DOSSIER JUILLET 2016
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Par Notre Ami Patrick
BERLIER
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L'héraldique... Un nom
un peu barbare sans doute,
qui dans notre langue sert à désigner tout ce qui a trait
aux blasons. Et si
l'on emploie le mot héraldiste pour parler d'un
spécialiste du blason, le mot
héraldisme par contre n'existe pas en bon français,
même si on le trouve
employé ici ou là. Héraldique est donc à la
fois un nom (féminin) et un
adjectif : on parle de l'héraldique pour désigner la
science du blason, et
l'on peut par exemple dire d'un emblème qu'il est
héraldique. Quelles sont les
origines de ces mots ? Héraldique dérive du mot
héraut, l'officier qui
jadis annonçait l'arrivée d'un personnage en
déclinant ses titres. Quant à
blason, c'est un mot apparenté à l'argot blase,
le nom, le patronyme. Un
blason doit permettre d'identifier celui qui le porte. On parle aussi
d'armes
ou d'armoiries pour désigner un blason, puisque celui-ci
était à l'origine un
bouclier ou écu, dont il a d'ailleurs gardé la forme. L'héraldique est une
science très complexe, avec
des règles strictes et un langage particulier, dont les mots
sont souvent
hérités de la langue arabe, puisque les inventeurs de ces
signes distinctifs
sont bien les Arabes. Lors des croisades, les chevaliers Francs
remarquèrent
ces emblèmes peints sur les boucliers de leurs adversaires pour
distinguer les
membres d'un même clan pendant une bataille. Ils
adoptèrent très vite la même
habitude. L'ancienne chartreuse de
Sainte-Croix-en-Jarez
possède un certain nombre de blasons, que le visiteur curieux et
attentif peut
découvrir tout au long de sa pérégrination. Petit
tour d'horizon. LES ARMES DE LA CHARTREUSE Comme
toute communauté de l'Ancien Régime,
qu'elle soit civile ou religieuse, une chartreuse avait droit à
son blason.
Mais la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez s'est distinguée des
autres en
adoptant un blason particulier. Selon la règle cartusienne, une
chartreuse doit
prendre pour armes celles de son fondateur. En l'occurrence,
Sainte-Croix-en-Jarez devrait avoir pour armes celles de sa fondatrice
Béatrix
de la Tour, épouse et veuve de Guillaume de Roussillon, dont le
blason était
« parti », c'est-à-dire partagé en
deux dans le sens vertical. À
senestre (gauche) les armes de la famille de Roussillon, de gueules
à
l'aigle éployée d'argent, et à dextre (droite)
les armes de la famille de
la Tour, de gueules, à la tour d'argent, et un avant-mur de
même. De
gauche à droite : armes des familles de Roussillon, de la
Tour, Avant l'aller plus loin, il
convient d'expliquer
quelques termes héraldiques, en particulier les couleurs.
Gueules (toujours au
pluriel) = rouge, azur = bleu, argent = blanc, or = jaune. Les armes de
la
famille de la Tour, qui représentent une tour, sont dites
« parlantes », car leur motif principal forme un
jeu de mots avec le
nom de leur possesseur. L'aigle (mot féminin en langage
héraldique) était
l'emblème héréditaire des Roussillon. Mais en
devenant seigneur d'Annonay,
Guillaume de Roussillon adopta pour armes celles de cette ville, échiqueté
d'or et d'azur. Les
armes de la chartreuse de
Sainte-Croix-en-Jarez sont bien différentes de celles des
personnages liés à sa
fondation. Elles sont dûment répertoriées par l'Armorial
général du Forez (publié
par L.-Pierre Gras en 1874), qui les énonce ainsi : d'azur
à la croix
dentelée d'argent, cantonnée aux 1er & 3e
d'une fleur
de lys d'or, aux 2e & 4e d'une étoile
d'or.
Cantonné signifie que la croix subdivise le blason en quatre
zones ou cantons,
numérotés de 1 à 4 en partant du canton en haut
à gauche et dans le sens des
aiguilles d'une montre. Ce blason a sans doute été
créé pour rappeler la vision
de Béatrix de la Tour, qui vit apparaître une croix
scintillante entourée
d'étoiles, selon la légende bien connue. Armes
de la chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez Suivre une visite guidée de la
chartreuse permet
de pénétrer dans son ancienne église conventuelle
médiévale, où se trouvent les
si belles peintures murales, marquant le tombeau de Thibaud de
Vassalieu. Mais
de nombreux autres vestiges picturaux se remarquent. On sait depuis peu
qu'il y
en a de trois époques différentes. Il faut lever les yeux
pour apercevoir, tout
en haut dans un angle, une croix pattée peinte dans les tons de
rouge, entourée
de fleurs de lys également rouges et d'étoiles bleues.
