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Le Moulin à Vent

Tout ce qu’il faut savoir sur le Moulin à Vent.

Plaidoyer par son inventeur pour un site menacé.




Présenté par
Dominique Bonnaud-
Dantil






Février
2025


Dans mon Entretien d’octobre dernier, le Moulin à Vent occupait une place particulière, insuffisante cependant en considération de son importance. Par ailleurs, depuis cet Entretien, j’ai retrouvé d’autres informations. La présentation ci-dessous, complétée, corrigée et précisée, vient ainsi combler ces lacunes. Mon propos se veut aussi un appel aux responsables locaux ou de l’archéologie professionnelle pour qu’ils portent toute leur attention avant qu’il ne soit trop tard à ce gisement archéologique d’un grand intérêt. Le Moulin à Vent, c’est un peu le Vieux Pélussin ou le Pélussin d’avant Pélussin, comme on dit en Grèce Palaiokastro (le Vieux Château, la Vieille Forteresse) pour désigner un habitat préhistorique fortifié ayant précédé en un lieu un peu décalé l’habitat moderne.

 

 Le Moulin à Vent au XVIIIe siècle : toponyme le Coma (Carte de Cassini, f. 88, Saint-Étienne-Saint-Marcellin, 1765-1767)

 

 

Récit d’une découverte

 

Au début des années 1970, j’explorais l’étrange petit cirque où se déploie le bois de la Valette face au versant ouest du Moulin à Vent. Je découvrais entre autres au sommet du bois la Pierre Juton et, suite à des échanges avec les personnes résidant autour du château de la Valette, j’entrais en contact à la Chaize Basse avec une  veuve Michel Fond, née Angèle Dervieux,  âgée d’un peu plus de 80 ans, seule héritière de l’ex auberge-hôtel Dervieux à l’angle des routes de Maclas et de la Ribaudy, cette dernière conduisant tout droit au Moulin à Vent, lieu-dit très proche de La Chaize. Cette dame m’avait montré une belle lame en silex en deux morceaux. Il y avait bien longtemps que son père Jean Dervieux, né en 1859, cultivateur propriétaire, fils de maçon et lui-même ancien tailleur de pierres, les avait recueillis dans une terre ou un bois lui appartenant ou qui lui était familier, au Moulin à Vent, tout près de ses propriétés de la Chaize. Récemment, une recherche approfondie qui a exigé, outre une intense mobilisation de ma mémoire pour des faits remontant à plus d’un demi-siècle et le recours aux ressources cadastrales et d’état-civil, m’a permis contre toute attente de retrouver la trace de cette lame auprès de sa petite-fille, Mme Noëlle Degrange, professeure de piano actuellement retraitée à St.-Donat-sur-l’Herbasse (Drôme), à qui elle l’avait léguée. J’ai pu en obtenir des photos et, lors de l’Assemblée générale de Visages de Notre Pilat au printemps 2024, celle-ci a transmis à Philippe Monteil ce bel objet, qui faisait ainsi retour dans le canton de Pélussin qu’il n’aurait jamais dû quitter, avec vocation à intégrer à terme une collection publique (Loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine, Titre Ier, chap. II, art. 70-71). Les dimensions de ces deux morceaux recollés de lame  sont : 12 x 3,5 cm. Elles correspondent à un fragment distal de poignard sur grande lame mi débitée par percussion indirecte et retouches unifaciales, et mi polie. La comparaison avec des lames complètes de sites bien étudiés permet de déduire que ces deux morceaux correspondent aux deux tiers, voire la moitié de la lame d’origine, d’une longueur comprise entre 18 et 24 cm., un ou deux autres fragments étant perdus ou restés enfouis. Quant au manche il devait être composé de matières périssables : soit l’extrémité de la lame en tenait lieu avec des lanières en tendons animaliers, enroulées et fixées à la lame et entre elles grâce à une colle animale ou végétale ; soit le bout de la lame était inséré dans un bois fendu et fixé à lui par des liens en fibres végétales. La tracéologie limitée à un diagnostic visuel montre que cette arme de poing a peu ou pas du tout servi. Il s’agit vraisemblablement d’un objet de prestige, un marqueur social davantage qu’un outil ou une arme. Fragilisées par leurs dimensions, ces lames avaient une fonctionnalité limitée. D’autres exemples sont connus, dont le poignard à retouches bifaciales et de moindre qualité d’Ötzi qui vivait à la fin du 4ème millénaire avant notre ère. Ce poignard, répandu dans les sociétés alpines, y figurait souvent comme arme d’apparat. Les armes et outils proprement dits d’Ötzi étaient son arc et sa hache en cuivre fixée au bout d’un long manche. Quant au silex Dervieux, couleur brun-mélasse, du Turonien supérieur et de qualité exceptionnelle, il provient du gisement du Grand-Pressigny (Indre-et-Loire). Au Néolithique final, cette qualité et celle du travail ont fait le succès de ces lames accompagné d’un accroissement de leur production et de l’expansion de leur diffusion sous la forme de produits finis réalisés souvent en série, et non d’une matière première brute.

 

 

De la lame au site, dont je devinais l’importance, il n’y avait que quelques pas vite franchis. Et, dès 1974, je le signalais pour la première fois dans un inventaire sommaire, mais guère dépassé depuis, de toutes mes découvertes sur le versant rhodanien du Pilat,  présenté dans ma contribution pour le canton de Pélussin, dont l’occasion m’avait été offerte, à un guide touristique : Fenêtre ouverte sur le Haut-Vivarais, du rivage à la montagne, de la vallée du Rhône aux Boutières et au Mont-Pilat : guide officiel de l’Union Touristique (Annonay, Betinas, p. 104 et 106). Entre-temps, en 1973, alors que le PNR du Pilat n’en était qu’au stade de sa préfiguration, j’avais fait découvrir le Moulin à Vent, parmi bien d’autres sites, à Georges Pétillon qui, tout juste nommé directeur adjoint, était entré en contact avec moi pour s’informer. Si bien que la première mention du site date de cette année dans un rapport rédigé à la suite d’une autorisation de sondage du 9 juillet. Il s’ouvrait sur cette reconnaissance : « Ce site a été découvert par Dominique Bonnaud de Pélussin ». Il tenait le même propos dans un article de 1985 («  Le site du Moulin à Vent », Dan l’tan, n° 6, 1985, p. 28). Dans ses Fiches archéologiques dactylographiées restées longtemps confidentielles, il me cite aussi à plusieurs reprises sans toutefois toujours préciser qui a découvert quoi. Pourtant, il me doit la connaissance de la plupart des sites dont il fait état, comme le prouve ce que j’ai publié en 1974, même si cette publication est restée peu connue. Quoi qu’il en soit, nous partagions globalement les mêmes idées sur l’archéologie et la préhistoire du Pilat et il a parfois développé dans ces fiches de fines observations, par exemple sur les ateliers médiévaux et modernes à ciel ouvert de taille de meules que je lui avais montrés, dont il précise l’extension et l’importance des veines notamment dans le quartier situé entre le Pont du Mas, la Roche, le Moulin, la Guintranie et Chez Judy.

 

En 1994, dans son mémoire de maîtrise, c’est Georges Pétillon que Nathalie Corompt crédite de la découverte du Moulin à Vent  et d’un certain nombre d’autres informations qui me sont également dues, ne donnant d’autre référence que Patrick Berlier. C’est d’autant plus curieux qu’elle connaissait parfaitement l’article de 1985, cité dans sa bibliographie avec les « Documents personnels » de G. Pétillon, qui correspondent manifestement à ses Fiches archéologiques où elle a puisé un grand nombre de ses informations comme il est aisé de le vérifier. Elle cite aussi son rapport de 1973, et elle lui accorde une mention particulière dans ses remerciements (L’occupation du sol de l’Âge des métaux à la période gallo-romaine à l’extrémité sud-est du département de la Loire, mémoire de maîtrise d’archéologie Lyon II, 1994). Après mon départ de Pélussin, on ne peut pas dire que l’on ait fait preuve de beaucoup de probité à mon égard. C’est du passé, mais s’il fallait faire une thèse sur les pillages dans les mémoires et travaux universitaires, ce n’est pas la matière qui manquerait. Elle rapporte aussi en deux passages de son mémoire que ce qui était en ma possession n’était plus visible à l’époque de son travail. Je dois lui apporter un démenti catégorique : en quittant Pélussin, je n’ai emporté avec moi que les trois haches en jadéitite en ma possession avec une fusaïole en terre de cuisson oxydante sans doute gallo-romaine. Or, rien ne l’empêchait de parler de ces haches si elle l’avait voulu, puisque tout était publié depuis 1977. Tout le reste n’a pas quitté Pélussin, notamment les fameuses sigillées qui lui ont manqué, dit-elle, pour des datations. Autant que je m’en souvienne, il n’y en avait guère et fort peu caractérisées et exploitables. Enfin, il semble, selon les échanges que j’ai pu avoir avec Philippe Monteil,  que G. Pétillon a récupéré tout ce matériel. Je ne suis donc en rien responsable si elle n’a pu y avoir accès. Je renvoie aussi plus loin aux silex Pétillon qui n’ont pas eu besoin de moi pour également se volatiliser.

 

