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TERRE SAINTE Septembre 2016
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Par
Michel Barbot
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LA *MENORA OU LA
MONTÉE DES 39 MARCHES |
*La Menora est le nom donné au
célèbre chandelier
d'or à sept branches du judaïsme. On utilise
indifféremment les orthographes
Ménorah ou Menora, cette dernière étant
préférée des puristes. Nous utilisions
déjà cette orthographe dans l’article
« LUMIÈRE MESSIANIQUE SUR LE MARIAGE
DE LA VIERGE » consacré au curieux vitrail de
l’église de Véranne. Détail
du vitrail de Véranne : la Menora
Rashi le grand commentateur
médiéval,
commentait : « D’UNE SEULE PIECE SERA FAIT LE
CHANDELIER.
On ne doit pas le faire par morceaux, et on ne doit pas faire ses
branches et
ses lampes membre par membre et les rattacher ensuite, comme font les
orfèvres,
ce qu’on appelle en français soulder. Mais tout doit venir d’une
seule
masse » Moïse éprouvait
quelques difficultés à concevoir
la Menora. Aussi Dieu sur le Mont Sinaï dit à
Moïse : « Regarde et
exécute selon, le plan qui a été montré sur
la montagne. » Cette
traduction de la Fondation S. et O. Levy est accompagnée du
commentaire de
Rashi : « REGARDE ET EXECUTE. Regarde ici
sur la montagne
le modèle que Je te montre. Ce qui indique que Moïse
était embarrassé pour
faire le chandelier, jusqu’à ce que le Saint Béni soit-Il
lui ait montré un
chandelier de feu ». Le texte hébreu
comporte ici une certaine
ambiguïté. André Chouraqui traduit : « Vois
et fais, selon leur
modèle qui t’a été montré sur le
mont. » Samuel Cahen (1831-1851 -
Transcription DJEP 2014) traduisait : « Regarde et
exécute selon leurs
modèles qu’on te fait voir sur la montagne. » « Selon leur(s)
modèle(s) » : « BéTabniytam ».
Bé = d’après, selon – Tabniyt = plan,
modèle, patron.
Le Mem final (M) serait pris ici pour le mot Hem = leurs.
Difficulté de
traduction… Faut-il traduire ce M ? Et dans l’affirmative, faut-il
le
traduire au pluriel ou au singulier ? La majorité des
traducteurs ne le
retiennent pas, d’où cette traduction : « selon
le modèle (le
plan) ». La traduction du Mem final sous-entend un
prolongement de
lecture. Que cache ce « leur(s) » ?
La réponse pourrait
être double. Ce « leurs » pourrait
désigner tout à la fois les
êtres qui montrèrent
à Moïse le Chandelier de feu ou Menora
shel èch, soit des
anges… Des anges spécialisés dans le luminaire, mais
aussi le nombre pluriel
des luminaires dont Moïse observe un modèle, dans
l’éventail d’une gamme
existante. Cette seconde hypothèse
interroge. S’il existe
toute une gamme de Chandeliers, pourquoi Dieu ne donne-t-il pas
directement un
exemplaire de cette Menora ? La réponse serait que
l’exemplaire de Menora
shel èche observé par Moïse sur le Mont
Sinaï, fut observé en vision,
de manière holographique. La
Menora TAL, ou la rosée de la
Menora, l’amandier d’or Gérald Scozzari publie
dans le N° 413 de la revue
ATLANTIS, sous le titre « Ésotérisme
philatélique : Hitler caché dans
l’arbre et la Menora de l’archevêque suédois »,
une très intéressante
étude dans laquelle il évoque un sujet rarement
étudié, la Menora dans la philatélie.
Bien que l’auteur de l’article ne développe pas en ce sens, nous
pourrions
envisager dans le thème « Hitler caché dans un
arbre », l’attrait du
chancelier pour, non seulement la Menora, mais aussi pour… la
Cité Bleue qui
sera évoquée plus avant dans cette étude. G.