Même si les couleurs et
la disposition des éléments ne sont pas conformes aux
règles de l'art
héraldique, les symboles sont bien ceux des armes
traditionnelles de la
chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez. En fait, il ne s'agit pas
là d'un blason à
proprement parler, mais d'emblèmes héraldiques,
représentés avec une certaine
liberté. les
emblèmes héraldiques de Sainte-Croix-en-Jarez,
présents dans la chartreuse dès
le début du XIVe siècle. À
droite,
essai de restitution de ce que devait être la peinture à
l'origine Ensuite, si l'on regarde juste
à droite de cette
croix aux fleurs de lys et étoiles, on remarque ce qui semble
bien être une
aile d'oiseau, peinte dans les tons de rouge - rosé. Le reste
est effacé.
S'agissait-il d'un ange ? Ou avions-nous là plutôt
une image de l'aigle
des Roussillon ? Ou alors une représentation
également assez libre du
blason de Béatrix, mélangeant les emblèmes
héraldiques des familles de
Roussillon et de la Tour ? Difficile de conclure avec certitude.
Une
observation attentive montre qu'en réalité les motifs de
plusieurs couches de
peintures s'entrecroisent et se superposent. On aperçoit en
particulier ce
qu'il reste d'un visage, semblable à celui qui lui fait face
dans l'angle
opposé. Ainsi il y avait
peut-être, dans l'église des
Chartreux, les emblèmes héraldiques de Béatrix de
la Tour épouse de Guillaume
de Roussillon, et une composition rappelant la vision de
Béatrix, la croix et
les étoiles, auxquelles on a rajouté des fleurs de lys,
peut-être pour conférer
un aspect « royal » à ce symbole, lequel
est devenu le blason de la
chartreuse. En fait on peut imaginer que les armes de la chartreuse
aient été
celles de Béatrix de la Tour, comme le voulait la règle,
pendant un temps,
peut-être jusqu'à son décès vers 1307, et
qu'ensuite ce soit le blason croix –
fleurs de lys – étoiles qui ait prévalu. Interprétations
de l'aile d'oiseau peinte à droite de la croix : Une certaine rumeur insinue
que ce blason-là
aurait été créé à la fin du XVIIe
siècle pour les besoins du célèbre
Armorial de Charles d'Hozier. Nous pouvons aujourd'hui rétablir
la vérité, en
commençant par évoquer l'histoire de cet armorial. En
1696 le roi Louis XIV
décréta un édit, obligeant toute personne,
organisation, ordre, confrérie, ville, bourg, village, pourvu
que ses revenus
soient suffisants pour être imposables, à faire
enregistrer son blason dans un Grand
Armorial du Royaume de France, dont la réalisation et la
garde furent
confiées à Charles d'Hozier. Ce personnage,
présenté comme intègre, prit la
tête d'une compagnie financière, dont les agents par
contre se révèlèrent
souvent trop zélés. Ceux qui tardèrent à
déclarer leur blason se virent imposer
des armoiries, lesquelles étaient parfois, et même
souvent, sans rapport avec
leurs emblèmes héraldiques traditionnels. Les
Chartreux de Sainte-Croix-en-Jarez montrèrent sans doute peu
d'empressement à
accomplir cette démarche administrative. C'est ainsi que la
chartreuse de se
vit imposer le blason d'azur à une croix de calvaire d'or.
Car c'est
bien ce blason-là, et non le blason croix – fleurs de lys –
étoiles, qui figure
dans l'Armorial. Grâce à Internet on peut le consulter en
ligne sans bouger de
son fauteuil. Il suffit d'aller sur http://gallica.bnf.fr, le site de la
Bibliothèque Nationale, pour feuilleter le volume XVII et
s'arrêter page 493,
où l'on peut voir le blason du “couvent des Chartreux de
Ste-Croix”, ce qui
nous permet de le reproduire ici. Nous devons aussi remercier le
Guichet du
Savoir de la Bibliothèque Municipale de Lyon pour son aide
précieuse. Ce
service qui répond aux questions de culture
générale est accessible sur : http://www.guichetdusavoir.org/index.php.
