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Le Massif du Pilat,
un territoire sacré






Présenté par
Thierry Rollat










Avril
2024




1ère partie

De par le monde il existe de nombreux sites qui portent le qualificatif de sacré. Ils sont ainsi régulièrement, officiellement et publiquement reconnus comme tels, pour des raisons variées mais connues. On ne peut pas dire que de nos jours, le commun des mortels reconnaisse le Parc Naturel Régional du Pilat comme sacré. Ce massif montagneux l’a pourtant concrètement été durant de nombreux millénaires à la vue et à la connaissance de beaucoup d’Hommes. Dans cette disparition de la connaissance, si le temps qui passe et efface s’avère en partie responsable de cet état de faits, on ne peut pas dire pour exemple majeur, que l’Eglise puisse avoir assuré sa part dans la transmission de plusieurs Traditions liées à un passé ancestral sacré ; du moins en apparence et en tous les cas pas auprès du profane de base.

Si ces trois dossiers s’imposent comme une réponse ou une tentative de réponse à la question pourquoi, c’est avant tout au pourquoi peut-on parler d’une montagne sacrée. La plus vieille mention connue dans les textes du mot Pilat remonte à 1405. C’est important de le souligner car aux époques où nous vous proposons de plonger en arrière, eh bien on ne connaît pas le véritable terme à employer. Par conséquent affirmons simplement qu’avec le Pilat nous nous retrouvons avec l’extrême pointe nord de la chaîne de montagne des Cévennes. Jules César aurait paraît-il évoqué pour sa part les Cémènes, mais gardons un conditionnel ici suffisant pour ne pas franchir à notre tour ce pas. D’ailleurs les spécialistes, malgré de nombreuses tentatives, surtout depuis deux siècles, ne sont mêmes pas d’accord sur l’origine toponymique du mot Pilat.


L’essentiel de la saveur qui aromatise la notion de sacrée à propos du Pilat c’est d’abord et principalement sur les hauteurs de ce Massif qu’il nous faut aller la rechercher. Nous ne croyons pas que nous devons retenir une seule raison à ce méritant qualificatif de sacré doublé du reste par nos soins de hautement. Bien entendu il a bien fallu commencer un beau jour à ce que les Hommes s’entendent ou s’accordent à retenir le Pilat comme non anodin, important, voire plus tard sacré. Il nous faut à nos yeux remonter fort loin dans le temps, à des époques complètement oubliées et mal connues. Des périodes où certes l’Homme était chasseur-cueilleur, mais en réalité déjà doté d’une intelligence bien plus remarquable que ce que l’on nous a enseigné durant des siècles et des siècles. On se réveille en quelque sorte seulement ces dernières décennies. Malgré un environnement ardu à apprivoiser, l’Homme a certainement vécu dans de biens meilleures conditions que ce que l’on nous a enseigné durant trop longtemps, volontairement ou involontairement. On redécouvre de nos jours des sciences oubliées grâce à Howard Crowhurst, Quentin Leplat, Eric Charpentier, Alan Béquet ou encore Pierre Coussy qui nous enseignent la géométrie sacrée, la géographie sacrée…

 

On pourrait introduire le premier site que nous allons visiter ici en Pilat et étudier quelque peu aussi, par « Le Pic des Trois Dents, c’est le Pilat ». Effectivement, Noël Gardon nous apprend que la véritable origine toponymique du Pilat serait tirée indirectement de ce Pic mais nous n’entrerons pas dans toutes ces hypothèses car un livre n’y suffirait pas. Notre première halte s’avère donc être Les Trois Dents. Loin, très loin dans le temps, à une époque encore indéfinie en 2024, quand l’Homme est apparu finalement, eh bien, même si c’est avec peu de spécimens, Les Trois Dents ont raisonnablement pu avoir leur grande importance car elles sont un marqueur géographique naturel incontournable depuis toujours. On aperçoit Les Trois Dents, on les reconnaît de la vallée du Rhône par leur forme inimitable. Les marqueurs géographiques pour nos ancêtres lointains, ne sont pas légion. Comme nous l’explique patiemment dans l’un de ses films le cinéaste pélussinois Robert Helsop, les tribus appréciaient de se retrouver au moins une fois l’an en un lieu facile à retrouver. Nous parlons évidemment là d’époques fort reculées, indéfinies en réalité, mais on franchit allégrement le pas d’entrer en période mégalithique, sans doute même paléolithique et même peut-être plus loin encore. Ces rencontres qui avaient pour vocation de favoriser l’échange, ont longtemps perduré, n’en doutons pas. Ces échanges pouvaient avoir comme nature des biens matériels mais aussi des Hommes et plus précisément des femmes, femmes à la base du repeuplement de ces mêmes petites tribus ; on favorisait le mélange par le sang.

