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RUBRIQUE
Sociétés Secrètes

Novembre 2021












Par
Michel Barbot



De l’abbé Montfaucon de Villard au Zodiaque de Toulouse

 

Dans la première partie de ce dossier, nous avons suivi les pas du jeune abbé Henri Montfaucon de Villars dans la France du XVIIe siècle. Enseigné, pouvons-nous le penser, par l’emblématique Nicolas Pavillon, évêque d’Alet, puis par l’archevêque de Toulouse Pierre de Marca, un homme de l’ombre du roi Louis XIV, il pénètre, ainsi que le fit deux siècles plus tôt l’alchimiste Nicolas Flamel, les arcanes du Zodiaque de Toulouse donnant accès aux trésors des Fils d’Israël. L’un de ces arcanes, caché dans un ouvrage kabbalistique, l’Ésh métšaréf, orienterait le chercheur vers l’énigmatique cité de Montreuil-sur-Mer, LA VILLE SECRÈTE DES TEMPLIERS qui hébergea des alchimistes et des Juifs Kabbalistes. Pénétrons à présent ce mystérieux arcane…

 

Deuxième partie : De la cité de Montreuil aux mystères de la panthère

 

Dans son roman ésotérique La troublante et très étrange aventure de Maître Pasquier-Allard (Éditions Ramuel) l’auteur Philippe Valcq, spécialiste de Montreuil-sur-Mer, n’hésite pas à avancer l’hypothèse suivant laquelle certains livres anciens auraient pu être cachés à Montreuil.

Dans cette piste montreuilloise, la figure énigmatique du poète Gerbert de Montreuil, auteur du Roman de la Violette, se présente assurément comme d’importance. Dans l’un de nos échanges par mails, Philippe Valcq évoquait ainsi le personnage médiéval :

« Quant à Gerbert, il a écrit un ouvrage ésotérique, attribué à tort à Nicolas de Margival : ‘’Le dit de la panthère d’amour’’. Son œuvre principale : ‘’Le roman de la Violette’’ est à clefs. On sait, bien entendu, qu’il est l’un de continuateurs de Chrétien de Troyes. »

Philippe Valcq est l’auteur d’un roman ésotérique consacré à Gerbert de Montreuil : LE MÉNESTREL de MARIE (Éditions Ramuel).

 

Montreuil-sur-Mer – les fortifications

(carte postale ancienne)

 

Chrétien de Troyes fut peut-être, suivant certains exégètes (l’hypothèse est infirmée par d’autres), un Juif converti au Christianisme et serait resté en contact avec les Rabbins de Troyes. Clément Weill Raynal (ancien journaliste à France 3) dans son roman Le Tombeau de Rachi (Éditions du Cerf 1997) se fait l’écho de quelques hypothèses concernant Chrétien :

« Des rabbins de Troyes ont certainement dû rester en contact avec ce juif de cour qui peut s’avérer utile en cas de flambée de violence. Peut-être dans l’urgence, ces vieux sages décident-ils de lui confier un des secrets qu’ils détiennent eux-mêmes de Rachi et qui ne doit pas disparaître. »

Bien entendu, face à une telle hypothèse, une question se pose : « Rachi aurait eu connaissance du mystère du Graal ? » Pour l’auteur du roman, il s’agirait d’un mystère équivalent, mystère dont Godefroi de Bouillon aurait été informé avant son départ pour Jérusalem lorsqu’il rencontra suivant la tradition, le Rabbi Champenois. Le clerc de la cour des comtes de Champagne, « un brin facétieux […] va écrire son secret en hébreu en le codant en vieux français. Caché, quelque part, dans le texte. Personne, sauf quelques initiés, ne pourra s’y retrouver. Rachi, de son vivant, avait fait exactement l’inverse. Il écrivait des mots de vieux français en caractère hébraïque. Les fameux laazim, le Talmud en est truffé. C’est d’ailleurs la seule trace que l’on conserve de ces vocables. Grâce à Rachi, les médiévistes peuvent retrouver aujourd’hui la prononciation exacte du français du onzième siècle. »

Bien que l’hypothèse soit loin de faire l’unanimité, il se pourrait que Gerbert, son continuateur, ait pu œuvrer pareillement.

Philippe Valcq dans son livre L’ÉNIGME DE LA VILLE SECRÈTE DES TEMPLIERS Montreuil-sur-Mer (Éditions Ramuel) présente ainsi Gerbert de Montreuil : « Gerbert ou Gilbert de Montreuil fut le trouvère de Marie de Ponthieu. Il y a de nombreux points entre cette dernière et Marie de Champagne, protectrice de Chrétien de Troyes. […] Sur Gerbert nous possédons très peu de renseignements. Trouvère attitré de Marie, il la suivit sa vie durant tout en restant rattaché à l’Abbaye de Valloire ce qui laisse supposer qu’il devait être Cistercien (il devait être bien plus âgé qu’elle. »

Trois œuvres lui sont connues : Le Roman de la Panthère, la moins connue et la plus énigmatique, Le Roman de la Violette ou Gérard de Nevers, la plus célèbre, et La Continuation de Perceval.

Concernant cette Continuation, qu’il présente comme « un ouvrage à clefs », il écrit : « Comme l’œuvre de Chrétien qui n’est pas dédiée à Marie de Champagne, celle de Gerbert ne l’est pas non plus à Marie de Ponthieu, peut-être même l’écrivit-il avant sa rencontre avec la jeune femme. Ces poèmes ont été ‘’commandés’’, ‘’commandités’’, en ce qui concerne Gerbert par les Templiers de Montreuil-sur-Mer avec qui il devait être en relations étroites, d’autant qu’il était Cistercien. Il dut mourir vers 1225. »

Philippe Valcq présente Le Roman de la Panthère de Gerbert de Montreuil, comme « sa plus énigmatique création ». Le décès de Gerbert de Montreuil vers cette année 1225, ne lui permettra pas de terminer ce roman : « Il fut laissé ‘’en dépôt’’ chez les Chevaliers du Temple. […] Quelques années après la disparition de Gerbert, le manuscrit partit pour Soissons où l’on chargea un autre poète de le terminer. »

Philippe Valcq poursuit : « L’ouvrage est ésotérique, nous l’avons dit, ne serait-ce que par le thème de la Panthère dont les prêtres Égyptiens avaient revêtu la peau pour officier lors des cérémonies funéraires. Elle avait rapport avec le paon dont nous avons parlé dans le prologue. »

L’historien de Montreuil cite ensuite Gérard de Sède (Les Templiers sont parmi nous – J’ai Lu Éditions) :

« Éléonore d’Aquitaine avait choisi pour emblème l’oiseau des alchimistes : le paon. Sur son sceau, conservé à l’abbaye de la Sauve, on la voit tenant une rose dans la main droite et ayant à sa gauche un paon perché sur une croix… Le léopard s’appelait jadis ‘’panthée’’ – qui plus tard, a donné ‘’panthère’’ parce qu’il symbolisait le Dieu Pan, le Grand Tout, le Cosmos… les taches de sa robe sont d’ailleurs figurées par les étoiles. »

Dans le Jeu de cartes des fables d’Ésope, nous découvrons la carte suivante :

 

LE GEAI PARE DES PLUMES DU PAON

 

La panthère, le léopard ou le guépard, apparaissent en cette période médiévale, associés de par leur nom, au Pardès, mot hébreu désignant le jardin, le verger, d’où notre Paradis. Dans la Kabbale, le Pardès est le lieu où l’étudiant de la Torah peut atteindre un état de béatitude. En hébreu, les quatre lettres du mot Pardès (Pé, Resh, Daleth, Samekh) sont les initiales d’un terme indiquant les quatre niveaux d’études de la Torah.

PESHA, désigne le sens littéral. REMEZ, évoque l’allusion. DERASH, l’interprétation. SOD, le Secret.

Sur le site http://www.yashanet.com/studies/revstudy/pardes.htm nous découvrons que l’Évangile de Matthieu comporterait trois de ces sens. Le Sod ou Secret est atteint au chapitre 26, verset 27 et 28, où Jésus lève la coupe (le Saint Graal…) remplie de vin et la béni.

Le Roman de la Violette, titre du second livre de Gerbert de Montreuil, comporte assurément son lot de mystère. Cette Viollette, apparaît ainsi que nous l’apprend Philippe Valcq dans La Continuation de Perceval :

« Enfin, il signale sa préférence pour un prénom qui lui servira de titre pour son plus célèbre roman (vers 13490),

« Et sa compaigne Violette. »

N’aurions-nous pas avec le mot compaigne, quelque jeu de mots ? En ancien français existait un mot comme ou come, forme réduite du mot commentaire. La seconde partie du mot, paigne, pourrait apparaître comme une variante du wallon pagene ou du français de Rabelais (Gargantua) pagene (latin pagine, le feuillet, la Page), évoquant une page page qui pouvait désigner au Moyen Âge, un volume, un livre, voir un récit.

