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La Maison des Fées





Présenté par
Noël Gardon







Juillet
2024



“La maison des fées”, voilà quatre mots qui tintent à nos oreilles comme une merveilleuse histoire pleine de beauté et de poésie, d’un parfum de légende qui nous font aimer le lieu avant de le connaître. Nous pensons aux contes de notre enfance, ceux de Perrault ou ceux d’Andersen, et nous avons douce souvenance de “Bonne Biche” et “Beau Minon”, mais qu’en est-il exactement ? La Maison des fées est un site légendaire du massif du Pilat, sur le territoire de la commune de Doizieux. Le premier à en parler est Jean du Choul, le plus ancien “historien” du Pilat qui écrivait au XVIème siècle. Evidemment cette maison n’abrite, n’abritait , aucune fées. Nous n’y trouverons ni Mélusine ni Morgan et si on pouvait y trouver une clochette, ce n’était pas la fée , mais simplement la petite fleur d’une herbe folle. Son histoire n’est pas non plus un conte de fée, bien au contraire, puisqu’elle nous conduit des fastes de son origine à des ruines amenant des peurs et des pleurs. :

Jean du Choul écrit :<< Aujourd’hui encore existe la “maison des fées” qui a conservé l’ancien nom de “maison des Fages”. C’est, à mon avis, un palais fort ancien, situé à environ cinq milles de la forêt. Ses ruines en deuil attestent assez quelles furent la magnificence et la somptuosité de ce vaste édifice. Des Lémures nocturnes ont longtemps fréquenté cette basilique, comme on l’appelle. Quant à moi, quoique je l’ai visitée, je n’ai rien vu qui puisse faire croire à leurs apparitions. Je n’ignore cependant pas qu’il existe des esprits de malice dans les édifices publics, dans les maisons particulières, dans les champs et sur les eaux.>>

Rappelons d’abord que les “Lémures” sont des esprits ou ombres des morts qui reviennent sur la terre pour tourmenter les vivants. Ils apparaissent sous forme d’animaux. Admirons le caractère sibyllin de cette description, par un homme qui se dit objectif, il y a des lémures, je ne les ai pas vus, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas puisqu’il existe des esprits de malice. N’oublions pas que du Choul écrivait en 1555.

Le château qui, suivant cette tradition, aurait été le séjour des fées, était au Breuil, au-dessous de Saint-Just, sur le chemin de Doizieux à la Terrasse-sur-Dorlay. Le docteur Francus assure que le Breuil est célèbre par son “château des fées, que personne n’a jamais vu mais qui est mentionné par Jean Pelisson et par du Choul. Celui-ci dit même, répète le docteur en parlant de du Choul, que, de son temps, on en voyait encore les ruines. Le docteur Francus mentionne, lui au Breuil, les “caves des Sarrasins”.


Frontispice du livre du Docteur Francus (1890)


Ne nous laissons pas égarer par ces mots pleins de mystère, car la réalité est banale, simple, matérialiste. Nous avons tous les éléments du puzzle, il suffit de les assembler dans le bon ordre pour avoir toute l’histoire de cette maison.

Du texte de du Choul il faut retenir plusieurs éléments. Le premier est le nom de “maison des Fages” écrit en italique dans le texte et non traduit en latin, alors que l’ouvrage est écrit dans cette langue. Le deuxième est le nom de “basilique” également donné à cette maison. le troisième est la mention des “lémures nocturnes” qui auraient longtemps hanté les lieux, mais qui ne sont plus visibles en 1555.

Du texte du docteur Francus retenons, qu’à son époque, la maison spacieuse dont les ruines avaient été signalées par du Choul n’existait plus, mais que seulement des caves, dites : “des sarrasins” frappaient l’imagination.

On sait que la partie du village du Breuil, où étaient les “caves des Sarrasins” indiquées plus haut, a été inondée par la mise en eau du barrage sur le Dorlay en 1973. Heureusement, avant cette opération, le P. Granger avait eu l’occasion de faire des fouilles sur le site, et d’en donner le compte rendu.