Les Trois Dents possèdent des traces de l’occupation ou du passage de l’Homme avec une, voire deux enceintes mais là nous sommes déjà sans doute plus près de nous dans le temps même si néanmoins à quelques millénaires en arrière. Le chercheur Noël Gardon déjà cité avant, nous évoque une possible surveillance des Ségusiaves par les Allobroges ou réciproquement. Notons toutefois qu’il est lui aussi d’accord, comme de plus en plus de spécialistes, d’établir la frontière celtique de ces deux tribus, là-haut aux Trois Dents proche des Crêts. Longtemps, fort longtemps, il y a encore 20 ou 30 ans, on faisait simple en définissant le fleuve Rhône comme frontière entre Ségusiaves et Allobroges. Maintenant les choses ont changé puisque les savants de ces sciences difficiles prennent la vallée du Gier, puis celle d’Egarande, enfin les sommets, les Crêts du Pilat comme véritable frontières. Dans ce débat qui semble donc tranché à présent, soulignons que la capitale des Allobroges était Vienne, excentrée de leur vaste territoire. Chambery aurait été déjà plus logique car située au cœur de cette même vaste étendue qui allait de Genève à Valence en englobant au moins la Savoie actuelle. Alors on peut raisonnablement se demander si la présence et même l’attirance géographique du Pilat sacré ne fut pas la raison du choix de Vienne ? Laissons maintenant les Allobroges et replongeons plus en arrière, restons encore un peu aux Trois Dents.

Lorsque l’Homme s’est aperçu que Les Trois Dents s’imposaient comme un efficace marqueur géographique, là où par exemple les feux pouvaient gérer bien des venues. D’ailleurs on parle de Trois Dents alors qu’il y en a six en réalité. On retient ce chiffre Trois car effectivement de la vallée du Rhône on ne perçoit que Trois Dents et c’est de là que le marqueur joue son plein rôle actif. En ces époques reculées il ne devait pas être question de religion, de site religieux à proprement parler, tourné alors vers telle ou telle croyance. Pourtant on devrait peut-être parler à un moment indéterminé dans le temps, de changement de rôle, d’ajouts pour ce marqueur géographique ?

 

Nous pouvons appuyer ce propos avec Vallon Pont d’Arc et tout près de ce site se trouve la grotte Chauvet. Là-bas nous croyons reconnaître un autre marqueur géographique notoire. La grotte Chauvet est à deux pas, nous sommes quelques 36 000 ans en arrière au bas mot pour la datation minimum des peintures laissées à la postérité. Certes il reste difficile ou délicat de parler d’une religion mais déjà des prémices sur l’importance des animaux dans les croyances d’alors. En ces époques, l’Europe n’est peuplée que de quelques dizaines de milliers d’individus ! Sans mouvement et sans marqueur géographique naturel, l’Homme peut passer une vie sans croiser d’autres tribus. Or l’Homme bougeait et des secteurs étaient plus garnis humainement que d’autres. Notre ami Robert Helsop pense que le Pilat était peu peuplé tout simplement parce que ce dernier ne possédait pas de matières ou de matériaux importants échangeables lors de trocs rituels annuels ou plus rapprochés à l’échelle de cette même année. Il n’y avait pas par exemple de précieux silex dans le Pilat, eux qui servaient à découper les animaux consommés par exemple.

Aujourd’hui on commence à envisager que le Pilat a un beau jour indéterminé commencé à jouer un rôle de sanctuaire, un espace voué au royaume des morts. La dynamique association des Pierres et des Hommes travaille dans ce sens ; les nombreux tumulus retrouvés un peu partout dans le Pilat tendent à concrétiser cette conclusion, ce rôle de sanctuaire. On entre ici en plein dans la notion de sacré, et nous pouvons ajouter, doublé de religieux. Nous pensons effectivement que nous pouvons commencer à parler de sacré visant le territoire du Pilat à partir du moment où s’est répandue à grande échelle, que là-bas on pouvait aller y finir ses jours ou plus sûrement encore y être enterré et ce de manière assez précise. Les tumulus du Pilat sont pour la plupart des amas de pierres granitiques visant à favoriser l’enfouissement d’un corps, lui-même enterré dessous. A partir du moment où on s’accorde pour déterminer un tumulus, notons qu’ils n’ont certes pas tous la même taille. La mort chez nos lointains ancêtres était sacrée, un grand respect pour ses morts était de rigueur. On touche là à des croyances religieuses, sacrées. La définition même du mot sacré a une forte connotation religieuse spontanément. Si de nos jours, nous pensons souvent tout de suite à la religion chrétienne, c’est bien vite oublier les civilisations qui nous ont précédés sur ce même territoire. La religion chrétienne avait des options assez radicales qui s’offraient à elles à savoir détruire les anciens lieux de cultes ou les christianiser. Ce second choix s'opérait par exemple avec l’apparition d’une chapelle ou d’une croix plus simplement encore. Quant à la première option, eh bien imaginons un instant tout ce qui peut avoir été détruit et qui aujourd’hui a complètement disparu dans le Pilat et bien entendu de partout ...


Fin de la première partie


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