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MARS 2025


ENTRETIEN-INTERVIEW



JACQUES PETILLON


  



Nous sommes très heureux de recevoir Jacques Pétillon comme invité sur nos colonnes. C'est le fils de Georges Pétillon auquel, en cette occasion, nous rendons hommage pour l'ensemble de son oeuvre au service du Pilat. Beaucoup d'anciens ont déjà entendu parler de Georges Pétillon, le plus grand pionnier qui se soit impliqué en patrimoine et en archéologie, ceci au sein d'un organisme officiel, en l'occurence le Parc Naturel régional du Pilat naissant. Nous sommes au milieu des années 1970 et tout était à faire. Son fils Jacques, nous permet ce retour en arrière, en faisant revivre la mémoire de son père, un homme humble, consciencieux, persévérant, à qui l'on doit des travaux novateurs de première importance. Nous remercions vivement Jacques de s'être prêté à cet exercice de souvenirs, tous plus intéressants les uns que les autres.


 










1/ Les Regards du Pilat : Georges Pétillon, votre père, a été le premier directeur adjoint du Parc Naturel Régional du Pilat, créé en 1974. Vous souvenez-vous comment il a été amené à occuper ces fonctions ?

Jacques Pétillon : Mon père était agriculteur dans la vallée du Rhône, à Saint Clair du Rhône. Il exploitait 12 hectares (céréales, vergers et maraichage).

Il était locataire de 9,5 ha sur ces 12. En  1969 ou 1970, son bail d’exploitation n’a pas été reconduit. L’affaire n’étant plus viable, il s’est reconvertit et a postulé auprès de je ne sais plus quel ministère de l’époque pour intégrer un poste dans un parc naturel.

Après avoir suivi une formation, il a travaillé pendant un an au parc d’Armorique, puis dans celui d’Auvergne et quand le parc du Pilat s’est crée, il a tout naturellement postulé à ce poste.

Georges Pétillon

2/ Les Regards du Pilat : Georges Pétillon est l'auteur de la brochure Il était une fois le Pilat, qui constitue l'une des toutes premières publications du Parc Naturel Régional du Pilat. Il y exposait, par une série de 8 fiches archéologiques, toute l'histoire du Pilat, depuis la Préhistoire jusqu'au Moyen-Âge. Savez-vous comment il a été amené à rédiger de cette brochure ?

Jacques Pétillon : Depuis son plus jeune âge, Il était passionné entre autres par l’archéologie.

Il était Breton d’origine, les Dolmens et menhirs de sa région natale n’avaient plus de secrets pour lui.

Le Pilat étant un bon terrain de jeu dans ce domaine, il s’y est intéressé de très près surtout lorsqu’il a obtenu ce poste au sein de l’équipe du parc..

Alignements de Carnac

3/ Les Regards du Pilat : Au préalable, votre père avait écrit plusieurs articles, entre autres pour le Journal du Parc. Il y a eu en aussi une revue de cyclotourisme, pour laquelle il avait rédigé, au début des années 70, un article très intéressant évoquant plusieurs grands sites du Pilat, comme le menhir du Flat, la pierre des trois évêques, la chapelle Saint-Sabin, etc.

Pour la petite histoire, cet article dont un ami m'avait envoyé une photocopie, a été le point de départ de ma propre découverte du Pilat. Je dois donc en grande partie ma passion pour notre montagne à votre père, que malheureusement je n'ai jamais eu l'occasion de rencontrer.

Avez-vous le souvenir de cette publication ?

Jacques Pétillon : Non pas du tout !

Concernant son essai « il était une fois le Pilat »

Je vous remercie beaucoup de m’en avoir envoyé une copie.

Nous n’en avions aucun souvenir dans la famille.

Après l’avoir lu, on reste un peu sur notre faim car comme le précise l’auteur son but n’était pas de livrer au grand public les renseignements détaillés de tout ce qui existe pour éviter les abus et les pillages.

Il avait donc certainement mis à jour des tas d’autres sites ou curiosités qui sont restés tellement confidentiels qu’ils en ont été oubliés.

A ma connaissance, il n’avait pas beaucoup de soutien dans ce domaine et je ne vois pas avec qui il aurait pu partager ses recherches et trouvailles.