D’après celui-ci, ces “caves des sarrasins” étaient un souterrain qui :<< Partait d’une maison vétuste mais reconstruite sur des fondations encore plus vieilles, probablement au XVIII° siècle à destination d’atelier de cloutier. Une grande cage rectangulaire, partiellement taillée dans le sol rocheux, partiellement construite et s’achevant par un palier à deux mètres de profondeur, donnait accès au souterrain qui passait perpendiculairement sous les fondations de la maison et allait à l’extérieur, obstrué jusqu’au bout, rejoindre environ huit mètres en contrebas un chemin dallé très encaissé, en provenance du Sud-ouest, c’est à dire des rives du Dorlay et de l’Artiole. Ce souterrain avait une largeur de quatre-vingt-dix centimètres et une hauteur de un mètre soixante environ. Il était comblé de matériaux divers mais dont l’ensemble révélait des traces d’incendie ancien, fort vaste, étendu à tout le pourtour et a des profondeurs que nous n’avons pas eu le loisir de déblayer. A l’extérieur de la maison toutes ces caractéristiques se découvraient facilement car les parois étaient construites en pierres sèches soigneusement appareillées et recouvertes de grandes dalles formant toiture hermétique. Il offrait donc le passage suffisant pour un seul homme à la fois.

<< Il était tronqué, n’atteignant plus sa sortie primitive. Il s’ouvrait certainement autrefois sensiblement plus loin ou plus à droite que son issue bouchée actuelle. C’était un point mieux dissimulé du chemin creux pavé et sur ses flancs. Ou bien quelque dérivation latérale disparue. Il constituait alors une voie secrète aussi bien de pénétration que d’évasion pour les habitants initiés...>>

Arrêtons là cette citation, ajoutons seulement que le chemin dont il s’agit est celui de l’antique voie reliant Vienne à la Loire par Condrieu, la Croix de Montviol, Doizieux, Rochetaillée, Saint-Etienne, Saint-Victor ou Saint-Just-sur-Loire. Ce n’est pas la voie mentionnée par Strabon, qui reliait le Rhône à la Loire en suivant la vallée du Gier, puis celle du Furan et qui rejoignait la Loire, 800 stades dit-il, en plaine.

Plus loin le P. Granger, cite deux textes donnés par Baluze. Le premier in “Capitulaire II, colonne 1403”, mentionne qu’en 812, une église, située “dans le comté de Lyon, sur la côte de Doizieux”, “In pago lugdunensi, in custe Doaciaco” appartenant à l’Eglise de Vienne, fut l’objet d’une transaction avec un seigneur laïc. Et, l’autre texte, à la Bibliothèque Nationale, fonds Baluze LXXV folio 348 b, indique qu’à la même date une cession est faite également par le Chapitre de l’Eglise de Vienne, avec l’autorisation de l’évêque Barnard, qui cède, moyennant charges énoncées, à un certain Sylvion et à sa femme Didane, des biens qui se trouvaient aussi sur la côte de Doizieux, dans le comté de Lyon, et qui proviennent d’un don fait antérieurement par le prêtre nommé Aldon.

Le P. Granger ajoute : <<L’endroit où il y a une église est Saint-Just-de-Doizieux, l’endroit où il y a des biens cédés par le prêtre Aldon c’est le village du Breuil. Et enfin des indices non négligeables portent même à croire que la donation initiale faite par le prêtre Aldon, à l’église cathédrale de saint Maurice a pu se produire assez longtemps avant l’année 800, malheureusement Baluze n’offre que des copies .>>

Un autre élément qui facilitera l’assemblage de notre puzzle est l’indication fournie, toujours par le père Granger, de la découverte, sur le même site de “débris de colonnes cylindriques anciennes quoique fort communes usées, en pierre.”

