Autour de la Pierre des Trois Evêques,

une collection d'indices de la présence

d'un site néolithique


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Présenté par
Thomas de Charentenay

Thomas de Charentenay 07 66 76 99 11 (laissez un message, je ne répond jamais aux numéros inconnus) thomas.decharentenay@gmail.com









Septembre
2023



3D par Thomas de Charentenay

 

Nous nous attachons à mieux comprendre la culture néolithique européenne. Pour cela notre focale se porte entre 5 300 av. n.e et 3 000 av. n.e, en particulier sur deux activités humaines : d’une part l’installation de sites mégalithiques comme à Carnac ou Stonehenge, et d’autre part le transport de haches en jadéite alpine à travers l’Europe à partir des seules carrières italiennes, en passant par le Morbihan. Les archéologues nous le confirment, ces deux activités sont liées dans la société élitaire hiérarchisée dès le Vème millénaire av. n.e (Jeunesse 2016).

 

Cette revue d’étape, partagée ici, est proposée dans le contexte d’un travail d’interprétation de certains sites néolithiques en Europe Atlantique. Nous choisissons de regarder ce qui est donné à voir de cette culture du néolithique, dans sa dimension exceptionnelle (hors des usages de la vie quotidienne), en nous posant la question du rapport entre les traces laissées par les hommes du néolithique et l’usage à l’époque par les acteurs de cette ‘pratique sociale signifiante’.

 

Parmi les sites étudiés, nous trouvons Stonehenge en Angleterre ou encore Carnac en France, et un site découvert près de Saint-Etienne au lieu-dit ’ La Pierre des Trois Évêques ’ qui nous sert de cas d’application. Ces sites anciens ne sont ni défensifs, ni consacrés à l’habitation, ni à la production d’objets ou au commerce. Ils n’ont pas été ‘ décodés ’ et leur usage précis reste inconnu. Pourtant ces sites ont en commun des propriétés frappantes : des alignements de menhirs, des pierres mises en forme, des indications de dates par déductions d'alignement du soleil sur le monument, des espaces délimités et des voies d’entrée sur des esplanades aménagées. C’est ce type d’indices que nous cherchons à mettre en lumière autour de la Pierre des Trois Evêques.

 

Sources :

JEUNESSE, C. (2016) " Pierres dressées et mâts-totem : le pilier comme vecteur de communication publique dans les sociétés pré-littéraires ", dans : Buchsenschutz O., Jeunesse C., Mordant C. et Vialou D., dir., Signes et communication dans les civilisations de la parole, Actes du 139ème Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nîmes 2014, Paris, Édition électronique du CTHS, pp. 87-97.

JEUNESSE C. (2016) « Biens précieux et biens exceptionnels dans la Préhistoire récente de l’Europe. Le système du dépôt et de la tombe élitaire et la naissance de l’Europe barbare », Préhistoires Méditerranéennes, [En ligne], 5 | 2016

Avertissement

Les explorations présentées autour de la Pierre des Trois Évêques se déroulent sur des terrains privés. Si vous allez sur place, surtout ne pas franchir les clôtures, respecter les lieux qui sont aussi des lieux de travail pour les exploitants. Les démarches présentées sur le site de la Pierre des Trois Evêques ont été effectuées avec l’accord des propriétaires et en ayant informé le Parc Naturel Régional du Pilat. Il est légalement interdit d’effectuer des fouilles : en cas de découverte mobilière fortuite faites une déclaration à la DRAC et en Mairie.

 

Vous pouvez également informer l’association “des Pierres et des Hommes” https://despierresetdeshommes.fr/ et celle des Guides Animateurs du Parc Naturel du Pilat http://guidespilat.blogspot.com/

Des traces néolithiques dans le Pilat

Dans le Pilat, nous sommes donc à la recherche de traces du néolithique afin d’augmenter la plausibilité d’un aménagement humain à cette époque. Si l’homme s’y est installé au néolithique, alors il n’est pas impossible d’y trouver des aménagements à cette époque. Malheureusement à ce jour, peu d'éléments ont été vérifiés par le monde académique comme datant de périodes antérieures à la conquête romaine, ou prouvant la présence humaine avant l'arrivée des romains.