Comme je serai conduit à évoquer plusieurs fois le mémoire de Mme Achard-Corompt dans les lignes qui suivent, je crois utile d’en parler ici un peu plus en détail. Il déborde en fait le cadre qu’il s’est fixé, cadre spatial (9 des 14 communes du canton de Pélussin. Sont exclues Vérin, St.-Michel-sur-Rhône, La Chapelle-Villars, Chuyer et St.-Appolinard), et cadre temporel (âge des métaux et période gallo-romaine). Elle adopte une approche comparative, notamment à propos du dépôt de Bronze de Chézenas. Elle en fait une analyse complète (p. 30-43), même si ces « dépôts » métalliques font aujourd’hui l’objet de nouvelles interprétations : on ne croit plus qu’ils correspondent à des « cachettes de  fondeurs » destinées à un recyclage par temps de pénurie. On y voit au contraire des pratiques rituelles complexes, qui échappent à nos logiques actuelles, dans le cadre d’une relative abondance et prospérité. Mais je partage pleinement son approche comparative que je m’efforce de mettre également en pratique. Un gisement archéologique n’est pas un isolat, il s’inscrit dans un contexte et dans un ensemble. De surcroît, ce dépôt illustre ce qu’elle et moi constatons et déplorons, à savoir un certain et persistant désintérêt des chercheurs pour cette enclave sud de la Loire correspondant au Pilat, au piedmont rhodanien et à quelques annexes en Haut-Vivarais, en gros le Forez-Viennois historique ou Viennois de la rive droite. Force est de constater que la publicité des informations relatives à l’archéologie de cette région est indigente. Elles sont mal diffusées et méconnues. Je cite ici N. Corompt : « Cette partie du département de la Loire semble ne susciter chez les chercheurs qu’un intérêt restreint. Les cartes répertoriant l’ensemble des sites archéologiques du département nous présentent trop souvent ce territoire comme un espace vide de toute occupation humaine. Bien sûr, il n’en est rien. Ce constat attristant est le résultat du manque d’intérêt et de recherches insuffisantes… Des traces d’occupation de toutes les périodes historiques ont été repérées, mais ne sont connues que de peu de personnes ou seulement à un échelon local. » (p. 8). Dans sa conclusion, elle en donne une explication crédible, à  savoir que le versant sud du Pilat est trop atypique et marginal par rapport au reste du département (p. 93). C’est ainsi que l’on chercherait en vain une mention de ce dépôt de bronze dans une grande synthèse en anglais mais faisant autorité sur cette période : The Bronze Age in Europe : An introduction to the Prehistory of Europe c.2000–700 BC, édité en 1979 (Londres, Methuen) par John Coles et Anthony Harding, repris et très enrichi en 2013, entre autres par ce dernier, dans le Manuel d’Oxford sur l’âge du Bronze européen. L’ouvrage cite pourtant – il suffit de parcourir l’index pour s’en aviser – un nombre considérable de sites français, notamment dans des tableaux récapitulatifs à la fin de chaque chapitre. Pour le Br. Ancien, l’abri sous-roche de La Baume Loire, et pour le Br. Récent l’habitat de Champs-Vieux, tous deux à Solignac (Hte.-Loire) sont les sites mentionnés les plus proches (p. 203 et 454). Il est vrai que ces tableaux ne mentionnent que les gisements pouvant répondre d’au moins une datation radiocarbone et que la bibliographie se limite aux publications récentes avec de rares exceptions antérieures à 1950. Et, si l’on y trouve Montelius, alors que Déchelette est ignoré, c’est parce qu’il est plus familier aux Scandinaves et aux Anglo-Saxons. En corollaire, c’est ce désintérêt qui a favorisé la prolifération des théories les plus fantaisistes sur le Pilat, et Mme Achard-Corompt déplore aussi – ce qui ne peut que susciter mon adhésion – l’« ésotérisme forcené… ces élucubrateurs qui refont l’histoire et parfois le monde à l’aide d’hypothétiques menhirs et de lignes imaginaires censés représenter notre système stellaire », ces solstices d’été ou d’hiver mis à toutes les sauces, comme si les rapports de nos ancêtres à la voûte céleste se réduisaient à cela. Sans compter, comme elle le dit, qu’il est impératif de raisonner sur d’authentiques mégalithes. Elle semble toutefois ignorer le travail de 1986 de Myriam Philibert sur le mégalithisme de la Loire. Il est vrai que cette dernière, proche d’Henri Delporte, a fait aussi un peu dans l’ésotérisme, mais elle a toujours maintenu une stricte séparation entre ses publications universitaires et celles destinées au grand public. Mme Achard-Corompt pourfend encore et à juste titre le druidisme et la celtomania ou encore des guides d’une qualité archéologique et historique douteuse dont l’auteur n’a pas à être cité ici (p. 15-16). Elle reconnaît que « les hypothétiques monuments celtiques du Pilat » sont « dans la majeure partie des cas des affabulations » (p. 43). En revanche, peut-être parce que leur découverte à  la fin des années 1970 appartient à G. Pétillon sur les indications d’un chasseur, elle admet le caractère anthropique et l’attribution au Paléolithique inférieur, plus particulièrement à l’Acheuléen, d’une douzaine de galets ovoïdes paraissant aménagés, qualifiés de choppers par leur inventeur, ramassés en surface près de Gencenas, à  l’est de la carrière de meules de l’Alouette (Bessey) dans les parcelles d’un léger vallon, profondément labourées pour y planter de la vigne ou des arbres fruitiers (p. 8). La quartzite dont ils sont constitués, inhabituelle en ce lieu, provient, selon un repérage précis de G. Pétillon, d’une terrasse du Rhône distante de 3 km à vol d’oiseau. Par la suite, ils ont été confiés à  Gabriel Chapotat, conservateur des musées de Vienne, qui les a lui-même remis à la direction régionale des Antiquités préhistoriques. À l’heure actuelle, on ignore où ils sont déposés (G. Pétillon, Il était une fois… le Pilat…, 1980, brochure présentant le dessin de l’un des galets ; fiche archéologique n° 2 de Bessey où, plus évasif, il se contente de les décrire et d’exposer les circonstances de leur découverte). Quant à leur caractère anthropique et leur datation, ils ne font pas l’unanimité parmi les professionnels, mais leur jugement est fondé semble-t-il à partir d’un autre exemplaire pas tout à fait identique de Philippe Monteil qui,  en 2021, a repris la prospection des parcelles identifiées par Pétillon, et trouvé en bordure d’une d’entre elles, récemment labourée, un autre de ces galets portant des enlèvements périphériques et deux encoches symétriques censées assurer une meilleure préhension, et il a constaté une différence entre les cassures de ce galet et ceux identiques d’une terrasse alluviale de la carte géologique au-dessus de Salaise-Sur-Sanne (38), celles des derniers lui paraissant naturelles. Tout ceci me semble bien subjectif et je ne peux me résoudre à  retenir cet exemplaire qui me paraît un peu trop lisse, dépourvu de toute tracéologie, avec des cassures un peu trop fraîches. Pour autant, je suspends mon avis sur les exemplaires Pétillon, faute de les avoir vus, regrettant une fois de plus la difficulté d’accès aux dépôts régionaux, et je me range au moins provisoirement plutôt du côté des sceptiques, les conditions climatiques du Paléolithique inférieur ne permettant pas d’envisager une occupation permanente dans le Pilat, y compris son piedmont soumis à de fortes intempéries en l’absence de tout abri de type cavité naturelle. On pourrait admettre un objet perdu lors d’un simple passage, mais une douzaine de galets est un nombre incompatible avec l’hypothèse d’une présence aléatoire. Toutefois, d’autres possibilités existent : par exemple, on sait que les terrasses alluviales du Rhône ont fait l’objet de prélèvements pour l’empierrement des routes et chemins, et il ne serait pas surprenant d’en retrouver des traces en bordure ou dans les champs voisins de ces voies. Mme Achard-Corompt n’a pas vraiment apporté d’éléments nouveaux sur ce que l’on connaissait déjà du Pilat, mais ses interventions de ramassage sur quelques groupes de parcelles n’avaient pas la prétention d’être autre chose que des sondages. Elle mentionne sa découverte dans un contexte gallo-romain aux Collonges d’une herminette (p. 10) ou celle de deux autres haches polies par Pétillon (p. 8). Elle ne décrit pas l’herminette en question, et c’est avec beaucoup d’imprécision que Vincent Georges répertorie ces pièces dans son corpus (Le Forez du 6ème au 1er millénaire av. J.-C. Territoires, identités et stratégies des sociétés humaines du Massif central dans le bassin amont de la Loire (France), thèse Université de Bourgogne, 2007, vol. 2-Corpus, Item 359. Pélussin, Les Collonges, p. 146-147 ; Item 104. Bessey, La Tronchiat, p. 44 et Item 485. Roisey, Tronchiat, p. 199. Ces deux derniers sont des doublons dus sans doute au fait que la Tronchiat est un lieu-dit commun à deux communes,  mais c’est dire l’imprécision des informations d’origine et le caractère fantomatique de ces haches). Le principal mérite de Mme Achard-Corompt est d’avoir procédé pour l’époque gallo-romaine à une synthèse qui faisait défaut, regroupant entre autres les mentions anciennes de trouvailles monétaires qui souvent ont disparu. Elle a mis en évidence des corrélations et des continuités entre les vestiges de la période gallo-romaine et les emplacements castellaires de la période suivante. Cette synthèse a permis de mieux comprendre la logique propre à cette époque de l’occupation du territoire, coteaux et piedmont, dans la région de Pélussin. Pour y parvenir elle a dû se servir à bon escient d’excellentes fouilles en marge de son champ d’étude, comme celles à Limony (lieu-dit Brèze) de notre ami le docteur vétérinaire Michel Guigal, disparu trop tôt. Il avait des compétences archéologiques certaines et participait chaque été en famille à des fouilles à Chypre. Il est dommage qu’elle n’ait pas assez insisté pareillement sur les sites de St.-Appolinard, où abondent des vestiges gallo-romains de type « industriel ». Par exemple, elle évoque les Blaches, mais ignore les estampilles importantes qui y ont été trouvées, pourtant bien connues de Pétillon, et qui font tout l’intérêt d’un des nombreux gisements qui jalonnent une voie, sinon romaine au sens strict, importante à l’époque gallo-romaine et médiévale. La méconnaissance de l’estampille Clariana trouvée sur ce site, qui a contribué  à biaiser les conclusions d’une étude de 1999 d’Alain Bouet sur cette officine de tuilerie-briquetterie, est un  autre exemple du désintérêt des archéologues pour le Pilat. Elle était pourtant répertoriée dès 1997 dans le fascicule de la Loire de la Carte archéologique de la Gaule (v. Annexe). Enfin, je réserve pour un autre chapitre ce qu’elle dit sur les enceintes du Pilat.

 

Des murs imposants…

 

Le site du Moulin à Vent occupe une superficie  significative d’un peu plus de deux hectares, et s’il était resté libre de toute construction, il approcherait les cinq hectares. À titre de comparaison, la surface du « château » préhistorique du Lébous (St.-Mathieu-de-Tréviers, Hérault) est d’à peine un demi hectare. Dès ma première visite, j’avais constaté un enchevêtrement de murailles, dont certaines sur le versant sud atteignent parfois une épaisseur peu commune de près de 10 m pour 3 m de hauteur, sans que l’on puisse établir si c’est l’état d’origine ou le résultat de l’épierrement des champs environnants. La technique du double parement avec un blocage intérieur tendrait à privilégier la première éventualité, mais les deux possibilités ne sont pas incompatibles. À l’ouest du site se trouvent des murs d’un genre différent, composés de gros blocs à rapprocher du non moins étonnant  « mur païen » du mont Ste.-Odile dans les Vosges (Bas-Rhin), ce qui n’est pas forcément une preuve d’ancienneté puisque une section de ce dernier est maintenant datée par la dendrochronologie avec une grande précision, du dernier quart du VIIe siècle de notre ère, grâce à des échantillons anciennement prélevés des tenons en bois mortaisés utilisés lors de la construction ou d’une réfection pour lier les blocs. Il ne serait pas exclusivement de L’âge du Bronze ou de l’époque gauloise comme on l’a longtemps pensé, même si la montagne d’Altitona passe pour avoir été un lieu de culte à cette époque : un exemple parmi d’autres des calamiteuses théories des celtisants du XIXe siècle, qui trouvent encore malheureusement des échos aujourd’hui.  La complexité du Moulin à Vent est le fruit de nombreux remaniements à travers le temps. Ces murs ne relèvent sans doute pas tous d’un habitat préhistorique ou/et protohistorique, plus ou moins défensif ou protégé, mais la présence de guérites, bastions et tours d’angle sur certains d’entre eux (ainsi le soubassement de la « tour » sud-ouest sur la limite des parcelles B 40-41) autorisait une comparaison avec le site du Lébous  que je viens de citer, et je ne m’en étais pas privé à l’époque où j’en faisais la découverte. Sa fouille par un préhistorien amateur qualifié, le Dr Arnal, avait fait l’objet d’une certaine publicité. Il appartient au groupe néolithique final-chalcolithique de Fontbouisse, dont l’apogée se situe au milieu du troisième millénaire avant notre ère, composé de villages ou hameaux, ouverts ou fortifiés, d’une superficie d’un hectare maximum. Depuis, d’autres « habitats ceinturés » de la même culture ont été exhumés : Boussargues (Argelliers, Hérault) remparé en pierres sèches, ou Mudaison (Hérault), protégé par une profonde tranchée surmontée d’un puissant rempart palissadé (terre et bois) doté de plusieurs bastions, et abritant des habitations aujourd’hui disparues, à proximité d’un cours d’eau et au sein d’un terroir fertile où la communauté paysanne pratiquait la culture de l’orge et du blé et l’élevage des bovins et des caprinés. Le petit village éponyme de Fontbouisse (Villevieille, Gard) présente comme le Moulin à Vent des murs en pierres sèches à double parement et blocage intérieur d’une épaisseur atteignant parfois les deux mètres, largement dépassés par certains murs du site pélussinois. Comparaison n’est pas raison, mais l’influence de cette culture via le couloir rhodanien n’est pas exclue. Elle s’étendait dans l’actuelle garrigue  languedocienne jusqu’au Rhône, sur la partie orientale de l’Hérault, le Gard et le sud de l’Ardèche, qui n’est pas si éloigné du Moulin à  Vent, où le matériel retrouvé révèle des contacts à longue et même très longue distance. Mais, si le site n’a livré à ce jour que des vestiges néolithiques, ces murailles peuvent être tout autant contemporaines que plus récentes, en tout ou en partie. D’une part des céramiques exhumées par G. Pétillon en fournissent des indices. D’autre part, on peut également faire un rapprochement avec Jastres Nord (Lussas, Ardèche), sur la rive gauche de l’Ardèche en face d’Aubenas, un oppidum du second Âge du Fer, et son rempart également large à parement double et agrémenté de tours et de bastions (Claude Lefebvre, « Jastres et les oppida méditerranéens », Revue du Vivarais, t. XCI, janvier-mars 1987 (689), p. 9-20). Ce qui est sûr, c’est que le site ne devait pas se présenter à l’origine tel qu’on le voit aujourd’hui. Les lieux ont subi à travers les âges de multiples aménagements et modifications, ne serait-ce que par l’installation d’un moulin à vent, qui a laissé son nom au site et dont on voit encore les ruines côté est.