Terminons notre enquête en indiquant que Jean du Choul était d’une famille calviniste pamphlétaire, et nous avons tous les éléments nécessaires pour reconstituer l’histoire de la “maison des fées” de Doizieux et de ses légendes, car, sans entrer dans les détails rappelons rapidement les débuts du Calvinisme en France.

On sait que la Réforme de Luther a commencé à se propager en Europe vers 1520. A Meaux, avec l’assentiment de l’évêque lui même, Guillaume Brigonnat, ainsi qu’à Lyon, la propagande réformée trouva des oreilles attentives. Les premières persécutions commencèrent dès 1525. Après que le parti de la réforme eut affiché des placards sacramentaux, c’est à dire qui dénaturaient l’Eucharistie en ne voyant dans la messe qu’un symbole et non un sacrifice, l’Eglise de Paris les combattit violemment, et François premier, à l’automne 1534, prit à son compte la défense de l’Eglise catholique romaine

A la même époque, en mars 1536, Calvin publiait, à Genève, : “L’institution de la religion Chrétienne” qui se répandit en France dès 1538, au moment où s’aggravait les poursuites religieuses. Malgré ces persécutions, et les édits d’Henri II, un premier synode des églises protestantes de France s’ouvrit à Paris en mai 1559.

De ce rapide survol on peut conclure qu’en 1555, date de parution de la “description du Mont Pilat” de du Choul, à Lyon, les calvinistes pouvaient espérer la tolérance religieuse et l’arrêt des persécutions, d’autant que de grands personnages adhéraient à leur cause.


La retenue d'eau du barrage du Dorlay, vue de Fonterines. De haut en bas : maisons
basses de Saint-Just et le chemin au Breuil, le Breuil, la retenue du Dorlay.


Mettons en ordre tous ces éléments, ce qui donne l’histoire de la “maison des fées”.

Il était une fois,
 Il y a bien longtemps, sur les bords de la Doyse, une tribu celte qui vivait de pêche, de chasse et d’agriculture. Pour régler leurs disputes et leurs problèmes communautaires ses membres se réunissaient en un lieu où ils pouvaient discuter, et tenir leurs audiences. C’est endroit où l’on pouvait facilement venir était donc près d’un chemin, il s’appela tout naturellement : “le Breuil”; de “Bruyata” qui voulait dire, dans leur langue, comme aujourd’hui encore, en breton : “discuter”, et de “bruyou” qui veut dire : “audience” dans ce même langage. Il y eut une pierre sacrée sur laquelle on jurait de tenir les engagements pris. Plus tard le chef de la tribu y établi sa résidence et dirigea de là son domaine agricole.
Vers le milieu du 1er millénaire la pierre sacrée fut remplacée par une croix, tandis que les bâtiments de l’exploitation s’étoffaient. C’est ainsi que, dans le dernier quart du VIII° siècle, l’Eglise de Saint Maurice de Vienne, reçut d’Aldon, de la lignée des Chapteuil: “édifices, maisons, hangars, jardins, vignes, prés, pâturages, bois dîmes, ruisseaux, sources, arbres fruitiers ou non fruitiers, eaux courantes chutes d’eaux.” On voit par la différenciation de édifice et de maison , qu’il y avait dans cette donation des bâtiments à usage public. Mais tout cela est difficile à gérer, et, aussi pour des raisons politiques en cas de périodes troublées, Vienne cède à un particulier ce domaine au début du IX° siècle.