Le
blason imposé par l'Armorial d'Hozier Mais en
vérité, et comme cela fut bien souvent le cas, ce
blason-là ne fut jamais
adopté par les Chartreux, qui continuèrent à
utiliser leur blason traditionnel
mêlant croix dentelée, fleurs de lys et étoiles. UN BLASON PRÉSENT EN
DIFFÉRENTS LIEUX Les
armes de la chartreuse de
Sainte-Croix-en-Jarez sont visibles en divers endroits des
bâtiments. Elles
sont placées bien sûr en façade de l'entrée
monumentale, œuvre du XVIIe
siècle. Une première fois de façon très
ostensible, et selon la mode du temps
dans un ovale entouré de guirlandes végétales,
juste sous l'emblème de l'ordre
des Chartreux, la boule du monde surmontée d'une croix
entourée de sept étoiles.
Si la croix dentelée est bien visible, étoiles et fleurs
de lys paraissent bien
érodées, à se demander même si elles ont
jamais été représentées. Les
armes de la chartreuse en façade de l'entrée monumentale Plus bas, dans l'ombre du
balcon rajouté à la fin
du XIXe siècle, on retrouve les emblèmes
héraldiques de la
chartreuse, mais déstructurés en quelque sorte. La croix
dentelée est en clé de
voûte de la porte d'entrée, elle est d'ailleurs
représentée
« ancrée », c'est-à-dire que ses
branches se terminent en ancres de
marine. De part et d'autre, on remarque aussi, beaucoup plus
discrètes, les
fleurs de lys et les étoiles. Les
armes de la chartreuse déstructurées au-dessus de la
porte d'entrée Il est temps de poser les
bonnes questions à
propos de ce blason. Pourquoi des fleurs de lys ? L'utilisation de
cet
emblème a toujours été réglementée.
C'était le symbole de la royauté. Seul le
roi de France avait le droit aux armes à trois fleurs de lys.
Placer deux
fleurs de lys dans le blason d'une chartreuse n'a pu se faire que par
privilège
royal. Il a fallu pour cela l'intervention d'un personnage important ou
possédant suffisamment de crédit auprès du roi
Philippe IV le Bel. Pourquoi une
croix dentelée, alors que le symbole d'origine, présent
dans l'église
primitive, était une croix pattée ? Une croix
dentelée traduit-elle mieux
l'aspect scintillant de la croix dans la vision de
Béatrix ? On imagine
(mais cela restera du domaine de l'imagination) Philippe le Bel
acceptant les
fleurs de lys, mais refusant la croix pattée lui rappelant trop
celle des
Templiers. Pourquoi la croix en
clé de voûte de l'entrée
monumentale est-elle ancrée ? La croix ancrée
était généralement
l'attribut des meuniers. Or la charte de fondation de la chartreuse
précisait
bien que Béatrix de la Tour donnait le lieu, contigu à sa
maison, et s'étendant
jusqu'au moulin. En prenant possession du site, les Chartreux
devenaient les
maîtres de ce moulin, ce qui à l'époque constituait
une source de revenus non
négligeable, laquelle a perduré au cours des
siècles. Représenter une croix
ancrée en clé de voûte de l'entrée
monumentale au XVIIe siècle était
sans doute une manière d'affirmer à nouveau cette
maîtrise de la meunerie. Il est à noter maintenant que
l'usage, pour la
croix, du terme « engrêlée »
prôné à une époque semble heureusement
avoir été abandonné. Ce terme était
impropre. En héraldique
« engrêlé » désigne une
crénelure dont les dents sont composées de
lignes courbes. « Dentelé » au contraire
désigne une suite de dents
aux lignes droites. Un petit schéma permettra de comprendre la
différence. Comparaison
entre dentelé et engrêlé – exemple d'une croix
engrêlée On retrouve le blason de la chartreuse
au fond de
la première cour, en façade du bâtiment formant
l'entrée du long passage
permettant d'accéder à la seconde cour. Curieux
bâtiment d'ailleurs, dont on
remarque, lorsque ses fenêtres sont ouvertes, la
singulière épaisseur du mur,
et qui surprend par ses belles pierres appareillées
placées en parement d'une
maçonnerie sans doute plus rustique, laquelle se trouve de fait
masquée. Œuvre
sans doute du XVIIe siècle, cette façade se
caractérise par une
niche abritant une statue de la Vierge, encadrée
par des pilastres, soutenant un fronton
triangulaire, orné du
blason, hélas bien érodé. Bâtiment
à l'entrée du corridor (détail). Remarquer
l'épaisseur du mur. Un autre blason de la chartreuse se
remarque dans
le grand passage, au-dessus de la porte de l'ancien ermitage du prieur.
C'est
un blason sculpté en bas-relief. On y retrouve les fleurs de lys
et les étoiles
entourant la croix dentelée. Une curiosité à
relever : l'étoile en haut à
droite est « descendante », c'est-à-dire
qu'elle a la pointe en bas,
ce qui est contraire aux règles de l'héraldique qui
veulent qu'une étoile soit
toujours « montante », pointe en haut, comme
l'est la seconde étoile.