 

 Villages ceinturés de Boussargues et (restitution graphique) de Mudaison (Hérault) Néolithique final Fontbouisse

 

 

… associés à un grand tumulus ?

 

Alors que la pente du versant nord, côté Régrillon face à Pélussin, est très abrupte, celle du versant sud, le plus remparé, est douce et se termine au creux d’un léger vallon. Dans l’Entretien, j’expliquais que le toponyme Le Coma, figurant sur la carte de Cassini au XVIIIe siècle, d’après la langue gauloise, pourrait signifier précisément La Combe ou Le Vallon. La présence dans ce vallon de puits et de sources a certainement favorisé l’occupation pérenne des lieux. Tout au fond, au bord de la route de La Ribaudy, j’avais remarqué un imposant monticule de forme oblongue contourné par les labours, et correspondant à deux petites parcelles cadastrales de même forme. G. Pétillon y voyait « peut-être une motte féodale. » (fiche n° 7 de Pélussin, Murailles du Moulin à Vent). Dans son article de 1985, il dit du monticule qu’il « rappelle une motte féodale ou un tumulus, mais rien ne prouve que ce ne soit pas un accident de terrain naturel. » (Dan l’tan, n° 6, p. 31). Concernant une butte isolée en bordure de champ, c’est peu probable. Quant à la motte féodale, je persiste à penser qu’elle aurait été installée en position proéminente à l’intérieur de l’enceinte comme le moulin à vent. J’y voyais donc plutôt un tumulus, plus probable que de nombreux pierriers du Pilat souvent considérés à tort comme des tumuli. L’apparente mais légère dégradation du flanc ouest de ce monticule, semble t-il lors des activités agricoles et par des engins mécaniques, montre qu’il n’est peut-être pas si naturel, mais composé d’éléments entassés plus fragiles. Si les murailles nous ont rappelé le Chalcolithique d’influence fontbuxienne ou la période de la Tène, l’association d’un imposant tumulus au pied d’un oppidum fortifié évoque une autre hypothèse, à vérifier comme les deux autres, celle des « principautés » hallstattiennes bien connues en France, en Suisse, en Allemagne et en Autriche : Vix-mont Lassois, Lavau, Bourges, Châtillon-sur-Glane, la Heuneburg, Hochdorf, Glauberg ou Strettweg, dont les tumuli ont généralement livré char d’apparat, mobilier de prestige et service à boire du genre symposium d’origine méditerranéenne. Le site du Moulin à Vent était à même de contrôler le trafic du couloir rhodanien qui transitait tout autant sur le piedmont que le long du fleuve. Si dans ses fiches dactylographiées, G. Pétillon qualifie l’enceinte d’« architecture militaire celto-ligure… » - ce qui ne veut pas dire grand-chose – il ajoute : « …commandant la route de piedmont » - ce qui a plus de sens (fiche n° 7 de Pélussin).

 

… sur un important chemin antique de piedmont

 

G. Pétillon ne cite pas ses sources mais, dans plusieurs fiches et dans son article de 1985, il met le site en relation avec la voie de piedmont nord-sud de grande communication qui, dans l’Antiquité préromaine, depuis St.-Romain-en-Gal se dirigeait en direction de Nîmes. Nous complétons ici sa description. Elle rejoignait le Pilon, puis passait vers Métrieux (Chuyer). Le combat qui s’est ici déroulé le 10 décembre 1587 sous les guerres de Religion, une  escarmouche de cavalerie dite aussi « bataille de Virecul » tend à montrer que cette voie était encore empruntée à l’époque moderne : lors de la capitulation de ses auxiliaires allemands, depuis le camp de Marcigny en Saône-et-Loire, François de Châtillon-Coligny, à la tête d’un petit détachement protestant, s’était replié  sur le Vivarais. Après avoir traversé le Gier entre Tartaras et Trèves, il avait emprunté cette voie et, en ce lieu, avait échappé de peu aux catholiques de François de Mandelot, gouverneur de Lyon, accourus lui barrer la route (La Huguerie, un des chefs des troupes suisses au service des réformés, Journal du voyage des reitres en France, en 1587, publié par d’Aubais. Pièces fugitives pour servir à l’histoire de France, t. II, Mélanges, p. 23 ; Mémoires de Jacques Page seigneur de Saint-Auban, un des lieutenants de François de Châtillon, Documents pour servir à l’histoire de France, collection Petitot, 1re série, t. 43 ; Comptes et Chroniques de la ville de Condrieu, XVIe-XVIIe siècles ; Claude de Rubys, Histoire véritable de la ville de Lyon, 1604 ; A. Péricaud, Notice sur François de Mandelot, gouverneur et lieutenant-général du Lyonnais, Forez et Beaujolais, sous Charles IX et Henri III, Lyon, J. M. Barret, 1828 ; surtout A. Vachez, « La bataille de Métrieux », Revue du Lyonnais, 2e série, t. 31, août 1865, complété et corrigé dans Études historiques sur l’Ancien pays de Jarez, Lyon, A. Brun, 1885, p. 28-42 ; Abbé J. Batia, Recherches historiques sur le Forez-Viennois, St.-Étienne, 1924, p. 71-72). Sur la commune de Pélussin,  elle suivait un raidillon pavé de gros blocs reliant La Guintranie au Moulin, où le pavage disparaît sous les alluvions de la Valencize, puis d’autres portions ont été recouvertes par le goudron. Elle passait ensuite entre l’église Notre-Dame et la mairie, descendait en pente raide vers le Régrillon le long du Rocher du Diable (une pierre à bassins), et remontait l’autre versant en diagonale avant de longer le flanc est du Moulin à Vent, une partie très embroussaillée montrant néanmoins et à nouveau un pavage bien visible. Elle gagnait ensuite la Morcellerie et les Collonges, un toponyme gallo-romain et médiéval, puis Malleval où elle croisait l’importante voie du Velay par le Tracol, suivant ou longeant l’actuelle D503, probablement préromaine elle aussi, mais avec nombre de caractéristiques qui en ont fait par la suite une quasi voie romaine même en l’absence de bornes milliaires, car elle est entre autres jalonnée de vestiges de cette époque. Elle gagnait ensuite Chézenas connu pour son dépôt de bronze, avant d’entrer en Haut-Vivarais, où elle rejoignait vraisemblablement Félines, un toponyme en relation avec les productions en terre cuite, céramique ou autre. En latin, figlina c’est l’art ou l’atelier du potier, ou encore la carrière d’argile. Dès 1839, Charles-Athanase 1er baron Walckenaer (Histoire-Géographie : Atlas de la Géographie ancienne, historique et comparée des Gaules Cisalpine et Transalpine, Paris, Dufaut), suivi en 1914 par René Cagnat (Cours d’épigraphie latine, réimpr. 1964, p. 342, note I), avait du reste rapproché le nom du village haut-vivarois de Figlinis, figurant dans le réseau du cursus publicus en Gaule sur la Table de Peutinger, comme la première station à 17 milles/25 km au sud de Vienne, suivie de Tain-l’Hermitage/Tigna à 16 milles/23,5 km, puis Valence/Valentia à 13 milles/19 km (J. Dupraz, Ch.  Fraisse, Carte archéologique de la Gaule, L’Ardèche, 07, Paris, 2001, p. 249, n° 089). Cette identification est aujourd’hui abandonnée au profit de Roussillon en Isère, où sont attestés d’importants gisements de glaise en lien évident avec le toponyme, et dans les environs duquel des tuileries ont été repérées, voire encore, mais à seulement quinze kilomètres au sud de Vienne, au profit de  St.-Clair-du-Rhône, au lieu-dit et site de Clarasson. Depuis l’hypothèse avancée en 1968 par Marcel Leglay, alors directeur de la circonscription Rhône-Alpes des Antiquités historiques, en raison du cumul de la concordance toponymique et de la présence d’abondantes carrières de glaise, on y a du moins situé après plusieurs tâtonnements la fameuse officine de tuilerie-briquetterie CLARIANA (v. Annexe). Si l’on admet que le réseau antique, au moins partiellement, n’a pas cessé d’être fréquenté à l’époque romaine, médiévale et même moderne, le réseau routier romain ayant dans le meilleur des cas repris ou réaménagé une partie du réseau ancien existant, ce qui est probable, comme on l’a vu, pour la voie du Velay, l’étape suivante pourrait être Annonay, qui tirerait son nom en tant que dépôt de l’Annone, le Service de l’approvisionnement dans l’empire romain. Mais cette voie passait plus vraisemblablement à l’est de la cité. En effet, Georges de Manteyer mentionne un vieux chemin servant de limites à Champagne, entre Peaugres et Bogy au nord, Colombier, St.-Désirat et une portion de Champagne au sud (Les origines de la Maison de Savoie en Bourgogne 910-1060, t. 3, La paix en Viennois, Grenoble, 1904, 153 [67], n. 2). Ces précisions visent à souligner l’importance de ce vieux chemin, dont nous n’avons pas cherché à établir le tracé exact, sauf à Pélussin et autour du Moulin à Vent, et la description de la suite de son trajet, à supposer même qu’il soit parfaitement bien identifié, n’est plus vraiment utile à notre propos.

On l’a vu, certains tronçons de ce vieux chemin sont pavés. Or, ceux qui ont parlé de tous les chemins pavés anciens du Pilat les ont souvent qualifiés abusivement de romains. G. Pétillon lui-même, à propos du pavage à hauteur du Moulin à Vent, ne peut s’empêcher de préciser qu’il est «  à la mode romaine » et, à propos du tronçon de la Guintranie, il déclare qu’une largeur de 6 pieds (environ 1,75 m) était la norme de croisement des convois de mulets bâtés de tous les chemins de ce type dans le Pilat. Une mise au point s’impose donc. Stricto sensu, une voie romaine, conçue avant tout pour faciliter le déplacement des légions en armes, comme les autobahnen ont été multipliées en Allemagne dans les années 1930 pour la mobilité des troupes mécanisées, est une voie large de 6 à 12 m., de tracé autant que possible rectiligne et évitant les reliefs trop prononcés. La via Agrippa de Lyon à Arles, approximativement notre RN7 sur la rive gauche du Rhône, ou celle de la Narbonnaise, notre RN ou D86 sur la rive droite, sont les exemples les plus proches et significatifs de ces voies rapides avant la lettre, et le chemin dont nous parlons ne possède aucune de ces caractéristiques (Raymond Chevallier, Les Voies romaines, A. Colin, 1972). Quant au pavage, ce n’est pas une exclusivité des voies romaines. Hors contexte urbain et italique, il se pourrait même qu’elles aient été moins pavées que des chemins de tout autres époques. Les pavages de voies anciennes sont difficilement datables, sauf cas particulier historiquement documenté, ou démontage des dalles pour retrouver d’éventuels marqueurs chronologiques. Ils peuvent être plus récents que la voie qu’ils recouvrent, et leur raison d’être est souvent utilitaire : ainsi, la côte de la Guintranie, sans pavé, serait un bourbier, et il aurait été difficile d’y faire passer les convois de mules transportant les meules taillées  dans les ateliers de plein air environnants à partir de notre Moyen Âge. C’est vrai également de la voie pavée de Taillis Vert le long du Ternay entre St.-Julien-Molin-Molette et Colombier. Moyennant quoi, une solution de continuité caractérise le pavage de ces vieux chemins, quelle que soit leur époque,  et il est vain de vouloir trouver des pavés sur toute leur longueur. On évalue à moins de 1% les tronçons pavés des voies romaines en Gaule, la surface de la plupart se contentant de terre et de sable, ou de graviers parfois bétonnés. Et, à en juger par la fréquence des chemins pavés dans le Pilat, il est fort possible que les voies préromaines et médiévales aient été  plus souvent pavées que les  voies romaines. Pour n’être pas une voie romaine, ce chemin de piedmont nous semble n’avoir que plus d’intérêt du fait de son ancienneté. Pour N. Corompt, semblent pourtant médiévales ces pavées ou pavies du Pilat, notamment cette voie du Pilon passant par le quartier N-D de Pélussin, qu’elle ne met toutefois pas en relation avec le Moulin à Vent (p. 87 de son mémoire). Effectivement, la plupart de ces pavées sont médiévales mais, probablement faute de faire cette relation, elle oublie que certains de ces chemins ont pu traverser plusieurs époques. La colonisation de la Gaule romaine n’a pas interrompu du jour au lendemain le trafic sur de vieux chemins sous prétexte qu’ils ne répondaient pas aux normes de la romanité. Concernant la voie gallo-romaine du Tracol, elle critique le tracé qu’en donne Jean Patissier qui a voulu faire la liaison entre divers sites d’époque différente (p. 63-65). Concernant la méthodologie, elle a en partie raison. Si, pour notre part, nous avons mis la voie de piedmont en relation avec des étapes gallo-romaines plus récentes, ce n’est pas en considération de son tracé, mais seulement pour souligner qu’elle a pu continuer à être empruntée après l’antiquité pré romaine et plus récemment encore.