Le nouveau propriétaire s’empresse d’aménager ces bâtiments qui n’étaient pas très bien entretenus depuis longtemps, et il construit une villa, il y aménagea une salle avec des colonnes de pierre pour tenir les audiences. On l’appela bientôt “basilique” mot qui désignait les édifices romains où se tenaient des assemblées solennelles et les séances des tribunaux, et qui, suivant Vitruve, avaient trois travées séparées par deux rangées de colonnes. Le Breuil populaire devint ainsi la basilique carolingienne. Les années passant un château fort fut construit à Doizieux, avec une chapelle, Saint Laurent, et le château remplaça la basilique qui ne devint plus qu’une maison d’exploitation agricole. Cette maison et ces bâtiments plus ou moins bien entretenus résistèrent tant bien que mal, aux affronts du temps et des hommes pour ne devenir, au milieu du XVI° siècle que ruines, certes encore majestueuses, mais ruines quand même, avec des toitures en grande partie oubliées et des colonnes encore debout. C’est ainsi que naquit l’appellation de “maison des fées”.

Maison des “Fages” dit du Choul, et nos modernes scientifiques patoisant, disent : “Fage est le nom local du Fayard ou hêtre, c’est ainsi que l’explique le très savant Antoine Duraffour dans son hommage à J. Saunier. Il va nous fournir matière à une profonde réflexion sur les textes savants en matière linguistique que nous devrions suivre si nous ne voulons pas être considérés comme de pauvres béotiens dont les définitions étymologiques n’ont de valeur qu’en raison de l’ignorance de ceux qui les croient.

Je cite :<< Le Hêtre, le continuateur normal de fagu est (la) fay (366) Diminutif au deuxième degré : “la Fayoleta” (199), d’après “fayola”, signalé sur le territoire de Violay, en 1292, par le dict. topog.  Fayola a été employé comme surnom d’homme : Durannus Fayola de Monistrol, circa 1288, charte 907 (389).

<< Avec le dérivé en “étum” de fagu nous faisons connaissance avec la deuxième forme phonétique de ce suffixe. En effet, “E” libre, en franco-provençal comme en français, ne donne pas, lorsqu’il est précédé d’une palatale, la diphtongue “ei”, mais un simple “i”: sera français cire, franco provençal siri. Il en résulte qu’un bois de hêtres est, à Chalmazel, en 1290 un “fayi” (ou “i” est accentué): lo boc (le bois) del Fayi (365) (368) (369), ou simplement, el Fayi (= en lo Fayi) (262)

<< Il va de soit que le simple fay  ( sporadiquement passé au masculin dans les noms de lieu, cf. Dict. Topog.) et le dérivé “fayi” ont pu devenir des noms de personne. La note 4 de l’art. 29 nous apprend que les “Fay”, famille et lieu , noms répandus dans la région, se prononcent : “Faille”. Ils proviennent donc du simple.>>

Je m’excuse de ce texte dont les renvois sont quelques peu ésotériques pour les non initiés. Précisons donc que les renvois concernent la Charte 909 des Chartes du Forez antérieures au XIV° siècle, publiées par la fondation Georges Guichard. Le premier renvoi : 366 ( à compléter d’ailleurs en 366-7) n’est à la Charte elle même qu’un renvoi : “V. art 363, note 3”. Cette dernière référence est: “V. art. 29, note 4, bois de la Faye, à Duerne”. Cette dernière note nous est donnée intégralement dans le dernier paragraphe de Duraffour, sans indiquer d’ailleurs qu’il s’agit d’une citation pure et simple.

La deuxième référence : (199), renvoie à : “cf. Le Fayet, au midi de Chatelus, bois de la fayette, jouxte la fay”. Les références 365, 368, 369,  renvoient toutes trois à une référence 363 non citée par Duraffour, qui renvoie elle même toujours à la même note 4 de l’art. 29. On s’aperçoit ici qu’en fait toutes ces références qui donnent, d’après les critères officiels, du sérieux à l’article, se résument en une seule. Tout cela pour nous expliquer, sans rien démontrer d’ailleurs, que “Fay”, prononcé “Faille” vient de fagus.

Contrairement à cette affirmation, nous disons que, dans bien des cas, Fay et Faye ont une autre origine. En effet, dans le folklore de notre région, et dans celui d’autres aussi, “fée” a parfois la signification de : “pierre levée”. Je n’invente évidemment pas cette interprétation et pourrait dire, si cela était suffisant, que je l’ai entendu dire quand j’étais enfant, mais qui me croirait ? je suis donc amené à la faire confirmer.

