LA BALADE DES REGARDS DU PILAT

AOUT 2006 / CINQUIEME ÉTAPE

LA PYRAMIDE DU BESSAT, LA CROIX DE CHAUBOURET ET LA CROIX DES FOSSES


Par PATRICK BERLIER
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   Avec cette nouvelle étape nous approchons du village du Bessat. Si l’on veut prendre un peu de hauteur pour admirer le paysage, il est facile de monter jusqu’à la Madone, au sud-est du village, qui à 1246 m d’altitude offre un panorama intéressant. Cet endroit agréable porte sur les cartes le nom curieux de « la Pyramide ». Tel est le nom du monument qui aujourd’hui supporte une statue de la Vierge. Mais le promeneur qui prend la peine de s’intéresser aux plaques apposées sur ce piédestal a la surprise de découvrir que cette pyramide est un monument napoléonien !

   En 1811, à la naissance du fils de l’empereur, divers notables locaux ont voulu commémorer dignement cet événement en érigeant à la gloire de l’Aiglon une colonne supportant une sphère, elle-même surmontée d’un aigle. Ce monument fut inauguré Le 23 juin 1811. Il était situé au centre d’un cercle de 9 m de diamètre matérialisé par 14 arbres. Un second cercle de 26 m de diamètre, également planté de 14 arbres, entourait le premier. Deux allées menaient à la « Colonne du Roi de Rome » : l’une bordée de 180 arbres, l’autre de 162. L’aménagement paysager était complété par 17 « bancs de gazon ». Ce monument n’eut qu’une vie éphémère, tout comme l’Aiglon à qui il était dédié : il fut brisé par la foudre en 1815. Et il ne reste pas un seul des 370 arbres plantés pour l’occasion. Seules quelques pierres signalent encore vaguement l’ordonnancement circulaire autour du monument.

   En 1856 à la naissance du fils de Napoléon III, le Bessat devenu une commune décida de commémorer l’événement en élevant un nouveau piédestal en forme de pyramide tronquée (à l’origine du nom du lieu), porteur cette fois-ci d’une statue de la Vierge, « la Madone du prince impérial ». Celle-ci devait être consacrée à l’issue d’une grande mission. En raison de difficultés de financement, le projet ne fut mené à terme qu’en 1862.

 

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   La Pyramide et sa Madone sont toujours là, après une restauration réalisée en 1989 à l’initiative de l’association des « Amitiés internationales napoléoniennes ». Un panneau rappelant l’histoire du monument a également été placé par les soins du Parc Naturel Régional du Pilat.

     Maintenant, à titre d’amusement, ouvrons une carte à grande échelle de notre région. Nous y constatons la présence d’un seul autre lieu-dit « la Pyramide », sur la commune de Saint-Andéol-le-Château, sur le plateau Mornantais. Le hasard bien malicieux a séparé ces deux points d’une distance égale très exactement à 200 fois la hauteur de la grande pyramide de Chéops, en Égypte. Les adeptes de la « géographie sacrée » pourront à partir de là reconstituer le diagramme de l’ensemble de cette pyramide, et découvrir quelques hasardeuses curiosités.

   À 1201 m d’altitude, le Col de la Croix de Chaubouret est le plus haut de la ligne de crête. Le dimanche, l’endroit est aussi fréquenté qu’une grande place en centre-ville ! Mais qui prend encore le temps de jeter un coup d’œil à la croix, dont le socle est percé d’une niche grillagée contenant une petite statue de la Vierge ? Et qui se soucie de l’origine du nom « Chaubouret » ? On trouve dans les titres de la chartreuse de Sainte-Croix, au XVe siècle, la mention Chau Borée, ce qui signifie : « cime dénudée ou souffle le vent du nord ». D’autres ont fait remarquer que ce nom s’est écrit aussi à une époque Chaulborel, soit littéralement « cime dénudée où officie le bourreau » (borel, en vieux français), ce qui désignerait une hauteur portant les gibets ou fourches patibulaires.
   Au sud de la Croix de Chaubouret, s’élève dans une clairière la Croix des Fosses, humble calvaire dédié au souvenir des guerres de religion du XVIe siècle. Selon une histoire, en grande partie légendaire, en 1562 une escouade de Protestants vint à Saint-Étienne pour piller les arsenaux. L’armée catholique lui aurait tendu une embuscade au moment où elle regagnait sa base vivaroise. Bien qu’il ne soit pas précisé par les témoins de l’époque (un Protestant ayant laissé une narration écrite des évènements) la tradition situe la bataille à la Croix de Chaubouret. Les Catholiques auraient enterré leurs morts au lieu-dit « le Mort », à la sortie du Bessat, les Protestants auraient enterré les leurs à la Croix des Fosses. Mais Jean du Choul qui visita le Pilat sept ans plus tôt disait déjà qu’une armée avait été ensevelie aux Fosses. En réalité, on voit mal les Huguenots décimés par l’embuscade traîner leurs morts jusqu’aux Fosses. Même remarque pour l’autre camp, d’ailleurs « le Mort » doit plutôt se comprendre « le Maure » puisque c’est déjà le nom d’un crêt tout proche.

EN DECEMBRE 2006

PROCHAINE ETAPE : LA PETITE SUISSE, LE ROT ET LE CHEMIN DE FER

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