Scozzari évoque trois timbres
énigmatiques émis pour le premier en 1947, pour le second
en 1964 et pour le
troisième en 1967. Au sujet du premier, l’auteur nous
apprend : « […]
en 1947, la Saar était occupée par la France. On fit
remarquer qu’un timbre
émis cette année-là présentait une
"curiosité" occulte : entre
les jambes d’un ouvrier de haut fourneau, le charbon dessinait
(à l’envers) un
portrait – certes minuscule mais bien lisible – d’Adolphe Hitler. Les
émissions
suivantes furent vite "noircies" à l’emplacement du
portrait ;
pourtant, ce n’était pas très flatteur pour l’auteur de
Mein Kampf de finir
ainsi sur un support réputé prestigieux au niveau
national… » Voir aussi sur le sujet http://timbreserrones.niloo.fr/cadre39.htm Au sujet du second timbre,
l’auteur écrit : « En
1964, on retrouve le portrait sur une émission de la Deutsche
Bundepost :
50/Ellwangen/ Jagst, brun. Il est à l’extrême droite, et
au faite d’un arbre stylisé
près de la majestueuse porte de château d’Ellwangen. Le
dessinateur profitait
d’une coïncidence : le château d’Ellwangen renvoyait,
"en filigrane",
au dernier bunker luxueusement protégé du Führer.
Hitler y est plus aisément
reconnaissable que dans l’émission de la Saar. » Au sujet du troisième timbre,
l’auteur
écrit : « En
1967, le graphisme de ce timbre fut changé : du
brun militaire il vira au bleu nocturne paisible, et l’arbre
très stylisé et
dépouillé, se fondit en d’autres frêles silhouettes
sylvestres… » Le
timbre de 1964 Gérald Scozzari
évoque ensuite un timbre suédois
bien énigmatique : « Terminons par une
curiosité historique de
taille, avec le timbre émis en Suède le 15 janvier 1966,
et représentant
l’archevêque Nathan Söderblom (1866-1931), dont le manteau
est orné d’une belle
Menora, le chandelier à 7 branches du culte
hébraïque. « Ce timbre
à 55 dents (le côté supérieur
n’en possède pas), c’est-à-dire 5 x 11 – où 11 est
un chiffre-clef de
l’alphabet hébreu qui est composé de 22 consonnes et
présente une symétrie avec
basculement à la 12e lettre. Or, 5 est une clef
chiffrée
ésotérique liée à la Menora. Le
talmudiste Hillel Roiter fait
remarquer : « un passage
biblique des
Nombres (VIII, 1-4), dans lequel le mot menora apparaît quatre
fois, renferme,
pour qui sait chercher, une cinquième menora "codée". En
effet, si on
compte par intervalles de 39 lettres à partir du M du premier
menora, on trouve
successivement un N, un R et un H, quatre lettres qui forment un
cinquième
MeNoRaH, puisqu’en hébreu seules les consonnes
s’écrivent. Une coïncidence
d’autant plus frappante que dans l’ésotérisme
hébraïque, le nombre 39 est
depuis toujours lié à la menora ! » (Kountrass,
n° 38). « 39 intervalles…
c’est-à-dire les 39
marches d’accès à la Lumière divine des 7
planètes de l’antique tradition. Gérald Scozzari
évoque ensuite dans son étude, le
lien exotérique unissant Clef et Menora :
« partant pour l’exil en
1492, les Juifs d’Espagne emportèrent avec eux leur menora, bien
sûr, et comme
dernier souvenir la clef de leur maison : d’où leur symbole
de '' menora à
la clef ''. » Gérald Scozzari termine
sa pertinente étude en
évoquant un mystère italien lié à la
Menora : « L’ésotérisme
hébraïque s’affiche même, en Italie moderne, au grand
jour – une tradition
locale vieille de 4 siècles au moins : pour l’exposition ''
Deux mille
ans d’art et de vie juive en Italie '' (Ferrare,
mars-juin 1990), les concepteurs ont
écrit Italia… I TAL
YA’, c’est-à-dire en hébreu : île (I) de la
rosée (TAL) divine (Ya’). Mais
signifie également agneau-pur comme la rosée (un des
multiples noms de
l’agneau, en hébreu biblique) et cette fusion Alchimie et
Mystique n’est pas
pour déplaire au traditionaliste… Au centre de l’affiche :
une menora de
l’antiquité romaine (4e s. ap. J.-C.) » Après cette pertinente