La première confirmation que je citerais est : “L’église des fous” à Ronno. Steyert, dans son histoire de Lyon: tome 1 page 26, à propos de la gravure citée d’après Melville Glover, monuments préhistoriques des environs de Tarare écrit :<< Il est probable que l’alignement (de pierres) qui traversait le vallon de Bouillon devait se prolonger jusqu’à l’église des fous (des fées) auprès de laquelle se dressent d’autres pierres levées...>>

J.P. Gras, de son coté écrit :<< Interrogez certains paysans de Doizieux que je connais bien, au sujet des cavernes des fées du Mont Pilat. Tout le monde sait que les fées y gardent d’immenses trésors en filant leurs quenouilles. Elles portent sur la tête d’énormes rochers sans être gênées par le poids.>> En Auvergne des fées portent ces rochers en équilibre sur le sommet de leur quenouille. voilà bien nos pierres fées. Pierres aux fées, monuments mégalithiques, dit le grand Larousse.

Mentionnons encore, à l’appui de notre dire, M. Boudon Lashermes qui dans: “Les chouans du Velay” écrit :<< L’abbaye de Bellecombe était une retraite sauvage construite sur le flan d’un contrefort de la montagnes des fayes... Le monastère était dominé en arrière par les Fayes, haute cime aride et dénudée faite de petits rochers en aiguilles entassés dans un enchevêtrement de pics de rocailles leur donnant l’aspect de quelque féerie.>> pour lui “fayes” n’est pas synonyme de hêtres mais bien de pierres féeriques.

Je citerai encore M. Hippolyte Boyer, qui écrivait en 1885 dans les mémoires historiques du Cher :<< Dans l’ancien idiome que parlait les peuples qui nous ont précédés sur le sol de France, Fol, Feuil, signifiait pierre rocher. Dire la “pierre folle” c’est dire la pierre pierre... Ainsi la “Fol” qui à l’origine voulait dire une pierre, un rocher, une montagne au sens général du mot, devint la “Fol” spéciale de la contrée. Et, de là :”Folembray”, “Folguerolles, “Foljuif”, “Folmont” et ailleurs, j’ai présent à la pensée la montagne dite :”la pierre des Fades” (la montagne des Fées) dans la commune de Pontarion (Creuse), que surmonte un des plus beaux groupes mégalithiques que je connaisse. Je me demande si la “Pierre des Fades” ne se traduit pas plus littéralement par la “montagne des pierres” que par la “montagne des fées” et si ce denier mot, au lieu d’être rapporté au latin “fatum”, comme le “fata” italien ne désignerait pas simplement les esprits des pierres...

<< Signalons en outre qu’en Irlande, dans le district de Doon existent trois groupes de Dolmens portant le nom de :  “Foily Cleary” et “Foil Mahon”. Foil et Foily semblent désigner ici quelque chose comme “tombe” ou “pierre”.>>

Mentionnons enfin que, près de Monistrol-sur-Loire, existe le domaine de Rochepaille, ce nom vient évidemment de : La roche palée, c’est à dire fichée en terre, comme un pal, or ce domaine au XVI° siècle s’appelait : Rochefaye. Cela montre que jusqu’au XVI° siècle, au moins, les paysans, sauvages et ignorants de la science des grammairiens parisiens, savaient qu’une : faye, alias fage, était une pierre et pas un arbre.

“Maison des fages” n’est pas maison des hêtres, du Choul aurait traduit ce mot en latin, s’il ne l’a pas fait c’est que pour lui “hêtre” et “fage” n’avaient rien de commun. Tandis que si “fage” et “fée”” sont une pierre debout, nous comprenons la signification de cette dénomination. Maison des hêtres ne veut pas dire grand chose, tandis que maison des pierres debout, désigne clairement une maison avec des colonnes en ruine.