Au demeurant, ne serait-ce qu’en raison des caprices du Rhône, il n’est pas certain que l’itinéraire romain ait toujours emprunté la vallée. Si la via Agrippa sur la rive gauche était un peu mieux avantagée pour échapper à ces désagréments, ce n’était pas le cas de la Narbonnaise sur la rive droite, et la voie du piedmont a pu jouer pour elle un rôle de voie subsidiaire lors du petit optimum de réchauffement climatique romain, approximativement des deux derniers  siècles de l’indépendance gauloise au milieu du  IIIe siècle de notre ère, dont on sait qu’il s’est traduit sur le pourtour méditerranéen par une forte pluviosité propice aux débordements saisonniers des cours d’eau, à l’inverse des latitudes élevées en Asie où une sécheresse prononcée et tenace serait considérée par certains à  l’origine des mouvements ethniques exogènes fatals à l’empire romain. La Table de Peutinger étant une compilation de données de plusieurs époques, André  Pelletier reporte au IIe siècle la création de la voie Narbonnaise. Il en fait une conséquence tardive du développement de la cité d’Alba en Helvie (Ardèche) et des échanges induits de cette cité avec Lyon. N. Corompt ne partage pas cet avis en raison du rôle stratégique du Rhône et de sa vallée depuis la plus haute antiquité (p. 65-66 et 72). Il est difficile de se prononcer catégoriquement, même si la prise en compte des conditions climatiques milite plutôt en faveur du point de vue de l’historien de la Vienne gallo-romaine. Au Moyen-Âge encore, c’est le piedmont et non la vallée qui était emprunté, notamment par saint Louis et les contingents de croisés qui se rendaient à Aigues-Mortes y embarquer pour la Terre Sainte. Sauf en 1248, où il utilise la voie fluviale,  il a plutôt suivi la voie Régordane qui partait du Puy. Je l’ai personnellement parcourue jusqu’à St-Gilles-du-Gard. Certes, la raison principale était tout autre : la vallée, la rive gauche du moins, était terre d’empire, et seule l’ancienne Narbonnaise rive droite était en principe à disposition des gens du royaume, mais précisément les caprices du Rhône, qui se portaient particulièrement sur cette rive resserrée entre le fleuve et le flanc est des Cévennes, ont aussi pu jouer un rôle.



 

Vallon et rempart sud vus depuis la route de la Ribaudy

Plan du site

 

Dans son article de 1985, G. Pétillon indiquait : « Nous en avons fait un relevé partiel en 1973. » (Dan l’tan, n° 6, p. 28) et, dans sa fiche n° 7 de Pélussin (Murailles du Moulin à Vent), il précisait : « J’ai fait avec Dominique Bonnaud un relevé de la partie la mieux conservée, qui est celle bordant les vignes », donc côté sud. Effectivement, le relevé ne pouvait être que partiel en raison de la présence d’une exploitation agricole et d’une habitation qui font obstacle totalement ou presque à toute expertise du site au nord et à l’est, où l’installation d’un camping, dont mon père est à l’origine, n’a pas non plus contribué à améliorer la compréhension du site. Mais c’est un relevé de tous les murs que nous avons fait, par triangulation, approximative en raison de la présence d’un important couvert végétal, et sans autre distinction que leur épaisseur traduite sur le papier par des nuances de trait. Il existe toutefois des détails suggestifs : par exemple l’appendice très étroit en forme de goulot d’arrosoir à main de la parcelle longiforme B33 du cadastre, le réservoir de l’arrosoir dépourvu d’anse. Étranglé entre les parcelles B25 et B26, cet appendice occupe la place que nous avions identifiée à une rampe d’accès au sud-ouest du site. La forme curieuse de cette parcelle ne s’invente pas, et la rampe semble correspondre à une entrée en chicane, dispositif défensif bien connu. L’autre rampe au nord pourrait être plus récente et correspondre au chemin d’accès à l’ancien moulin.

 

Récemment, en consultant cette section B du cadastre, j’ai fait le constat suivant : un grand nombre de parcelles se suivent selon un tracé formant une figure de trois quarts ou d’un demi cercle. Il pourrait bien circonscrire le site originel, enceinte ou/et habitat. En utilisant une échelle à peu près identique, j’ai pu y caler schématiquement notre plan de 1973. Sans surprise, une grande partie des murs alors identifiés se confondent avec  des limites de parcelles. Si cette corrélation montre la relative fiabilité de notre relevé, elle ne prouve rien d’autre que la construction du parcellaire à travers le temps par réaménagement et réemploi de l’existant, modifiant et bouleversant à de multiples reprises la configuration primitive. Il a été récemment déclaré que le Lidar doublé d’un drone, acquis en 2022 par l’association Des Pierres et des Hommes, « est approprié au Moulin à Vent ». L’expérience mérite d’être tentée : vraisemblablement, le Lidar repérera les murs de notre relevé de 1973, et confirmera la fiabilité de ce dernier, comme la superposition du plan sur le cadastre à laquelle j’ai procédé. Il pourra y ajouter quelques structures qui nous auraient échappées, mais il ne fera pas mieux le tri entre ce qui est ancien correspondant à une enceinte primitive, et ce qui a été créé de toutes pièces plus récemment, sauf à  repérer quelques tours d’angle, ce que nous avions fait. Il existe aussi au Moulin à Vent un atelier médiéval de meules sur plusieurs affleurements rocheux, dont l’un est surmonté de deux bassins d’une trentaine de centimètres de diamètre. Mais, contrairement au vieux moulin, cette meulière se situe hors enceinte, à l’ouest, sur une parcelle à proximité d’un petit chemin conduisant de la route de la Vialle à la tranchée de l’ancienne « galoche » ou « tacot » au  débouché sud des viaducs.

 



Une enceinte parmi d’autres du Pilat et du Haut-Vivarais ?

 

Ignoré jusqu’à maintenant en tant qu’enceinte du Pilat, le Moulin à Vent mérite d’être comparé à tout ce qui y était auparavant identifié comme tel. En 1994, N. Corompt avait abordé le thème des sites de hauteur dans son mémoire de maîtrise. L’année suivante, son mémoire de DEA traitait exclusivement de ce sujet sur trois départements (N. Corompt, Entre Gaule du Nord et Gaule méditerranéenne : les habitats fortifiés de hauteur dans les départements de l’Ardèche, de la Loire et du Rhône, mémoire de DEA, Université de Lyon II, Lyon, 1995, p. 57-58). Mais ce qui nous intéresse ici n’y occupe que quelques pages. C’est pourquoi dans les lignes qui suivent, c’est à son mémoire de maîtrise que je ferais plutôt référence, étant de surcroît précisé que sur ce sujet, comme en d’autres, elle a puisé la quasi-totalité de son information dans les fiches Pétillon. En 2013, Fabien Delrieu et Pierre Dutreuil, dans le cadre d’un programme de recherche sur l’habitat fortifié à  l’âge du Bronze et au 1er âge du Fer sur le versant oriental du Massif central, ont repris à  leur tour plus particulièrement  la documentation sur les quatre sites connus de ce secteur, dans un article de synthèse bien documenté pour l’essentiel, même s’ils n’ont manifestement pas eu accès à toutes les informations, et qui donne les plans de trois des sites présentés avec leurs courbes de niveau, mais ils ne présentent de ces enceintes qu’une seule interprétation réductrice en termes de système défensif. On ne peut que le regretter (F. Delrieu, P. Dutreuil, Les fortifications d’altitude en pierres sèches dans le Haut-Vivarais et le Pilat : architecture et chronologie, Ardèche Archéologie n° 30, 2013, p. 65-71, 7 pages seulement mais deux colonnes par page. Je suis redevable à Mr. Philippe Richagneux, secrétaire du GRAL, de m’avoir communiqué cet article). De plus, il est intéressant et curieux de constater qu’eux et N. Corompt n’envisagent ici de fortifications que sur des sites de hauteur. Or, le Moulin à Vent ne rentre pas dans cette typologie.

 

À propos de St.-Sabin (Véranne), Delrieu et Dutreuil soulignent l’indigence des résultats de plusieurs sondages : le premier vers 1935 par des Viennois, M. Delaroche et Gabriel Chapotat, au sud de la chapelle sur un amas de blocs considéré par eux sans preuve comme un tumulus néolithique. Ils y ont recueilli des fragments de poterie, disparus, attribués pareillement au Néolithique. Avant les grands travaux de sa période viennoise, Chapotat ne se démarquait guère des poncifs en faveur dans les milieux de l’archéologie de l’entre deux guerres. Il a même laissé un article d’une grande banalité sur les pierres à bassins à  propos de l’une d’entre elles sur les hauteurs de Ste.-Colombe. Quant à l’enceinte, bien présente sur le versant ouest le moins abrupt, édifiée avec les pierres de l’imposant chirat à travers lequel a aussi été aménagé le chemin d’accès au lieu de pèlerinage à partir des auberges, N. Corompt (p. 51-52) l’attribue au Chalcolithique/Bronze. C’est un emprunt évident à Pétillon qui lui décerne « une très grande ancienneté : bronze voire même néolithique » sur le seul critère que son parement est des plus fruste, ce qui est plus que discutable (Pétillon G., sd, fiche n° 2 de Véranne, St.-Sabin). Pour les sondages de Jean Patissier en 1976, je sais à quoi m’en tenir à leur propos puisque j’ai participé à ceux de Château Bélize. Ses compétences en archéologie classique, comme le montrent ses rapports sur le gallo-romain à St.-Appolinard, sont certaines. Elles sont moins assurées pour la préhistoire : il n’a rien trouvé à  l’arrière du parement interne du rempart, mais sur l’arête sommitale nord-sud, le long du chemin qui descend en direction de Buet, il a sondé deux fonds de cabanes, dont l’une à l’angle sud-est du rempart, non sur Véranne mais sur  Colombier (parcelle B15), à la limite des communes, et il y a trouvé en profondeur quelques poteries grises qu’il pense protohistoriques et… médiévales. À juste titre, et en dépit de son enceinte « néolithique », Pétillon, auquel N. Corompt emboîte le pas, ne retient que le second qualificatif pour ces tessons manifestement liés sans surprise aux activités pérégrines. Sur le flanc ouest et dans la même parcelle B15 de Colombier, qui s’étale sur pas moins de 29 ha, Pétillon fait état de nombreux fonds de cabanes, mais elles sont hors enceinte. À l’intérieur, sur l’arête sommitale, il y a à quelques mètres de la chapelle actuelle des vestiges au sol,  mais ils correspondent à la chapelle antérieure à celle d’aujourd’hui datée de 1683, due aux soyeux de Pélussin dont les Benay. L’un des deux modestes fonds de cabanes, les seuls de la même arête, sondés par Patissier et qualifiés pompeusement de « bâtiments »,  n’offre même pas à un homme la place suffisante pour s’y étendre jambes allongées, ce que N. Corompt semble avoir en partie compris. Ceci ne peut correspondre qu’à un abri temporaire de chasseur ou de berger, sachant que la transhumance estivale était pratiquée dans le Pilat au Moyen Âge comme nous l’apprend le Cartulaire de St.-Sauveur-en-Rue pour les hauteurs de Taillard, mais d’autres secteurs du massif ont probablement aussi été concernés. L’enceinte n’a donc rien de défensif et n’a jamais abrité un habitat permanent. Pétillon lui dénie également toute fonction militaire en raison de l’altitude, de la prise aux vents et de la présence au nord d’une seule modeste source. Il lui reconnaît seulement une finalité religieuse, toujours d’actualité. On se demande bien d’ailleurs ce qu’il y aurait ici à défendre. Tout au plus peut-on imaginer un excellent poste d’observation des déplacements de troupes, notamment lors de la guerre des Gaules. L’enceinte correspondrait plutôt à un enclos pour le bétail, étroitement lié au culte ici pratiqué. Ce n’est pas le seul exemple de vénération d’un saint assez obscur (Savi en patois) servant d’alibi à un culte païen agraire christianisé, décrit entre autres par l’abbé Batia (Recherches historiques sur le Forez-Viennois, St.-Étienne, Dumas, 1924, p. 251-252). Il est censé protéger de la foudre et, pour le cheptel et, à partir du XVIIe siècle à l’initiative entre autres des Benay de Pélussin, pour le ver à soie, des épizooties. Il est aussi associé à la pratique des rebouteux. Lors des pèlerinages, principalement le lundi de Pentecôte, est effectuée la cueillette et la bénédiction de l’alchimille des Alpes, encore appelée pied de lion, herbe de St.-Sabin ou herbe aux sorciers, laquelle figure dans la pharmacopée des alchimistes, et dont une poignée est ensuite attachée au-dessus de l’entrée des étables pour la protection des troupeaux. Il y a là ce que l’on appelle un faisceau d’indices favorables à cette interprétation pastorale et cultuelle, laquelle ne fait pas obstacle à ce que cette transhumance et ce culte aient une origine antérieure à l’ère chrétienne. Si l’attribution à  la protohistoire, voire plus haut dans le temps, des céramiques Patissier et Chapotat n’est pas prouvée, rien ne s’oppose donc à ce que l’on trouve ici un jour de tels artefacts, mais le Moyen-Âge reste le premier concerné parce que, des trois petits épisodes d’optimum climatique les plus récents de notre histoire, indépendamment du nôtre, au sein de fluctuations de plus grande ampleur, l’optimum de l’âge du bronze (1500-1000 av. J.-C.), celui de l’époque romaine (ca 200 av.-250/300 apr. J -C.) et l’optimum médiéval (ca 900-1300 apr. J.-C.) qui précède le petit âge glaciaire de l’époque moderne, c’est le dernier qui est le plus marqué, les deux autres se caractérisant par un écart peu significatif d’un demi-degré de plus que durant les périodes froides qui les encadrent. L’exclusivité médiévale des débris de poterie, soulignée par Pétillon et N. Corompt, va dans le même sens.