 

On note cependant une convergence d'indices récents dans le Parc Naturel autour de périodes anciennes :

La tourbière de Gimel montre une occupation humaine au néolithique

Comme sur de nombreuses autres tourbières en France, cette étude démontre la présence humaine dans cette zone d'altitude avec une datation précise de ces événements. Les tourbières d'altitude gardent en effet la mémoire des pollens, à travers les siècles, et un carottage permet d'identifier l'empreinte humaine sur le paysage et de la dater.

 

La Tourbière de Gimel a été analysée et permet de montrer :

      la présence d'humains à proximité de la Pierre des Trois Evêques (900 mètres), impactant le paysage d'une manière caractéristique de la néolithisation. Suppression de certains arbres, apparitions de certaines cultures.

      cette date d’arrivée et d’intervention humaine forte à Gimel est ancienne (4 500 BC), est précoce par rapport à d'autres régions de l'Europe Atlantique qui sont néolithisées plus tardivement.

 

En un mot c’est à Gimel que la néolithisation de la France commence, avant la façade Atlantique. On y cultive, taille et aménage d’une nouvelle façon, d’abord dans le Pilat il y a 6 500 ans.

 

Cette plante (carré bleuté) arrive en 1er à Gimel.

Sources :

Vegetation history from the end of the late-glacial and human impact from the mid-holocene in the Eastern massif central (France)

A propos des tourbières : cahier technique Rhône Alpes "la connaissance de l'hydrologie"

A propos des tourbières dans le Parc Naturel du Pilat : document d'objectifs Natura 2000 / Tourbières du Pilat et Landes de Chaussitre - 2003

Une hache en jadéite alpine, datant du néolithique, trouvée dans le bois de Marlhes

L'auteur de cet article a trouvé lors d'une chasse aux champignons une hache sur la commune de Marlhes, à 7 kilomètres de la Tourbière de Gimel. Elle a été expertisée par des membres de l'équipe JADE comme étant une hache carnacéenne en jadéite alpine, datée donc du néolithique. Sa couleur, sa densité, sa forme sont les éléments principaux de définition du type de hache et permettent d’en définir la source (en Italie), le lieu mise en forme (le Morbihan).

 

Photo : Thomas de Charentenay

 

Cette hache a donc voyagé depuis l’Italie (Beigua ou VIso), vers Carnac, puis est revenue dans le Pilat, il y a 6 000 ans environ.

 

Source :
Pétrequin (2012) La circulation des haches carnacéennes en Europe occidentale In : JADE: Grandes haches alpines du Néolithique européen. Ve et IVe millénaires av. J.-C. (t. 2) (pp.1015-1045)

CASSEN S, (2017).- D'un signe l'autre, des Alpes à l'Atlantique : représentant et représenté, in : P. Pétrequin, E. Gauthier et A.M. Pétrequin (ed.), Jade. Objets-signes et interprétations sociales des jades alpins dans l'Europe néolithique. Les Cahiers de la MSHE Ledoux, 17

Des allées couvertes (néolithiques donc) évoquées dans la littérature régionale

Des allées couvertes ont été signalées sur la même commune que la Pierre des Trois Évêques (St Sauveur en Rue) et dans la commune voisine de St Régis du Coin, dans des revues régionales d’archéologie, au XIXème siècle.

 

Photo : BNF

 

Sources :

Bernoux et Cumin, 1895 Nouvelle histoire de Lyon et des provinces de Lyonnais, Forez, Beaujolais, Franc-Lyonnais et Dombes ...: Antiquité depuis les temps préhistoriques jusqu'à la chute du royaume burgonde (534) André Steyert -. p29

Description du Mont-Pilat, par Jean Du Choul. 1555 Nouvelle édition, avec la traduction en regard, par E. Mulsant, enrichie de notes par Alexis Jordan, Drian et Mulsant - 1869 (lire) / (reference BNF)

D’autres sites restent à dater dans le Parc Naturel du Pilat

A l'intérieur du Parc Naturel du Pilat on note plusieurs sites d'intérêt archéologique, comme par exemple l'espace fortifié de St Sabin. Très peu sont certainement datés. D'autres suscitent un intérêt mais sans date précise ou expertise officielle ils sont peu exploitables Mais ces sites comme St Sabin ou le Château Bélize ne sont pas formellement datés comme le confirment Fabien DELRIEU et Pierre DUTREUIL, et ne peuvent pas être retenus pour le néolithique.

 

L’association “des Pierres et des Hommes’ présente sur son site quelques trouvailles particulièrement proches d’aspect de constructions néolithiques. Les équipes de la DRAC n’ont pas encore rendu leurs analyses, et nous en restons donc encore dans la présomption, l’hypothèse.

