Opération Bringuenarilles / Baligan
Le
ciel couleur de neige avait fait place en ce samedi 21 décembre 2024 à un ciel
bleu d’azur… heureux présage assurément ! Il allait être bientôt 10 heures
20, l’hémisphère Nord s’apprêtait à basculer dans le solstice d'hiver. Pas un
nuage à l’horizon sur la paisible cité de Pélussin. Thierry Rollat et Patrick
Berlier arpentaient d’un même pas le chemin du Pont de la Meule lorsque
soudain, à l’heure fatidique, ils pénétrèrent dans un épais brouillard.
Une
charmante vieille dame marchant au bord du chemin observait avec stupéfaction
les deux amis disparaître dans ce brouillard surgit de nulle part et couvrant
le chemin sur une centaine de mètres.
Une
minute, peut-être deux, passèrent. Madame Dupuis, tel était son nom, semblait
avoir perdu la notion du temps mais non point la raison ! Face à ce
qu’elle percevait comme une anomalie, elle songea un instant prévenir la
brigade de la rue de la Quiétude. Mais les gendarmes accorderaient-ils ne
serait-ce qu’une once de crédit aux paroles de la vieille dame ? Monsieur
Rollat avait fermé à clé la porte de sa maison, preuve que Madame Rollat ne s’y
trouvait déjà plus. Quelle était la bonne décision à prendre ?
Madame
Dupuis en était là dans ses pensées, lorsque soudain… Monsieur Rollat son
honorable voisin et son ami le non moins honorable Patrick Berlier s’en
revenaient sur leurs pas en sortant du brouillard qui disparut aussi
soudainement qu’il était apparu ! C’était à n’y rien comprendre !
Thierry
salua son aimable voisine.
«
Bonjour Madame Dupuis, comment allez-vous ?
-
Heu… Bonjour Monsieur Rollat, bonjour Monsieur Berlier. Je vais bien merci…
encore que la petite marche que je viens de faire m’a apparemment quelque peu
fatiguée. Je vais rentrer de suite me reposer un peu. »
Les
deux amis témoignèrent à la vieille dame une empathie certaine et lui
souhaitèrent un bon repos.
Ce
que Madame Dupuis ignorait, c’est que ces deux personnes, aussi honorables
soient-elles, qui troublèrent sa quiétude, venaient de vivre des aventures
autrement peu communes…
Le
Ménestrel du Moulin et la Jolie Meunière
Pas
à pas, brume à brume, les deux amis pénétrèrent dans ce
mystérieux brouillard. Non ce n’était pas la brume de Myrelingues qui de
mémoire de Lyonnais, montait des profondeurs vers le sommet de l’antique
colline du dieu Lug. Ce n’était pas non plus le fog londonien qui inspira Jack l’Éventreur – Dieu nous vienne en
aide ! – pour ses horribles crimes. N’était-ce pas, plutôt, ce brouillard
incomparable qui accompagnait Siegfried le tueur de Dragons ?
« Pénètre
dans le brouillard et le brouillard te pénétrera… » telle était l’étrange
mais apaisante mélopée que les deux amis affirmèrent avoir entendue. Ce qui se
passait ne les perturbaient que peu, ils avaient en effet été préparés dans une
base secrète suisse où se côtoyaient des membres d’associations aussi discrètes
que la Société Angélique lyonnaise.
Les
deux amis allaient rencontrer un mystérieux couple qui leur permettrait de
comprendre les documents trouvés dans une crypte du mystérieux souterrain de
l'ancienne chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez. Le découvreur, bien qu’inconnu
de Thierry mais fidèle des Regards du Pilat, lui remit les documents sachant
qu’il saurait « assurément prendre les décisions angéliques qu’il
conviendrait de prendre… »
Le
brouillard soudain disparu, les deux amis se
retrouvèrent dans le Carrefour des Trois Tours. Étrange nom pour ce
rond-point magnifié par une motte castrale ne comportant pas l’ombre d’une
tour ! Le premier des quatre chemins partant du carrefour était le Chemin
du Palais, le second le Chemin de la Chapelle, le troisième le Chemin du Vieux-Château
et le quatrième le Chemin de la Pierre Folle.