 

À l’est des cols de l’Œillon et du Gratteau, aux Trois-Dents (Véranne), dont les pendages accentués sont occupés, tant au nord qu’au sud, par d’imposants chirats, on ne peut nier la présence sur le versant méridional, juste au pied des falaises ou pics qui ont donné leur nom au site, d’une structure empierrée rectiligne bien visible à distance, notamment depuis St.-Sabin. Sur place, dans la parcelle AE13 de Véranne de 5 ha ½ environ, on remarque dans le cirque d’éboulis une muraille à double parement édifiée de main d’homme, et elle-même très éboulée, qui s’étale de la Roche Anglaise à  l’ouest, le premier des trois pics, ou le second si l’on veut en voir quatre, jusqu’au suivant. Plus haut, dans l’espace formant col entre ces deux pics, on distingue encore, parallèles ou presque, deux autres alignements pierreux moins allongés. La surface de l’ensemble est ainsi compartimentée en deux. Delrieu et Dutreuil voient aussi sur ces alignements supérieurs des parements, mais « agencés… de manière relativement fruste ». Pourtant, il existe une autre expertise scientifique, celle de Bernard Etlicher,  géographe, naturaliste, enseignant à l’Université de St.-Étienne de 1973 à 2017, président du Conseil scientifique du PNR du Pilat de 2005 à 2021, puis son vice-président. Ses compétences géologiques sont certaines et il voit dans les alignements en surplomb du principal rempart des fronts de moraines de névé, toujours situées en position d’abri au vent dominant, qu’il compare à  celles du Canigou (Pyrénées-orientales). Faute d’alignements perpendiculaires pour former un quadrilatère, il remet en partie en cause la lecture du site comme enceinte pré ou protohistorique de type défensif.  En fait, le problème ne se pose pas vraiment puisque les alignements s’appuient contre les enrochements latéraux. En 1994, N. Corompt aurait observé à l’intérieur des remparts des structures du type « fonds de cabanes », qui lui feraient presque accepter un habitat humain improbable (p. 52-53). On peut se demander si elle les a vraiment vus, car une fois de plus elle semble s’aligner sur Pétillon qui mentionne effectivement des fonds de cabanes entre l’enceinte et la falaise (Pétillon G., sd, fiche n° 1 de Véranne, Enceinte du Pic des Trois Dents). Ni moi, lors de plusieurs visites, ni Delrieu et Dutreuil en 2012, n’avons rien remarqué de tel. Pour autant, leur témoignage n’est pas à rejeter, mais ce qu’ils ont vu doit être aussi peu convaincant que les « bâtiments » de St.-Sabin. Pétillon rappelle la présence intéressante et originale contre la falaise d’une large brèche à  ciel ouvert, pour autant appelée grotte des fées ou du feu, et d’un petit trou circulaire qui semble taillé de main d’homme, le tout surplombant une cavité, le puit des fées, qui retient de l’eau et où de l’eau coulerait, paraît il, depuis le trou circulaire. Comme à  St.-Sabin, l’ensemble de murs n’a rien de défensif. C’est aussi l’opinion de M. Etlicher avec un argument qui lui est propre mais qui, on l’a vu, n’est pas recevable, et une fois de plus Pétillon n’attribue au site qu’une signification religieuse, dont il n’y a toutefois aucune trace et, de façon plus crédible, aucune valeur militaire avec cet autre argument qu’il est dominé par la falaise des Trois Dents. De fait, qu’y a-t-il à défendre, sinon des tas de cailloux, en ces lieux ingrats en prise à des vents violents et aux intempéries ? Sans compter le problème du ravitaillement :  vivres, aucune structure crédible de stockage ne pouvant être décelée, et eau, nonobstant le semblant de source repéré par Pétillon. Quoiqu’il en soit, il y aurait ici un mix de naturel et d’anthropique peu banal qu’il faut comprendre. L’anthropique se distingue encore dans les ouvertures aménagées au centre de chacun des murs, toutes  alignées sur un même  axe, ce qui ne s’invente pas. Quant au mobilier, c’est le néant absolu. Ni Patissier en 1974, ni N. Corompt et tous les doctorants préhistoriens autorisés à fouiller n’ont jamais rien trouvé. En définitive, le site est indatable et, comme à St.-Sabin, il semble raisonnable de voir dans ce système de murs un enclos compartimenté pour le bétail utilisé en périodes d’estive. Pour le confectionner, les pasteurs auraient utilisé ce que leur offrait la nature en l’aménageant et en le complétant.

 

Château Bélize (Pélussin, parcelles E1230-1235, mais aussi en grande partie sur Pavezin) est situé sur le versant nord du crêt de Baronnette ou de Bourchany mais très près de la ligne de crête et, à  l’inverse des deux sites précédents, à l’altitude raisonnable de 873 m. On y  accède depuis le col de Pavezin par le sentier du Parc n° 8, à l’ouest à partir de Grange Rouet par une courte montée, ou à l’est par une montée longue et abrupte à travers une hêtraie. On y distingue une petite enceinte ovale d’une modeste superficie (un tiers d’hectare),  dominant une falaise très éboulée propice aux abris sous roche, et au pied de laquelle Raymond Grau aurait trouvé une tête humaine en granit d’une quinzaine de cm taillée en boule, les yeux et la bouche marqués d’un trait creux, semblable à une autre tête surmontant un long buste dépourvu d’épaules, et encastrée dans un mur de grange d’un hameau au-dessous de Montant (Chuyer). Du rempart à double parement large de 2,5 m en moyenne, il ne reste que quelques pans. Une entrée longe d’abord la muraille avant de traverser la falaise. De nombreuses prospections sans grands résultats ont contribué à accentuer le cahot des lieux et à brouiller les couches archéologiques. Aux fouilles de Louis Dugas en 1927, ont succédé les fouilles Patissier-Ughetti en 1973. J’étais le plus jeune des participants. Était aussi présente l’intuitive Denise Peillon, dont le nom reste attaché aux silex de la Font-Ria (St.-Genest-Malifaux). N. Corompt (p. 17 et 45) considère ces fouilles comme les seules soi-disant pratiquées selon la méthode stratigraphique  dans le Pilat. Il faut relativiser : Delrieu et Dutreuil eux-mêmes constatent d’après le rapport Patissier « l’absence de contexte stratigraphique ». Et, de fait, une fouille stratigraphique, ça ne consiste pas seulement à aligner un semblant de cordeau, sans compter que ce n’est pas forcément la bonne méthode sur un tel site. Vu d’un côté la difficulté de l’accès aux lieux et celle des lieux mêmes  (important couvert végétal et faible épaisseur du substrat terreux sur un site pentu et très chaotique), de  l’autre le petit nombre des « fouilleurs », la moyenne d’âge et les motivations pas toutes désintéressées des principaux acteurs, je peux certifier que ces prospections ont été  assez superficielles. Toutefois, contrairement aux enceintes précédentes, nous sommes ici en terrain plus sûr avec un peu plus de mobilier. Dans l’entrée à l’intérieur de la muraille, J. Patissier a trouvé plusieurs tessons de céramique surtout grise, c’est-à-dire majoritairement médiévale. Conservés par lui, on ne sait ce qu’ils sont devenus.  Sollicité, Robert Périchon (1928-1999) de Roanne a fait une expertise « prudente » de l’ensemble : il identifie un fragment semblable aux sigillées jaunes de Roanne au Bronze final ou au 1er âge du Fer. Delrieu et Dutreuil pensent toutefois que le dessin présent dans le rapport Patissier ne permet raisonnablement pas de lever cette imprécision et que sa relation avec le rempart n’est pas assurée. Mais il y a aussi des tessons laténiens, gallo-romains et médiévaux, ce qui n’est déjà pas rien et laisse envisager une longue occupation jusqu’à la guerre de Cent ans. Quant à la qualification du site dans sa phase la plus ancienne, l’enceinte est trop petite pour être considérée comme défensive et sa fonction serait plutôt cultuelle (Bélize/Belisama ?). Pétillon a émis en ce sens une hypothèse intéressante : au nord des ruines d’une construction voisine munie de deux tours d’angle quadrangulaires qui font penser à un château médiéval dont le lieu aurait pris le nom, se trouvait un grand bassin bêtement détruit par la municipalité de Ste.-Croix-en-Jarez au cours d’une recherche de source sur les conseils d’un sourcier quelque peu dérangé. L’eau, captée sur le plateau situé au nord, y était conduite par un drain en pierres. La réputation néfaste de cette source, censée procurer la colique, et chargée de légendes, le seigneur du coin y faisant boire toute sa chevalerie sans l’épuiser, laisse présumer d’un culte païen des sources anathémisé par le christianisme (Pétillon G., sd, fiche n° 1 de Pélussin, Château de Bélize).