 

Source :

Delrieu F. et Dutreuil P. 2013: Les fortifications d'altitude en pierres sèches dans le Haut-Vivarais et le Pilat: architecture et chronologie, Ardèche Archéologie 30, 2013, p.65-71

La Pierre des Trois Evêques elle même

Le rôle historique de la Pierre des Trois Évêques

"Au Moyen-Âge, elle devint le point de jonction entre les évêchés de Lyon, Vienne et Le Puy. La légende veut que les 3 évêques se soient réunis ici, chacun restant ainsi sur son territoire. Auparavant, elle délimitait trois provinces romaines de la Gaule : la Lyonnaise, l’Aquitaine et la Narbonnaise." indique la plaque posée au pied de la Pierre des Trois Evêques.

 

Photo : Thomas de Charentenay

 

André Buisson indique en 2004 :
“La composition géographique des territoires épiscopaux est importante et démontre un véritable travail de découpage entre les évêchés. Sans doute, dans un premier temps, les aires territoriales des premiers diocèses de Vienne et de Lyon ont-elles été calquées sur celles des circonscriptions administratives des territoires coloniaux. Avec la fondation des colonies de Genève et de Grenoble et le partage, au profit de ces deux dernières, du territoire de la Viennoise, la logique a certainement fait que les territoires épiscopaux se calèrent sur celles-ci. On doit attirer l’attention sur la particularité de la délimitation du territoire du diocèse de Belley. D. Van Berchem souligne qu’il est identifié, en 806, lors du partage effectué par Charlemagne, avec l’ancienne Saboia-Sapaudia de 443. J. Rougier a mis en évidence qu’une part de son territoire se situait en rive gauche du Rhône, sur les actuels départements de la Savoie et de l’Isère. Ce même chercheur s’est posé la question d’une éventuelle tradition celtique dans le repérage des frontières de ce diocèse car plusieurs points caractéristiques de ses limites se localisaient sur des emplacements liés à des toponymes celtiques (Arandas, Arandon) liés à Equoranda. Jean Rougier considérait qu’il s’agissait des limites du territoire des Allobroges d’outre Rhône. Le territoire de ce même diocèse pourrait recouvrir également le territoire d’un ancien pagus gallo-romain (le pagus Octavianus). De toute façon, ce territoire a été pris sur les marges des ensembles déjà constitués (évêchés de Lyon, de Vienne, de Genève et de Grenoble) et une « Pierre des trois évêques » témoigne encore d’un point de contact entre les évêchés de Lyon, Vienne et Belley.”

 

Le Bulletin de la Diana  évoque aussi ce rôle frontalier de la Pierre des Trois Évêques, mais le classe aussi parmi les ‘monuments celtiques’ et autres allées couvertes.

 

 



 

Sources :

Buisson (2004) Les campagnes lyonnaises et viennoises de la conquête romaine au VIème siècle de notre ère  p 267

Le Bulletin de la Diana 1920-07

Les marqueurs néolithiques autour de la Pierre des Trois Evêques

Les experts de la période néolithique qualifient les sites mégalithiques de sites mnémoniques. Certains sites monumentaux du néolithique auraient été dédiés à la transmission d’informations, de mémoires, par échange oral et par des techniques de mémorisation fondées sur des objets (Yates 1966 ; Clark 2004 ; Sassman 2005 ; Kelly 2015). Les 10 critères qui permettent de qualifier de tels sites néolithiques sont les suivants, tels que synthétisés par Kelly :

 

(1). Une société stratifiée sans aucun signe de richesse individuelle ou de coercition

(2). Sites cérémoniels publics et restreints

(3). Gros investissement de main-d'œuvre sans raison apparente

(4). Signes d'un ordre prescrit - la Méthode des Loci (par exemple un cromlech, cercle régulier, fait de menhirs de formes différentes : l’ordre est celui de la suite des menhirs autour du cercle)

(5). Objets décorés énigmatiques

(6). Un déséquilibre commercial entre arrivants et personnes déjà sur place

(7). Observations astronomiques et dispositifs calendaires

(8). Des monuments qui font référence au paysage

(9). Amélioration acoustique

(10). L'art rupestre, les gravures sur pierre comme moyen mnémotechnique
Numérotation que nous reprendrons dans la suite des analyses.