Les mots sa compaigne Violette pourraient cacher son Commentaire du Livre Violet (ou) de la Violette ? Le nom et l’origine d’un tel livre s’enracine dans la langue hébraïque. Le prénom Violette trouve sa correspondance hébraïque dans la forme Séguel. Écoutons Marc-Alain Ouaknin et Dory Rotnemer évoquer ce prénom dans Le Livre des prénoms bibliques et hébraïques (Éditons Albin Michel) :

« - Séguel, Sigal : Violette ; nommée ainsi, comme en français, à cause de sa couleur violette, qui se dit Sagol en hébreu ; le mot Seguel a de nombreuses autres résonnances en hébreu, comme Corps (diplomatique, par exemple), Cadre, ou Adaptation ou Remède, ou encore Trésor ou Qualité. Vertu (c’est dans ce sens que l’on traduit Am Segoula par Peuple de Prédilection, Peuple Choisi ou ‘’Peuple Élu’’), ou enfin il désigne une voyelle composée de trois points disposés en triangle inversé (sommet en bas), qui, placés sous une consonne hébraïque, se vocalisent d’un é bref. »

Robert Graffin quant à lui, dans son livre Les Secrets de Salomon (autoédition Meaux Cedex), reprenait les mêmes significations, tout en y ajoutant les mots « ovale », « elliptique » et n’hésitait pas à rapprocher l’expression « peuple de prédilection », « hommes exceptionnels », du thème ésotérique de la « race violette » :

« Cette ‘’race violette’’, qui sert de ‘’corps’’ ou de ‘’cadre’’ à tout un champ de pensée, qui a su s'adapter pour ‘’traverser’’ (Yvri) les temps, dont l'art est ‘’ovale’’ et l'expression est elle aussi tellement elliptique qu'elle a donné naissance à la formule ‘’raisonnement qabalistique’’ ; dont l'alphabet et la langue sans aucun idiotisme sont tellement ‘’spécifiques et caractéristiques’’ qu'ils sont devenus ‘’trésor et bien précieux’’ pour l'humanité terrienne... cette ‘’race violette’’, donc, n'est-elle pas précisément celle dont nous parlons depuis le début ? »

La Violette de Gerbert de Montreuil parfume assurément plusieurs tiroirs au contenu varié. Georges Lahy dans son Dictionnaire encyclopédique de la Kabbale, aborde le mot Ségol par l’hébreu Ségoulah :

« SÉGOULAH […] - Remède. Une ségoulah est une méthode, généralement des prières ou invocations, permettant de retrouver la santé. »

L’auteur donne pour exemple une célèbre ségoulah, celle répétée par les hassidim, disciples de Nahman de Braslav : « Na-Nah-Nahma-Nahman Mé Ouman », soit « la signature du Rabbi Nahman de Braslav, suivie du nom Ouman, ville où se trouve sa tombe. On remarque que les premières lettres du nom Nahman sont par trois fois répétées avant l’énonciation complète. Cette signature contient une formule-ségoulah, qu’il faut lire, chanter en tout temps et en toute circonstance. Par son énonciation et sa répétition, cette phrase a le pouvoir de guérir, de secourir, de métamorphoser, d’enrichir, d’élever, d’éclairer la personne qui la prononcera. »

L’auteur poursuit : « Toutefois, la Kabbale établie un lien entre ségoulah et le point-voyelle ségol. Le mot ségol vient de ségoulah, qui signifie trésor, et représente le trésor des Rois, représentés par les séfiroth de hesséd à Yessod. Ainsi par son mouvement, le point-voyelle ségol représente les rois déposant leur trésor vers le bas, tandis que zarka (un des signes de cantillation), qui signifie jeter vers le haut, représente les rois puisant dans leur trésor. »

 

Zarka - ségol

 

L’hébreu ségol a pour origine l’araméen sigla qui désigne la douce violette. Le Klein Dictionnary fait dériver le nom hébreu de la violette, de segola : grappe de raisin en araméen, synonyme de l’hébreu eshkol. Les trois points du point-voyelle ségol, reprendraient la forme d’une grappe de raisin réduite à trois raisins

La formule-ségoulah qui se présente au fil du temps comme une prière-violette, véritable thérapie orale, c’est substituée tout au long des siècles, à un livre mythique évoqué par de grands commentateurs, tel Rashi de Troyes. Serait-il hasardeux d’émettre l’hypothèse suivant laquelle Gerbert de Montreuil au travers de la Violette et de son possible Commentaire, se réfèrerait à ce livre disparu ?

Certains rabbins adeptes de la spagyrie ou alchimie végétale, croyaient aux vertus des plantes. L’un d’eux, natif d’Allemagne, le célèbre Yaakov Emden, dit le Ya’avetz (1697-1776), évoquait ce mystérieux livre des remèdes attribué au roi Salomon. Ce livre suivant ce Rabbi, contenait des secrets d’alchimie. http://jewishnews.com/2015/09/27/old-jewish-book-outlines-how-to-turn-copper-into-gold/#return-note-15456-6 

En 1693, Honoré-Richard Simon, ancien curé de Sainte-Uze en Dauphiné, installé à Lyon pour raison de santé, fit paraître dans cette cité, Le Grand Dictionnaire de la Bible. Le livre de cet ecclésiastique confondu à tort avec son contemporain le théologien oratorien Richard Simon, servit de source d’inspiration à dom Calmet pour son Dictionnaire historique et critique de la Bible.

Nous trouvons dans cet ouvrage une référence au livre de remèdes rédigé par Salomon :

 

Extrait de l’édition 1703

 

Ce livre évoqué dans le Talmud a fait depuis le Moyen-Âge, l’objet de nombreuses études rabbiniques. Bien que les midrashim ou contes juifs, n’évoquent pas cette « force de chasser les Demons », ils présentent les connaissances médicales développées dans ce livre comme étant originaires du Gan Éden ou Jardin d’Éden. Bien qu’Adam, puis l’un des fils de Noé ou Noé lui-même l’auraient reçu des mains de l’ange Rafaël (Raphaël) le médecin divin, dont le nom signifie précisément « Dieu a guéri », il est plus généralement admis que ce livre fut écrit par le roi Salomon. Cet ouvrage est connu sous le nom Sefer HaRefouot ou Livre des Remèdes. Refouot « Remèdes », bien qu’écrit au pluriel est souvent traduit au singulier par « Médecine ». Le livre contenait les Ségouloth (pluriel de Ségoulah… Violet), mais dont le sens prend ici celui de Vertus (Trésors), soit précisément les vertus des plantes…

De tradition, le Livre des Remèdes Violets ou plus justement des Vertus, se trouvait dans le Temple de Jérusalem. Ce fut le roi ‘Hezkia ou Ézéchias, qui retira le livre du Temple et qui l’enterra. http://rwattenberg.free.fr/Medecine.html

Les Rabbins à la lumière de la tradition, s’interrogèrent sur les raisons qui firent que ce roi cacha ainsi le livre. Une première raison avancée fut que le live comportait des dessins (ou gravures) de Avora Zara, soit propres au « culte étranger », dans le sens d’idolâtrie. Une seconde raison avancée par Maïmonide, fut que pour obtenir la guérison, le Violet ou plus justement la Vertu des plantes appropriée à une maladie bien précise, aurait été utilisée conjointement au livre avec un Telsam (mot arabe à l’origine du mot Talisman) ou amulette que l’hébreu nomme Qamiah, mot également donné aux Carrés dits magiques.

Dessin, écriture ou sculpture, l’amulette était associée à l’astronomie et à l’astrologie. Les malades qui montaient au Temple de Jérusalem pour être guéris, montaient pour le livre, oubliant que la montée au Temple marquait principalement la rencontre vers Dieu. C’est ainsi que le roi Ézéchiel retira du Temple le Livre des Remèdes de Salomon et l’enterra, après l’avoir dit-on archivé. C’est ainsi que plusieurs Rabbins, à l’instar de Maïmonide, rédigèrent un Pirosh LéSefer HaRefouot ShéGanaz ‘Hezkia : Commentaire sur le Livre des Remèdes qu’Ézéchias a archivé.

Ce commentaire assez varié, s’appuie sur les mots du Talmud (Berakoth 10b) :

« Ganaz Sefer Refouot » : « Il (Ézéchiel) a archivé le Livre des Remèdes ».