 

Le Chirat Blanc (St.-Symphorien-de-Mahun, Ardèche) ou Suc de Barry, qui doit son premier nom aux éboulis de blocs de quartz sur son flanc oriental, est situé sur l’un des sommets d’une de ces dorsales sud-ouest nord-est  par lesquelles se termine le massif des Cévennes à l’est, la plus au nord étant celle du Pilat. Le site au fort pendage  est ceint d’un rempart ellipsoïdal très allongé, à  double parement assez fruste et très détérioré, formé  de deux sections appuyées au nord sur un chaos rocheux. Albin Mazon, le premier, en 1901, puis en 1906, à  avoir mentionné le site  qu’il met au rang des oppida d’origine romaine ou gauloise, avec le sens des réalités et la perspicacité intuitive dont il fait souvent preuve, envisage dans sa composition non seulement des pierres sèches mais aussi des branchages (A. Mazon, Le Préhistorique dans l’Ardèche, Privas, 1906,  p. 56). Cette enceinte est la seule de celles que nous venons de présenter à abriter un véritable habitat composé de 83 « habitations » de format assez homogène,  recensées lors des prospections de 2012. Leurs soubassements sont en pierre sèche et leur surface varie de 12 à 26 m². Les concentrations et alignements sont plus importants à proximité de l’entrée du site au sud-est,  le long des voies de circulation intérieures, notamment celle qui dessert le site depuis l’entrée, ou le long de la ligne  sommitale qui constitue le seul replat. Qu’est-ce qui a rendu ici possible une telle occupation à une altitude d’un peu plus de 1000 m, alors que nous avons constaté sa quasi impossibilité à St.-Sabin et surtout aux Trois-Dents, situés également à plus de 1000 m. Vingt centièmes de latitude sud supplémentaires ne sont pas significatifs. En fait, la dorsale du Suc de Barry est protégée des influences septentrionales par les autres dorsales cévenoles qui la précédent vers le nord. Pour autant, diverses fouilles (Georges Goury, 1916 ; Henri Muller, 1921 ; C.-A. Poinard, 1963-1966 ; Éric Durand, 1993 ; N. Corompt, 1995) ont donné de piètres résultats : un modeste tesson de « poterie mal cuite » vaguement estimé de facture protohistorique trouvé dans un des bâtiments lors des fouilles Goury de 1916. Sans élément de datation véritable, toutefois, des similitudes architecturales avec le site de La Farre (St.-Andéol-de-Fourcades) à 30 km au sud, sondé en 1977 par l’abbé Teyssier, et occupé au Ve siècle avant notre ère, autorise les chercheurs à adopter à  titre d’hypothèse une datation similaire. Quant à la qualification du site, seule une structure hémicirculaire adossée au parement externe à l’est du rempart justifierait timidement une fonction défensive. Mazon rapporte et semble accepter aussi, avec moins de bonheur, que « d’après bien des gens du pays, il s’agirait simplement d’une enceinte où l’on aurait parqué les bestiaux en temps de peste, ce qui, d’ailleurs, n’aurait rien de contradictoire avec la version de très vieille histoire ou de préhistoire généralement admise à ce sujet. »

 

Ces quatre « fortifications » sont donc non seulement très  différentes de celle du Moulin à Vent (altitude, absence de tours et de bastions), mais aussi entre elles. Tout au plus peut-on repérer entre l’une ou l’autre quelques affinités. Dans leur conclusion, Delrieu et Dutreuil les rattachent à la fin de la période protohistorique. Même si les preuves manquent pour certaines et  même si la période médiévale est, semble t-il, aussi très présente sur ces sites, ceci me semble plausible et je n’y fais aucune objection. En revanche, comme tout mon propos l’a montré, je suis très réservé sur leur interprétation exagérément univoque : sous leur plume, l’expression « système défensif » revient trop souvent, pour ne pas dire constamment, et ils l’appliquent à chacun des quatre sites présentés, comme si le temps de l’archéologie avait suspendu son vol une fois pour toutes au début du XXe siècle, après les publications pionnières de Louis-Pierre Gras et Louis Dugas, qui ont aussi abusé de l’attribution celtique, celle  retenue en dernier lieu par Delrieu et Dutreuil (L.-P. Gras, Essai de classification des monuments préhistoriques du Forez, Montbrison, 1872 ; L. Dugas, Étude sur quelques monuments celtiques du Mont Pilat, Vienne, Remilly, 1927). Les recherches ont  beaucoup évolué depuis et il existe bien d’autres possibilités que la seule enceinte défensive, qui plus est de la Tène finale. Je ne suis pas le seul à considérer comme totalement non défensives les enceintes de St.-Sabin et des Trois Dents, Georges Pétillon leur déniant aussi toute fonction militaire. Lui et, dans son sillage, Nathalie Corompt, me paraissent donc plus nuancés que Delrieu et Dutreuil. De surcroît, la première partie du titre du DEA de Mme Corompt-Achard, « Entre Gaule du Nord et Gaule méditerranéenne », convient assez bien au cas particulier du Moulin à Vent, où je suppose des affinités fontbuxiennes. Je dois reconnaître que moi-même en 1974, je n’étais guère critique à l’égard de toutes ces enceintes du Pilat que je me contentais de citer, alors même que, sur d’autres sujets, j’exprimais quelques réserves notamment sur le mégalithisme (le Flat) et déjà, mais timidement, de sérieux doutes sur les interprétations classiques des pierres à bassins, ce que j’ai depuis développé plus amplement. Delrieu et Dutreuil en appellent aussi à «  des investigations de terrain plus poussées ». C’est un propos assez récurrent depuis un siècle, mais jusque là on ne l’a guère vu déboucher sur des initiatives autres que les petites opérations de sondages que nous avons évoquées avec les résultats que l’on sait. Si dans les temps à venir cet appel devait se concrétiser, encore faut-il comprendre les conditions particulières des fouilles au moins en partie sur certains de ces sites. Aux Trois-Dents, le long du « rempart » de St.-Sabin et dans une moindre mesure au Suc de Barry, la présence de chirats rend toute recherche pratiquement impossible et inutile, les éventuels artefacts que l’on aurait pu y trouver auront glissé entre les éboulis sous lesquels il est vain d’espérer pouvoir les récupérer. Ainsi s’expliquent sans doute les résultats négatifs des sondages en ces endroits précis. De plus, en période de réduction drastique des budgets, pour des opérations nécessitant des moyens importants, il faudra faire des choix. Dans ces conditions, St.-Sabin et surtout les Trois-Dents ne me paraissent pas des priorités. Il serait à mon avis préférable de privilégier Château Bélize et le Chirat Blanc, et je ne saurais trop inviter également les chercheurs à s’intéresser au Moulin à Vent, un site probablement plus prometteur que les précédents. Il ne peut pas véritablement leur être comparé tant il en diffère, et il contribue à renouveler notablement les données disponibles sur la préhistoire du Pilat.

 

Je termine ce copieux chapitre par l’évocation d’un autre site potentiellement remparé et protohistorique du Pilat, sur une modeste hauteur de 627 m, située à 50 m environ au-dessus de Berger-Caillat (Roisey), et occupée  par le bois Blachemard (composé de blache, du gaulois blaca, chêne blanc, désignant un bois, un  taillis, et souvent une terre gagnée sur un taillis, et de mard correspondant probablement au vieux français mare, maire, maior, plus grand, ce toponyme signifierait donc quelque chose comme Grandbois). En contrebas de cette éminence, dans des parcelles mentionnées dans sa fiche n° 3 de Roisey par Georges Pétillon, qui y subodore un possible « habitat en cabanes », j’avais trouvé au début des années 1970 une bola ou balle de fronde en granit, parfaitement ronde et grosse comme une balle de tennis. Elle gisait plus précisément au pied d’un challier, aujourd’hui délaissé et envahi par les taillis, soutenu par un mur très épais et composé de gros blocs en pierre sèche, correspondant sans doute à l’extension des cultures en hauteur lors d’une période d’optimum démographique, tel celui qui a précédé la guerre de 1914-1918. À  l’époque, moi et Pétillon n’avions pas poussé nos investigations au-delà de ces parcelles au nord et à proximité de la route qui dessert les hameaux de Berger et de Caillat. Or, récemment, la consultation du cadastre m’a permis de remarquer, un peu comme au Moulin à Vent, une distribution circulaire et en éventail des parcelles autour de cette petite hauteur. La bola pouvant relever tout autant de la fin de la protohistoire que de la période médiévale, il en va de même pour cette hauteur et les structures qu’elle est susceptible d’héberger. Début novembre 2024, Philippe Monteil, habitant Roisey, s’y est rendu à ma demande et y  a procédé à quelques rapides observations : sur la légère pente sud proche du sommet, une parcelle grossièrement rectangulaire est occupée par un champ peut-être exploité récemment. C’est la seule partie non boisée de cette crête, où l’on trouve beaucoup d’aménagements murés et, sur la partie la plus haute, un soutirage fait penser à l’intérieur d’une construction effondrée.

 

 

Les silex Pétillon

 

En 1977, Jean Combier, directeur de la circonscription d’Archéologie Préhistorique Rhône-Alpes, dans un rapport décennal publié dans Gallia Préhistoire, évoquant, d’après des informations recueillies manifestement auprès de G. Pétillon, les prospections effectuées de 1971 à 1973 entre autres dans la commune de Pélussin, déclarait : « …au sud de l’éperon du Moulin à Vent, M. D. Bonnaud a recueilli dans des terres cultivées une industrie de silex laminaire qui comprend une quarantaine de pièces, probablement du Paléolithique final ou de l’Épipaléolithique » (« Informations archéologiques de la circonscription Rhône-Alpes : Dix ans de recherches préhistoriques dans la région Rhône-Alpes (1965-1975) », Gallia Préhistoire, t. 20, fasc. 2, 1977, article Pélussin, p. 644). C’est assurément flatteur, mais ce n’est pas exact. Il ne faut pas s’en étonner : ces rapports, rédigés en différé et souvent dans l’urgence, ne sont pas exempts, sinon d’importantes erreurs, d’informations très approximatives. En réalité, si je suis bien l’inventeur du site du Moulin à Vent,  l’auteur de la découverte de ces silex est G. Pétillon lui-même. Il suffit pour s’en assurer de consulter son rapport de 1973, sa fiche n° 8 de Pélussin (Silex taillés du Moulin à Vent), et son article de 1985 : « Dans les terrains cultivés, au Sud des murailles, j’ai trouvé une assez grande quantité de silex taillés. […] On peut les dater du Mésolithique au Chalcolithique, c’est-à-dire de la fin de l’époque glaciaire à la découverte des métaux. Au pied des murailles, j’ai également trouvé des fragments de céramiques qui attestent une occupation à l’âge du Fer. C’est donc  un site qui fut occupé pendant plusieurs millénaires » (Dan l’tan, n° 6, p. 28). À cette époque, je suivais à Lyon II les cours d’Archéologie préhistorique de Denise Philibert, décédée en 2022, spécialiste du Mésolithique. Je lui avais donc tout naturellement soumis pour expertise les trois planches dressées par G. Pétillon dans  son rapport de 1973 pour représenter 37 des 43 silex qu’il avait recueillis. Le microlithisme de ces pièces avait particulièrement attiré son attention, et elle y voyait une industrie mésolithique. Toutes les bonnes expertises convergent et c’est à tort que certains vieillissent ces outils, notamment Mme Achard-Corompt (p. 10) qui les rattache non seulement au néolithique mais aussi au magdalénien, voire même au moustérien. En l’attente de plus grandes précisions, la périodisation très large adoptée par G. Pétillon dans son article de 1985 paraît recevable ; elle recouvre toute la gamme des artefacts actuellement recueillis sur les lieux.