étude nous ne pouvons que
prolonger en affinant ce nombre 39 traditionnellement lié
à la Menora. En
effet, la langue hébraïque écrit le nombre 39 avec
un Lamed (30) et un Teth
(9). Lire 39 en hébreu, c’est aussi lire LaT. Le Dictionnaire
Hébreu-Français
biblique de Sander et Trenel évoque un mot LaT et renvoie au mot
LouT
apparaissant également sous la forme LaaT. Ce mot en tant que
verbe signifie
« couvrir »,
« envelopper », d’où le mot
« voile ». Exemple donné par le
dictionnaire : « (il
fera disparaître le voile qui voilait, enveloppait tous les
peuples »
(Isaïe 25-7). Le dictionnaire poursuit :
« une autre
forme du part. ou adj. est [*] secrètement, doucement,
sans bruit ». Ici apparaissent deux lettres
hébraïques le Lamed et le Theth et donc le mot LaT. Ce mot en tant que verbe
indique également le
dictionnaire signifie : « agir, opérer
secrètement » d’où le
pluriel LaTim : les arts secrets, la magie. Exemple
donné
ici : « Exode. 8.3, les devins, ou les magiciens,
firent la même
chose par leurs enchantements secrets. » Enfin, si nous
lisons le mot
LaT qui est aussi le nombre 39, dans l’autre sens, nous
découvrons le mot
TAL : la « Rosée »… I TAL
Ya’ ! Le peintre Chagall et le
mystère de la Menora L’ange porteur de Menora
rencontré plus haut,
répond présent dans les Midrachim ou contes juifs. Il
apporte la Lumière aux
hommes. Marc Chagall, peintre aux
origines
juives, a su utiliser au mieux ce
thème,
notamment dans ses tableaux représentant des mariages
placés sous le sceau de
l’Amour et de la Lumière symbolisés par la Menora. L’une
de ses œuvres les plus
étranges sur le sujet reste Le Songe de Jacob dans le
lequel la tradition
juive apparaît associée à la tradition
chrétienne. Marc
Chagall, Le Songe de Jacob (huile sur toile de 1960-1966)
Parti
et Champagne
Le
« Parti au 1… » se rapporte pour le tableau
à l’échelle, ou Soulam
de
Jacob.
Le 1 met en valeur les tons
rouge et violet, tandis que le 2 affirme le ton bleu. Le rouge
et le
bleu, de gueules et d’azur, soit deux couleurs complémentaires
dans le blason.
Nous retrouvons dans ces deux couleurs héraldiques, les deux
couleurs du blason
oublié sur lequel Thierry Rollat s’est interrogé…
Faudrait-il prolonger
cette interrogation à la lumière du tableau/blason de
Chagall ? Le
mystérieux ange/étoile tenant la Menora pourrait nous le
suggérer. Marc Chagall
fut-il détenteur de quelques secrets relatifs à la Menora
et à… l’Échelle de
Jacob ? Le 3 du tableau reformule,
bien que n’en
respectant pas la forme, la Champagne héraldique. Ce vieux mot
de la langue
française, tiré du latin Campania, est attesté en
ancien français (XIe
siècle) sous la forme CAMPAYNE dans les gloses de
Rashi. Il aurait été intéressant de
connaître ces gloses car, lorsque Rashi
écrit en caractères hébraïques un mot
français, il le fait non sans raison.
Dans le tableau de Chagall, la Champagne apparaît comme une
colline. Nous retiendrons
principalement pour cette étude,
l’ange à la Menora et le Soulam ou Échelle de Jacob. Bien
que le Livre de la
Genèse chapitre XXVIII localise l’Échelle de Jacob
à Béthel, Rashi reprend la
tradition suivant laquelle L’ENDROIT se
trouvait
à Jérusalem : « Il ATTEIGNIT
L’ENDROIT La Tora ne
donne pas le nom de l’endroit. Mais c’est bien L’ENDROIT qui est
nommé
ailleurs, c’est le Mont Moria (‘Houlin 91b), ainsi qu’il est
dit : il
vit L’ENDROIT de loin » (GEN.. 22.4). Rashi de Troyes, le Rabbi de
la Champagne,
commente le texte d’étrange façon : « le
Mont Moria a été déraciné
et est venu se placer à cet endroit. » Il
évoque le
rétrécissement de la terre, ou la suppression
des
distances mentionnée dans le Traité
talmudique ‘Houlim. « C’est
le Sanctuaire lui-même qui était venu à sa
rencontre jusqu’à Béthel. C’est
là le sens de : Il s’est trouvé avoir atteint
l’endroit (au verset 11) ».