En tant que verbe Ganaz ou Génez, signifie « archiver », « mis en rayon », « classer », mais aussi « ranger », « cacher » ou « annuler ». En tant que nom commun, il peut désigner un coffre dans lequel on place quelque trésor. L’annulation du livre dans le Temple, n’affirme en rien sa destruction. Il a été enterré sous le Temple, comme pourrait l’être un trésor (Ganza) que l’on cacherait au plus profond d’un Ginzak, « chambre du trésor » dans le Temple… ou sous le Temple !?

Ce livre, et les amulettes associées, quitta pourrions-nous le penser, un moment donné, sa cachette secrète, son Ginzak. 

 

La cité de Montreuil-sur-Mer dans le Zodiaque du Toulouse

La cité de Montreuil-sur-Mer se localise in zodiaci, tout comme Boulogne-sur-Mer et Paris, dans l’axe du Sagittaire. 

 

Carte du Zodiaque de Toulouse : l'axe du Sagittaire

(Patrick Berlier)

 

Chez les Juifs, le signe du Sagittaire prend le nom de « Qéshet », l’Arc. Quéshet correspond au mois de Kislev, mois associé à la lettre Samekh dont la forme ronde évoque l’idée de rempart et de protection. Le mois de Kislev est marqué par la fête de ‘Hanouka qui commémore la réinauguration du Temple de Jérusalem avec l’illumination huit jours durant de la Ménorah ou Chandelier à sept branches, dans le Temple par les Macchabées vainqueurs des Grecques.

Le Rav Matitiahou Glazerson dans son livre Les Secrets de l’Astrologie Hébraïque (EDISTAR Éditeur), écrit :

« Le Sagittaire évoque la victoire d’Israël sur la Grèce, conformément à la prophétie de Zacharie (9,13) : ‘’Oui, je me fais de Juda comme un arc bandé, d’Ephraïm un carquois bien garni. Je vais lancer tes fils, ô Sion contre les tiens, ô Yavan’’.

Sion (Jérusalem), en hébreu Tsion : « le mot ‘’tsion’’, qui peut être décomposé en : -‘’ts-ion’’, allusion, anagrammatique à ‘’tasdik-yavan’’ ; le Tsadik, le Juste, a triomphé de ‘’Yavan’’, la Grèce, l’arc de Sion, de l’arc de la Grèce. »

Cette lecture de Tsion faite par le Rav, scinde le mot en deux parties : la lettre Tsadik ou Tsédek initiale, suivie du mot Ion (lettres Iod – Vav – Noun) que l’on peut lire Iavan ou Yavan, nom hébreu de la Grèce. La lettre Vav (V) de Yavan, donne aussi à l’intérieur d’un mot, le son « O » ou « Ou ». Et Ion-, c’est aussi l’Ionie…

Cette lecture se retrouve dans les travaux de Paul Le Cour, fondateur de la l’association ATLANTIS. Dans son livre L’Évangile Ésotérique de Saint Jean (Dervy-Livres Éditions), cet auteur s’intéressait à la forme grecque du nom de l’apôtre Jean, soit Ioan :

« N’est-il pas logique que Ioan, qui représente la pensée la plus profonde de l’initiation chrétienne, soit rattaché à l’Ionie, qui fut le foyer le plus rayonnant de la Grèce ?

« En Ionie les douze villes principales avaient un grand sanctuaire commun, situé au cap Mycale. Ce sanctuaire était dédié à Poséidon Héliconien ; or Poséidon est dans la mythologie grecque le prédécesseur de Ioan dans l’ésotérisme chrétien.

« D’autre part, les noms de l’Ionie et d’Éphèse sont intéressant à examiner.

« En effet, en grec, le mot ion signifie violet ; la mer ‘’violette’’ des poètes est en réalité la mer ionienne. Le violet est la couleur de la spiritualité. Ainsi se justifie l’association de l’Ionie à la vie spirituelle du christianisme et à Ioan. Quant au mot Éphèse, il se rattache au grec éphésis, qui signifie ‘’désir’’.

« Selon Claude de Saint-Martin, *l’Homme de désir est celui qui aspire à la spiritualité la plus haute. D’autre part, les prêtres du grand temple d’Éphèse portaient le nom d’essènes, d’où pourraient bien provenir celui des Esséniens chez qui le christianisme prit naissance.

*Titre d’un ouvrage important du ‘’Philosophe Inconnu’’. »

 

Le signe du Sagittaire

 

Revenons à présent aux commentaires du Rabbi relatifs au signe du Sagittaire :

« Yavan, la Grèce, symbolise la force qui s’oppose à l’arc d’Israël. L’arc grec, c’est l’hellénisme et la Matière, fondement de l’Hellénisme, qui a tenté de détruire les fondements de la foi et de la Torah d’Israël.  Les Grecs allèrent jusqu’à souiller toutes les valeurs sacrées d’Israël, ce qui a provoqué la révolte des Hasmonéens, l’arc de la sainteté triomphant de l’arc de l’impureté. Nos anciens notaient déjà que la déroute de l’Hellénisme, fondée sur l’Esprit, a conduit à l’éclosion de la Torah Orale à cette même époque ; l’arc de Juda a neutralisé la sagesse grecque et la sanctifiée. »

C’est en l’an 333 avant J.-C. que le royaume d’Israël est passé sous la domination des Grecs. Alexandre après son affrontement victorieux contre les Perses cette année-là, s’empare de la région palestinienne. À sa mort, en 323, ses généraux se partagent son empire. Le livre prophétique de Daniel au travers de la statue de Nabuchodonosor, va évoquer les Quatre Royaumes qui précéderont l’Ère Messianique. La période de domination grecque d’Israël correspond dans la mystique juive au 3e Royaume.

En 1655, le plus célèbre rabbin du XVIIe siècle, Menasseh ben Israël, l’ami de Rembrandt présente son livre La Pierre Glorieuse de Nabuchodonosor (réédité en 2007 par les Éditions Vrin). La prophétie de Daniel était ans cesse scrutée durant ce « siècle de fer », par les grands de ce monde. Sur la quatrième de couverture de l’édition 2007, nous lisons : 

« Cependant la guerre civile ravageait l’Angleterre. Des extrémistes s’emparaient du livre de Daniel pour menacer Cromwell. Menasseh ben Israël se rendit à Londres et présenta son ouvrage au Lord Protecteur. Il y trouva non seulement de quoi faire taire ses adversaires, mais encore la possibilité de donner à l’Angleterre un rôle messianique. La Pierre glorieuse devint alors comme un passeport pour le retour des juifs chassés depuis le XIIIe siècle. Ce retour fut perçu par de nombreux chrétiens comme le premier pas vers l’installation des juifs dans leur terre ancestrale. »

Dans ce livre illustré par son ami Rembrandt, le rabbin commente le chapitre 7 du Livre de Daniel dans lequel le prophète raconte sa vision des quatre animaux ailés différents l’un de l’autre qui sortirent de la mer. Le premier était semblable à un lion, le second à un ours, le troisième à un tigre et le quatrième différent de tous et qui avait dix cornes.

Le verset 6 où apparaît le tigre est ainsi commenté par le rabbin :

« Verset 6 : Et voici, un autre était semblable à un tigre

« Daniel compare la Monarchie grecque au tigre.

« I. C’est à cause d’Alexandre, son fondateur : il était orgueilleux comme le tigre, il affrontait tous les périls d’une âme intrépide. Et ainsi, bien qu’inférieur en force à Darius, il lui fit face, le poursuivit et le vainquit.

« II Le tigre est à la fois féroce et léger, comme Alexandre qui conquit le monde au cours d’une vie fort brève. Jérôme admiratif, disait : On aurait dit qu’Alexandre courait, car dans sa courte existence, il soumit une partie de l’Europe et l’Asie tout entière.

« III Le tigre est couvert de taches et a plusieurs couleurs. Or, l’esprit des Grecs est dissimulateur et trompeur, comme l’ont montré Homère avec Ulysse et Virgile avec Simon.

« IV Le tigre a une odeur excellente […]. »

Ainsi qu’indiqué par Menasseh ben Israël, l’animal qu’il nomme tigre, traduit le mot NMR (Namér : léopard ou panthère). Et, élément d’importance, ce verset du Livre de Daniel ici étudié de façon prophétique à la lumière des cycles du temps, est précisément celui que l’auteur du Ésh métšaréf (livre possédé par Nicolas Flamel) étudie à la lumière de l’alchimie.

 

Nicolas Flamel

 

Pour Menasseh, si le tigre (Namér) évoque Alexandre le Grand, les quatre ailes et quatre têtes évoquent quant à elles, les quatre capitaines d’Alexandre qui se partagèrent à sa mort son empire : Philippe reçut la Mécédoine ; Antigoine, l’Asie Mineure ; Seleucus, la Syrie ; Ptolémée, l’Égypte.

