LA BALADE DES REGARDS DU PILAT

DECEMBRE 2005 / TROISIEME ÉTAPE

LES MYSTERES DU GRAND BOIS

Par PATRICK BERLIER
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Situation : le Grand Bois s’étend entre le Bessat et le Col de la République. Il est traversé par la N. 82 reliant Saint-Étienne à Bourg-Argental.

Accès aux sites décrits : le col est accessible par la route, de même que Sainte-Agnès (propriété privée, ne pas y pénétrer sans autorisation). Les Rochettes et le Creux du Loup ne sont accessibles qu’à pied, par le GR 7 au départ des Trois Croix, par le GR 7 ou le GR 42 au départ du Bessat.

    À 1162 m d’altitude, la route nationale 82 franchit le Col du Grand Bois, ou Col de la République, pour relier Saint-Étienne à la vallée du Rhône. Elle passe ensuite aux Trois Croix il n’y a pas trois croix, mais une seule... Le nom désignait en fait les trois carrefours ou embranchements successifs de chemins. C’est Philibert Réocreux, ingénieur des Ponts et Chaussées qui fut chargé de la construction de cette voie, terminée en 1830. Il avait acheté, un peu en contrebas du col, un petit terrain destiné à devenir un parc arboré, qu’il voulut décorer d’un oratoire dédié à sainte Agnès, son épouse se prénommant ainsi. En creusant, on découvrit des pierres aux formes curieuses, dont une ressemblant à un long serpent, qu’il eut l’idée d’assembler pour agrémenter son parc. Telle est l’histoire toute simple de ce lieu qui a bien souvent enflammé les imaginations !

    Est-il besoin de rappeler que la république qui a donné son nom à un hameau, puis au col, n’a rien à voir avec la République Française ? C’est un curieux fait-divers qui est à l’origine de ce nom. En novembre 1794 une secte religieuse, les Béguins, avait tenté de fonder sur ce plateau une sorte de petit état, la « République de Jésus-Christ ». Ils campèrent là un certain temps, attendant l’arrivée annoncée du prophète Élie. Mais la véritable République a rapidement réagi en envoyant ses gendarmes !

    Le point culminant du Grand Bois (1316 m) est marqué par un énorme amas de pierres : les Rochettes. Dans le livre de Jean du Choul, il y a un passage consacré à un lieu nommé « la Chaux », qui d’après sa localisation ne peut être que les Rochettes. Ce texte est particulièrement enthousiaste :
La Nature s’y joue de plusieurs façons. Brisée naturellement en mille rochers, cette montagne offre tantôt des coins ombragés, tantôt des places ensoleillées ; dans ses replis, des sentiers en pente se partagent au hasard des degrés moussus. [...] Le charme de la colline invite seulement le voyageur à la contemplation : on ne peut, en effet, la gravir, même en utilisant des échelles. [...] Des rochers, gonflés en bosses comme bijoux et pierres précieuses, empêchent les passants d’aller plus avant. Rien ne fut créé par la nature sans quelque raison plus cachée.


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    On comprend certes la surprise de Jean du Choul, découvrant les Rochettes au cours d’une expédition où tout l’émerveilla. Voyager dans le Pilat est aujourd’hui une banalité, en 1555 ce juriste lyonnais dut avoir l’impression d’être transporté sur une autre planète... L’escalade des Rochettes n’est qu’un jeu d’enfant, cela n’a rien d’impossible ni de bien dangereux. Jadis la vue y était superbe et renommée, mais la forêt qui gagne chaque année du terrain a considérablement réduit l’horizon.

    En dessous des Rochettes, dans le sous-bois, une sorte de grosse cuve en fer rouillée attire l’attention. En s’approchant on découvre plutôt une espèce d’énorme marmite digne de Gargantua, encore pourvue de poignées, puis une seconde identique un peu plus loin. Nul ogre n’a vécu ici : il ne s’agit que d’anciens fours à fabriquer le charbon de bois, dans lesquels des bûches se consumaient pendant des jours. Les marmites étaient coiffées de couvercles qui ont disparu : ils étaient sans doute plus légers à emporter ! Les charbonniers sont partis depuis longtemps, mais leurs fourneaux oubliés intriguent toujours les promeneurs...

    Un peu au nord des Rochettes est une clairière, sur le replat, où se croisent plusieurs chemins. C’est le Creux du Loup, un nom étonnant. On voit encore à coté du carrefour, au pied d’un hêtre, un petit creux effectivement, une cuvette qui doit faire à peine deux mètres de large, rien de bien extraordinaire. Selon les uns, c’était l’emplacement d’une cabane construite par un paysan, vers 1800, d’où il aurait tué une trentaine de loups. Selon d’autres, c’était la tanière d’un loup énorme, qui terrorisa la région, avant d’être abattu au Col de la République, vers 1900. Une nouvelle « bête du Gévaudan » ? L’affaire de la « bête du Bessat » défraya pourtant la chronique, à la fin du XIXe siècle : une hyène, ou une panthère géante, hantait la forêt, à en croire les paysans.

    En juin 1897, tourmentés par cette histoire trois garnements s’enfuirent de leur collège à Saint-Étienne et prirent le chemin du Pilat pour aller exterminer la bête. Pendant deux jours ils parcoururent les bois et les crêtes, puis on les retrouva, exténués, au Planil où ils avaient demandé l’hospitalité à un fermier. À l’origine des rumeurs il y eut quand même un fait réel : vers 1895, des Bohémiens perdirent un petit singe en passant par le Col du Grand-Bois. Ils se plaignirent de cet incident à un paysan rencontré en chemin, l’histoire fut répétée de ferme en ferme et lorsqu’elle arriva au Bessat le singe s’était transformé en animal monstrueux !

Mais ce nom « Creux du Loup » n’est peut-être que l’altération d’un nom ancien incompris. Beaucoup de toponymes « loup » dérivent en fait du mot latin lucus qu’un copiste ignorant a transformé en lupus... Lucus signifiant « bois sacré », du coup notre Creux du Loup et toutes ses histoires terribles prennent une autre dimension... Surtout que nous sommes ici à l’orée du « Bois Paradis » !

EN AVRIL 2006

PROCHAINE ETAPE : LA GROTTE DE LA SARRASINIERE
ET AUTRE CURIOSITES DU GRAND BOIS.

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