Dans l’édition mise en ligne sur le Net de ce Commentaire de
Rashi, apparaît
une glose supplémentaire ne figurant pas dans l’édition
de l’Association Samuel
et Odette Lévy (Traduction du Rabbinat Français
adaptée au Commentaire du
Pentateuque de Rashi traduit par le Grand Rabbin Salzer)
utilisée pour cette
étude. Cette glose figurée entre crochets indiquant qu'il
s'agit bien d'un commentaire supplémentaire à
l'intérieur du texte,
révèle : « [c’est-à-dire
qu’il l’a
'' rencontré '', à la manière de deux
personnes qui se déplacent
l’une vers l’autre] ». « Si
tu
ne viens pas à la Montagne, la Montagne ira a
toi ! » et c’est
précisément ce qui s’est passé : Jacob n’est
pas venu à
la Montagne, mais c’est la Montagne qui est venue à lui. Un
Chandelier et une Arche ou le FIL BLEU de l’immortalité Le texte biblique de la venue
de Jacob à Béthel –
l’ancienne Louz – et surtout le commentaire bien particulier qui
l’accompagne,
pourraient avoir été écrits par un auteur de
science-fiction. Le nom Louz, signifie en
hébreu l’Amandier. Le
lieu que découvre Jacob n’est que ruines mais dans son sommeil
le patriarche
découvre la cité telle qu’elle exista longtemps avant sa
venue ou (et)
peut-être aussi telle qu’elle existerait encore dans une autre
réalité. Dans
l’amandier (Louz) une ouverture permet d’accéder à la
Cité de Louz. Chagall
dans son tableau place aux pieds du Soulam, quelques pierres d’un
Temple
oublié. Sur l’une d’elle se trouvent deux lettres
hébraïques. Chagall,
détail du tableau : pierre avec lettres
hébraïques
Dans l’étude
« Quelques interprétations
juives antiques et médiévales du Songe de Jacob (GN 28,
12-13) », (in
JACOB Commentaire à plusieurs voix de Gen 25-36 – Éditons
Labor et Fides,
2001), Esther Starobinski-Safran rapporte une glose midrashique
relative à
l’Échelle de Jacob. Ce Midrash nous permet plus encore de
comprendre la
présence de ces deux lettres visibles dans le tableau de
Chagall : « Les anges du
Service y montaient et en
descendaient, quand ils apercevaient le visage de Jacob, ils
disaient : Ce
visage est pareille à celui de la Vivante [*] qui est sur le
trône de Gloire. » *
Ici apparaissent dans le texte,
de droite à gauche, les trois lettres hébraïques Het
– Iod – Hé écrivant le mot
Haïa : la « Vivante ». Le peintre Chagall s’appuyant
sur le Midrash
aurait pu ajouter la lettre Hé. Dans la vision du peintre, les
deux lettres du
mot Haï ou Vie ne peuvent qu’annoncer le mot Haïa qui
évoque la Vivante. Les
commentaires relatifs au mot Haïa et donc
au visage de
Haïa, la Vivante, évoquent la Merkava, le Char
céleste ou Char d’Ézéchiel et
les Quatre Vivants. Ces Quatre Vivants sont une représentation
de la Shekhina,
la présence divine. Ce thème est aussi celui de l’Arche
d’Alliance en tant que
trône de la Shekhina. D’un côté du tableau de
Chagall nous avons la
Menora ou Chandelier à sept branches et de l’autre, nous avons,
le Soulam ou
Échelle de Jacob. Il convient d’associer, voire même de
confondre, dans ce cas
précis, le Soulam avec l’Arche d’Alliance. Cette confusion,
volontaire,
apparaît bien antérieure au tableau de Chagall. Nous la
retrouvons au XIVe
siècle dans le « Livre des Merveilles » de
Jean de Mandeville avec
cette bien curieuse illustration : L'Arche
d'Alliance et le Songe de Jacob : Échelle de Jacob MS
Français 2810 Folio 161verso
Le mot français,
Talon, vient du latin Talus qui
désigne outre le talon, un os
du pied, l’astragale. Cet os fut utilisé dans les jeux de