Menasseh ajoute : « Par les ailes du tigre, on fait référence à la brièveté de la vie d’Alexandre, car il n’y a pas d’animal plus véloce que le tigre, selon Pline. D’ailleurs, le mot tigre est un mot arménien qui signifie flèche. »

Dans une note, nous lisons : « En fait, tigris (féminin) est un mot grec bien attesté. Le prénom Tigrane, fréquent en Arménie, signifie lui aussi flèche. »

La flèche nous rappelle dans cette étude, l’espece de bouclier du livre de l’abbé Montfaucon de Villars sur lequel le petit Gnome appuie sa main gauche. Le Gamad, Pygmée ou Gnome des traditions juives, semble avoir décoché ses flèches.

 

Le gnome du livre de Montfaucon de Villars

 

Le Shelet, nom hébreu de de ce bouclier ou carquois tenu par le Gnome signifie aussi une enseigne. L’objet se veut porteur d’un signe, il enseigne… En hébreu, un jeu de mot se forme, lorsque Shelet est précédé du mot Shaleh’ ou Shelah’, mettant ainsi en relief le mot Shalshelet. Le mot Shaleh’ en tant que verbe signifie « envoyer ». Le Klein Dictionary, présente le mot Shaleh’ comme probablement lié à l’Ugar. shlh (javelot, fléchette) et à l’Akk. shalū (tirer des flèches), shiltaḫu (flèche), peut-être aussi shēlu (= javelot, fléchette). L’hébreu biblique le retient dans le sens d’arme, d’épée (Livre de Job 36-12) ou de flèches (Livre de Joël 2-8) mais aussi de plant, de rejeton (Cantiques des Cantiques 4-13).

Cette épée, cette flèche ou ce plant (Shaleh’) associé au carquois (Shelet – lettre finale Teth) forme par jeu de mots, en hébreu, le Shalshelet (lettre final Tav) qui désigne une marque de cantillation n’apparaissant que quatre fois dans tout le Pentateuque (quatre exemples bien connus), bien qu’Israël Itzak Besançon, à l’instar de d’autres rabbin) dans son livre Yossef (Éditions du Chant Nouveau Tel-Aviv), en évoque sept. Ce rabbin évoque dans cet ouvrage, la figure emblématique de Joseph fils de Jacob, qui suivant le Livre de la Genèse devint le vice-roi ou grand-vizir du Pharaon. Mais auparavant, il fut au service de Potiphar, officier de Pharaon. L’épouse de Potiphar voulut coucher avec Joseph. Le texte nous dit au sujet de Joseph : « VaYémaène » : « Et il s’y refusa ». (Livre de la Genèse 39-8)

 

VaYémaène : Et il s’y refusa

 

La lettre Aleph de ce verbe (avant-dernière lettre du mot à gauche), se voit couronnée d’un Shalshelet. Ce ta’am ou ordonnance cantillée, apparaît schématiquement composé d’une pile de trois pointes de flèches pointant vers la gauche, le tout placé sur la première lettre de la syllabe accentuée. Ce mot ainsi couronné est immédiatement suivi d’une barre verticale dite paseq, soit en français séparateur. Ce séparateur, suivant l’hébraïste anglais James Kennedy, serait une marque ancienne identique au « sic » dans les textes non latins.

En quoi Joseph, dans ce verset biblique peut-il avoir quelque lien avec cette présente énigme du Shelet, le carquois du Gnome ? Dans le livre du Rav M. Glazerson, cité ci-dessus, nous découvrons que le signe du Sagittaire est associé à Joseph :

« Joseph est aussi lié au Sagittaire, selon la formule du verset (Genèse 49-24) : ‘’Son arc est resté plein de vigueur’’. » Le verset complet est ainsi traduit dans la Bible du Grand Rabbinat de France : « mais son arc est resté plein de vigueur et les muscles de ses bras sont demeurés fermes grâce au Protecteur de Jacob, qui par-là préparait la vie au rocher d'Israël ; »

Si Joseph n’est pas étranger au signe du Sagittaire, il n’en est pas véritablement le représentant, en ce sens qu’il ne résida pas en Israël, contrairement à ses deux fils qui formèrent 2 des 12 tribus, parmi lesquelles ne figurent pas Lévi (autre fils de Jacob), dont les fils et leurs descendants exerçaient dans le Temple, la fonction de Lévites ou Prêtes. Mais Joseph n’en reste pas moins intimement lié de par sa symbolique au signe du Sagittaire.

Dans le commentaire très ésotérique du Rabbi Rashi de Troyes, nous comprenons que ce verset est lié à cet autre verset du Livre de la Genèse, dans lequel est évoqué le refus de Joseph :

« Rocher d’Israël Le mot èven (‘’rocher’’) est composé, selon le Targoum, de av (‘’père’’) et de ben (‘’fils’’), c’est-à-dire Ya‘aqov et ses fils. Et nos maîtres ont expliqué l’expression ‘’son arc est resté plein de vigueur’’ comme voulant dire qu’il a su, en présence de la femme de son maître, maîtriser son instinct. Le mot qacheto (‘’son arc’’) s’applique ici à la semence, laquelle est lancée comme une flèche. Quant aux ‘’muscles de ses bras demeurés fermes’’, ils désignent la semence qui s’est écoulée par ses doigts. ‘’Par les mains du protecteur de Ya’aqov’’ : l’image de son père lui est alors apparue (Sota 36b). »

Le Protecteur céleste de Jacob (Israël) n’est autre que Dieu. La semence, sève, puissance vitale, se retrouve symboliquement dans le mot hébreu Quèshet, qui signifie, ainsi que l’indique Rashi, arc, mais aussi puissance. Pour les rabbins, Joseph aurait quelque peu hésité face au désir de la femme de Potiphar. Joseph eut l’impression de distinguer l’image de son père Jacob sur la fenêtre et c’est ainsi qu’il refusa les avances. Cet ultime sursaut faisant suite à son hésitation apparaît symbolisé par le Shashelet. En refusant les avances de l’épouse de Potiphar, Joseph préserve suivant les anciens Sages, « la sexualité divine » qui faisait de lui le Juste (le Tsédek ou Tsadik de son époque). Le mot Shalshelet signifie trois, mais aussi chaîne. Cette chaîne, qui couronne le refus de Joseph, apparaît pour les rabbins, comme le Shalshelet-ha-dorot : la Chaîne des Générations, créée par la « sexualité divine ». Le Cohen ou Prêtre, tout comme le Tsédek ou Juste, se doivent d’être irréprochables dans leur sexualité. Cette irréprochabilité, va jusqu’à l’obligation d’épouser une femme de la descendance d’Abraham. Curieusement, Joseph va apparaître comme l’exception qui confirme la règle, s’il ne chute pas face aux avances de l’épouse de Potiphar, il épousera néanmoins une Égyptienne qui va symboliser ce que la Bible nomme la Sagesse des Égyptiens, sagesse dans laquelle fut instruit Moïse.

Selon la tradition juive, le carquois du Sagittaire ou carquois de Joseph contient trois flèches. Ces trois flèches ont symboliquement neutralisé les trois flèches grecques mettant fin au Troisième Royaume…

Le Rav M. Glazerson, dans le livre précité, indique :

« D’après les astrologues, l’astre prédominant au moment du Sagittaire est Tsédek (Jupiter), c’est un fait qui a été confirmé avec éclat à l’époque de Hanouca : le Tsédek, la moralité d’Israël et sa pureté ont été reconnues publiquement. » Pour le Rav, ce Troisième Royaume, période d’oppression, « a réveillé le point névralgique de leur être, l’étincelle du Tsadik, le juste. La source vitale du Tsadik, a pourfendu, comme une flèche, l’impureté et la matérialité grecques. »

L’espece de bouclier proche de la Bource de Toulouse, donc au centre même du Zodiaque de Toulouse, dans sa symbolique astrologique juive, a dû contenir trois flèches… les trois flèches qui neutralisèrent les trois flèches de Yavan ou Ion (Violet) en les purifiant. La flèche prend, nous l’avons vu, les traits du léopard ou panthère. Dans les fondements du carquois, « ont avoit trouvé un coffre ferré qui contenoit la valeur de plus de cent mille écus tant en argent monoyé qu’en précieux bijou ».

