en cause. C’est ainsi que furent semés les germes des turbulences  à venir.



Première publication 2 signataires

Alors paraît le Dr. Capitan désireux de fournir de l’aide, lui une sommité  dont les ouvrages se vendent. Il pense se mettre en tête de la future publication , excluant le jeune Fradin. Redoutant la prise en main de son site, le Dr. Morlet refuse et publie le deuxième fascicule avec les mêmes signataires. Confus et vexé, le Dr. Capitan se répand en insinuations peu amènes, semant les premiers doutes sur le site de Glozel. Emile avait –paraît-il- l’aura du faussaire. Adrien de Mortillet important préhistorien se range à ses côtés .


Carte postale  d’époque



[1] Centre International d’Etude et de Recherche

[2] Majoritaire en fait  pour ceux qui connaissent  la problématique glozélienne

[3]Glozel et ma vie”-1979

[4] Certains récits parle de bœufs .Les Fradin ne possédaient que des vaches pour labourer

[5] Société d’Emulation  du Bourbonnais

[6] B. Clément repris par Colin-Simard--1956- p310-  

[7] lettre à Emile le 19 février 1925

à suivre ...


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