hasard, d’où le Talus
en tant qu’osselet ou dé. Les trois premières lettres des
mots français et
latin, T A L, rappellent l’hébreu TAL : la Rosée,
d’importance dans cette
étude. Si
Jean de Mandeville évoque principalement
l’exil de l’Arche de l’Alliance, Chagall semble mettre plus
précisément en
relief celui de la Menora. L’ange porteur de la Menora, déplace
le
Chandelier du Saint Lieu, le Temple de Jérusalem. Au-dessus de
l’aile
supérieure gauche de cet ange, est figuré le Christ en
croix dans un ciel
assombri par une éclipse. Voici que soudain résonnent les
paroles de
l’Évangéliste Luc relatant la Mort de Jésus :
« C’était déjà
environ la sixième heure quand, le soleil s’éclipsant,
l’obscurité se fit sur
la terre entière, jusqu’à la neuvième heure. Le
voile du sanctuaire se déchira
par le milieu, et, jetant un grand cri, Jésus dit : ''
Père, en tes mains
je remets mon esprit. ''' Ayant dit cela, il expira. »
Luc 23,
44 à 46. – Traduction Bible de Jérusalem. Chagall,
détail du tableau : le Christ en croix
La menace dirigée
contre l’Ange de l’Église
d’Éphèse par Celui qui tient les sept étoiles (le
Christ), se prolonge en
direction des Nicolaïtes, énigmatiques
hérétiques dirigés par un non moins
énigmatique Nicolas que d’aucuns ont, avec plus ou moins de
raison, confondus
avec saint Nicolas évêque de Myre… La menace devint
réalité l’an 70 de l’ère
chrétienne lorsque Titus déplaça la Menora
depuis Jérusalem jusqu’à Rome
(Édom). Les Romains maîtres de la Palestine,
désiraient ardemment ces deux
trésors du Temple que sont l’Arche d’Alliance et la Menora.
Posséder l’un ou
l’autre de ces deux trésors, affirme pour le détenteur un
pouvoir certain mais
les posséder tous les deux, permettrait le voyage ainsi que le
fit Jacob vers
une contrée cachée au commun des mortels : la
Cité de Louz. Découvrir
l’accès de cette cité fut l’un des objectifs majeurs des
Quatre Empires qui
vont occuper la Terre d’Israël. Mais la découverte de
l’accès à la Cité de Louz
n’apparaît aucunement comme le gage d’une maîtrise de la
cité, loin s’en
faut ! Suivant le
Sépher-ha-Zohar (ou Livre de la
Splendeur), depuis la création du monde, la Lumière de la
lettre Teith ou
nombre 9 qui est VIE, resta suspendue dans le ciel au-dessus de la
Cité de
Louz, cité de l’immortalité. Il est écrit dans
Genèse 28-19 (Traduction Bible
de Jérusalem) : « À ce lieu, il donna
le nom de Béthel, mais
auparavant la ville s’appelait Luz. » Soit en
hébreu : ve'oulam Louz shem ha'ir larishonah L’expression
« ve’oulam » traduite par
« et » ou « mais » se
compose curieusement de deux
mots : « ve » et
« oulam » de même signification. Nous
avons donc ici un superlatif qui n’est pas sans évoquer le titre
même du livre
d’Adepte du roi Salomon : le Cantique des Cantiques ou Shir
haShirim
considéré comme le plus beau des Chants, le Chant
incomparable, de nature
divine. Le titre même de ce livre, soit les deux premiers mots de
ce livre,
s’applique suivant la tradition au Char céleste, Trône
divin. Le Cantique des
Cantiques est… le Neuvième Cantique ou Cantique
suprême. En quoi le Ve’Oulam de Jacob peut-il être relié au Shir
haShirim de Salomon ? Ce lien apparaît dans le jeu
mot affirmé par
l’exégèse rabbinique. Bien que toujours traduit par
« et » ou
« mais », Ve’Oulam, pourrait se
traduire « et le
Portique », « et le Vestibule », soit
pour ve'oulam Louz :
« et le Portique de Louz ». La
particularité du superlatif ve'oulam
