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![]() Un Inconnu nommé Jean Jourde
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Avril 2009
- Rubrique Rennes-les-Bains
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![]() Par notre
Ami Franck Daffos
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Première
Partie
(dès le mois prochain seconde et dernière partie) |
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De la part de l’immense
majorité des auteurs qui m’ont précédé dans
l’étude des mystères du Razès, deux choses m’ont toujours
étonné : le peu de cas qu’il faisaient (forcément puisqu’ils
ne pouvaient l’expliquer) de la subite apparition de l’abbé Boudet
dans une énigme que la quasi totalité d’entre eux professait
pourtant comme exclusivement liée à l’abbé Saunière,
et le fait que certaines pièces incontestables du puzzle qui nous
étaient parvenues (tombeau des Pontils, dalle de Coumesourde) étaient
postérieures de plus d’une dizaine d’années à la mort
de l’impétueux curé de Rennes-le-Château…
L’explication imparable
de la continuité de l’élaboration cette affaire jusqu’à
la fin des années 1920 tient tout simplement aux extraordinaires
agissements raisonnés d’un seul homme, un autre ecclésiastique
inconnu du grand public, mais issu lui des rangs de l’une des plus grande
Congrégation de tous les temps, celle les Lazaristes fondé
par saint Vincent de Paul au 17ème siècle…
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Jean Jourde, puisque
tel était son nom, était né le 16 décembre
1852 (même année de naissance que Bérenger Saunière)
à Aniane, près de Montpellier, de l’union de Jean Jourde
et de Claire Rougier son épouse. Attiré par la prêtrise,
il rejoignit dès 1874 les rangs des Lazaristes à Paris pour
y faire son grand séminaire. C’est dans le cadre de sa formation
ecclésiastique qu’il fréquenta alors de 1874 à 1880
les bancs de Saint Sulpice et plus précisément les cours du
Père Fulcran Vigouroux (1837-1915 : exactement les mêmes dates
de vie qu’Henri Boudet), sulpicien de grand renom, plus spécialement
chargé du cours spécial d’Ecriture Sainte de 1868 à
1890. Ce cours réservé à une future élite cléricale
avait la particularité de ne regrouper qu’une vingtaine d’élèves
qui ainsi, pour la plupart, participèrent à la féconde
œuvre collective impulsée par leur maître sous son nom et publiée
ensuite dès 1880. Ce fut d’abord cette année-là le
Manuel Biblique, qui regroupait la substance de ses enseignements, suivi
du Bulletin Critique onze ans plus tard qui préfigurait l’ouvrage
qui inscrira son nom à la postérité, le monumental
Dictionnaire de la Bible, publié en 5 volumes de 1891 à 1912,
et qui fédéra d’abord lors de son écriture bien antérieure
l’essentiel des consciences religieuses de son temps, puis en révéla
bien d’autres promises à un brillant avenir parmi ses étudiants.
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A première
vue, voilà très succinctement brossé le parcours ecclésiastique
d’un Prêtre de la Mission, d’un Lazariste parmi tant d’autres, qui
consacra sa vie au service de Dieu et de sa Congrégation. Mais pourtant,
lorsque l’on se penche quelque peu sur son sacerdoce et qu’on prend la peine
de l’étudier plus en détail, on ne peut être que surpris
par les nombreuses correspondances de ses allées et venues par rapport
aux faits marquants de l’affaire de Rennes.
![]() Photo réalisée
par François Pous
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On peut penser que
les premières années furent, entre Gasc, Boudet, Vannier
et Jourde, celles d’observation et de transition. Vannier, en homme de
confiance et de probité, gérait en toute discrétion
le dépôt sous le sanctuaire de Marceille. Arrivé début
1879, presque 4 années lui seront nécessaires pour apprivoiser
son prédécesseur le chanoine Gasc, et lui faire parler, peu
avant sa mort, de l’autre cache du berger Paris. Laisser le temps au temps
avait été le prix à payer pour être mis dans
la confidence. D’autant que le tandem Gasc-Boudet piétinait sans
résultat depuis des années. Car finalement, et contrairement
à ce qu’avait toujours pensé l’ancien chapelain de Marceille,
le fait d’être sur place à plein temps ne suffisait nullement
à résoudre l’énigme…
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Un peu plus d’un
an plus tard, fin 1886, l’abbé Boudet faisait paraître à
compte d’auteur à Carcassonne son livre La vraie langue celtique
et le Cromleck de Rennes-les-Bains. Bien entendu, ce livre recèle
une part occulte, mais son auteur ayant vite compris que son livre était
trop hermétique parce que trop confus, aurait eu l’idée de
profiter de la prise de possession d’une paroisse voisine, Rennes-le-Château,
par un de ses jeunes collègues du nom de Bérenger Saunière,
pour financer, beaucoup le croient, la restauration entière de son
église qui menaçait ruine et en faire, par sa décoration,
le véritable livre d’images de son livre.
Très rapidement, Saunière sut donc jouer avec l’argent de Jourde, bien entendu sans que celui-ci ni Boudet ne s’en doutent. Mais on verra que ce système qu’il avait érigé comme une règle le mena à quelques débordements, notamment lors de la construction du domaine. Il le plaça et profita des intérêts générés, alors que ses fournisseurs attendaient, parfois pendant des années, l’échéance des traites qu’ils avaient reçues pour tout règlement. On comprend dès lors que Saunière ait été plus tard réduit à la cavalerie du trafic des messes pour pouvoir honorer certaines échéances. |
![]() Intérieur
église de Montolieu / Carte Postale Franck Daffos
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![]() Intérieur église de Montolieu Détail / Gros Plan Franck Daffos |
Cette sentence n’existe
nulle part ailleurs. Hélas cette église fut entièrement
refaite et cette inscription effacée en mai 1930 pour les funérailles
de….. Jean Jourde, alors supérieur de la communauté de Montolieu.