Le carquois présenté par l’abbé Montfaucon de Villard à une époque où il prêchait encore à l’église Saint-Sernin de Toulouse, affecte une forme bien étrange :

 

Détail de l'espèce de bouclier

 

Le genou gauche du Gnome, nous paraît subitement bien semblable à ce qui nous apparaît soudain comme un œil esquissé visible à présent en parallèle sur l’espece de boulier… Soudain un compagnon de la panthère dans les bestiaires ou fables du Moyen Âge et de la Renaissance se présente en partie à nos yeux… Voir notamment  https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00655131/document: ou  http://islamicart.museumwnf.org/database_item.php?id=object;EPM;ir;Mus21;42;en&cp

Un carquois… trois flèches nous dit la tradition astrologique juive. Trois flèches hébraïques, ayant pénétrées victorieusement l’hellénique tradition ionienne (violette). Absentes du carquois, elles semblent par la suite (tout au moins dans l’idée d’un zodiaque toulousain), avoir été décochées par le Gnome dans trois directions différentes mais voisines d’un point de vu zodiacal. Le compagnon de la panthère, visible en trompe-l’œil, surgit de son bestiaire médiéval, pourrait nous conduire dans l’axe Scorpion que nous pénètrerons dans un prochain article, tout comme nous pénètrerons dans un autre article dans l’axe Capricorne. Entre ces deux axes se matérialisent sur la carte créée par Patrick Berlier, l’axe du Sagittaire étudié dans ce présent article. Cette flèche centrale décochée par le Gnome que nous pourrions nommer la Flèche Montreuilloise, se plante symboliquement dans l’œil de bœuf, nom que porte l’œil central de la cible visée par l’archer. Cet œil nous apparaît pareillement comme l’œil de tigre ou œil de la panthère, voire même l’œil du Monstre à l’œil, LE MONSTRE ŒIL ou Montreuil du Ponthieu dont Philippe Valcq nous entretient à la lumière des vieux auteurs de la cité. Ce Polyphème chassé par César suivant la tradition, représente le Druidisme, Monstre pour les Romains, pérennisé sur cette colline inspirée, par les Druidesses qui entretenaient le feu sacré (L’ÉNIGME DE LA VILLE SECRÈTE DES TEMPLIERS).

 

Le Monstre œil (Montreuil)

Vignette du Cueilloir de l’Hôtel-Dieu (photo Christian Georgin)

Merci à M. Philippe VALCQ

 

Philippe Valcq, face à l’équation toute personnelle que je formulais sur la double rencontre de Nicolas Flamel avec un Marchand de Boulogne puis avec un Médecin Juif de nation, & lors Chrétien, appelé Maître Canches »

 

Marchand de Boulogne – Maître de Canche

 

… me répondait ainsi : « Reste à placer la ‘’Canche’’. Le fait de nommer cette rivière (bien plus importante à l’époque puisqu’elle formait un estuaire à partir de Montreuil) est-ce un repère géographique ou religieux (druidesses) ? » Il serait bien entendu tentant de répondre dans l’affirmative. »

Les propos de Philippe Valcq, qu’il prolonge ensuite par la rencontre hypothétique mais probable, entre Flamel, ses confrères alchimistes et les rabbins de la cité de Montreuil-sur-Mer, pourraient donner quelque poids à cette hypothèse.

Ainsi que nous avons pu le voir, Joseph le fils de Jacob, apparaît intimement lié dans la symbolique, au signe du Sagittaire (en hébreu Késhet : l’Archer). La tradition juive le présente comme Joseph-ha-Tsadik : Joseph le Juste. Il fut d’après la tradition l’unique Juste de sa génération et ne le devint qu’après avoir refusé aux avances de la femme de Potiphar.

La planète associée au Sagittaire est Tsédek : Jupiter dont le nom hébreu signifie Juste.

Ce nom apparaît dans celui d’un Juste parmi les Justes, le roi Melkitsédek (Mon Roi est Juste ou Mon Roi est Jupiter).

Ce roi de Salem (Jérusalem) apparaît dans l’ésotérisme juif, comme la figure du Protecteur. René Guénon a écrit sur le Protecteur (Le Roi du Monde), tout comme Jacques Bergier (Visa pour une autre terre), ouvrage dans lequel il cite sur le sujet, des auteurs versés dans les domaines ésotériques, tel Gustav Meyrink. Jacques Bergier écrivait :

« Le Protecteur, par contre, est dans le temps, dans l’Histoire, et il interviendrait pour empêcher les catastrophes et pour défendre l’humanité. C’est ce mythe qui est à la base de la chevalerie et que Cervantès parodiait. C’est ce mythe qui constitue le secret des Templiers, qui se considéraient comme représentants directs du Protecteur. »

Nous avons vu que Joseph en tant que Juste, apparaît étroitement lié à la figure céleste du Protecteur : Dieu. Cette notion de Protecteur dans la vie de Joseph, est liée au Shalsheleth, la Chaîne, dans son aspect pérenne.

La Tsédaka (Justice, Droiture) de Joseph que l’on pourrait penser héréditaire, bien que rien ne permette de l’affirmer, intimement liée au statut de Protecteur, se retrouve dans l’Histoire secrète de Montreuil-sur-Mer au travers d’un très emblématique Guillaume de Montreuil-sur-Mer. Voici ce que m’écrivit Philippe Valcq à son sujet :

« Quand je travaillais à ma thèse, j’avais trouvé une correspondance entre un personnage hébraïque venant de l’abbaye St Riquier et Montreuil, mais cela remonte loin. J’avais fait à une époque, une curieuse découverte dans la geste de Guillaume d’Orange, poème épique se passant théoriquement en pays d’oc. Or, le Héros est dit seigneur de Montreuil-sur-la-mer. Tous les spécialistes qui ont étudié ce texte se perdent en conjectures : que vient faire cette cité du nord dans ce roman méridional ?  Je pense en avoir trouvé l’explication. J’en avais fait un article dans une revue locale. Je dois vous avouer honnêtement que j’ai laissé ce genre de recherches en jachères depuis quelques années, me concentrant plus sur la littérature (classique) et le théâtre. »

Nous trouvons sur le Net, une très intéressante étude du médiéviste et philologue Gaston Paris titrée : Sur un vers du Coronement Loois

https://www.persee.fr/docAsPDF/roma_0035-8029_1872_num_1_2_6577.pdf

 

Extrait du poème

 

Dans ce poème, ainsi que l’analyse le médiéviste, cet énigmatique personnage, est représenté ni plus ni moins, comme « le protecteur de la royauté », ce qui, reconnaissons-le, n’est pas rien ! L’historien Ferdinand Lot n’avait pas sur ce personnage les mêmes certitudes que son devancier Gaston Paris, ainsi qu’il l’indique dans son étude Guillaume de Montreuil (Romania, tome 19 n°74, 1890). Pour lui, ce comte Guillaume de Montreuil n’a pas de réalité historique. Il voit en lui, avec raison, « le résultat de la fusion en un seul personnage de plusieurs Guillaumes historiques des IXe et Xe siècles. » Mais il semble logique de penser que le prénom apparaît prépondérant dans cette énigme, plus encore assurément que la fusion en un seul personnage de plusieurs Guillaumes. Guillaume de Montreuil-sur-Mer apparaît comme le GUILLAUME, celui qui prime au-dessus des autres : le Wil-Helm : le Heaume de la Volonté ou le Protecteur volontaire.

Cette chanson de geste datée du XIIe siècle, fut composé suivant les spécialistes entre 1131 et 1150. Il convient de rappeler que les Templiers, après neuf années mystérieuses passés en Terre-Sainte, rentrent pour certains en Occident à la demande du roi de Jérusalem. La règle augustinienne donnée par Théoclétès, évêque d’Éphèse en 1118 aux Neuf Chevaliers en partance pour Jérusalem, n’était que provisoire. C’est ainsi qu’avec l’accord du pape Honorius II, le concile de Troyes ouvert le 13 janvier 1128, édicte la règle définitive du nouvel ordre. Vers 1130, Bernard de Clairvaux fait l’éloge de la nouvelle chevalerie dans son ‘’De Laude Novæ Militæ’’, ouvrage dans lequel il appose la chevalerie séculière et la chevalerie céleste des Templiers. Rapidement, moults récits chevaleresques vont être rédigés ; récits dans lesquels peuvent apparaître les chevaliers de l’Ordre du Temple. C’est ainsi qu’en 1131 commence la rédaction du Coronement Loois,

C’est d’ailleurs un Templier, Wolfram von Eschenbach (auteur du Parzival) qui vers, 1215 composera une adaptation de la geste française des Aliscans, sous le titre Willehalm, narrant les amours de Guillaume d’Orange et ses combats contre les Sarrazins.