est de mettre en relief ce Portique oublié de la Cité
du Neuf… Le
Portique de Louz, à l’instar du Cantique des Cantiques ou Neuvième
Chant,
apparaît comme la Neuvième Porte, la Porte suprême
menant à Louz. Nombreux sont les anciens
Maîtres du judaïsme qui
présentaient le Soulam ou Échelle de Jacob comme un
escalier. André Chouraqui
dans sa traduction commentée du Livre de la Genèse
(JClattès Éditions) écrit au
sujet de cette échelle apparaissant au verset 12 du
chapitre 28 : « 12. escalier soulâm :
à
rapprocher de l’akkadien simmiltu. C’est l’unique emploi
biblique de ce
nom qui ne prendra que plus tard le sens d’échelle. Il s’agit
manifestement ici
d’un escalier assez monumental pour s’élever jusqu’au ciel, et
assez somptueux
pour servir de siège à IHVH, posté à son
sommet. L’escalier du rêve de Ia’acob
définit techniquement la fonction essentielle du
sanctuaire : un lieu
entre le ciel et la terre, entre IHVH et sa création. Comme dans
les ziggurats
mésopotamiennes, celle d’Ur par exemple qui possède un
ample escalier dressé
vers le ciel, il assure la communication entre la demeure
céleste de la
divinité et sa maison terrestre. » La cité d’Our doit sa
célébrité à sa ziggourat,
il semble qu’il en fut de même pour la cité de Louz. La
ziggourat ou Soulam de
Louz appartenait déjà au passé lorsque Jacob passa
la nuit dans ce lieu qu’il
appela Béthel : la Maison de Dieu. Le Oulam ou Portique de
Louz,
phonétiquement très proche du Soulam de cette même
cité, semble avoir été
l’objet d’une quête incessante effectuée par les occupants
successifs de la
Terre Sainte. Lorsque Chagall peint le Songe de
Jacob, il nous
présente des anges montant et descendant le Soulam en dansant
tels des
acrobates de cirque que Chagall aimait particulièrement. Le
Chant angélique (la
trompette de l’ange et le chant de l’oiseau) mène à
l’Immortalité de
Louz : Chagall,
détail du tableau : l'ange à la trompette
Cet auteur écrit :
« À l’époque où
l’empereur Constantin renouvela les édits de persécution
d’Adrien, le chef de
l’École de Tibériade voulut informer Rabba, docteur
babylonien qui avait décidé
pour cette année l’intercalation d’un mois embolismique et que
la persécution
religieuse recommençait en Palestine. Voici la lettre qu’il lui
adressa :
'' Un couple (de savants) est venu de Raccath (Tibériade),
l’aigle (les
Romains) les a saisis, car ils avaient sur eux des objets [de la laine
bleue]
qu’on fabriquait à Louz ; par la miséricorde de Dieu
et par leur propre
mérite, ils ont pu échapper''. » Le grand commentateur
médiéval Rashi de Troyes,
applique ce récit aux Perses. Ceci démontre que les
Perses comme les Romains
auxquels ont peut ajouter les Babyloniens de Nabuchodonosor, se sont
intéressés
au fil bleu ou laine bleue symbolique de la
Cité Bleue :
Louz. René Guénon
titra le chapitre VII de son
livre Le Roi du Monde : « Luz ou le
séjour
d’immortalité ». Il s’appuie pour cette étude
aujourd’hui bien connue, sur
la célèbre Jewish Encyclopedia
en 12 volumes,
initialement publiée entre 1901 et 1906. De cette cité,
suivant l’Encyclopedia,
provient le blue dye, la teinture ou colorant bleu. La
Légende a investi
le Lieu avec des qualités miraculeuses. Sennachérib
serait entré dans la cité
mais n’aurait pu nuire. Nabuchodonosor, dit encore l’Encyclopedia n’a
pu
détruire la cité, où l’ange de la mort n’a pas de
pouvoir. Un
trou dans
un amandier (Louz) permettait d’accéder dans un premier temps
à une caverne (R.