Patrick,
bien malgré lui s’apprêtait à refaire le tour du carrefour et là, surprise, le
premier chemin portait le nom de Chemin du Rossignol ! puis venait le
Chemin des Ortolans ! auquel succédait le Chemin des Rouges-gorges !
et enfin le Chemin de Chanteloup ! Patrick s’arrêta plus que perplexe,
alors que Thierry osa cette hypothèse :
« Ne
faudrait-il pas que nous effectuons un
troisième tour ? Le carrefour n’est-il pas le Carrefour des Trois
Tours ?
- Intéressante déduction Thierry, effectuons ce 3e
tour ! lança Patrick. »
Le
premier chemin portait le nom de Chemin de l’Anille, le deuxième, de Chemin du
Pont, le troisième, de Chemin de la Meule et le quatrième de Chemin du Moulin.
Et Patrick tout sourire de s’exclamer :
«
Qu’en penses-tu Thierry, ces noms ne peuvent que t’inspirer ?
-
M’inspirer, m’inspirer ! Comme tu y vas ! Je serais malgré tout
enclin à me diriger vers le Moulin. »
L’heure
n’était plus à la tergiversation aussi Patrick sous le regard intrigué de son
ami, pénétra dans le Chemin du Moulin, celui-là même qui clôturait les trois
tours… Ils cheminaient dans cette sente bucolique lorsque soudain un chant se
fit entendre. Non ce n’était pas le chant du rossignol, pas plus que celui plus
inquiétant du loup, mais bien celui d’un ménestrel comme il en existait jadis
au Pays d’Oc ou en Bretagne. La ritournelle chantée en français n’était pas
inconnue des deux amis :
Jolie meunière aux yeux si doux
Quelle chaumière préférez-vous ?
Jolie meunière, décidez-vous,
Ou pour Jean-Pierre, ou pour Jean-Loup
Thierry
se figea, il venait de reconnaître cet inconnu qui lui avait remis les
documents. Quant à Patrick ému il se souvenait, enfant, de sa mère fredonnant
cette ritournelle, fleuron de l’opérette La Route fleurie chantée par
Georges Guétary le rival en ces années 50 de Luis Mariano. La première
avait eu lieu à Lyon au théâtre des Célestins le 9 décembre 1952. Ce fut un
triomphe tant pour Guétary que pour Bourvil et pour la toute jeune Annie Cordy
fraîchement venue de sa Belgique natale.
Le
ménestrel un peu rieur et bien informé de leur arrivée bissa le dernier vers,
le modifiant ainsi :
Ou pour Patrick, ou pour Thierry
Patrick
et Thierry se regardèrent tout sourire, tandis que le ménestrel leur fit signe
d’approcher :
« Bien le bonjour, Messieurs. Je suis le Ménestrel de la
Jolie Meunière mais l’on me nomme aussi le Magicien des meules ou
bien encore le Maître de l’Anille. La blanche meunerie recouvre,
sachez-le, bien des mystères sur lesquels veille Dame Isolde au sommet
de la Tour Blanche. Je
vous invite à présent à tourner vos regards vers la Tour Blanche, notre moulin.
Ainsi que vous pouvez le remarquer ses
ailes en arrêt forment une croix grecque, position dite dans le Code des
Moulins : bout de pied. Utilisée par les Chouans durant les
guerres de Vendée cette position appelait les combattants au
rassemblement. »
Le ménestrel sortit d’une sacoche quelques schémas représentant les positons des ailes évoquées dans le Code des Moulins :
http://moulinsetmeuniers.free.fr/fichiers.html/un-moulin.html
« En effet, l’heure est grave, mais je veux espérer
que lors de votre départ les ailes du moulin retrouveront la position dite en
quartier, la croix de Saint-André synonyme de calme, de repos. Entrons à
présent, si vous le voulez bien dans le moulin. Son intérieur ainsi que vous
pouvez le voir, n’est guère singulier bien que l’extraction de la farine des
grains de blé y soit tout à fait possible. Nous resterons pour l’heure au
rez-de-chaussée. Je m’en vais vous conter la vie des moulins, car oui les
moulins ont une vie bien à eux. Maître Cornélius ne donnait-il pas à manger à
son moulin ?! *Claude Rivals, en grand connaisseur, l’affirme : ‘’Le
moulin apparaît comme une machine sexuée, le meunier est souvent magicien,
parfois paillard’’. **Alain Floriant tout aussi connaisseur, l’atteste :
‘’C’est une machine vivante, en cela qu’il faut, si elle est à vent, la
réorienter, la freiner, l’alimenter, la réparer. Elle s’anime, travaille,
gémit, grince. On lui donne un nom, parfois on la baptise en bonne et due forme
(pour la Saint-Michel ?) ou on enregistre sa destruction comme un
décès.’’ »
* https://www.etudesheraultaises.fr/wp-content/uploads/atr-1995-15-art02-moulins-meuniers.pdf
**https://fdmf.fr/le-moulin-le-meunier-et-la-meuniere-dans-limaginaire-collectif/
« Le moulin à paroles, envoie des messages,
il convient de l’écouter… Aux XVIIe
siècle, les frères Nicolas de Larmessin, famille de libraires et de graveurs,
ont réalisé des estampes appelées Costumes grotesques, représentant pour
certaines le moulin anthropomorphe, unifiant le moulin et le meunier.