 

« Si un site archéologique a démontré la plupart, sinon la totalité, des dix indicateurs (…), alors il est logique de conclure que le contrôle des connaissances était un aspect fondamental de la culture qui a construit le monument »  (Kelly 2015) / nous traduisons.

 

Ces qualificatifs établis par des chercheurs nous aident à classifier nos observations, à ranger dans des catégories ce qui paraît a priori peu significatif.

 

Sources :

CLARK, J.E. (2004) Signs of Power: The Rise of Cultural Complexity in the Southeast. Tuscaloosa : University of Alabama Press. 432 p.

KELLY, J. (2015) Knowledge and Power in Prehistoric Societies, Orality, Memory and the Transmission of Culture. Cambridge : Cambridge University Press. 416 p.

SASSAMAN, KE. (2005) " Poverty Point as Structure, Event, Process " dans Journal of Archaeological Method and Theory. Vol. 12, No. 4, Agency: Methodologies for Interpreting Social Reproduction, Part 2 (Dec., 2005), pp. 335-364.

YATES, F. (1966) The Art of Memory. Chicago : University of Chicago Press. 409 p.

La Pierre des Trois Evêques et ses gravures (10)

Sur la Pierre des Trois Evêques on  trouve plus de cent signes gravés dans un style typique du néolithique : ronds, croix arrondie, croix droite / traits. La base de comparaison de ce type d’icônes est constituée de plus de 800 exemples dans les Alpes, ou encore en Bretagne (Cassen 2021) ou en Espagne.

 

Cette dalle a ensuite été gravée, au XIX eme siècle, avec le nom des propriétaires des terrains adjacents.

 

Photo : Thomas de Charentenay

 

Sources :

Cassen S., Grimaud V., et al. 2021. Signes gravés et architectures funéraires monumentales. In : Blanchard A., Cassen S. & Guyodo J.-N. (dir.), Architectures néolithiques de l’île d’Yeu (Vendée). Oxford : Archaeopress Publishing Ltd, p. 194-283.

Art Rupestre en la provincia de León, Espagne.

Un site aménagé supposant un important investissement important, mais non défensif, et sans traces d’habitation (2) (3)

On observe deux types de mur, dont l'utilité et la typologie sont assez difficiles à définir, ce qui permet par opposition de classer le site comme non défensif, non agricole, et sans habitation.

 

Le premier type de murs est fait d'alignements très bas (une pierre) de blocs contigus, qui ne permettent pas de limiter un pâturage ou de 'stocker' des pierres le long d'un chemin. Ce sont des lignes de pierres toutes de dimension comparable. En premier donc, un mur sans utilité apparente, fait d'une seule hauteur de pierres juxtaposées, de taille similaire.

 





 

Video illustrant le type de murs très bas             Vidéos illustrant le type de mur massif Video 1 Video 2

 

Le second type de murs, plus haut,  est fait de blocs trop importants pour ressembler à une entreprise à usage agricole. Mais ils ne sont pas non plus assez épais (une pierre d'épaisseur) pour offrir une fonction défensive. C'est un mur encore plus intrigant : la taille et la densité des blocs permet d'évaluer à 850 kg chaque élément. La disposition sur une épaisseur et trois hauteurs de blocs importants, avec quelques pierres de calage, en font un ouvrage pensé et massif. Les blocs sont mis en forme individuellement pour "s'emboiter" avec le bloc situé en dessous et sur les côtés.

 

Une carrière à quelques 300 mètres permettait d'approvisionner en blocs de façon continue. Les techniques d’arrachement de blocs par pointillés restent encore à analyser car elles sont bien présentes ici mais pas spécifiques de cette période.

 

Photo Thomas de Charentenay

Aux alentours, des pierres énigmatiques (2) (5)

Nous avons intégré dans une carte Google les pierres remarquables des environs immédiats, sans juger si elles sont répertoriées officiellement ou par simple observation.

 

      Au Nord Ouest on intègre en particulier la "Roche de Cherfoy" (non répertoriée aux monuments historiques)

      au Sud Ouest le "menhir du Gnaorou" (non répertorié aux monuments historiques, malgré sa réparation effectuée en 2012) à la forme rectangulaire (4 faces).

      La zone au Sud Est présente le "rocher des Patureaux" et "la pierre posée de la Roue" distants d'un kilomètre de la Pierre des Trois Evêques. Ces appellations ont été attribuées avant 2015, quand plusieurs randonneurs ont indiqué la possibilité d'une installation circulaire aux Faves et de "pierres posées".

