Le
fantastique Château de Lupé au fil du temps...
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Par
Thierry ROLLAT
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Au dernier
recensement, deux
cent quarante et un habitants peuplaient le petit village de
Lupé.
Discrète et pour ainsi dire complètement anonyme, cette
minuscule
commune du Pilat, du canton de Pélussin, est composée de
seulement cent quarante six hectares, de terrains plats et
dégagés.
Pourtant, ce petit village mérite amplement que l'on s'attarde
sur
son Histoire, sur celle précisément de son splendide et
remarquable
Château. En rapport à ce monument, nous allons nous
apercevoir
qu'existe un assez riche et lointain passé, aujourd'hui
peut-être
partiellement oublié ; nous verrons que ce n'est pas seulement
parce
que des seigneurs occupèrent ces lieux durant de très
longs
siècles, que cette Histoire mérite d'être
dépoussiérée.
Effectivement, le
Château de Lupé s'impose aujourd'hui comme l'un des plus
beaux
joyaux du patrimoine du Pilat ; l'un des rares conservés dans un
état qui suscite ce plus grand respect. Ce dernier demeure avant
tout une superbe propriété privée qui de nos jours
ne se visite plus et c'est bien dommage. Le public pourrait
découvrir
d'exceptionnelles rénovations réalisées sous
l'impulsion
d'un dynamique et chaleureux propriétaire qui a beaucoup
oeuvré
par lui- même pour rendre à son bien une âme toute
particulière,
en l'occurrence sensible et authentique, qu'elle n'a pas toujours eu au
fil des siècles.
Faisons donc
à
présent un sérieux retour dans le temps...
Il existe deux
explications
lointaines au nom 'Lupé'. Certains se réfèrent au
latin 'lupus' qui signifie loup, autrement dit nous aurions
été
en présence d'un lieu infesté jadis par les loups.
D'autres
préfèrent y trouver une origine beaucoup plus ancienne
encore,
gallo romaine en l'occurrence. Dans ce dernier cas un certain Luppius,
personnage romain, dont à présent on ne sait plus rien,
aurait
occupé cette place stratégique il y a près de deux
mille ans. Notons que Lupé s'est longtemps écrit avec
deux
'p', nous en retrouvons bien deux chez ce Luppius. Mais notons aussi
que
la ressemblance entre Lupé et Lupus finirent par faire conserver
le loup comme emblème des seigneurs du coin. Difficile donc
d'affirmer
avec certitude la vraie origine du nom, les deux proposées
demeurant
finalement assez complémentaires.

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A
l'époque
gallo-romaine Lupé était déjà une place
stratégique
de première importance. Un intéressant contrôle
entre
la Vallée du Rhône et le Velay pouvait s'opérer
naturellement.
Cette voie intermédiaire était aussi une limite
géographique
entre différentes peuplades: les Francs, les Burgondes et les
Wisigoths.
Un peu plus tard,
vers les VI
ème et VII ème siècle nous serions en
présence
d'une énigmatique principauté. Un chanoine, Jean Marie de
la Mure, la mentionne comme telle, ceci en 1674. Nous touchons la un
point
très important sur les occupants de cette époque ; sur ce
site ayant donc précédé le château. Un
certain
André Bouthiebbe signale cette famille de Lupé comme
descendante
d'une dynastie sacrée, celle par excellence des
Mérovingiens.
Cet élément, tout sauf banal, est aussi repris par notre
ami Patrick Berlier dans son livre "la Société
Angélique,
Tome 1", ceci dans un chapitre fouillé et justement en rapport
à
Lupé, son château et ses prestigieux occupants en des
époques
diverses.
Etienne
Mulsant nous livre
également une information précieuse sur le sujet en
accréditant
ce lien de sang avec les premiers Mérovingiens. Il écrit
'les origines de cette maison de Lupé se perdent dans celles de
la famille de même nom établie en Armagnac, dont celle de
Forez était un rameau'. Les Luppé d'Armagnac
demeurent
une des six familles françaises officiellement descendantes de
Clovis
par les hommes. Pour information les autres sont Comminges, Grallard,
Gramont,
La Rochefoucault et Montesquiou.