Jouda Sellami maître-assistante à la Faculté des lettres de la Manouba (Tunis), spécialiste de la littérature épique médiévale, nous livre une pertinente étude titrée Lectures du Couronnement de Louis, étude permettant de localiser dans le temps, la figure du Protecteur Guillaume :

« L’auteur du Couronnement, farouche partisan de la royauté héréditaire, offre à son œuvre une solide unité thématique – malgré son apparence composite – qui place au centre de ses préoccupations la légitimité de Louis le Pieux et la nécessité d’écarter tous les rebelles. »

S’appuyant sur devancier Denis Collomp (Le Couronnement de Louis et les tiroirs de l’Histoire), l’auteur poursuit :

« Le roi Louis, couronné dans la chanson, rappelle plus Louis VII le Jeune, âgé de onze ou douze ans, couronné en 1131 et menacé par la régence, que Louis Le Pieux, fils de Charlemagne, pas si jeune à l’époque, et dont le couronnement s’est passé sans incident. En filant la métaphore de Frappier, dans la deuxième partie qu’il intitule ‘’d’un tiroir à l’autre’’, D. Collomp montre d’une manière très précise que les différents personnages et événements de la chanson correspondent également plus à l’actualité de l’auteur qu’à l’histoire carolingienne. » https://doi.org/10.4000/peme.8313

Sans rejeter pour autant les IXe et Xe siècles, voici que cet énigmatique Guillaumes a Mosterel sor mer, prendrait vie au XIIe siècle en cette année 1131 où l’auteur anonyme commence son récit.

 

Illustration du manuscrit 24369, au recto du feuillet 75,

au début Coronement Loois - Wikipedia

 

Guillaumes a Mosterel sor mer, le Protecteur, contemporain de l’Ordre du Temple, prend soudain un relief des plus étranges. Possible descendant de ce Guillaume des IXe ou Xe siècles, son nom était peut-être tout autre mais il appartient à cette dynastie des Guillaume… Descendance Joséphine, mise à part, il pourrait s’agir d’un Ponthieu Bellême-Montgomery. Nous avons ainsi un Guillaume Ier ou II de de Ponthieu (III Talvas d’Alençon) ~ 1095 + 29/6/1171 comte de Ponthieu. Il transféra le Ponthieu à son fils Gui en 1126. http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Ponthieu.pdf

Le Guillaume Proctecteur, du Coronement Loois, est dit de MosTerEl. L’écriture médiévale du nom des cités, pas encore figée, présente des variantes non dénuées d’intérêt. Ces cités se prêtaient très souvent à une lecture hébraïque, qui inspira les Juifs du Moyen Âge, puis les érudits de la Renaissance qui privilégiaient cette langue, ignorant totalement celle des Gaulois. Cette lecture s’avérait néanmoins souvent parlante. Pour Mosterel, l’accent serait mis sur la syllabe centrale, le TER. Ce mot hébreu inspira les hermétistes. Antoine Plussihem dans son étude titrée QUELQUES MOTS AUTOUR DE MARIE-MADELEINE APPERÇU SUR LA CABALE HERMÉTIQUE (ouvrage collectif Marie-Madeleine et le Grand-Œuvre – Éditions Le Miel de la Pierre – 2001) aborde l’extension ternaire dans l’hermétisme, soit le Mercure des alchimistes, que l’on retrouve dans la Triple Brigitte des Celtes (mère, amante et fille du Dagda, le ‘’Bon Dieu’’) et dans les Trois Maries qui accompagnent le Seigneur : « sa mère, Marie femme de Clopas (étymolog. : ‘’en gloire’’) sœur de cette dernière et Marie de Magdala. » Pour l’auteur : « Marie de Magdala peut être amenée à représenter cette triple nature à elle seule. »

Par ailleurs, ajoute l’auteur, « le mot hébreu [*…] (ter) qui se traduit par ‘’trois’’ en latin, signifie ‘’pur’’, ce qui, en grec, oriente vers le mot [*…] (pyr), ‘’feu’’ »

*Écritures hébraïque pour le premier mot et grecque pour le second.

Mes pérégrinations au cœur de l’Auvergne, ou du Velay, m’ont amené à émettre l’idée qu’une société discrète nommée TER ait pu exister dans les siècles passés.

Suite à nos échanges épistolaires orientés sur ce thème, mon ami Patrick Berlier, rédigea une étude sur LE MYSTÉRIEUX TER qu’il inséra dans son livre LA SOCIÉTÉ ANGÉLIQUE T.1 (ARQA Éditions).

Cette étude apparaît assurément comme une première approche du Ter. Bien que nous ne puissions développer le sujet dans ce présent article, nous en trouvons la trace, semble-t-il dans la belle église romane de Saint-Front au sud-est du Puy-en-Velay avec Saint François d’Assise. L’Alter Christus, de l’ésotérisme chrétien, met en lumière les syllabes TER et OR, apparaissant sur les deux derniers mots latins de la REGLULA TERTI… ORD… (Règle du Tiers-Ordre).

L’hébreu TER OR : le TER de la LUMIÈRE ou la PURE LUMIÈRE, apparaît aussi en ancien français comme le TERTRE (ou la MONTAGNE) de l’OR. Curieusement, ainsi que le démontre Patrick Berlier, ces lectures peuvent orienter vers l’ancien Prieur de la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez et ainsi vers la Société Angélique dont il était membre.

C’est ainsi que pour Patrick, le Ter pouvait être un avatar ou un prête-nom de la Société Angélique. Il me prête d’ailleurs cette hypothèse angélique, ce qui n’est pas tout à fait exact, dans le sens, où, ainsi que je l’évoquais dans nos échanges épistolaires, le mot TER apparaît dans un vieux parchemin templier du Verdon, ce qui me donnait à penser que le TER existait déjà à l’époque de cet ordre chevaleresque.

 

Partie supérieure droite du parchemin templier

 

Évoquer les documents templiers du Verdon, apparaît périlleux, surtout depuis l’édition du livre collectif L’Île des Veilleurs contre-enquête sur le mystère du Verdon et le trésor de l’Ordre du Temple (Arqa Éditions). Michel Moutet, interviewé par Arcadia révéla la création de faux parchemins dans l’énigme templière du Verdon. Le document qui accompagne cette interview, est la partie gauche du parchemin où apparaît le mot TER. Michel Moutet évoque l’année 1312, bien que l’année 1323 (MCCCXXIII) soit visible sur le document !? http://thot.arcadia.free.fr/arcadia/webzine/webzine_no43.html

La création de faux documents au cours des siècles est chose courante. Elle le fut dans la fameuse affaire de Rennes-le-Château. Certains de ces faux, affirmeraient néanmoins certaines vérités. Le faussaire espère ainsi orienter quelque recherche dans ce qu’il pense être une vérité. Les faux documents du Verdon furent-ils réalisés dans cette optique ? Le parchemin très (trop) chargé met néanmoins en relief ce TER. Lorsque le journaliste toulonnais Jean Albertini conçoit dans les années 70, les faux parchemins, le TER dont je soupçonnerai l’existence plus de vingt ans plus tard, ne devaient guère être connu. Tout au plus quelques hermétistes devaient en utiliser le mot avec le sens qu’ils lui donnent.

L’Ordre du Temple disparaît officiellement en 1312, le parchemin est daté de 1323, soit onze années après son abolition. L’idée d’un TER, section ou service spécial (?) à l’intérieur de l’ordre, pouvait-être envisagé. C’est ainsi que j’en présentais l’hypothèse à Jean Le Gall dit Jeangast ou Jangast.

Nous courriers nous permettaient d’évoquer le Nantes que nous avions connu durant notre enfance. Pour Jean, c’était le Nantes des années 50, pour moi c’était celui des années 60 / 70. La lecture que je lui proposais du parchemin (en fait une partie) ne le laissa pas indifférent. C’est ainsi que je découvris après la lecture d’un premier livre, puis d’un second, qu’il me citait largement. Je dis « citait », car à la vérité, Jean n’était guère fidèle à ma lecture. De trois phrases, il en faisait une, reprenant, il est vrai les mots que j’avais pu employer, mais oubliant de donner les explications que j’apportais. Dans LE TEMPLE DU SAINT GRAAL, pour ne citer que cet ouvrage, il rapportait la date inscrite en chiffre latins du parchemin en y associant les mots REGULA. TERGI. ORDO., qu’il faisait suivre d’une surprenante « Règle rectifiée de l’ordre en 1323 ». Les mots latins apparaissaient à tire d’exemple (exemple que je j’évoque ci-dessus). Jean privilégiait le poids des mots, plus que le commentaire qui les accompagnaient et qui pour ma part était essentiel…

Le TER semble se retrouver dans le Pilat en la commune de Marlhes, dans une inscription gravée sur le socle de la croix du hameau du Piron, qui ne semble pas étrangère à la Société Angélique, inscription qui par sa lecture ésotérique reprise par Patrick dans son livre, pourrait pareillement nous ramener au travers du mot SUR (voir l’étude de Patrick), à la commanderie de Templiers de Marlhes parfois nommée La Murette... Cette inscription est disposée de telle façon que le mot TERRE gravé sur deux lignes, semble nous crier la réalité d’un TER :

VOYAGEURS

SUR LATER

RE●AYONS

TOUJOURS

DIEU●EN●NO

TRE●PRESENCE

Cette disposition du mot TERRE permet de voir – d’entrevoir – au travers de la troisième ligne – le mot RAYONS… qui nous ramène notamment (Patrick présente un rayon plus terrien mais complémentaire) à la Lumière du TER : l’hébreu OR signifiant Lumière, et de façon poétique, soleil, matin. Un Matin du Ter aurait pu ainsi poindre dans le Moyen Âge… bien que dans le faux ou vrai-faux parchemin du Verdon, le III romain de la date en son centre, ainsi que la colonne centrale des trois colonnes du Temple, sises entre la croix et la nef, apparaissent couronnés d’un cercle, signe hermétique désignant la nuit.