La raison est que, derrière une étoile descendante peut
se cacher une image du
pentagramme diabolique, et l'on comprend que par superstition cela ne
soit pas
la règle. Ce blason étant assez de facture assez
médiocre, il est tentant au
premier abord de mettre cette singularité sur le compte de la
seule maladresse
du sculpteur. Le
blason au-dessus de la porte de l'ermitage du prieur. Pourtant, on retrouve ce
détail curieux sur le
blason représenté à l'intérieur de
l'église, au-dessus de la porte d'entrée.
Les armes sont sculptées en bas-relief et peintes. Si le champ
du blason est
bien d'azur, la croix dentelée d'argent, les fleurs de lys et
les étoiles
semblent avoir perdu leur couleur dorée. Mais surtout, comme
dans le couloir,
l'étoile en haut à droite est aussi pointe en bas. Or
l’œuvre est de belle
facture, impossible d'accuser le sculpteur de maladresse. Alors ?
Il est
possible d'envisager une hypothèse : cette
étoile-là symboliserait le
monde extérieur, aux mains du diable, et l'autre le monde
intérieur du
monastère, où seul règne Dieu. On remarque aussi au-dessus du blason
un
personnage naïf en prières, émergeant d'une
nuée, couvert d'un voile, et
surmonté de cinq étoiles. Le
blason dans l'église SCEAUX ET LIVRES Les emblèmes héraldiques
de la chartreuse de
Sainte-Croix-en-Jarez étaient également reproduits sur
les sceaux destinés à
être apposés sur les documents officiels. Les Archives
Départementales de la
Loire conservent un tel document, c'est un certificat établi par
le prieur Dom
Livinhac en 1790. Ce sceau ne reproduit pas le blason de la chartreuse,
mais
seulement ses emblèmes, fleurs de lys et étoiles,
superposées. Sceau
n° 1. En haut, détails Un autre
sceau est signalé par le livre d'André Douzet Éléments
du passé de
Sainte-Croix-en-Jarez, chartreuse, pour servir à son histoire.
Les
souscripteurs de l'ouvrage dans sa première édition en
1994 avaient même droit
en bonus à une empreinte de ce sceau sur un cachet de cire, ce
qui nous permet
de le montrer ici. On y retrouve le blason traditionnel de la
chartreuse, sauf
pour la disposition des fleurs de lys et des étoiles :
elles sont placées
non pas en quinconce mais les unes au-dessus des autres, fleurs de lys
en 1 et
2 (en haut) et étoiles en 3 et 4 (en bas). Sceau
n° 2 Enfin on retrouve le blason de la
chartreuse en
bas des frontispices des trois volumes du livre de Dom Polycarpe de la
Rivière
écrit à Sainte-Croix-en-Jarez : Le
Mystère sacré de notre Rédemption.
Œuvre du graveur Charles Audran, ce blason se distingue par le fait que
les
étoiles ont six branches au lieu des cinq traditionnelles.
Détail
du frontispice avec blason de Sainte-Croix-en-Jarez AUTRES BLASONS Outre celles de la chartreuses,
d'autres
armoiries sont visibles à Sainte-Croix-en-Jarez, peintes,
gravées ou sculptées.
Celles appartenant à la première catégorie se
remarquent sur la scène des
funérailles de Thibaud de Vassalieu, faisant partie des
peintures murales
réalisées peu après le décès de ce
bienfaiteur de la chartreuse en 1327. Le
défunt repose sur un lit revêtu d'une draperie à
écussons. Alternent les armes
de ses deux exécuteurs testamentaires, son neveu Guillaume de
Vassalieu et son
parent Guillaume de Sure. Le blason du premier est fascé
d'or et d'azur de
dix pièces, c'est-à-dire que de haut en bas alternent
des bandes
horizontales jaunes et bleues. Le second est d'or semé de
billettes de sable
au lion du même, soit un champ jaune parsemé de
petites billes noires, avec
un lion noir également, debout sur une patte. Ces détails
sont peu visibles
aujourd'hui. Blasons
de Guillaume de Vassalieu et Guillaume de Sure (peintures murales) C'est dans le seconde cour de la
chartreuse que
se trouvent les blasons suivants. D'abord les armes gravées au
bas de
l'inscription placée sous le bas-relief représentant
saint Bruno en prières. Ce
texte bien effacé aujourd'hui rappelle que cette cellule avait
été fondée par