En ce
qui nous concerne,
un certain Valdebert, seigneur de Lupé, résidait à
Lupé avec ses frères, ceci en date de l'an 665, toujours
selon les sources de Jean-Marie de la Mure. Il intervint
précisément
dans les affaires de l'évêque de Lyon, le futur martyre
Saint
Ennemond; est mentionné comme Valdebert de Lupé en Forez.
Avant la minutieuse enquête de Patrick, aucun auteur contemporain
à Jean Marie de la Mure ne reprendra dans ses écrits
l'existence
d'une famille Lupé ayant été donc à la
tête
de cette hypothétique et bien mystérieuse
principauté.

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L'abbé
Batia dans son livre référence "Recherches Historiques
sur
le Forez Viennois" énumérera seulement cinq familles qui
se seraient officiellement succédées comme seigneurs
ayant
entre autres possédé le château de Lupé ceci
entre le onzième siècle et 1923, date de la parution du
désormais
célèbre ouvrage du très respecté
écrivain
religieux. En l'occurrence et citons les déjà pour
mémoire,
les Falatier, les Gaste, les Bressieu, les Baume-le-suze et les Mayol.
Les premiers
Falatier
auraient d'abord possédé les deux châteaux de
Malleval,
peut-être qu'un seul pour Visages de Notre Pilat, ceci au milieu
du onzième siècle. On les retrouve au treizième
siècle
de façon certaine, seigneurs de Lupé. Dans le cartulaire
de St Sauveur en rue, l'abbé Batia a retrouvé un
écrit
visant une donation faite par Guigue Falatier, ceci en 1275. Il
s'apprêtait
à cette date à partir en Terre Sainte, où cinq ans
plus tôt nous rappel l'abbé Batia la huitième et
dernière
Croisade venait de se terminer à Tunis à la mort de St
Louis.
Nous verrons un peu plus loin qu'à cette même date, le
Château
de Lupé, avec l'assentiment de ces mêmes seigneurs, abrita
une réunion assez exceptionnelle. Précisons qu'à
cette
époque et ce jusqu'au quatorzième siècle, on
parlait
d'une grosse maison forte en lieu et place du château. On
retrouve
par exemple en 1378 un certain Hugues de Falatier qui reconnaît
des
limites territoriales et prétend tenir du Comte de Forez 'sa
maison
forte de Lupé'.
Ce
château fort
primitif devint une demeure de plaisance au XVème siècle
sous l'impulsion des Gaste. Cette famille resta au château
jusqu'à
la fin du XVIème siècle. L'aspect défensif
extérieur
fut conservé, avec la présence d'une tour massive et
d'une
rangée de mâchicoulis. A l'intérieur, de grandes
fenêtres
prirent place donnant sur une majestueuse cour, conçue en la
circonstance
par l'architecte extrêmement renommé Philibert Delorme (1).
On peut presque s'en interroger, au sens que ce 'château de
campagne'
puisse avoir retenu l'attention de cet illustre personnage.
Les
Gaste proviennent
de la baronnie d'Argental, ils en étaient des chevaliers. Ils
arrivent
à Lupé avec Gaston Ier de Gaste qui devient seigneur de
Lupé
en 1423 par son mariage avec Louise Falatier. Ce même Gaston de
Gaste
en 1436 obtint pour son château de Lupé les droits de
haute
et moyenne justice (2) par conséquent les habitants de
sa
seigneurie n'étaient plus contraints de se rendre à
Malleval
pour ces types de justice. Mais il alla plus loin encore en fondant
à
Lupé un centre religieux qui les libéra de l'obligation
de
se rendre à la messe à Maclas. Lupé devint ainsi
autonome
grâce à l'érection d'une chapelle, annexe de
Maclas.
Le curé ou vicaire de Maclas devait alors célébrer
une messe tous les dimanches matin et également les jours de
fêtes.