 

Menhir du Gnaorou - Photo Altitude Rando

 

Rocher des Patureaux - Photo Thomas de Charentenay

 

Des pierres remarquables par leur emplacement lié au paysage (8), et lorsqu’on les compare à des sites néolithiques reconnus

Des pierres isolées remarquables sont présentées ici. Leur forme particulière et leur position par rapport à la Pierre des Trois Évêques nous font penser à un aménagement organisé. Elles portent des noms ou des numéros qu'on retrouve dans le plan détaillé du site et qui nous permettent de savoir de quoi on parle quand on les évoque.

 

En rouge “pierres relevées au Cadran du Pilat” cf carte Google. 

Sur cette illustration, le “Viseur des Ecrins” est un passage entre deux pierres de plus de 3 mètres de long, et qui forme un couloir sur l’axe entre la Pierre des Trois Évêques (P3E) et le sommet des Ecrins.

 



Pierre identifiée dans les bois suite à une approche 'logique'. Cette pierre est plein Sud de la Pierre des Trois Evêques et plein Ouest du “Viseur des Ecrins”, faisant office de pierre angulaire.

Pierre ‘Signal’ Video : pierre à trois faces lisses, de base triangulaire. Très similaire aux menhirs signe indiquant la proximité d’une allée couverte ou d’une dalle gravée.

L’emplacement des trois éléments (Viseur, P3E, pierre angulaire) fait penser à un aménagement volontaire (forme exacte et proportions exactes d’un triangle rectangle type). En complément de sa place, la forme de la pierre angulaire nous invite à lui attribuer cette fonction.

 

La présence d’un possible menhir-signe renforce aussi cette idée d’aménagement.

 

Ici nous comparons le menhir signe d’une allée couverte en Bretagne, avec la pierre à trois faces proche de la Pierre des Trois Evêques. Autant le menhir que la dalle semblent comparables dans les deux situations.

 

Source : Fouilles de l'allée couverte de Prajou-Menhir en Trébeurden (Côtes-du-Nord) J. L'Helgouach Bulletin de la Société préhistorique française  Année 1966

Le site des Faves et son cromlech (4)

Un cercle a été identifié à proximité de la Pierre des Trois Evêques, dès 2015 par un randonneur, au lieu-dit 'les Faves'.

 

A environ 1 km de la Pierre des Trois Evêques, le cromlech des Faves. Illustration Eric Charpentier

 

Le cromlech des Faves - Extrait du site 'altitude rando', photo signée BA42

 

Nous avons travaillé une manière ‘originale’ d’interpréter ce site. Ce cercle nous a semblé organisé comme un exercice de mathématiques summerien et nous avons voulu le vérifier.

 

La conception géométrique des cercles est un exercice très ancien, pratiqué et enseigné plus de 2 000 ans avant notre ère. Aussi à l'exploration du cercle présumé au lieu dit les Faves, nous avons formulé l'hypothèse d'un cercle bâti autour d’un triangle isocèle, en incluant à cette appréciation des similitudes avec l'exercice extrait d'une tablette sumérienne. On y trouve, selon cette interprétation, les points de repère clés pour construire un cercle, exactement comme dans l'ordre indiqué dans l'exercice.

 

Au Nord du cercle un marqueur 1, matérialisé par une dalle en forme de souche, un marqueur 2 localisé au Sud Est, et le centre du cercle circonscrit qui passe par ces deux marqueurs.

 






Avec l’aide de bénévoles, nous avons refait de façon expérimentale sur site l'exercice de la tablette, en construisant un cercle circonscrit, et avons pu positionner 28 pierres autour ce cercle.

 

 

Source :

Mémoires de la Mission archéologique en Iran. Tome XXXIV. Mission de Susiane. TEXTES MATHEMATIQUES DE SUSE. CONTENAU ( G. ) & MECQUENEM ( R. de ) - BRUINS ( E. M. ) & RUTTEN ( M.)

 

Hypothèse d’alignements solsticiaux (7)

Hypothèse à démontrer : la Pierre des Trois Evêques serait le point focal d'alignements aux lever et coucher du soleil lors du solstice d'été et d'hiver, sur l'axe des levers et couchers apparents et des levers et couchers réels sur l'horizon. Ces caractéristiques (à démontrer) ont amené à appeler le site "le Cadran du Pilat".