Antoine Mazenod, seigneur de Pavezin, et son épouse Dame
Étiennette Berthon. À
gauche le blason d'Antoine Mazenod : d'azur à trois
molettes d'or, au
chef cousu de gueules à trois bandes d'argent. Les molettes
sont des
molettes d'éperon, ressemblant à des étoiles mais
trouées en leur centre. Les
règles de l'héraldique stipulent que l'on ne doit pas
poser couleur sur
couleur, aussi pour pouvoir juxtaposer le rouge du chef (partie
supérieure du
blason) sur le bleu du champ (couleur de fond de l'écu), on
précise que ce chef
est « cousu ». À droite le blason de son
épouse, qui est donc selon
la règle « parti », composé
à gauche du blason de l'époux, à droite
du blason de la demoiselle Berthon, à savoir un écu avec
un dauphin et un chef
avec trois étoiles (les couleurs n'étant pas connues, il
n'est pas possible de
l'énoncer en langage héraldique). Bas-relief
de la cellule fondée par les Mazenod. Toujours dans cette cour dite
des pères, deux
autres beaux blasons sculptés attirent l'attention. Ils ornent
les portes des
ermitages reconstruits par Marguerite de l'Estang, veuve de Gabriel de
Fay,
seigneur de Virieu, Malleval et Chavanay, suite à un violent
incendie qui
détruisit cette partie de la chartreuse en 1629. L'une
des portes est ornée du blason de la
famille de l'Estang : d'azur à trois fasces
crénelées d'argent, celle
de la pointe ouverte à une porte. Blason
de la famille de l'Estang L'autre porte est ornée
du blason de Marguerite
de l'Estang, qui est naturellement parti, composé des armes de
la famille de
l'Estang à droite, accolées à celles de Gabriel de
Fay à gauche, assez
complexes : écartelé, au 1er
et au 4e d’azur à la croix d’argent, au 2e
et 3e
fascé d’argent et d’azur au lion de gueules brochant, et le tout
chargé d'un
écu de gueules à la bande d’or chargée d'une fouine. La fouine
était l'emblème héraldique primitif des Fay, par
analogie
des noms : fouine comme Fay viennent du latin fagus, le fayard
ou hêtre.
Ce sont donc des armes parlantes. On retrouve ce blason dans
l'église de
Malleval. Blason
de Marguerite de l'Estang C'est
dans la première cour que se cache un ultime blason. Très
discret, il ne semble
pas avoir été remarqué par ceux qui ont
écrit sur la chartreuse. Il orne une
porte dont le linteau est formé d'une accolade portant la date
1627. Sous la
pointe de l'accolade un blason, ou plutôt cet écusson vu
sa taille, est orné
d'une croix légèrement pattée. Peut-être
est-ce le d'azur à la croix
d'argent formant une partie du blason des Fay. Ou une croix de
Savoie. Ou
plus simplement un rappel du nom de la chartreuse : Sainte-Croix. Porte
de 1627. En médaillon: agrandissement de
l'écusson Il y
aurait encore bien d'autres blasons à remarquer dans l'ancienne
chartreuse,
ornant les portes des ermitages en particulier. Mais ce sont des
écus simples,
sans armoiries, seulement encadrés par des guirlandes
végétales ou florales.
Laissons au visiteur curieux le soin de les découvrir... |
Nous
ressentons un grand plaisir en accueillant Martine Mazoyer ; en la
découvrant, nous ne doutons pas un instant que celui-ci sera
partagé. Il reste bien trop rare, nous devons largement le
reconnaître, que de recevoir une Dame en tant qu'Invitée
sur votre site favori. Alors non sans humour, nous dirons que là
elle comptera pour dix tant elle est pleine de vie ! Vous allez
vraiment apprendre à mieux connaître un personnage
dynamique ; notre Amie est entreprenante et toujours partante pour
s'impliquer sans compter là où il y a une volonté
humaine de construire en groupe. Martine demeure l'image même
d'un moteur, le synonyme énergique visant à mener
à bien donc à terme toute entreprise associative,
culturelle, patrimoniale ou encore historique, souvent au travers d'un
hommage rendu, d'une célébration symbolique, d'un passage
de mémoire ... etc . Nous la remercions pour la
générosité de ses réponses et nous vous
proposons maintenant de faire la connaissance d'une personne attachante.