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Notons
qu'en
1563 un certain Aymar François de Grôlée-Meuillon,
dit Bressieu fut à la tête de ce Château. La
baronnie
de Bressieu était une des quatre issues du Dauphiné. Le
château
fut ensuite apporté en dot par une de ses descendantes,
Catherine
de Gaste unique héritière à son mari Rostaing de
la
Baume, Comte de Suze, ceci en 1598. Cette famille La Baume resta
propriétaire
jusqu'en 1729, où à cette date et suite à un
procès,
elle en fut dessaisi.
En 1734
François Mayol
le racheta. Les Mayol étaient originaires de Provence ; ils
possédaient
des territoires importants autour d'Aix et de Sisteron. Au début
du XIXème siècle cette même famille en fit don aux
religieuses de St Joseph. Ces dernières transformèrent
complètement
l'intérieur.
Durant la
seconde guerre
mondiale, un autre Mayol, sans doute un de leurs descendants,
Monseigneur
Mayol de Lupé devint l'aumônier d'une division S.S.
composée
de Français, qui se fondit ensuite dans la division Charlemagne.
Ce religieux serait précisément intervenu sur ordre des
Nazis
,à Gisors en Normandie. Il aurait été
dépêché
sur le site du château, le point central de l'énigme
révélée
au grand public dans les années soixante par Gérard de
Sède
dans le livre 'les Templiers sont parmi Nous'. Mais nous touchons
là
une affaire, certes intéressante, mais qui jusqu'à preuve
du contraire est sans lien avec Lupé et son Histoire.
Abandonné et délaissé
le château de Lupé fut finalement racheté par un
particulier
qui avec patience, goût et courage le rénova
entièrement
durant ces dernières décennies.

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Plusieurs personnages
illustres auraient séjourné à Lupé.
Fin 1274, le château
aurait donc servi d'abri discret à une réunion au sommet
entre le roi de France, Philippe III le Hardi, le pape Grégoire
X et les archevêques de Lyon et de Vienne. L'archevêque de
Lyon était alors Aymar de Roussillon, fraîchement
élu
quelques mois plus tôt. Il était le frère de
Guillaume,
ce dernier venait d'être missionné au concile de Lyon qui
vit ce même Aymar devenir archevêque. Guillaume devait
alors
partir en Terre Sainte (il partit en octobre 1275) à une date
charnière
dans l'Histoire des Croisades : il fallait sauver l'essentiel ! Il
n'était
plus question de renverser les forces en présence, la cause
chrétienne
était entendue, le repli définitif allait sonner. Dans ce
contexte, gageons que cette secrète rencontre à
Lupé
pu servir d'échanges fructueux entre les différents
protagonistes,
notamment pour s'entretenir de cette impérieuse et
délicate
mission. Nous pensons que Guillaume était sans doute aussi
présent.
Patrick Berlier nous précise encore qu'à cette date
Lupé
se trouvait dans le saint empire germanique, cela permet
d'accroître
le caractère secret de cette discrète mais au combien
importante
rencontre.
Rabelais a séjourné
à Lupé ; il y aurait écrit certaines de ses
oeuvres,
mais surtout il était très proche de Philibert Delorme.
Beaucoup
moins sûr, mais pourtant évoqué, Nostradamus, ami
de
Rabelais, serait aussi venu à Lupé.
Lupé est
aujourd'hui un petit village bien tranquille, ancré au coeur du
canton de Pélussin. Le château demeure à l'abri du
regard du passant et du touriste. Il est pourtant merveilleux. C'est un
héritage architectural du XVI ème siècle, de plan
polygonal avec une cour Renaissance.
Autre remarque,
tout près du château, la jolie petite église
érigée
en 1883 aurait dit-on inspiré le sulfureux prêtre de
Rennes
le Château, à cette époque, évidemment
Bérenger
Saunière, jusqu'à s'en inspirer pour réaliser la
sienne.
Certains croient même aujourd'hui reconnaître des saints
languedociens
autour de l'église de Lupé , anachroniques ici même
dans le Pilat, et semblant défier le temps, comme laissés
là pour nous rappeler le passage bien mystérieux dans le
Pilat du célèbre curé audois. Nous demandons
à
être convaincus de pouvoir observer de réels saints
languedociens ici même, mais néanmoins, un jour prochain,
un chercheur s'engage apparemment à nous
les montrer...

