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Rubrique
Rennes-le-Château Juillet 2019
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Par
Daniel
Dugès
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Asmodée
? Certainement
pas ! Lorsque
Gérard de Sède a publié son livre "L'or de Rennes"
qu'il avait très
probablement écrit avec Pierre Plantard, cet ouvrage devint la
référence quant
à l'histoire de Rennes le Château. Bien sûr, il
était le seul sur le sujet. On
le prit à la lettre sans se rendre compte qu'il tenait beaucoup
plus de
l'imagination de l'auteur que du travail d'un historien. C'est
dans ce livre qu'il annonce que le diable présent dans
l'église de Rennes est
Asmodée. Il est difficile de savoir comment il a eu
l'idée de faire ce choix
puisqu' aucun document n'est issu, ni de l'abbé Saunière,
ni du fabriquant.
Asmodée est un démon biblique qui apparait sous mille
facettes, il est l'apôtre
de la terreur et sa présence est surtout liée à la
luxure. Il se mêle très peu
de trésor sinon dans un seul cas, lors de son invocation, il
livrerait parfois
le lieu de trésors cachés. Gérard de Sède
avait besoin de conforter son
histoire de trésor et il a utilisé ce démon comme preuve de la véracité de ses
dires, n'ayant
rien sur ce diable de l'église. Plus tard, dans un autre ouvrage
il en fera le
"couvreur", gardien d'un temple maçonnique. Mais il
n'était pas maçon
et ses affirmations dans ce domaine sont entachées d'erreurs. On
notera qu'en changeant
la fonction de ce diable, il met lui-même "hors jeu" le nom
d'Asmodée
gardien de trésor. Ceci démontre bien qu'il n'avait
aucune certitude sur ce
nom. Au
cours de l'histoire on a souvent représenté
Asmodée et son aspect, issu des
textes, ne se rapproche en rien de l'image de Rennes le Château.
Comme sur
cette gravure, il aurait l'aspect d'un dragon à ailes de
chauve-souris et
posséderait trois ou quatre têtes.
Si
Saunière avait vraiment voulu faire Asmodée, il aurait
sans doute fait une
sculpture se rapprochant de la gravure ci-dessus. Non
décidément, le diable de l'église de Rennes n'est
pas Asmodée. Mais alors qui
est-il ? En
lecture directe, exotérique, catholique, il est une image de
Satan que les
quatre anges nous conseillent de vaincre en faisant le signe de la
croix. Rien
à redire sur cette manière de voir les choses. Mais comme
dans toute l'église
de Rennes, les statues ont une lecture double, il y a un sens
caché évident
d'ailleurs si on y réfléchit un tant soit peu. En effet,
pourquoi faire un tel
bénitier monumental dans une petite église de campagne
perdue. D'autre part, si
le décodage de ces lectures était simple, il y a
longtemps que tous les
chercheurs acharnés de Rennes auraient mis la main dessus. Mais
cette lecture est compliquée et ésotérique, et ne
fait aucunement allusion à un
trésor ce qui déroute le chercheur. Pour comprendre il
faut aller chercher la
solution au fond d'un rituel des hauts grades d'un rite
maçonnique. Et pas
n'importe lequel : le degré "d'Élu Secret" 4ème du
Rite Français.
Malgré la ressemblance entre les rites, ils ne sont pas tous
identiques et
mieux que cela il peut y avoir, pour le même grade, nombre de
rituels
différents. C'est la raison pour laquelle de nombreux
maçons n'ont pas reconnu
ce rituel à Rennes, car il ne correspondait pas tout à
fait à celui qu'ils
connaissaient. Je
pense avoir démontré dans mon livre Rennes
le Château un chapitre maçonnique secret, pourquoi et
comment on trouve en
cette fin du XIXème siècle des catholiques, monarchistes,
pratiquant des rites
maçonniques des "hauts grades" appelés plus
officiellement : degrés
de sagesse. Je n'y reviendrai donc pas ici. Le
rituel "d'Élu Secret" est basé sur un légendaire
et consiste à
reproduire lors de la cérémonie ou "tenue" les
éléments de ce légendaire.
L'assassin d'Hiram architecte du temple a accompli son geste avec deux
autres
mauvais maçons. Ils ont enterré le corps et pris la
fuite. Le légendaire
commence au moment où Salomon décide de choisir neuf
élus pour les poursuivre
et les éliminer. Le légendaire se termine dans une grotte
entourée de
fondrières où deux des traîtres maçons vont
s'enfoncer et périr. Leur chef
Abibal ou Abibala, véritable assassin d'Hiram, s'était
réfugié dans la grotte
où brille une lumière et où coule une source. Il
tient son poignard à la main
et quand il voit s'approcher Joaben le chef des élus, il se
suicide d'un coup
de poignard. J'ai
résumé volontairement ce légendaire, pour ne pas
se perdre en détails inutiles.
Il existe plusieurs variantes de ce rituel. Lorsque l'on a
reconstitué, en
France, les Hauts grades du Rite Français on en a trouvé
dix plus ou moins
différents. Les gravures illustrant ce rituel montrent à
s'y méprendre la même
grotte que Saunière a construite dans le jardin de
l'église de Rennes.
Examinons
maintenant le fameux diable de l'église. Il présente une
particularité que les
maçons connaissent bien ; il a un sein et un genou
découvert, ce qui est
l'image suggérée de l'initié. Lors de toute
initiation l'impétrant a un sein et
un genou dénudé. Ici, il s'agit donc bien d'un
initié, mais un initié
diabolique, c'est l'assassin d'Hiram, un traître sur le chantier
du temple,
c'est ABIBAL ! On a dit qu'il avait tenu dans sa main arrondie un
trident,
encore une légende urbaine, personne n'a jamais rien vu dans sa
main. La preuve
sur la carte postale que fait Saunière, sa main est vide. Donc,
ce qu'il tenait
est caché aux yeux du monde. On ne glissait un poignard dans sa
main que lors
des "tenues". Il est ainsi représenté tenant un poignard
verticalement,
une seconde avant qu'il ne décide de se supprimer. Cette
position est adoptée
par ce grade comme "signe d'ordre", c'est-à-dire comme une sorte
de
"garde à vous". Lors
de la cérémonie pour que le nouvel "Élu Secret"
venge symboliquement
la Mort d'Hiram on lui donne un poignard. On peut imaginer qu'à
Rennes on
donnait au nouvel élu le poignard que tenait la statue... Abibal tel qu'il devait apparaître
au cours de la cérémonie "d'Élu
Secret". Ici
"Par ce signe tu le vaincras", la phrase qui
illustre cette statue, garde tout son sens. Le sens du mot signe est
double,
c'est à la fois le signe de croix, mais aussi celui que fait
Abibal : le signe
d'ordre. C'est peut-être pour cette raison que cette phrase qui
devait être à
l'origine marquée au dessus des anges fut écrite
finalement entre les anges et
Abibal pour souligner qu'elle était valable dans son sens
exotérique mais aussi
pour Abibal dans son sens ésotérique...
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