Je suis mal placé pour juger car je n’y connais rien, mais ce document bien que succinct m’a l’air très documenté.

Je suis un peu troublé par la fiche N°1 qui fait état des galets aménagés.

Bien après la rédaction de ce fascicule, mon père en avait découvert un bon nombre à St Clair du Rhône, non loin du site Gallo Romain.

C’était une zone en construction, et mon père avait insisté auprès de la DRAC pour qu’ils en fassent l’inventaire avant sa destruction.

Je me souviens encore de sa déception quand ces derniers avaient estimé que ce n’était pas suffisamment probant et n’avaient pas jugé bon de donner suite.

Mon père était quelqu’un de modeste et s’il avait le moindre doute, il préférait ne rien dire plutôt que de s’affirmer. Et sur ce coup-là, il était persuadé qu’on lui avait envoyé quelqu’un qui n’avait pas de bouteille, et qui n’y connaissait rien. Je reconnais que ça doit avoir un côté très frustrant.

Autrement, la lecture de ce livret me remémore quelques balades dans le Pilat ou mon père nous servait de guide. J’étais admiratif car il connaissait le secteur par cœur, pas besoin de carte d’état-major pour s’orienter.

Il aimait faire découvrir le Pilat aux gens de passage (famille, amis et connaissances) et au-delà de la carte postale avec ces paysages magnifiques, il y avait des passages obligés par certains de ces ouvrages « qui ne peuvent pas être là par hasard. »

Il aurait tant aimé assister à des fouilles sur certains sites qui l’intriguaient, mais malheureusement les autorités ne se sont pas encore emparées du sujet.

Egalement, je pense qu’il aurait été admiratif de tout ce que fait l’association « Des Pierres et des Hommes » que j’ai connue grâce à vous et qui fait un travail remarquable.

Bravo à vous tous qui êtes passionnés.

4/ Les Regards du Pilat : On trouve en page 21 de la brochure Il était une fois le Pilat quelques lignes d'abord savoureuses : « Les Chartreux furent installés à Ste-Croix en Jarez à la fin du XIIIème siècle par Béatrice de Roussillon à la suite d'une vision qui ressemble étrangement aux descriptions des actuels visionnaires d''OVNI. » Il est vrai que jusque dans les années 70 des articles de presse ont signalé les observations d'ovnis ressemblant à des croix lumineuses, et votre père avait malicieusement fait le rapprochement. Ce n'était sans doute qu'une plaisanterie de sa part. Toutefois, on découvre ensuite ces mots bien intrigants : « Ce grand monastère a été construit sur un éperon rocheux au confluent de deux ruisseaux et déjà occupé depuis très longtemps ainsi qu'en témoignent les découvertes archéologiques qu'on y a faites. » Malheureusement, votre père n'en dit rien de plus, et il ne semble pas être revenu dans ses publications ultérieures sur ces découvertes archéologiques révélant une occupation très ancienne du site de Sainte-Croix-en-Jarez. En savez-vous plus à ce sujet ?

Jacques Pétillon : Il m’avait embauché pour faire des relevés et implantations topographiques de la cour de Ste Croix ou il avait dirigé quelques travaux de rénovation.

Je sais effectivement qu’il m’avait parlé de trouvailles archéologiques dans le secteur, mais malheureusement je n’en sais pas plus.

Sainte-Croix-en-Jarez, ancienne Chartreuse

5/ Les Regards du Pilat : Avec un père comme le vôtre, votre enfance et votre jeunesse ont dû baigner dans une atmosphère historique et archéologique, et les promenades en famille devaient avoir un goût particulier ?

Jacques Pétillon : Effectivement, il nous faisait part de sa passion. Malheureusement pour lui, lorsqu’il exerçait son métier d’agriculteur, il ne s’octroyait que très très peu de loisirs.

Je me souviens de séjours en Dordogne ou il avait toujours les yeux rivés au sol. Il avait d’ailleurs trouvé plusieurs silex taillés.

Il était très féru en géologie et je me souviens plus de promenades ou escapades sur ce thème que sur la préhistoire.