Remarquons que pour Dauzat “Fage” est la même chose que “Faye”. Mais “Fée” et “Faye” n’ont pas forcément la même signification, bien que dans les deux cas il s’agisse de pierres plantées. On sait, en effet, que dans les assemblées les accords conclus devaient être jurés solennellement. Chez les hébreux, c’est sur la loi, chez les protestants sur la Bible, chez les chrétiens sur l’Evangile etc... et chez nos ancêtres sur une pierre sacrée, la pierre où on engageait sa Foi, sa “Fé”.

Certes mon explication ne convaincra pas  Saint-Thomas qui ne croit que ce qu’il voit et touche, car il n’y a pas de documents écrits authentiques pour prouver cette évolution, mais il me semble que le nom d’un arbre dont le pays abonde n’est pas un bon moyen pour désigner une maison, ou un endroit précis.

Du Choul ne parle pas de la “Cave des Sarrasins”, qui n’apparaît que beaucoup plus tard avec le docteur Francus, simplement parce que, au XVIème siècle, les ruines de  la maison étaient suffisamment importantes encore pour dissimuler le souterrain, et que, en connaissant l’existence, il n’avait pas à le dévoiler. D’après son dire et ses réticences on comprend que, vers les années 1540, des réformés ont tenu des assemblées dans ces ruines en utilisant le passage souterrain qui permettait une filtration opportune des assistants en n’autorisant le passage que d’une seule personne à la fois. Ces réunions nocturnes, dont les ombres se profilaient à l’extérieur donnèrent naissance à la légende des Lémures. Du Choul croyant à des jours meilleurs pour ses coreligionnaires avoue l’existence de ces ombres mais espère bien qu’il n’y en aura plus.

Plus tard les bâtiments s’écroulèrent encore davantage, et les guerres de religion ne sont pas étrangères à l’incendie qui les ruina et amena l’obstruction complète du passage, pour éviter sa réutilisation. Les troubles passés et la population ayant à nouveau besoin d’espaces habitables plus importants reconstruisit une maison d’artisan en utilisant le départ souterrain, tandis que celui-ci toujours visible à l’extérieur, prenait son nom de légende. Ce nom rappelait néanmoins l’appellation première, car les “Sarrasins” dans l’esprit populaire, sont souvent considérés comme les maris des fées. Celles-ci, avec l’écroulement des fûts de colonnes avaient alors complètement disparues.

Nous voyons donc que le site da la maison des fées n’a rien de mystérieux. Il doit son nom à une maison construite au VII ou VIIIème siècle de notre ère. Cette maison était appelée “Basilique”, parce qu’elle avait une salle avec des colonnes. Pusieurs fois remaniée, et peut-être même reconstruite, au XVIème siècle elle était en partie en ruine. Avec son accès souterrain elle servit alors de lieu de rencontre pour des réunions discrètes, voire secrètes. Les fûts de colonnes était alors encore, du moins partiellement, debout. Ce sont ses fûts qui lui ont donné son qualificatif de fées. Ces futs’étaient, comme on disait à cette époque, des “Fages” ou des “Fées”, nom générique donné à des colonnes, souvent même à de simple pierres ou rochers  élevés qui avaient une forme faisant penser à une colonne, pas forcément cylindrique, mais que l’on considérait un peu comme sacrés. Trois cents ans plus tard la ruine était consommée,. Les matériaux, y compris des morceaux des fûts des colonnes,  servirent à construire un très modeste atelier de cloutier. Cet atelier disparu, lui même, moins de cent ans après sa construction. De la “maison des fées” il ne restait quele souvenir.
Aujourd’hui le site est englouti dans les eaux du barrage sur le Dorlay.


Redécouverte du fond de la vallée du Dorlay au niveau du Breuil,
lors de la vidange du barrage en octobre 2009. A cette occasion le vieux chemin
romain ou médiéval réapparaît, avec l'emplacement de deux ponts
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