 

Je me suis toujours interrogé sur les silex Pétillon. Je veux bien admettre que celui-ci avait la main « archéologique » comme on dit de quelqu’un : « Il a la main verte ». Il rapporte également que d’autres sont passés avant lui et ont fait d’amples « récoltes » à une époque où le site n’était pourtant pas très connu et, à  preuve du contraire, celles-ci n’ont guère laissé de traces. Surtout,  je m’explique mal l’absence d’autres découvertes après lui dans les mêmes terres à la suite des labours. Moi-même, je n’avais rien trouvé, mais peut-être n’avais-je pas exploré la zone précise des silex Pétillon, à savoir les parcelles B 32-44, 48-53, 55-59 et 2365, toutes situées hors rempart, dans une vigne aujourd’hui en friche (parcelles 42-44) insérée dans un rentrant de ce dernier, et dans les champs qui s’étalent sur la légère pente du vallon jusqu’à 100-150 m environ au sud du rempart. Des indices militent en faveur d’une taille partielle sur place, sans que l’on puisse pour autant parler d’un atelier comme à la Font-Ria (Saint-Genest-Malifaux), qui ne peut pas être un gisement paléolithique en raison des conditions climatiques et de l’absence de couvert végétal à l’époque. Comme l’établit Vincent Georges, « des phases érosives majeures auraient envoyé bien au-delà de la dénivellation la plus abrupte les éventuels vestiges paléolithiques du gisement dont la situation est celle d’une pente abrupte immédiatement sous un replat » (Vincent Georges, Le Forez du 6ème au 1er millénaire av. J.-C. Territoires, identités et stratégies des sociétés humaines du Massif central dans le bassin amont de la Loire (France), Thèse Université de Bourgogne, 2007, vol. 2-Corpus, Item 554. Saint-Genest-Malifaux, Bois Farost La Font Ria, p. 224).

 

Les silex Pétillon, conjointement avec le matériel archéologique des Blaches à St.-Appolinard, sont actuellement égarés et les tentatives pour les retrouver ont toutes échouées. C’est d’ailleurs dans ce but que Philippe Monteil et Thierry Rollat de Regards du Pilat ont enquêté, et que Thierry, il y aura bientôt quatre ans, a retrouvé ma trace. Dans une lettre de 2021 adressée à l’une de mes nièces, le motif principal  de sa demande portait clairement sur  cette quête des silex taillés. Je n’ai pu lui donner satisfaction, mais Philippe Monteil,  seul ou récemment en ma compagnie, muni des trois planches de dessins laissées par G. Pétillon, a exploré sans succès diverses pistes. Le plus curieux dans cette affaire est que, même des personnes ayant travaillé pour le Parc, qui devraient être mieux informées, n’ont aucune idée de ce que ces silex sont devenus. J’ai bien connu G. Pétillon, avec lequel j’entretenais les meilleurs rapports. C’était quelqu’un de rigoureux et de méthodique. Il n’a pu laisser ces silex sans une signalétique précise. Reste la possibilité de leur versement par le PNR du Pilat, en définitive seul  responsable de leur devenir, au SRA, dont le dépôt de Villeurbanne est actuellement fermé pour travaux. Mais la difficulté d’obtenir des informations, tant du Parc que du SRA, constituent des aberrations administratives.

 

Dans son rapport de 1973, G. Pétillon a procédé à l’identification des 43 silex qu’il a récoltés et dessiné 37 d’entre eux :

• 5 petits disques très retouchés 1-5

• 1 biface cassé récemment 6

• 3 pointes moyennes présentant des cassures anciennes 7-9, le 18 serait peut-être à ranger dans la même catégorie

• 4 petites pointes 10-13, le 19 à cassure ancienne était sans doute de même facture

• 3 petits grattoirs très retouchés 14-16

• 1 petit rabot caréné 17

• 17 lames tronquées la moitié avec retouches abruptes 20-36

• 1 grattoir plus épais, avec cassure récente et cortex sur la droite 37

• 1 petit nucleus 38

• 5 éclats non retouchés 39-43

Ajoutons pour mémoire : 7 tessons de céramique grise fine aux formes non identifiables, 6 tessons de céramique jaune ou rouge, 1 morceau de galet de serpentine ( ? en fait roche verte) percé, peut-être une fusaïole, 1 rectangle de plomb (3,5x5x0,5 cm) très oxydé, percé au centre et strié sur les deux faces.

 

 

Mais ce descriptif mérite d’être un peu révisé : l’industrie est essentiellement laminaire ; les petits disques très retouchés 1-5 seraient plutôt des grattoirs (pièce 1, grattoir à encoches, et 3-4) à ajouter aux pièces 14-16, un outil peut-être mixte, grattoir et perçoir (pièce 2) et un racloir ? (pièce 5) ; je ne me prononce pas pour les pièces 6, 9 et 19 trop amputées, de même pour 37 en laquelle j’ai du mal à voir un grattoir ; les pièces 7 (du genre bec), 10-13 et 18, sont effectivement des pointes ou perçoirs, auxquelles il faut sans doute ajouter la pièce 33 ; 8 est plutôt une armature foliacée amygdaloïde à base convexe ; je ne sais pas si la pièce 17 carénée est un « rabot ».

 

En résumé :

• lames tronquées : 16 pièces (20-32 et 34-36) dont un certain nombre sont peut-être des grattoirs ou racloirs, 43% ? (pourcentage hors nucleus et éclats).

• pointes ou perçoirs : 8 dont une pièce mixte (pièce 2, les autres étant 7, 10-13, 18 et 33), 22%.

• grattoirs liés au traitement des peaux : 6 (pièces 1, 3-4, 14-16), 16% ?.

• racloirs ? : 1 (pièce 5).

• armatures foliacées : 1 (pièce 8).

• pièces carénées : 1 (pièce 17).

• indéterminés : 4 (6, 9, 19 et 37).

• nucleus : 1 (pièce 38).

• rebuts de taille, éclats : 5 (pièces 39-43).




Pointes de flèches et outil néolithiques

 

Dans les années 2000, à l’occasion de découvertes fortuites, ont été recueillis non plus à l’extérieur du site, mais à  l’intérieur ( ?), quelques éclats, une lame en chaille ferrugineuse, peut-être cévenole, couleur blond roux ou miel clair et à retouches unifaciales, une hachette néolithique, et des pointes de flèches microlithes. Toutes ces pièces sont actuellement détenues par Jacques Patard, qui n’en est pas pour autant l’inventeur. Au demeurant, elles ont légalement vocation à rejoindre des collections publiques (loi du 7 juillet 2016). Les circonstances non encore élucidées de leur découverte impose toutefois pour le moment une certaine réserve. En effet, Philippe Monteil rapporte l’avis du préhistorien Robin Furestier selon lequel ces pointes proviendraient d’Afrique du Nord. Il n’a jamais vu de pointes de ce type dans le sud-est de la France sur des niveaux de fouille du Néolithique, la période explorée plus particulièrement par cet archéologue professionnel. En ce cas, il y aurait supercherie. Pour sa part, Vincent Georges ne semble pas aussi dubitatif. Une enquête devrait apporter des précisions. Elle permettrait entre autres, si la découverte est authentique et si les cassures de certaines armatures sont rituelles, de repérer le lieu exact, information essentielle car il pourrait correspondre à une aire sépulcrale. Ceci fait beaucoup de conditionnel. Néanmoins et dans l’attente, il est permis d’émettre quelques hypothèses : la chronologie de ces pointes pourrait aller du Chalcolithique Campaniforme au Bronze récent. Les pièces 2, et vraisemblablement 3 et 4 ne sont pas des pointes de flèche, mais seul 2 d’un brun tirant sur le roux,  donc avec un apport ferrugineux, est clairement un rebut de taille, sur lequel on distingue nettement les cercles concentriques dus à une onde de percussion. Son origine est vraisemblablement la même que celle de la lame de poignard, à savoir le silex Turonien du Grand Pressigny, et 4 et 8 en proviennent peut-être aussi. 1 pourrait être de l’obsidienne. On en trouve dans toutes les régions volcaniques françaises, particulièrement et surtout dans l’Auvergne et le Velay tout proches. J’hésite à  voir dans 3 et 7 de l’ambre, un matériau qui voyageait déjà beaucoup depuis la Baltique, car ce n’est pas une roche assez dure pour la taille d’outils ou d’armatures : 2,5/10 sur l’échelle de dureté de Mohs, 10 correspondant au diamant. D’autres matériaux sont tout aussi difficiles à identifier, surtout de visu, mais, de toute évidence, ces pointes sont taillées dans une grande variété de roches, certaines assez rares. Même si une assez grande diversité des matériaux est en général plutôt bien attestée au Campaniforme, ceci induirait des relations et des échanges à longue distance et confirmerait l’importance du site. Pour les armatures proprement dites, 1, 6, 10 et 15 seraient les formes les plus anciennes datables du Campaniforme. Ce sont des pointes triangulaires plus ou moins symétriques à ailerons peu dégagés, aux bords souvent denticulés et à base concave ; 8 et 12, avec leur forme légèrement ogivale traduiraient une évolution vers le Bronze ancien ; mais la majorité, soit 5, 7, 9, 11, 13, 14 et 16, serait surtout du Bronze final. Ce sont des pointes à ailerons obliques nettement marqués, à bords le plus souvent rectilignes, très allongés et peu denticulés. Leurs bases sont toutes concaves, mais 17 qui pourrait aussi en faire partie est la seule pièce dont la base est droite, quasi rectiligne. L’absence de pédoncules intrigue, mais les cassures pourraient être, au moins partiellement, à  l’origine de leur disparition. Ces caractéristiques typologiques seraient celles d’une industrie des plus tardives. Pour sa part, la hachette néolithique milite plutôt en faveur de l’authenticité de ces découvertes tant sa couleur verdâtre  la rapproche des quatre autres connues du versant rhodanien du Pilat, que j’avais découvertes ou étudiées au début des années 1970, l’une provenant de La Branche à St.-Appolinard (en dépôt à la mairie), une autre du Perret à Pélussin, et les deux dernières d’un secteur privilégié pour ce type de trouvailles, c’est-à-dire entre la Chaize et la Tronchiat, ce dernier lieu à cheval sur Bessey et Roisey. Tous deux sont proches du Moulin à Vent. Toutes ces haches en roche verte passaient pour des serpentinites.  Telle était l’opinion que j’exprimais alors dans un article du GRAL consacré à deux d’entre elles, celle de St.-Appolinard et celle du Perret (D. Bonnaud (GAFJ, section Forez-Viennois), « Découvertes fortuites de haches polies en serpentine dans le canton de Pélussin », Bulletin du Groupe de Recherches Archéologiques du département de la Loire (GRAL), 1971-1972, 1973, p. 19-21+1 fig.), une opinion partagée plus longtemps encore par G. Pétillon dans ses fiches. Nous y souscrivions d’autant plus volontiers qu’à la Tronchiat se trouvent des affleurements locaux de serpentine. Mais les travaux d’une étudiante en maîtrise, Annie Masson, autrice d’une recherche pionnière, parue en 1977, ont finalement infirmé cette croyance erronée. Dès 1974, je parlais non plus de serpentines mais de jadéitites (Fenêtre ouverte sur le Haut-Vivarais, p. 103), ce qui prouve que j’étais déjà entré en relation avec elle et c’est par mon truchement qu’elle put analyser les haches du versant rhodanien, outre une cinquième en fibrolite trouvée à Roche-la-Molière sur le versant forézien, et elle identifia toutes celles du versant sud au groupe des jadéitites d’origine alpine sous forme de galets charriés par les cours d’eau, et non à celui des serpentinites d’origine locale comme on l’avait cru jusque là (A. Masson, Étude pétrographique des haches polies du Forez, mémoire de maîtrise dactylographié d’archéologie préhistorique Lyon II, 1977, p. 52, item 27, p. 55-56, item 126, 127 et 128, et p. 59, item 158, fig. 9 pour les items 126 et 128). Il existe bien entendu des exceptions, mais la serpentine n’est pas assez dure pour y confectionner des outils : indice de 2,5 à 3/10, à peine plus que l’ambre, contre 6,5/10 pour la jadéite. La difficulté de travailler la jadéite a d’ailleurs conduit les chercheurs à penser que la plupart des hachettes de ce type n’étaient pas utilitaires, mais représentaient une forme de monnaie ou étaient destinées à des échanges de dons du genre potlatch. La minuscule hachette de la Tronchiat, semblable à un jouet d’enfant sans usage pratique, tend à confirmer cette interprétation. Enfin, et je m’adresse à ceux qui veulent voir du mégalithisme en des lieux improbables du Pilat où n’ont jamais été découverts le moindre silex et la moindre hache polie, c’est plutôt ici sur le piedmont, et particulièrement dans ce secteur entre Pélussin, Bessey et Roisey, où la plus grande densité de ces objets ont été recueillis, qu’un mégalithisme est susceptible de se trouver ou de s’y être trouvé. Les traces éventuelles ont été éliminées par les activités agraires et les labours profonds.