 

Cette hypothèse suppose de faire le lien entre des éléments du paysage, artificiellement installés (pierres, murs, limite) et le parcours de la lumière du soleil au lever et au coucher à certaines dates. On prend donc comme point de départ ce parcours, centré sur la Pierre des Trois Evêques. On voit rapidement une conjonction en la limite communale (qui est aussi la limite diocésaine) et le lever du soleil au 21 juin (solstice d'été)

 

Illustration : Eric Charpentier

 

La limite de communes passe par la Pierre des Trois Evêques et croise exactement la ligne de lever du soleil réel au 21 juin / de coucher du soleil réel au 21 décembre.

 

Limite communale en pointillés à partir de la Pierre des Trois Evêques

 

A partir de cette première observation on a pu relever 8 directions à partir de la Pierre des Trois Evêques :

Lever et coucher du soleil au solstice d'été : lever apparent, et à l'horizon

Lever et coucher du soleil au solstice d'hiver : lever apparent, et à l'horizon

Carte : https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1HRKX4vzVl0TxpxcD-ke45OkOONSMB-c&ll=45.823461772375055%2C6.68584100000003&z=7

 


Plusieurs de ces directions rencontrent des monuments classés comme proto ou pré-historiques (Pic de la Violette, St Sabin, motte castrale de Montchal). D'autres sites semblent convaincants dans leur forme (; Roche de Cherfoy, menhir du Gnaorou;) mais n'ont pas fait l'objet d'expertise officielle. Enfin certains sont issus des nos observations (viseur de l’Aigle).

 

 


 Sources

Le Suc de la Violette  par Fabien Delrieu (SRA Auvergne-Rhône-Alpes, UMR 5138 ArAR)

A propos de St Sabin : Les fortifications d'altitude en pierres sèches dans le Haut-Vivarais et le Pilat: architecture et chronologie Fabien Delrieu

A propos de Montchal "la belle motte de Montchal' SRA ARA 2016

 


 

A moindre distance de la Pierre des Trois Evêques on retrouve ces trois points déjà identifiés, et qui s’intègrent dans l’analyse des solstices :

      le lieu dit "la Roche de Cherfoy", où trois rochers se présentent sur l'axe du coucher au 21 juin depuis la P3E.

      le 'viseur' de l'Aigle, qui permettrait de suivre la direction du soleil levant 'réel' dans le contexte d'un sommet qui cache cette direction (direction de St Sabin et du levant au 21 juin) depuis le point de vue de la Pierre des Trois Evêques.

      le "menhir du Gnaorou" connu que de tradition orale locale. On le trouve dans une chanson en patois.

 

Conclusion provisoire

Au delà des vérifications d’occupation au néolithique à Gimel, et des cupules sur la Pierre des Trois Évêques, la majorité des critères de Kelly (validant les sites mnémoniques) sont vérifiés par notre site : un site non défensif, non agricole, aménagé en référence au paysage et aux solstices, ayant nécessité une grande quantité de travail pour présenter des espaces délimités mais ouverts, disposant de gravures et de pierres mises en forme, d’aménagements ordonnancés en cercle selon des règles précises et probablement reproduites depuis des modèles. 

 

Chaque indice doit à nouveau être remis en question, vérifié et comparé et aucun n’est définitivement probant. L’ensemble cependant nous convainc de continuer l’exploration et d’accumuler toujours davantage d'indices sur place, selon des techniques nouvelles et grâce aux expertises des bénévoles qui nous accompagnent. Nous avons numérisé le site en 3D, et opéré un relevé par des topographes, ce qui nous permet de partager ces observations et de procéder à des simulations.

 

Il nous reste à explorer le lien entre ce site, ces indices mis au jour, et les pratiques élitaires de la société néolithique : le transport des haches en jadéite depuis l’Italie vers le Morbihan, et l’installation d’autres sites mnémoniques. En effet, si le site est mnémonique il a un rôle à jouer dans la société élitaire de l’époque.

 

C’est un travail en cours qui nous paraît encore à préciser avant de partager plus avant ici. Ceux qui nous accompagnent sur le terrain au fil des années en ont eu quelques aperçus. L’idée générale est pour nous de partir de ce que nous observons à la Pierre des Trois Evêques et de tenter des déductions, puis d’en explorer les conséquences.

 

Par exemple, le ‘Viseur des Ecrins’ définit un axe depuis la Pierre des Trois Evêques. Qu’en est-il si nous le prolongeons au-delà des Ecrins ? Quelle destination nous indique-t-on ? A suivre …


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