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1/ Regards du Pilat : Ces
dernières années, vous
venez d’effectuer une sorte de retour aux sources en venant vous
installer dans
le Pilat. Qu’est-ce qui a motivé ce nouvel enracinement ? Martine Mazoyer : Enracinement, le
terme est exact. C’est bien dans
le Pilat que se situent mes racines maternelles. Je ne le savais pas
vraiment
ne connaissant que Chavanay pour avoir été le lieu de
naissance et des vingt
premières années de vie de ma mère. Je vais le
découvrir peu à peu après qu’un
élément déclencheur m’ait conduit à vivre
là. 2/ Regards du Pilat :
Véritable passionnée, vous
dévorez le moment présent toujours en quête du
passé et en gérant multiples
dossiers simultanément. Systématiquement menés
à terme, ces derniers restent
les symboles d’un certain accomplissement personnel. D’où
provient cette
énergie débordante ? Martine
Mazoyer : Passionnée, je le suis et je ne sais guère
vivre autrement. Je voudrais avoir plusieurs vies pour mener à
bien tous mes
projets. Mais je sais n’en avoir qu’une à vivre et je n’en
connais pas la durée.
En tenant plusieurs choses en même temps peut-être que je
cherche à conjurer le
sort. Plus sérieusement les dossiers comme vous dites sont dans
des tiroirs.
Mais dans un même meuble. Ils se croisent, se répondent,
s’interrogent, ils
font partie en fait d’une même histoire. Ma vie professionnelle a
été un peu à cette
image. Après mon bac (j’ai eu 18 ans en 1968 à
Paris !) j’ai fait des
histoires d’histoire à la Sorbonne, davantage
interéssée à l’époque par le
mouvement ouvrier du 19ème siècle.
Après cinq années de professorat,
je n’ai pas voulu rester dans ce qui me paraissait un lieu
d’enventuelle
sclérose. Quelques diplômes complémentaires plus
tard, je me suis orientée vers
l’information des jeunes pour finir par la direction d’un centre pour
l’insertion des jeunes Parisiens en difficultés. 3/ Regards du Pilat : La guerre de
14/18, s’avère
vous intéresser particulièrement. Vous êtes avec
une poignée d’amis la clef de
la plus belle exposition de la grande guerre proposée à
Véranne en 2014 et ce à
une échelle géographique qui dépasse de
très loin ce seul village du Pilat rhodanien.
Pourquoi une telle implication dans ce qui reste normalement un devoir
de
mémoire commun à tout un chacun ? Martine Mazoyer : Voilà la vraie
question ou plutôt où se niche
la vraie réponse à mon enracinement, et à mon
énergie. Petite, privée de grands
parents tous morts avant ma naissance, j’interrogeais mes parents sur
leurs
pères et mères. Mon père m’en livrait de nombreux
détails me les faisant
presque revivre. Ma mère avait perdu la sienne à 21 ans,
quelques mois avant
d’épouser mon père, à Paris. Son père, il
était résumé dans une formule :
il était mort à Verdun, porté disparu.
Je me rappelle être allée avec mes parents au sanctuaire
de Douaumont et courir
entre les croix pour trouver peut être celle de mon grand
père, en vain,
évidemment. Ma mère se perdait dans son propre
souvenir : j’allais sur la route, devant la maison
pour
voir si mon père réapparaissait, disait elle, puisqu’il avait disparu. Un jour de 2003, j’entends une
information
dans le 20 heures de David Pujadas. Monsieur
Hamlaoui Mékachera, Ministre délégué aux
Anciens combattants, a inauguré
aujourd’hui le site Mémoire des Hommes, avec la mise en ligne de
la base des
"Morts pour la France" de la Première Guerre mondiale. J’ouvre
immédiatement mon ordinateur, je tape le nom de mon
grand-père, sa
date et son département de naissance. Ça me donne une
fiche où j’apprends qu’il
est mort le 22 août 1918 à côté de Soissons.
Je trouve peu après son lieu
d’inhumation dans une nécropole de l’Aisne. Le voilà qui
réapparaissait. J’en
informe mes frères et ma mère et nous partons ensemble
rendre visite à mon
grand-père. Ma mère, née en février 1915 et
près de fêter ses 90 ans retrouve
son père éternellement âgé de 32 ans. A cette époque, les
archives ne sont pas encore numérisées. Je me rends
régulièrement dans le
Pilat. Les mairies m’ouvrent leurs portes. Je fouille les registres
d’état
civil, je visite chaque hameau portant la trace de mes ancêtres.
C’est parti. Le centenaire de ce qu'on appelle la
Grande Guerre m'a chopée alors que j'étais
installée à Véranne depuis quatre ans. Il allait
de soi que j'allais élargir mes recherches. J'ai ainsi
réalisé celles qui intéressaient les villages de
Véranne, bien entendu, et aussi La Chapelle Villars avec mon
frère qui s'y est installé et aussi de Lupé, faute
de combattants en 2014, mais pas de morts pendant cette guerre ! J’ai rencontré des
collectionneurs, Jacques Gamet et Eymeric Gache qui ont mis à
disposition des
objets et des uniformes. Des habitants nous ont confié de
nombreux documents. Les
recensements de population ou militaires m’ont permis de
réaliser une
exposition avec Jacques Patard, lui-même collectionneur et
érudit. Elle a
permis aux Vérannaires de retrouver leur village avant la
guerre, son histoire
pendant les longues années de conflit, et de connaître les
parcours des hommes. 4/ Regards du Pilat : Vous vous
êtes très rapidement
rapprochée de l’association patrimoniale et historique Visages
de notre
Pilat ; aujourd’hui vous êtes membre actif de son CA.