Il dirigeait également un club de spéléologie. Nous allions souvent explorer des grottes dans le Vercors, puis en Ardèche.

Il avait toujours dans l’idée de faire des découvertes d’habitats préhistoriques.

Nous avions fait quelques fouilles, mais à part des ossements et un crâne d’ours, nous n’avons rien découvert d’intéressant.

Par contre, il dirigeait également des fouilles à Saint Clair du Rhône et il avait découvert une villa Romaine très prometteuse, avec de magnifiques mosaïques, une statue en marbre dont il manque la tête…

Des habitats Gaulois, etc.

Les différents maires de la commune n’ont jamais manifesté d’intérêt pour ces trouvailles. Le tout a été enfoui, dans l’attente d’un réveil des générations futures.


6/ Les Regards du Pilat : Un site, peut-être beaucoup plus que tous les autres, a marqué les travaux de votre père : Le Moulin à Vent sur la commune de Pélussin. Ce site datant au moins du néolithique, voire du mésolithique, possède des écrits et documents (dessins, croquis) laissés par votre père. Est-ce qu’à travers les générations ce site a aussi retenu votre attention et si oui, pourquoi ?

Jacques Pétillon : J’ai quitté la région de St Clair en 1970 et je ne suivais pas les recherches de mon père.

Il m’a bien sûr parlé de ce site de Pélussin que je ne connais pas. Je crois même qu’il avait trouvé des silex dans ce secteur.

Site préhistorique du Moulin à Vent

7/ Les Regards du Pilat : Dans ses fonctions exercées au service du Parc du Pilat, votre père s’est beaucoup déplacé sur le terrain. Est-ce que durant les week-ends ou ses congés, arrivait-il plus ou moins souvent que vous vous rendiez ensemble sur des sites remarqués et donc remarquables à ses yeux ? Avez-vous des exemples précis ?

Jacques Pétillon : Comme je vous l’ai dit, je n’habitais plus dans la région lorsque mon père était au Parc.

Pour les vacances, nous nous retrouvions plutôt en Bretagne.

Je l’avoue, je ne connais que très peu le massif du Pìlat.

Il m’a quand même fait découvrir quelques curiosités  (pierres à cupules, menhirs…)

Mais surtout, je sais qu’il était très intrigué entre autres par le château de Bélize (je crois qu’il avait commencé à faire un relevé) et ces centaines de Tumulus, qu’il aurait adoré pouvoir fouiller, mais je pense qu’il n’a pas eu les autorisations.

Château Bélize muraille sud

8/ Les Regards du Pilat : De votre côté et alors forcément quelque part grâce à votre père, avez-vous et encore aujourd’hui une attirance particulière pour le Massif du Pilat ?

Jacques Pétillon : Bien sûr qu’il m’a transmis une toute petite part de son amour pour cette région.

Je n’ai plus de point d’attache dans le secteur et depuis le décès de mes parents, je n’ai que très rarement l’occasion d’y revenir.
 

9/ Les Regards du Pilat : Dans le Pilat, quels sont vos sites préférés et pourquoi ?

Jacques Pétillon : J’aime beaucoup Malleval, je trouve ce village très beau. Mon père y avait réintroduit un (ou des ?) bouquetin, c’était une curiosité.

Nous allions souvent à Saint Sabin, quelque fois pour y dormir à la belle étoile dans le but d’assister au lever du soleil.

Parfois, nous dormions dans la grange de l’auberge.

Et pour l’anecdote je garde un très mauvais souvenir de Pélussin ou j’étais en pension à St Jean pendant quelques années.

Vue générale sur Malleval

10/ Les Regards du Pilat : Pour conclure, nous aimerions savoir si  votre père qui s’est longuement consacré à l’Histoire et au Patrimoine du Pilat a ou aurait pu faire naître chez vous le même enthousiasme, la même passion ?

Jacques Pétillon : Au risque de vous décevoir,  ni ma sœur, ni mes frères avons hérité de sa passion et de ses connaissances sur la préhistoire.

Il avait réussi à nous donner goût à la spéléo et aux fouilles Gallo Romaine, ou nous étions beaucoup investis, mais nous ne sommes pas remontés plus loin dans le temps.


 

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