DECEMBRE 2006 / SIXIEME ÉTAPE
LA PETITE SUISSE, LE CHEMIN
DE FER,
LE ROT ET LA « CROIX
DREVET »
Par PATRICK BERLIER
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Nous quittons le col de la Croix de Chaubouret, pour musarder aux alentours. Deux curiosités naturelles sont à voir à proximité ; la première est d’ailleurs assez étonnante. Il faut suivre le chemin passant derrière le « Chalet des Alpes », puis monter à droite après les terrains de sport. Presque en haut du raidillon, on devine à gauche sous les arbres une grosse pierre grise arrondie, qui pourrait passer dans la pénombre du sous-bois pour le dôme d’une tente ou une meule de foin. Outre des bassins peu profonds et semble-t-il naturels, on peut y remarquer l’affleurement d’une veine de roche plus claire... en forme de serpent ! Même si l’apparence de cette pierre ne doit rien à la main de l’homme, on peut imaginer quel émerveillement elle suscita chez les premiers occupants de la région...En suivant ensuite le chemin qui part à gauche, au sommet du raidillon, on traverse la forêt, peu dense, pour descendre à droite vers la « Petite Suisse », un amas de pierres granitiques. La vue y était jadis réputée : le vaste paysage que l’on découvrait alors ressemblait sans doute à ceux de la Suisse, d’où le nom du lieu. Mais les arbres ont fini par obturer la percée, et aujourd’hui la vue est à imaginer plus qu’à admirer !
Le sentier en contrebas, en forte descente, rejoint le « Chemin de Fer ». Ce nom vient d’une sorte de poème ou comptine vantant les grands travaux réalisés dans le Pilat au XIXe siècle par Joseph Matricon, maire de La Valla-en-Gier, commune alors plus étendue qu’aujourd’hui puisque le Bessat n’était alors qu’un hameau, et son territoire intégré à celui de La Valla. Un vers disait : « dans l’inaccessible Pilat, nous avons fait un chemin de fer ». Nul train n’a jamais circulé sur cette voie forestière sinueuse, et plusieurs étymologies ont tenté d’expliquer ce nom. Le géographe fait remarquer que ce chemin reste globalement à flanc de coteau en suivant la courbe de niveau, exactement comme le ferait une voie de chemin de fer. D’autres disent que les roues des chars étaient bandées de fer. En fait, jadis on nommait ainsi par métaphore tout chemin solidement empierré pour résister aux rigueurs de l’hiver, et destiné à faciliter le débardage des troncs d’arbre. Mais le poète se demandera toujours si quelques mulets n’auraient pas perdu là leurs fers, au cours de ce rude effort.En suivant le « Chemin de Fer » par la gauche, on rejoint rapidement le Rot. Ce nom vient du latin « rupta », indiquant que le vieux chemin, ancienne voie romaine, qui monte de la vallée pour se poursuivre en direction de la Croix de Chaubouret a « rompu », c’est-à-dire défriché, la forêt pour se frayer un passage. En traversant la route pour continuer sur le chemin en face, on accède rapidement à un très joli point de vue sur le village du Bessat. Ses maisons sont alignées sur la crête, à la suite de l’église. Un autre poète du XIXe siècle a comparé le Bessat vu du Rot à un train arrêté : l’église étant la locomotive, avec son clocher figurant la cheminée, les maisons les wagons… Avec un peu d’imagination, le voila, notre chemin de fer !
Mais reprenons ce « Chemin de Fer » dans l’autre sens, pour regagner notre cheminement sur les crêtes en rejoignant la route de la Jasserie. Une petite halte s’impose vers la « Croix Drevet », humble calvaire en fer forgé, dressé sur un socle de pierre, à 1304 m d’altitude, à l’amorce de la « coursière » passant par le Crêt de la Perdrix, Au cours de l’hiver 1850, M. Jean François Marie Drevet rentrait au Bessat par le vieux chemin muletier reliant Saint-Julien-Molin-Molette à La Valla-en-Gier. Comme son mulet s’était arrêté et ne voulait plus avancer, il s’est approché pour se rendre compte de ce qui motivait l’attitude de son animal. C’est alors qu’il découvrit, à demi caché par la neige, le corps d’une jeune femme morte sans doute de froid dans la tempête. Un mulet, comme un cheval, ne piétine jamais un corps humain. Sans doute était-ce une ouvrière qui, surprise par la tombée de la nuit, avait dû chercher longuement le chemin sous la neige, alors qu’elle regagnait son usine de tissage ou de moulinage, à la Valla ou plus sûrement à Saint-Julien, après un jour de congé. Il était trop tard : la fatigue et le froid avaient eu raison de sa jeune existence... Mais curieusement dans les jours qui suivirent aucune famille, ni aucune usine, ne s’alarma de sa disparition. On ne connut jamais ni son nom ni ses origines. M. Jean François Marie Drevet a d’abord marqué l’endroit d’une humble croix de bois, souvent remplacée au cours des années. Puis son arrière petit-fils, habitant actuellement au Bessat, fit ériger à une époque récente, en l’honneur de son aïeul, la croix toujours visible aujourd’hui. On peut cependant regretter que cette croix, qui se contente de rappeler la mémoire de M. Drevet, n’évoque en rien le sort de la malheureuse inconnue qui a motivé son érection.
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Photo Croix Drevet
Commentaire : Marcel Gourbière, guide animateur du Parc du Pilat,
ne rate jamais une occasion de raconter la véritable histoire de la Croix Drevet.EN AVRIL 2007
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