Guénon évoque un souterrain) antichambre de la
cité de Louz. La notion
d’immortalité liée à la cité, ainsi
qu’indiqué dans l’Encyclopedia, se retrouve dans
l’araméen LOUZ
désignant le coccyx. La croyance veut que l’os LOUZ,
indestructible, forme le
noyau de la résurrection du corps. R. Guénon,
écrit : « Le même mot
luz est aussi le nom donné à
une particule corporelle indestructible, représentée
symboliquement comme un os
très dur, et à laquelle l’âme demeurerait
liée après la mort et jusqu’à la
résurrection. Comme le noyau contient le germe, et comme l’os
contient la
moelle, ce luz contient les éléments virtuels
nécessaires à la restauration de
l’être ; et cette restauration s’opérera sous l’influence
de la '' rosée
céleste '', revivifiant les ossements desséchés ;
c’est à quoi fait allusion,
de la façon la plus nette, cette parole de saint Paul : ''
Semé dans la
corruption, il ressuscitera dans la gloire. '' Ici comme toujours, la
'' gloire
'' se rapporte à la Shekinah, envisagée dans le monde
supérieur, et avec
laquelle la '' rosée céleste '' a une
étroite relation, ainsi qu’on a pu
s’en rendre compte précédemment. Le Luz, étant
impérissable, est, dans l’être
humain, le '' noyau d’immortalité '', comme le lieu qui est
désigné par le même
nom est le '' séjour d’immortalité '': là
s’arrête, dans les deux cas, le
pouvoir de '' l’Ange de la Mort ''. C’est en quelque sorte l’œuf ou
l’embryon
de l’Immortel ; il peut être comparé aussi à
la chrysalide d’où doit
sortir le papillon, comparaison qui traduit exactement son rôle
par rapport à
la résurrection. « On situe le luz
vers l’extrémité
inférieure de la colonne vertébrale ; ceci peut
sembler assez étrange,
mais s’éclaire par un rapprochement avec ce que la tradition
hindoue dit de la
force appelée Kundalinî, qui est une forme de la Shakti
considérée comme
immanente à l’être humain. » La « rosée
céleste » liée
à la résurrection des corps, est dit en hébreu, il
est important
de le rappeler, TAL, mot
dont la guématrie est précisément 39,
guématrie reconnue comme étant
symbolique de la Menora… Le mot TAL (rosée, brume de la nuit) a
pour racine le
mot TALAL : « couvrir avec un toit »,
« recouvrir »,
« toit ». Pour parvenir à la
Cité de Louz il convient de
suivre le fil bleu. Ce fil est appelé en hébreu
tsitsith (tresse –
frange), de tsits ou tsouts : « fleur »,
« fleurir »,
« regarder », « voir ». Et
c’est bien cette dernière
signification mettant en relief la vision, l’œil, qui est
traditionnellement
retenue. La couleur du tsitsith est bleue ou plus justement
tekhèlet, mot
biblique s’appliquant à une couleur
unique. Si tekhèlet désigne en hébreu moderne le
bleu clair, il désignait jadis
une couleur située entre le bleu indigo et le violet, le bleu de
minuit. Les
premiers Pères de l’Église ont traduit ce mot par
hyacinthe. Le tekhèlet, couleur
spécifique, de nature
sacerdotale, vient de la mer… Bernard Dov Hercenberg dans son livre
« Du
manque à l’œuvre Le monde, l’absence et l’infini »
(BEAUCHESNE
Éditeur), aborde les différents aspects du tekhèlet dans la section du livre intitulée
« La
transcendance du regard et la mise en perspective du tekhèlet
('' bleu
biblique '') ». Sur la provenance de cette teinture il
écrit : « '' On ne teint [dans
la couleur tekhèlet] qu’à
partir d’un hillazon '', de son '' sang '' précisent les
traités Tsitsit et
Menahot. » Le hillazon ou hilazon est
identifié à un
mollusque, le Murex trunculus, auquel la tradition juive
associe toute
une symbolique. Caché dans les profondeurs du sable, le hillazon
monte
tous les 70 ans, soit une génération d’homme… À
gauche : vue dorsale d’une coquille de Murex trunculus Michel MASSON
(Université Paris III – Sorbonne
Nouvelle, Orient et Monde Arable, Emeritus) est l’auteur d’une
pertinente
étude : « Des escargots aux
amandiers » (2003) - http://www.academia.edu/3049522/Masson_2003._Des_escargots_aux_amandiers_M%C3%A9langes_David_Cohen_) dans
lequel il démontre que le mot hébreu hillazon,
« escargot »,
« murex » est apparenté au mot Louz,
« amandier »,
« amande ». Pour M. Masson, la racine
commune de ces deux
mots comporte le sens général de
« enrouler », « spirale ».