Une autre inscription pouvant se rapporter au TER, semble apparaitre sur une croix de l’Arx de Chapteuil (Saint-Julien-Chapteuil dans la Haute-Loire). Cette montagne pleine de mystères, pérennise la « lignée des Ours », dite aussi « lignée des Chapteuil ». Pour Éric Charpentier, la Royauté du Pilat avec son emblématique prince, le Silvani Comitis ou Comte Silvain, 26e signataire de la loi Gombette en l’an 501, appartiendrait à cette illustre lignée. Pour les historiens régionaux, les Chapteuil du Moyen Âge, Chevaliers de l’Arx, sont intimement liés à l’Ordre du Temple.

Cette croix de Mission de 1837 de l’Arx de Chapteuil présente sur une face, l’inscription ROϩe III.

 

Inscription de la croix de l’Arx de Chapteuil – photo Christian Lelièvre

 

Cette inscription ROϩe III, rappelle par jeu de mots, la Rose+Croix dont Grasset d’Orcet rappelle dans ses écrits, le lien étroit avec la Société Angélique. Ces diverses inscriptions pourraient effectivement donner à penser que le TER, en tant que société secrète, voir discrète, pourrait être effectivement un avatar de la Société Angélique, bien que son nom n’en soit pas moins antérieur.

La forme hébraïque primitive du mot TER apparaît dans le Psaume 89 verset 45. Nous découvrons dans le Dictionnaire hébreu-français de N. Ph. Sander et L. Trenel (Éditions Slatkine Reprints, Genève) un commentaire bien instructif sur ce TER :

 

Extrait du dictionnaire hébreu-français

 

Le TER biblique, de prononciation légèrement différente (Tehar), désigne le lieu le plus pur… le Temple. André Chouraqui (Traduction et Commentaires – Les Psaumes Édition du Rocher) présente ce mot comme un hapax qu’il interprète comme « désignant l’acte de purification ou d’illumination qui assure la pérennité des relations entre IHVH et l’homme. »

Dans le nom la cité de Guillaumes, TER est précédé de MOS et suivi de EL. Ce dernier mot signifie en hébreu « Dieu ». Quant à MOSh ou MOUSh, le Sander et Trenel, présente ce mot comme pareil à Yamash, tous deux formes secondaires de la racine Mashash dont la signification est « toucher, palper, tâtonner, fouiller » : « Genèse 31. 37, tu as palpé, fouillé, tous mes meubles ». Les meubles ainsi évoqués par Laban, accusant à tort son gendre Jacob, d’y avoir fouillé, fureté, et ainsi volé ses dieux, traduisent le mot Kli ou Kely. Le Kely, meuble, récipient, vaisseau et encore outil, de par sa structure lettrique, désigne ce qui est capable, ce qui est apte, ce qui est calibré et ainsi le pouvoir. Irit Slomka-Saguy, professeur d’hébreu aborde de belle façon dans son livre L’Hébreu, miroir de l’être (Éditions Grancher) l’aspect Kely de l’homme, le Kol-y, le « tout-dieu » :

« C’est lorsqu’il devient un véritable ‘’kely, outil ajusté et récipient réceptif (les deux à la fois), que le pouvoir de l’homme prend tout son sens. Car ses capacités sont alors littéralement ‘’divines’’. »

Dans le Klein Dictionary, nous découvrons la racine Mashash suffixée par une lettre Noun. Le verbe devient ainsi un nom commun : Masheshan, signifiant « palpeur ». Mosh, forme secondaire du Mashash biblique, n’étant pas, contrairement à sa racine, connue pour présenter une forme suffixée d’un Noun, pourrait ainsi se traduire comme un verbe mais aussi comme un nom commun. Sosh, « palper », serait aussi le « palpeur », le « fouilleur ». Mais un fouilleur qu’il faudrait peut-être reconnaitre comme celui qui cherche dans des meubles, coffres, etc…, quelques artéfacts anciens… ce que l’on nomma jadis un antiquaire et aujourd’hui un archéologue ?

La cité de MosTerEl, cité du Protecteur, pourrait apparaître comme la cité où réside le Fouilleur ou l’Archéologue du Temple de Dieu ?

Roger Facon cité plus haut, n’hésite pas à relier l’énigme du Zodiaque de Toulouse, d’une part à Montfaucon de Villard et d’autre part au légendaire Christian Rosenkreutz ou Christian Rose+Croix.

Dans Les Noces Chymiques, texte allégorique de la vie de C. R.+C., Roger Facon évoque « l’implantation du Frère A., successeur de D., en Gaule Narbonnaise… […] le frère A., envoyé par le Père Rosenkreutz en Gaule Narbonnaise, y mourut et fut inhumé dans sa terre d’accueil si l’on en croit la Fama Fraternitas : ce qui sous-entend que le Frère A., avait coopté des disciples (ne fût-ce que pour pouvoir bénéficier d’une sépulture décente !). Les disciples ou les maîtres de A., d’après les Noces Chymiques, connaissaient l’existence de ‘’douze dépouilles’’ prêtes à être embarquées, à tout moment vers la haute mer, ou à être placées dans de nouveaux tombeaux. Ils étaient à la fois alchimistes et gardiens de trésor… »

Ces successeurs ou prédécesseurs de A., sont présentés par certains exégètes comme les Frères Narbonnais. Ce nom nous évoque la cité de Narbonne mais aussi le château Narbonnais de Toulouse présent dans les armoiries de Toulouse. 

Bien que remontant à l’Antiquité, le nom de Narbonne fut entendu par les Juifs médiévaux comme Nér Binah, soit en hébreu le « Flambeau de l’Intellect », en lien avec la Sefirah Binah.

Nous venons d’étudier par le biais de l’hébreu le nom de Mosterel, la cité du Protecteur, une pareille lecture semble s’imposer dans le nom médiéval, plus traditionnel de la cité : Monstroël. Nous retrouvons dans son final en « El », son lien avec la divinité. Bien entendu, Monstroël tire son nom du primitif monastère breton, aucun doute n’est permis sur ce point, mais les Juifs de la cité, connaissant assurément quelques mystères montreuillois, ont pu interpréter Monstroël à la lumière de leur langue ancestrale.

Il convient semble-t-il de scinder le nom Monstroël de la façon suivante : Mon – Stro – Ël.

L’hébreu MON- désigne un « décompte », une « part », voir un nombre de « fois » (pluriel MOMIM). On le trouve également sous la forme MAN-.

Une première lecture semble se dégager : MON-EL : la Part de Dieu.

Mais MON- apparaît aussi comme une invitation à nombrer le nom de la cité…

Seconde syllabe : STRO. L’hébreu biblique, dans son écriture, ne comporte pas de voyelles. La langue hébraïque comporte deux lettres S : le Samekh (que nous retrouverons plus avant) et le Shin ou Sin. Le mot à découvrir, avec une initiale Shin, se prononce au singulier Shoter, avec le sens de « commissaire » voir de « prévôt ».

La permutation de STRO en ShoTeR – qui nous paraît devoir être retenue – apparaît semblable à la permutation avancée de SATOR en SAUTRAN ou SAUTRA N du carré SATOR de Pompéi que nous retrouverons ci-après.

La fonction de Shoter fut donnée au temps de Moïse, suivant la Bible, aux officiers de police Israélites, chargés par les Égyptiens, de surveiller les travaux de leurs frères. Le Rabbi médiéval, Rashi de Troyes, les présente comme les policiers des Fils d’Israël. L’hébreu moderne a d’ailleurs repris le mot pour désigner un « policier », ou un « gendarme ».

Dans l’hypothèse d’une lecture hébraïque de STRo en S(h)oTeR, il semble qu’il faille privilégier le pluriel biblique Shotré apparaissant dans Exode 5-14. Nous aurions ainsi au travers de Monstroël, une évocation de la Part des Shotré de Dieu.

Dans la France médiévale, les gendarmes ou plus justement les gens d’armes de Dieu, pouvaient correspondre aux Templiers, voir aux Hospitaliers de Saint-Jean. Ces Gens d’armes de Dieu, n’avaient assurément rien de commun avec les gens d’armes de Nogaret...