 



 

Ébauche de chronologie

 

En l’état actuel des trouvailles disponibles et des connaissances que nous en avons, il est permis d’esquisser une synthèse provisoire, rapide et schématique de l’occupation au Moulin à Vent : à une phase mésolithique, identifiée en direction du vallon par les silex Pétillon, aurait succédé, cette fois à l’intérieur du périmètre délimité par les murs, un Néolithique moyen de type chasséen évolué s’épanouissant jusqu’au Chalcolithique, comme le faciès de Fontbouisse, avec lequel il pourrait avoir des affinités au moins partielles. La grande difficulté est de dater l’enceinte et l’habitat. Elle pourrait bien remonter à ce chalcolithique, sans exclure des remaniements ultérieurs. En effet, les quelques fragments de céramique mentionnés par G. Pétillon, aussi insuffisants que soient encore ces indices, tendent à attester d’une occupation des lieux poursuivie de façon plus ou moins continue sur plusieurs périodes, à l’âge des métaux et jusqu’à la fin de l’indépendance gauloise, avec persistance ou non d’influences méridionales soupçonnées, qu’ont pu entretenir le tropisme méditerranéen et massaliote. Toutes ces hypothèses et celles formulées précédemment restent à vérifier. Pour le moment, il est impossible de dire ce qui est vraiment ancien dans les différentes murailles du Moulin à Vent, mais ce qui a été trouvé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’enceinte, et pas seulement par G. Pétillon, ne laisse aucun doute sur l’ancienneté d’une partie au moins de ces structures et sur leur intérêt.

 

Un site prometteur mais menacé. Appel à des fouilles encadrées

 

Aujourd’hui, je suis plus que jamais persuadé du grand intérêt du site et conscient des menaces qui pèsent sur lui : déjà en 1985, G. Pétillon rapportait que des enfants venant jouer sur les lieux avaient complètement démoli une « chibotte » incluse dans le rempart sud le plus épais, partiellement enterrée, voûtée en encorbellement et équipée d’un foyer avec cheminée débouchant sur le toit et de deux niches murales. Par comparaison avec d’autres exemples en d’autres régions, son usage était probablement viticole. C’est soit un aménagement relativement récent dans le vieux rempart, soit la réutilisation d’une structure préexistante, mais on voit mal pourquoi des « guérites » auraient été aménagées sur la face externe du rempart. Elle était encore en partie debout au début des années 1970 (Dan l’tan, n° 6, p. 28). Il en subsiste une autre. Mais, peu après, dans sa fiche n° 7 de Pélussin, G. Pétillon constatait que les enfants continuaient à endommager les murs et, si rien n’est fait, il sera impossible d’empêcher à l’avenir des fouilles clandestines qui ont déjà eu lieu dans le passé. Dans un registre plus optimiste, notons toutefois que le couvert végétal envahissant, notamment dans la vigne abandonnée où ont été trouvés la plupart des silex Pétillon, contribue à une relative protection des lieux. Quoiqu’il en soit, le temps est venu pour les autorités locales et les archéologues professionnels de s’intéresser enfin au Moulin à Vent, le site probablement le plus intéressant et le plus prometteur du Pilat. Le Lidar peut apporter de nouvelles informations, mais il a ses limites et ne pourra donner les réponses que l’on peut attendre seulement de fouilles sérieuses. Depuis plus d’un demi-siècle que le Moulin à Vent est maintenant connu, c’est en effet le moment d’envisager les prospections indispensables et trop longtemps souhaitées.

 

 

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Annexe – Répartition de l’estampille CLARIANA sur la rive droite du Rhône. UN EXEMPLE DU DÉSINTÉRÊT DES  ARCHÉOLOGUES POUR LA RÉGION DU PILAT ET SES CONSÉQUENCES POUR LA RECHERCHE.

 

La tuilerie-briqueterie Clariana, dont les produits ont été largement diffusés, a connu une période d’activité globalement comprise entre l’époque d’Hadrien (117-+ 138) et la fin du IIe siècle, avec apogée au milieu du siècle. Sa localisation n’est pas  formellement établie : en 1888, l’archéologue allemand Gustav Hirschfeld (CIL XII, Inscriptiones Galliae Narbonensis Latinae, 1888, p. 683), suivi en 1906 par Joseph Déchelette (« Les antéfixes céramiques de fabrique gallo-romaine », Bulletin archéologique du comité des travaux historiques et scientifiques, 1906, p. 40-41), l’avait associée à la station Figlinis de la Table de Peutinger, à 17 milles/25 km au sud de Vienne,  quelle que soit la localisation de cette dernière, celle du baron Walckenaer ou de nombreuses autres. De tout aussi nombreux candidats ont d’ailleurs été proposés pour la fabrique : de la Provence, région de Vaison avec de bien faibles preuves, au Lyonnais, en passant par les régions alpines, Gapençais, Dévoluy, pays voconce (Drôme). Toutes hypothèses singulièrement à  l’écart de la première station du sud de Vienne et de l’idée première d’Hirschfeld, vers laquelle les chercheurs sont revenus en s’accordant aujourd’hui, en raison de sérieux indices, pour la région de Vienne. La répartition des estampilles CLARIANA particulièrement abondantes au sud du chef-lieu des Allobroges, conforte l’hypothèse et, en 1968, Marcel Leglay, alors directeur de la circonscription Rhône-Alpes des Antiquités historiques, avançait la proposition la plus probante : St.-Clair-du-Rhône à quinze kilomètres au sud de Vienne, parce que le lieu-dit et site de Clarasson y cumule concordance toponymique et présence d’abondantes carrières de glaise. En fait, le problème est plus complexe, car, outre l’estampille Clariana, il existe celle de Clarianus qui présente elle-même des variantes, de sorte que l’on tend aujourd’hui à privilégier l’existence non pas d’une, mais de deux, voire plusieurs officines. Quant à la répartition de l’estampille toutes variantes confondues, les spécialistes avaient remarqué sa quasi absence sur la rive droite du Rhône où elle était censée représentée par un seul site : St.-Paulien/Ruessio (Hte.-Loire), qu’ils mettaient d’ailleurs en doute au prétexte que le lieu de découverte n’était pas bien assuré. C’est en fait une estampille Clarianus (Clarian), donc différente d’une estampille Clariana découverte en février 1973, rive droite du Rhône précisément, à St.-Appolinard (Loire).

 

Là, au nord du chemin des Châtaigniers qui, correspondant probablement au tracé de l’ancienne voie du Tracol, à partir de Choron, suit en parallèle l’actuelle D503, précisément aux Blaches (blache, bois,  taillis et souvent terre gagnée sur un taillis), dans la parcelle B513, proche de la station d’épuration et de l’usine Justin Bridou, un cultivateur avait effectué un labour profond pour la plantation d’une vigne. Ce défoncement avait fait remonter de la tegula. Albert Epinat, directeur du collège Gaston Baty de Pélussin, et une équipe de la MJC, dont j’étais, lors d’un rapide sondage gêné par la neige et les intempéries, creusèrent une tranchée à travers les 100 m² contenant les tegulae jusqu’au socle rocheux à 0,60 m de profondeur où reposait une épaisse couche de cendres et charbons de bois issus de fagots et rondins. Ces fouilles ont donné, outre les vestiges habituels (fragments de tegulae et d’imbrex, scories de métallurgie, et de plus rares débris de cornue en terre cuite avec des scories vitrifiées adhérentes),  une fusaïole en terre cuite, un morceau de meule à main en lave caverneuse typique du monde romain, une tegula entière estampillée CLARIANA, et un col d’amphore tronqué portant selon Pétillon la marque   PNV ou PNW, une mauvaise lecture en fait pour PNN selon une correction que j’ai effectuée récemment (amphore Dressel 20, Bétique, description : lèvre aplatie et gorge interne profonde, anses massives à section ronde et panse globuleuse à fond pointu). La fiche rédigée par Pétillon atteste que ces objets se trouvaient en ma possession, mais la tuile et l’estampille d’amphore, restées dans la maison familiale après mon départ de Pélussin, lui ont sans doute alors été confiées, et leur pseudo disparition serait liée à celle de ses silex, autrement dit ils se trouveraient dans un dépôt régional du SRA. Quant à la qualification du site, il ne s’agit pas d’un four de potier vu la rareté des tessons de poterie, mais vraisemblablement d’un petit établissement rural voué, exclusivement ou non, à la fonderie du plomb, le secteur étant riche en filons de galène. En croisant les datations disponibles des estampilles, on peut fixer sa période d’activité à la deuxième moitié du IIe siècle de notre ère. Et G. Pétillon a vu dans une excavation au nord de la parcelle, près du chemin de terre, ce qui lui semblait le départ d’une galerie de mine (Dominique Bonnaud, Fenêtre ouverte sur le Haut-Vivarais, op. cité, p. 105 ; Parc Naturel Régional du Pilat [G. Pétillon], 1973 – Campagne archéologique. Rapport de sondage et fouille de sauvetage des Blaches (St.-Appolinard) ; G. Pétillon, sd, fiche n° 2 de St.-Appolinard, Fonderie de plomb gallo-romaine de La Blache. Dans cette fiche, Georges Pétillon dit à tort la Blache, source de confusion avec un autre lieu-dit de la commune voisine de Maclas). Le plomb étant source de  pollution, il est possible que le sol ait été ici contaminé de longue date. En effet, la vigne plantée n’a pas duré et la parcelle est aujourd’hui de nouveau en friche.

 

 

Au moins à partir de 1997, les spécialistes avaient la possibilité de dissiper leurs doutes en mentionnant l’estampille de St.-Appolinard. En effet, à cette date, le fascicule de la Loire de la Carte archéologique de la Gaule l’avait portée à la connaissance de la communauté scientifique (Marie-Odile Lavendhomme, 1997, p. 186). Or, en 1999, Alain Bouet, dans une étude où il fixait la limite occidentale de la zone de répartition de l’estampille à Gravières (Ardèche), ce qui présentait déjà une contradiction dans la mesure où cette localité se trouve sur la rive droite, à proximité de la vallée du Rhône il est vrai, il ignorait l’existence de celle de St.-Appolinard, un exemple parmi d’autres du désintérêt et de la méconnaissance du Pilat par les archéologues, qui conduit à s’interroger sur le sérieux de travaux scientifiques et à remettre en cause la validité des conclusions de certaines recherches (Alain Bouet, Les matériaux de construction en terre cuite dans les thermes de la Gaule Narbonnaise, Ausonius, 1999, p. 183-186). En revanche, elle n’a pas échappé à Mme Caroline Chamoux dans son mémoire de master 2 en histoire et archéologie des mondes anciens sur Les estampilles sur matériaux de construction en terre cuite gallo-romains en Rhône-Alpes, présenté en 2010 à l’Université Lyon II (non édité, item 42.TXT.001. Mentionnons aussi les dernières références sur le sujet accessibles en ligne : Jean-Claude Béal, Caroline Chamoux et Anne Schmitt, « CLARIANUS, VIRIORUM et les autres : premières remarques sur le corpus des briques et tuiles gallo-romaines marquées de la région Rhône-Alpes », in Anne Baud et Gérard Charpentier (éd.), Chantiers et matériaux de construction de l’Antiquité à la Révolution industrielle en Orient et en Occident, Actes du colloque tenu au château de Guédelon (23-25 septembre 2015), MOM Éditions, 2020, p. 29-51, carte p. 36, https://books.openedition.org/momeditions/9772 ; Jean-Claude Béal, « À propos de la datation des marques du groupe de Clarianus sur les terres cuites architecturales antiques », in A. Borlenghi et C. Coquidé (dir.), Les aqueducs romains de Lyon et d’ailleurs : nouveaux repères, Gallia Archéologie des Gaules, 80-1, 2023, p. 321-326, https://journals.openedition.org/gallia/8610. Bien entendu, l’omission d’Alain Bouet et ses conséquences ne présument en rien de la qualité de ses autres travaux et publications et, à la suite des informations que j’ai pu lui communiquer, il a retiré la publication fautive dont il avait mis une version en ligne.

 

 

 

Amphore Dressel 20




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