Si ce sens correspond parfaitement à la coquille spiralée
de l’escargot, il
parait moins évident pour l’amandier. Voici ce que l’auteur
avance sur le
sujet, non sans reconnaître qu’à première vue le
rapport n’apparait pas : «
Mais c'est qu'on oublie que les amandiers sont bien connus des
botanistes pour
présenter une très curieuse
caractéristique, apparemment unique chez les arbres de cette
dimension : à
partir d'un certain âge, leur tronc pousse en
vrille. » L’auteur présente
l’amandier (Louz) comme
« l’arbre vrillé ». L’idée de
spirale logarithmique, apparait dans la
coquille du hillazon, image de la spirale temporelle. La Cité de
Louz ou Cité
de l’Amandier apparaît ainsi comme la Cité Vrillée…,
le Lieu de
tout les possibles géographiques… Oulam Louz, le Portique de la
Cité
Vrillée ! Le voile ou rideau (la
Pôrekhet) du Temple de
Salomon séparant le Hekhal, le Saint,
(du sumérien É.GAL, palais) du Qodech
Qodachim, le Saint des Saints, était
principalement tekhèlet
(bleu de minuit) mais aussi pourpre et cramoisi. Des Chérubins
ou Kéroubim
étaient représentés sur la Pôrekhet. D’un
côté du rideau se trouvait la Menora
et de l’autre l’Arche de l’Alliance. 63 avant J.-C. : le
siège de Jérusalem par
Pompée Lorsque Pompée, après
trois mois de siège,
s'empara du temple de Jérusalem en 63 avant notre ère, il
fut stupéfait de
constater que le Saint des Saints était un espace vide. Le Saint
Coffre avait
été caché par les prêtres du Temple. Flavius
Josèphe, Les Antiquités judaïques,
Outre le fait que l’Arche
d’Alliance ne se dresse
plus dans le Temple lors du siège de Pompée, Jean Fouquet
a choisi de la
représenter dans un espace unique où figure la Menora, ce
que contredit le
texte biblique. Nulle présence du Rideau du Temple
séparant la Menora du lieu
vide (le Saint des Saints), où se trouvait primitivement l’Arche
Sainte. Ce
Rideau est pourtant bien connu des Chrétiens car lié
à la mort de Jésus. Cet intérieur du Second
Temple représenté par
Jean Fouquet n’est en rien conforme à la géométrie
qui était la sienne. Nous
découvrons un lieu qui ressemble beaucoup plus au chœur d’une
église
chrétienne… une église de France ? De l’Auvergne
à la Provence nombre
d’églises possèdent un chœur entouré de huit
colonnes quelquefois couronnées de
chapiteaux sculptés de motifs végétaux, tel le
chœur de la magnifique Basilique
Notre-Dame d'Orcival. L’enluminure de Jean Fouquet
inviterait-elle
l’étudiant qui la contemple, à découvrir un lieu
dans lequel, plane peut-être,
l’ombre ou la lumière d’un passé glorieux qui fut
celui des Grands
Prêtres d’Israël ? Cinq marches permettent
d’accéder au maître-autel blanc
placé devant la Menora, l’amandier d’or, le Louz, dont nous
avons vu que le nombre
5, ainsi que le rapporte Gérald Scozzari, est la clef
chiffrée ésotérique
liée à la Menora. Les Saints-Anges de l’Arche
pourraient nous révéler
le ou les titulaire(s) du maître-autel,
généralement titulaire(s) de
l’église... Notons que pour accéder
au maître-autel – accès
que ne semblent pas franchir les soldats –
il convient de passer le chancel (cancel) ou
clôture de chœur. Au
Moyen Âge, le terme de Cancel pouvait aussi désigner un
quartier délimité et
fermé où la population juive était assignée
à résidence… Jean Fouquet pour la
partie visible du cancel, a figuré un losange ou macle. Il
parait intéressant
dans cette étude de rappeler que pour quelques
étymologistes, le mot LOSANGE,
LAUSANGE ou LOUSANGE, viendrait de l’hébreu LAUZ ou LOUZ… Fernand Guériff,
historien de la Presqu’île de
Guérande, collaborateur de la revue ATLANTIS et de la
Société de Mythologie
Française, travailla sur le thème du losange et de la
macle. Il mit en relief
l’aspect commun unissant la macle et la fenêtre. Jean Fouquet nous
prévient. Pour accéder au Saint
des Saints, pour accéder à Louz, il convient d’ouvrir la
Fenêtre. Heureux
le nouveau JACOB qui pourra accéder au
SAINT DES SAINTS ! |