La permutation possible du Shin en Samekh, indiquée dans les dictionnaires et plus anciennement dans le Talmud, nous permet d’entrevoir dans STR, par permutation du Shin en Samekh, le mot SATAR : « caché », « secret ». Écrit avec une lettre supplémentaire, un Vav prononcé « O », voir « Ou » (placé entre le Teth et le Resh), le mot se lit à présent SATOR, SATOUR ou SÉTOUR. L’unique occurrence biblique de ce mot apparaît dans le chapitre 13, verset 13 du Livre des Nombres : « *Sator, Ben Mickaël » : « Sator, Fils de Mickaël »

Des Kabbalistes versés dans l’étude des carrés magiques, ont isolé ces trois mots du verset 13, pour une lecture spécifique. Trouver le mot SATOR associé à celui de Mickaël (on pense à l’archange) apparaît assurément énigmatique.

L’intérêt des Juifs pour le Carré SATOR, remonte peut-être à Pompéi. Voir sur le sujet, la très intéressante étude de Nicolas Vinel du Centre Philosophies et Rationalités Université de Clermont-Ferrand) … Titre de l’étude :  Le judaïsme caché du carré Sator de Pompéi.

https://journals.openedition.org/rhr/5136

 

Le carré Sator de Pompeï

Photographie de Matteo Della Corte, « Il crittogramma del “Pater noster” rinvenuto a Pompei », Atti della Pontificia Academia Romana di Archeologia, 12, 1936.

 

De SATOR, via SATAR, à SARTATRAS il n’y a qu’un pas à franchir allègrement ainsi que cela se fait en hébreu au détriment des lettres (même si SARTATRAS peut et doit se lire, aussi, en vieux français). Ainsi qu’aiment à le rappeler les différents auteurs ayant évoqué la lecture hébraïque, le mot SATOR a une guématrie de 666, soit dans ce cas précis, les 666 kg d’or que recevait le roi Salomon…

Pour en terminer avec le mot SHoTeR, il apparaît que la racine de ce mot, se rapporte à l’écrit. Dans le Klein Dictionary nous découvrons que ce mot est emprunté à l’akkadien shāṭiru , de shaṭāru (= écrire). L'origine, le sens était probablement ‘’scribe’’ ; d’où l’arabe. kātib (= écrivain).

Dans ce même dictionnaire, nous apprenons que l’akkadien shaṭāru (= écrire) et son dérivé shaṭāru (= document), ainsi que l’arabe saṭara (= il a écrit), dénommé de saṭr, saṭar (= ligne), mot emprunté à l’araméen*, sont proches de notre Carré SARTATRAS... Ces sauts de lettres nous orientent assurément vers un mystère d’importance.

*Nous découvrons dans le Dictionnaire Araméen Hébreu Français English, de Baruck Krupnik et du Dr. A. M. Silbermann (Editions Barazani) les significations pour le mot SATAR ou SHATAR, de « document », « acte judicaire », « contrat », « billet à ordre » (on pense aux Templiers…) et « orbite », « loi du ciel », ici prononcé et écrit SHITARA (Aleph final).

Philippe Valcq, évoque ce Carré magique dans son intriguant roman La Troublante et très Etrange Aventure de Maître Pasquier-Alard, notaire royal à Montreuil (Éditions Ramuel). En 2016 l’historien de Montreuil-sur-Mer évoquait sur sa Page Facebook, ce mystérieux carré :

« Le plus troublant est celui de 9 lettres qui est un carré lunaire que certains considèrent comme un carré ‘’maudit’’ ou des ‘’Connaissances cachées’’. La couleur des lettres est jaune sur un fond violet. »

https://www.facebook.com/philippe.valcq62/posts/446497878881413/ 

 

 

Carré SARTATRAS – Merci à M. Philippe VALCQ

 

MAN – MON

Le Dictionnaire Hébreu-Français, de N. Ph. Sander et I. Trenel présente un mot MAN (homonyme de MAN, « Qu’est-ce que cela ? », « Manne »), avec le sens de « Part », de « Don ». Il renvoie ce dernier sens à la racine MANAH : « Nombre », « Part », « Portion », « Don ».

Le site BIBLE HUB nous présente un nombre important de translittérations du nom MANAH, parmi lesquelles nous reconnaissons les formes MANAH, MONEH ou MŌWNE.

Si nous retenons pour le nom de la cité, une translitération en MONEH, nous gardons en mémoire pour la guématrie, la forme première du mot, soit MANAH (ou MAN). En fait, la forme MONEH apparaît en hébreu moderne pour désigner notamment, le « Numérateur » en mathématique, mais avec une lettre supplémentaire, un Vav qui confirme une fois encore, la prononciation en « O ».

Il convient dans un premier temps d’associer le mot MANAH (ou MONEH) au mot EL, « Dieu » qui ferme le nom de la cité.

L’expression Manah-El : « Part de Dieu », se présente comme une expression synonymique  de l’expression biblique « Héléq IHVH » que l’on découvre dans le Livre du Deutéronome 32-9 : « Car ce peuple est la part du Seigneur ; Jacob est le lot de son héritage. » Traduction du Rabbinat Français. 

Le peuple d’Israël est présenté comme la Part de IHVH (Yahvé), et Jacob (Israël) le pays, apparaît comme le Lot de son héritage.  Le mot ‘Hèvel traduit par « Lot » signifie aussi « Corde », il s’agit ici de la corde pour mesurer. Le pays de Jacob est un Lot compté, mesuré. 

La « Part de Dieu » apparaît comme le lieu de la mesure, le lieu mesuré…

Cette Part mesurée, nous inscite à en découvrir la mesure par le nombre. La guématrie hébraïque de MONSTRËL peut nous apporter de belles surprises. Il peut paraître aujourd’hui curieux d’étudier ainsi une énigme, mais il est connu qu’au Moyen Âge, les Juifs Kabbalistes œuvraient ainsi. Ne pas le faire serait peut-être passer à côté de quelque chose d’important. Il est aujourd’hui un ouvrage référenciel dans le domaine, il s’agit du Dictionnaire de la Guimatria de Goerges Lahy (Édtitions Lahy). Les occurrences guématriques présentées par l’auteur offrent d’intéressantes perspectives. En partant du fait qu’en hébreu la lettre est aussi un chiffre, il devient intéressant de nombrer un nom afin d’en connaître ses mystères. C’est tout au moins ce que pensaient et pensent encore, les Kabbalistes.

Si l’on nombre MONEH-El (la Part de Dieu) en utilisant la guématrie hébraïque, nous obtenons : 

 

Guématrie de Moneh-el

 

Dans les occurrences guématriques présentées par Georges Lahy, égales à 126, nous trouvons entre-autres mots, Évén-Hokhmah, la « Pierre philosophale », Kamouss, « Secret – Caché - Latent »,  Almanah, « Veuve » (Franc-Maçonnerie ?) ou bien encore Malon, « Gîte – Etape - Auberge ».

 

SHoTRé (STRO) : « Gendarmes - Policiers ».

 

Guématrie de Shotré el

 

519, apparaît, ainsi que nous le découvrons dans le livre Georges Lahy, comme la guématrie de mots ou expressions tels que : Or hadash, « Lumière nouvelle », Midath Laïlah, « Attribut de la nuit », Maqom hahoshék, « Lieu d’obscurité », ou de Neviéi haémeth, « Prophétie de vérité ».

 

Guématrie de Moneh shotré el

 

Georges Virya présente pour cette guématrie trois occurrences :

Hashomér Ahy Anoki ?, « Suis-je le gardien de mon frère ? »

Meshoushéh, « Hexagone »

Nér neshamah, Veilleuse du souvenir – Lampe de l’âme

Cette dernière occurrence est intéressante. Nér neshamah, qui apparaît donc ainsi comme un miroir de Monstroël, après utilisation de la Guématrie, ferait pareillement échos à Nér Binah, soit en hébreu le « Flambeau de l’Intellect » ou la « Lampe de l’Intellect », nom que les Juifs médiévaux donnèrent à Narbonne. Et voici que réapparaît l’ombre des Frères Narbonnais…

La piste serait bonne…

Quant à Meshoushéh, « Hexagone », là, ça devient plutôt intéressant : la France, l’Hexagonne…

Nous pouvons noter dans cette lecture kabbalistique de Monstroël, l’importance de la Lumière. La Menorah n’est peut-être pas bien loin…

Montreuil-sur-Mer, cité templière ? Assurément ! Mais plus encore, cité de la Pérennité ! Ses origines sacrées remontent aux Celtes assurément, mais très certainement par héritage (sa Part) à cet Orient mystérieux véhiculé au fil des siècles par les Hébreux…



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