Observez cette estampe » :
Estampe de Nicolas Larmessin :
Habit de Meusnier
« Le moulin anthropomorphe nous montre de sa main droite,
l’étoile solaire frontale. Il reformule les Géants présents dans les récits
antiques et médiévaux. Claude Gaignebet le célèbre folkloriste et mythologue
l’a bien compris : ‘’Partout géants et meules s’appellent’’. Avant
d’ajouter : ‘’Jean de l’Ours […] est traîtreusement jeté dans un puits que
l’on couvre d’une énorme meule à travers laquelle il passe tranquillement la
tête et qu’il soulève… en guise de collier’’. Cet universitaire compare à juste
titre l’illustration représentant Jean de l’Ours, à une miniature persane
représentant le géant Udj Adi ibn Onoq (Og le fils d’Anaq), l’un et l’autre
portant sur les épaules en guise de collier, une meule : ‘’*la meule du
grand meunier solaire’. Le folkloriste ajoute : ‘’la tête d’Og’’ […] apparaît
comme l’arille ou la narille’’. »
*GORDON ET GARGANTUA, postface de C. Gaignebet pour le
livre Le Géant GARGANTUA de Pierre Gordon aux Éditions Arma Artis.
À gauche : Og fils d’Anaq – À
droite Jean de l’Ours
« Gaignebet le rappelle : Og ‘’appartenait à la race
des Anakim, soit parce qu’il portait collier, soit parce que les eaux du
déluge ne lui montaient qu’au cou’’, avant d’ajouter : ‘’Selon le Midrash (Genèse Rabbah,
XXVI), les Anakim sont des Titans de la race des Néphilim, Réphaim, Gibborim…
Ils portaient colliers sur colliers, d’où leur nom de Cols. Ils
forçaient (anak) le soleil qu’ils saisissaient d’une main, le serrant et
lui criant Envoie-nous de la pluie. Certains passaient leur tête dans
le soleil (Rashi, Yoma).’’ En effet, dans son Commentaire du
traité Yoma, Rashi de Troyes évoque ainsi le forçage ou étranglement
du soleil par l’Anak : ‘’son cou est
pénétrant et se lève dans la fenêtre du ciel.’’ Le traité Yoma 10a
indiquait : ‘’Les enfants d'Anak font référence au fait qu'il
semble que le soleil soit un collier [shema'anikin]
autour de leur cou en raison de leur taille.’’
- Les Anakim angéliques, à l’instar du Géant Gargantua,
lancent la meule tel un palet mais aussi comme une arme, thème inhérent à la
destruction de Babylone dans l’Apocalypse de Jean. Dans les contes juifs
les Anakim dotés de puissants pouvoirs concentrés dans leurs shema'anikin ou colliers
solaires, sont dits missionnés sur terre pour aider l’homme dans son
évolution mais aussi pour combattre les Tohou, démons de la terre,
antérieurs à l’homme. Un auteur anonyme, puis Rabelais, ont évoqué le géant
Bringuenarille(s) localisé dans l’île de Tohu dont le nom ainsi que l’indique
Gaignebet évoque la narille ou anille du moulin. Rabelais l’associe aux isles
de Thohu & Bohu où il s’affirme en tant que Bringuenarilles avalleur
de moulins à vent.