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Il existe aussi à
Lupé et ce depuis le XIXème siècle un chemin de
croix.
Il comporte 30 stations, bâties en murs de pierres, où les
statues ont été retirées. Par le passé, le
vendredi saint, le curé suivait ce chemin de croix et
s'arrêtait
durant ce trajet cérémonieux à chaque station.
Pour finir, notons que
comme tout château qui se respecte, une légende de
souterrains
accompagne l'histoire d'un tel bien. Rien de concret à notre
connaissance.
En revanche et suivant
une piste-rumeur, en 1988, il a été réalisé
une étrange manoeuvre sous la direction des pompiers du canton.
Le puits du château fut vidé en totalité
de son eau et là une découverte intrigante s'est
manifestée.
A près de sept mètres sous terre, taillée dans le
granit, une cavité-réserve d'eau conséquente, est
apparue aux intervenants. Qui a creusé à même le
rocher
cette importante pièce ? A t-elle toujours eu fonction de
réserve
d'eau ? A qu'elle époque a t'elle été
réalisée
? Toutes ces questions sont restées sans réponse ; ces
doutes
contribuent à entretenir encore aujourd'hui un petit
mystère
lié directement au merveilleux château de Lupé.

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(1) C'est
très flatteur
que de retrouver cet illustre architecte comme repenseur de la
conception
toujours actuelle du château de Lupé. Philibert Delorme
est
né à Lyon vers 1510, d'une famille maître
maçon
et mort en 1570 à Paris. Admirateur de l'Antiquité,
Delorme
est considéré comme le prometteur de l'architecture
classique
en France. Son oeuvre théorique se retrouve dans son livre
"l'Architecture"
qui aura un retentissement considérable pendant près de
deux
siècles. Il est surintendant des bâtiments, architecte de
Fontainebleau sous Henri II, puis des Tuileries et du Château
Saint-Maur
pour la reine mère Catherine de Médicis. Il
réalise
notamment le tombeau de François Ier (1547) et travaille au
château
d'Anet (1547/1555). Son séjour à Lyon est court mais il
marque
toute l'architecture lyonnaise de son empreinte, car on copiera son
style
pendant un demi-siècle. Il réalisa entre autres et pour
exemple
la somptueuse rénovation du Château de Jarnioux dans le
Beaujolais,
propriété qui se visite justement lors des
journées
du patrimoine.
La cour Renaissance
du château
de Lupé est précisément son oeuvre. Philibert
Delorme
a aussi laissé un patrimoine remarquable dans le vieux Lyon.
C'est
lui qui connaissait particulièrement Rabelais et qui
'l'invita'
à séjourner au château de Lupé, justement
lorsqu'il
entreprenait les travaux de rénovation du château. Notons
qu'ils étaient tous deux membres de la ténébreuse
Société Angélique ; Patrick y revient largement et
admirablement dessus, notamment dans le Tome 2 de son livre "la
Société
Angélique" que vous retrouvez dans notre rubrique librairie.
Indépendamment,
on prête à Philibert Delorme un acte particulier, celui
d'avoir sur commande mis enceinte la belle-fille de François
Ier, la célèbre Catherine de Médicis,
épouse
d'Henri II ; ce dernier étant dit-on déficient à
ce
niveau-là. Cette anecdote demeure sérieuse
et apparemment authentique ; cette idée
et initiative proviendrait directement de
François
Ier, alors admiratif et proche de Philibert Delorme et qui
voulait assurer ainsi la descendance royale de son fils. Retenons que
cette
descendance prendra forme en la personne de François II. Grasset
d'Orcet, adepte de la langue des oiseaux, décryptera des oeuvres
de Rabelais qui en son temps développait déjà
cette
affaire d'adultère 'sur commande', au plus haut niveau du
royaume.
(2) Haute Justice :
justice pour les
crimes, ce droit donne la possibilité de prononcer les
condamnations
à mort et de les
exécuter.
Moyenne Justice
: justice (entre la basse et la haute) pour des délits graves
mais
ne méritant pas la mort.
Basse
Justice
: justice ordinaire, pour les petits délits.
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