Mais revenons en
1891 : Jourde est muté, par une hiérarchie tout à
fait ignorante de ce qui se passait, au sanctuaire de Valfleury, prés
de Lyon sur la route du Pilat, qui appartenait depuis le 18ème siècle
en toute propriété aux enfants de Saint Vincent, présents
sur place depuis 1687. Louis XIV lui-même leur en avait en effet
octroyé la pleine jouissance par une Ordonnance Royale en 1711 (A.
Berjat, Notre-Dame de Valfleury, Lyon, Audin imprimeur, 1931, page 33.).
Valfleury par bien des points semble être le miroir de Marceille :
deux Vierges Noires pour deux sanctuaires millénaires, et le chassé-croisé
que firent entre les deux de nombreux Lazaristes, dont les noms se retrouvent
parfois cités dans l’affaire de Rennes, fait que l’on pourrait se
demander si certains circuits financiers ne réunirent pas parfois
les deux pèlerinages.
1891, c’est justement
l’année où la restauration de l’église de Saunière
marque le pas : ce qui, lorsqu’on y réfléchit, démontre
parfaitement la non implication de Boudet dans sa restauration. Si il en
avait été l’instigateur, lui qui est toujours resté
sur place à RLB, il n’y aurait jamais eu de longues pauses dans les
travaux… A part la chaire en 1893, mais qui avait été commandée
en même temps que le tympan d’entrée, pratiquement plus rien
ne se fait avant 1897, date de l’arrivée de la majeure partie de
la décoration effectuée par les Ets Giscard de Toulouse. Dans
la même période, entre fin 1890 et 1893, le sanctuaire de N-D
de Marceille est racheté en son propre et privé nom, et non
en celui du diocèse dont il avait pourtant la charge, par Mgr Billard,
l’évêque du lieu, suite à une homérique bataille
judiciaire qui servit de couverture à ses manipulations. Sur ce
sujet, voir mon livre, Le secret dérobé, ODS 2005, où
je publie en annexe l’acte d’achat du 20 mai 1893 de N-D de Marceille par
Mgr Billard, que j’ai miraculeusement retrouvé et qui prouve définitivement,
malgré les dénégations de l’Evêché de
Carcassonne, la malversation du prélat.
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Mais que se soit
à cause d’un certain détachement, ou que se soit en rapport
avec le monstrueux assassinat toujours inexpliqué, le 1er novembre
1897, de l’abbé Gélis leur collègue de Coustaussa,
on peut être assuré que l’abbé Boudet dès cette
date, n’eut plus aucun rapport avec l’abbé Saunière à
qui il fallait pourtant bien l’argent pour acheter les terrains convoités.
Saunière se résolut donc à quelques déplacements
à Lyon à la toute fin des années 1890, pour aller
en chercher le financement des mains de Jean Jourde. Des factures tout
à fait authentiques de location d’attelage dans la région
le prouvent : cf. Lumières nouvelles sur Rennes-le Château,
CEP d’OR de PYLA, Numéro spécial n°1, Lyon 1995. Rien
n’interdit de penser qu’il en profita alors quelque peu pour déborder
avec certaines recherches personnelles concernant le père Joseph
Chiron qu’il avait certainement reconnu dans la décoration de son
église, statufié par les Ets Giscard sous les traits d’un
improbable Saint Antoine Ermite.
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Mais tandis que
le domaine sort de terre, Jourde a d’autres préoccupations : 1903
voit déferler dans tous les bâtiments religieux la haine anti-cléricale.
Sœurs, moines et prêtres sont expulsés, souvent de façon
dramatique, des lieux de culte conformément aux lois du petit Père
Combes. Dans tous les villages, les percepteurs commissionnés par
l’administration des domaines se présentent dans toutes les églises
et pour y dresser l’inventaire des biens saisis par l’état. A Valfleury
et à Marceille, l’inventaire ne put se faire : s’agissant de propriétés
privées, elles n’étaient pas soumises à la loi. Mais
les Lazaristes durent partir. A Limoux, l’impossible se produisit : un
prêtre se leva dans la tourmente et refusa de quitter le sanctuaire,
entrant en résistance officielle contre des lois qu’il considérait
scélérates : c’était Jean Jourde ! Sa clandestinité
officielle dura trois ans. Il s’entêta et ne lâcha jamais prise
; ravitaillé par de bonnes âmes, il soutint seul à
N-D de Marceille le siège contre l’état félon. L’affaire
fit grand bruit dans le pays et nimba bientôt l’insoumis de la gloire
des martyrs, lui procurant ensuite pour le restant de sa vie l’auréole
et le charisme de ceux qui n’ont pas raté les grands rendez-vous
de l’Histoire. Il ne faut pas chercher plus loin la grande liberté
de manœuvre qui lui fut ensuite accordée de tout temps aussi bien
par sa Congrégation que par l’Evêché de Carcassonne…
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À
suivre...
L’affaire
de Rennes-le-Château n’a pas fini de nous étonner…
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