- *Henri Fromage, membre de la Société de Mythologie Française,
a pu cerner toute la nature négative de Bringuenarilles, lorsqu’il écrit :
‘’Mais nous tenons Bringuenarilles-Baligan pour une divinité néfaste, dragon
capable de devenir géant et qui symbolise la calamité naturelle ou guerrière.’’
Cet avalleur funeste apparaît pour ce professeur comme ‘’la forme
humaine et gigantisée d’un dragon […] l’image
anthropomorphique du dragon Baillevan – Baligan.’’ »
*BRINGUENARILLES LE GEANT CELTIQUE DU BEAUVAISIS,
monographie éditée en 1974 par le Centre départemental de documentation
pédagogique de l’Oise.
« Le Baligan ‘’était un serpent monstrueux et
phosphorescent, aux yeux incandescents, à la chevelure d’algues marines et dont
la langue était couverte de ventouses hideuses.’’ En l’an 448 saint Germain le
Scot dit aussi saint Germain la Rouelle ou saint Germain de la Mer, s’en vint
depuis l’Écosse à Flamanville affronter le dragon dans son repaire connu sous
le nom de Trou Baligan. Par le feu de sa rouelle, le moine Scotti va consumer
le Baligan, le transformant à jamais – tout au moins le pensait-on – en un
rocher ‘’sur lequel des veines rouges encore visibles sont la trace du sang du
monstre’’ »
Cartes postales anciennes du Trou
Baligan
https://www.geoforum.fr/topic/27378-le-patrimoine-g%C3%A9ologique-de-la-normandie/
« À
160 mètres environ de l’entrée du Trou Baligan se trouvait une grotte longue
d’une dizaine de mètres et haute de moins de deux mètres. *Cette salle
considérée comme l’antre du monstre, aurait servi d’entrepôt aux contrebandiers
qui jadis y entreposaient du rhum et du tabac anglais sur les pierres
plates : la table et les bancs. Là se réunissaient en des temps honnis des
prêtres impies psalmodiant en une langue inconnue de noires prières adressées à
des divinités marines. »
« Saint
Germain, le Maître de la Roue, affronta et vainquit les frères du Baligan qui
contaminaient la presqu’île du Cotentin depuis les nids de serpent de de
Saint-Germain-sur-Ay, Carteret et Querqueville. Le culte idolâtrique des grottes pratiqué au
grand jour depuis les temps archéens, disparut pensait-on au Ve
siècle, mais les moines Scotti, fils des Druides, venus d’Irlande ou d’Écosse
veillaient.
- Le Trou de Baligan après sa disparition en cette fin
d’année 1977, début d’année 1978, fit place à la centrale nucléaire de
Flamanville. Le vénéneux culte surgi des profondeurs de la Mer, en sommeil
depuis l’an fatidique 448, remonta à la surface. La pierre-dragon fut détruite…
oh jour fatal ! Cette destruction permit aux Druides noirs suppôts de
Baligan d’accomplir depuis les sombres cryptes, la première phase du sombre
Rituel de Résurrection. La seconde et ultime phase s’accomplira dans la nuit du
solstice d’hiver 2024. Les heures sont comptées ! Les artefacts cachés par
les Chevaliers de l’Ordre des Sauroctones dont le nom grec, signifie ‘’tueurs
de lézards, de sauriens’’ ont été récupérés. »
Le Ménestrel du Moulin tout en reprenant son souffle
s’excusa soudain de ne pas avoir offert à ses visiteurs des rafraîchissements.
Son flot ininterrompu de paroles l’avait assurément déshydraté aussi chacun se
désaltéra de cette eau pure et limpide tirée du puits.