Qu’est-ce qui vous a
attiré dans cette structure ? Martine Mazoyer : Une société historique
locale et quelqu’un
qui s’intéresse au passé de la région, la
rencontre était inévitable. Je la
connaissais déjà pour avoir acheté plusieurs
numéros de la revue qu’elle édite,
et ceci bien avant de savoir que je m’installerais là. J’ai
trouvé beaucoup
d’articles intéressants et j’ai pensé que je pouvais
peut-être apporter quelque
chose de mon enthousiasme. 5/ Regards du Pilat : Une
remarquable bâtisse
historique, « les Camiers », toujours sur la
commune de Véranne
possède une histoire plusieurs fois centenaire. A présent
et en vous impliquant
à nouveau beaucoup sur ce sujet, vous êtes en mesure de
récrire quelque pans
historiques de cette construction d’un autre temps. Pouvez-vous nous en
toucher
quelques mots ? Martine Mazoyer : Récrire, je ne
sais pas. Ce qui l’est déjà
est tout à fait digne d’intérêt. Mais il est vrai
que j’aime réinterrogé les
sources. La famille m’a confié quelques documents primaires
anciens qui livrent
des informations intéressantes. Par ailleurs on rencontre des
écrits plusieurs
fois repris avec des inexactitudes qui sont devenues des
vérités. C’est bien de
les revisiter. Mais il manque surtout de nombreux documents pour faire
un bon
historique. La demeure reste un bon départ pour tenter de
reconstituer ses
différents usages. 6/ Regards du Pilat : Votre
dynamisme naturel doublé
d’un esprit convivial ne peuvent passer inaperçus. Presque
logiquement (nous
nous permettrons d’écrire), vous êtes à
présent élue au Conseil Municipal de
votre village. Est-ce là une sorte d’aboutissement ou au
contraire plutôt un
concours de circonstances qui a fait que
vous vous retrouviez embarquée dans cette nouvelle
aventure ? Martine Mazoyer : Je vous sais
gré de qualifier de qualités ce
qui pourrait paraître des défauts. J’ai mûrement
réfléchi à mon installation
dans le Pilat après avoir vécu soixante ans à
Paris. Quand on veut s’intégrer
il me semble qu’il ne faut pas attendre que les gens vous attendent
même si
cette région est très accueillante. Je suis allée
vers différentes associations
locales. Au sein de la bibliothèque de Véranne et celles
du réseau, j’ai
participé, avec des bénévoles très
généreux, à la mise en œuvre d’animations et
d’expositions sur des thèmes locaux : randonnée sur
les lieux dits et
leurs étymologies, histoire des activités textiles,
exposition sur les éléments
du patrimoine, etc J’y ai connu des personnes que je n’aurais pas pu
rencontrer
spontanément. Il faut aussi que je précise que
j’occupe une
maison dans le village, qui a connu une partie de mes aïeux. Elle
a fini d’être
rénovée fin 2009 par un membre d’une branche familiale
qui me la loue pour mon
grand plaisir. Le premier adjoint de l’ancien maire
m’a fait
l’honneur et le plaisir de me demander si je voulais faire
partié du prochain
conseil dont il deviendrait le maire. Je voulais être
intégrée. Quatre ans
après mon installation, j’étais exhaucée. J’ai
accepté avec mon enthousiasme
habituel. Je suis en effet embarquée dans une nouvelle aventure.
Active au sein
du conseil municipal, j’ai l’opportunité de participer à
des commissions de la
Communauté de Communes et des groupes de travail du Parc du
Pilat. Mon meuble à tiroirs a de plus
en plus de dossiers
mais on voit bien qu’ils se complètent ! 7/ Regards du Pilat : Femme de
Culture, entre toutes
les cordes à votre arc, vous ne pouviez laisser de
côté les journées
européennes du Patrimoine. A ce titre, vous vous impliquez
chaque année en ce
sens. Comment concevez-vous ces journées symboliques là
où, en somme, on
rapproche l’espace d’un week-end, le citoyen avec son Patrimoine et
aussi son
Histoire ? Martine Mazoyer : Si être femmme
de culture c’est se rendre
compte de l’immensité de son ignorance et de tenter de combler
quelques trous
je veux bien en être une. Les journées du patrimoine
rassemblent chaque fois un
grand nombre de personnes qui côtoient parfois quotidiennement
des bâtiments ou
des éléments du paysage sans vraiment les voir. Il en va
des croix, des
maisons, des écoles, des mairies, qui tous racontent l’histoire
des hommes qui
les ont érigés, bâtis, utilisés. Chaque fois
je suis émue par la curiosité des
habitants, les abecdotes que les anciens ne manquent pas de rapporter,
et le
plaisir qu’ils ont à découvrir de nouveaux
détails. La culture, c’est justement
la jonction entre ce patrimoine existant, fruit de l’histoire des
hommes d’hier
et les habitants d’aujourd’hui. Les gens que je rencontre à ces
occasiosn m’en
apprennent autant que les livres et les vieux grimoires. 8/ Regards du Pilat : Toujours entre
deux enquêtes à
travers le passé, vous appréciez de glisser dans le texte
le résultat de vos
travaux. Localement, on vous retrouve régulièrement dans
la revue Dan l’Tan de
« Visages de notre Pilat » ou encore dans le
trimestriel distribué
dans tout le Pilat, « la Pie du Pilat ». Est-ce
à vos yeux une
manière incontournable de laisser une trace certaine aux
générations à
venir ? Martine Mazoyer : Si les
générations à venir sont intéressées
par nos recherches, nous en sommes ravis. C’est le cas de mon fils qui
aime à
mettre ses pas dans les chemins empruntés par ses
ancêtres. Quand j’écris, je
le fais d’abord pour ceux qui s’y intéressent au sein de ma
famille. Cependant
j’ai mis à disposition des habitants de Chavanay l’histoire de
mon grand-père.
C’est autant pour leur faire disposer de l’histoire d’un Chavanois que
pour
remettre Jean Baptiste, sa femme, sa fille et son fils dans la vie et
leur
village. L’opportunité qui m’est faite de
publier
quelques articles dans la revue Dan l’Tan ou la Pie du Pilat me donne
le
plaisir de partager mes découvertes avec un public plus large. 9/ Regards du Pilat : En restant sur
l’écriture,
finalement une synthèse pratique et bigrement utile pour
entériner le bienfait
de vos recherches en tout genre, envisagez-vous dans un proche avenir
de
publier un ou plusieurs ouvrages et si oui, quels en seront les
thèmes ? Martine Mazoyer : Pour publier, il ne
faut pas se contenter de
raconter et de reprendre des éléments historiques. Il
faut analyser,
contextualiser, et surtout avoir une écriture propre et
personnelle. Je m’y
efforce, j’y travaille mais je pense que l’ouvrage tissé sur le
métier n’est
pas assez abouti pour une publication qui n’est pas forcément
mon ambition. Il
faut que je laisse reposer la pâte comme pour les crêpes et
peut-être arriverai
je un jour à dépasser ce que je considère comme
des notes ou des brouillons. Par contre j’ai l’ambition de
réaliser avec
un cousin une monographie sur l’ancien pont de Chavanay. Maintenant que
c’est écrit
ici, nous sommes obligés de mener notre projet à terme. 10/ Regards du Pilat : Martine avant
de vous quitter
et non sans vous avoir vivement remerciée, nous souhaiterions
encore aborder le
sujet en vogue de
la « Généalogie », là
où humblement vous aimez
faire avancer les choses ? Martine Mazoyer : La
généalogie, une passion de vieux englués
dans le passé ? Une passion certes, mais pour relier le
passé avec le
présent, trouver des explications à la vie d’aujourd’hui.
Quand on commence dans la recherche
généalogique, on ne sait pas dans quoi on va être
entraîné ! Chaque
information induit un nouveau questionnement. Des découvertes
dans les
registres nous font revisiter l’Histoire. Cela rend un peu justice
à ceux dont
on ne parle pas dans les livres. Pour ma part cela m’a fait aussi
découvrir
des cousins insoupçonnés qui sont bien vivants. J’ai pu
aussi reconstituer
l’histoire de la maison que j’occupe aujourd’hui. Construite entre 1705
et
1710, une famille de Maclaires qui y a vécu entre 1940 et 1960
est venue la
redécouvrir il y a quelques mois. Je leur ai raconté
l’histoire de la maison,
ils m’ont fait partager leurs souvenirs avec émotion. Enfin je voudrais conclure tout
simplement
sur le plaisir qui ressort de tout cela. Et vous remercier du regard
bienveillant que vous voulez bien me porter et qui m’encourage à
poursuivre
recherches et transmissions. |