Thierry et Patrick qui avaient religieusement écouté les
paroles du ménestrel se permirent quelques questions. Ce fut Thierry qui le
premier interrogea le trouvère :
« Nous comprenons combien ce dont vous nous
entretenez est tragique mais sommes-nous réellement les personnes qu’il
convient d’informer ? Et surtout nos modestes personnes peuvent-elles vraiment
interférer dans ce drame qui serait aussi ancien que le monde ? »
Patrick sans laisser le temps de répondre au ménestrel
enchaîna :
« Nous avons été dirigés vers vous par le
Commandant des Opérations Spéciales de la Société Angélique, suite à la
découverte dans une crypte de l'ancienne Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez de
ces énigmatiques documents, remis par vous-mêmes, si je comprends bien, à
Thierry. Ces parchemins ont été authentifiés comme datant du XVIe
siècle bien qu’en ce temps, le papier depuis près d’un siècle ait déjà
supplanté la peau de Pergame. La premier document est rédigé en latin –
j’ai pu le traduire – et le second comporte un Carré de Neuf dont chacune des
81 cases comporte un signe. Le texte latin évoque effectivement la Bretagne et
la presqu’île du Cotentin, ainsi que le Mont Pilat et je pense que vous devez
connaître le résultat de nos propres recherches ? »
Le Ménestrel du Moulin reconnut avoir effectivement pris
connaissance du résultat et ajouta :
« Votre traduction, Patrick, est inspirée, vous
avez su l’agrémenter d’un commentaire très subtil. Nous n’en attendions pas
moins du dernier descendant de celui que nous nommons le Mage car ainsi que vous le
savez, ce document daté du XVIe siècle a été rédigé par deux
illustres personnages, vos ancêtres, Maître Hiéronymus Berlier et Anselme
Rollat le célèbre éditeur ! Je ne suis
que la passeur, il appartient à Dame Isolde la Jolie Meunière – elle vous attend au sommet de la Tour
Blanche – de vous expliquer votre présence ici même. Je vous invite à me suivre
au sommet du moulin. »
Les
marches gravies, le ménestrel introduisit les
deux amis auprès de Dame Isolde.
Dans une salle circulaire derrière une
magnifique table de chêne, trônait sur une chaise curule, la Belle Meunière,
haut dignitaire d’un Conseil très ancien et très secret. Le dossier de la
chaise orné de frises végétales et dragonesques présentait à son sommet un
blason herminé de Bretagne offrant la mise en abyme d’un écusson chargé
d’un archange saint Michel terrassant le dragon.
« Bonjour Messieurs, je vous en prie approchez et
prenez place sur ces deux fauteuils. Vous, Monsieur Berlier à droite et vous,
Monsieur Rollat à gauche, ainsi que le faisaient lorsqu’ils honoraient ces
lieux de leur présence, le grand Hiéronymus Berlier et son ami le docte Anselme
Rollat. »
Les deux amis, impressionnés, saluèrent Dame Isolde et
la remercièrent vivement de les recevoir en ce lieu mystérieux.
« Je suis honorée de recevoir dans la Tour Blanche les
respectables Patrick Berlier et Thierry Rollat, descendants de ces deux
vénérables Maîtres, instigateurs de
cette rencontre. Ce lieu mystérieux où se dresse la Tour Blanche n’apparaît sur
aucune carte. Les Maîtres lui ont donné le nom secret de Léon… un nom que
vous comprenez assurément. Permettez que je vous entretienne dès à présent des
documents cachés par vos deux ancêtres à Sainte-Croix-en-Jarez. Il était prévu
que ces documents réapparaissent en cette année 2024. Hiéronymus avait
prophétisé qu’en ‘’l’année mille vingt-quatre après l’an mille’’, l’infâme
Dragon renaîtrait. La règle veut qu’en dehors des 36 membres de l’Ordre de
Saint-Michel, deux personnes dignes de toute confiance – les Deux Témoins –
aient connaissance des combats majeurs de notre secrète association. Vos
illustres ancêtres vous avaient, ce sont leurs mots, ‘’jugés dignes de
confiance’’. Tout d’abord, cher Patrick, sachez que nous avons apprécié votre
traduction du texte latin, assurément très subtil et il en faut de la subtilité
pour affronter les Dragons noirs et leurs prêtres impies. L’un des 36 n’est
autre que celui qui s’est présenté à vous comme le Ménestrel de la Jolie
Meunière. Je suis tout simplement Dame Isolde. Des chants populaires évoquent
le Jeu
de la Meunière, peu fidèle en amour. Comprenez que ce jeu royal à l’instar du
jeu d’échecs est bien réel et n’a que peu de rapport avec la soi-disante
légèreté de la Dame... La règle secrète de ce jeu, se retrouve pour partie dans
Les Séries (en breton Ar Rannou) du Druide à l’Enfant,
textes traduits et commentés par Théodore
Hersart de La Villemarqué dans son Barzaz-Breiz
en 1867. La septième Série – écoutez-la – traduit la Blanche Meunerie
planétaire : ‘’Sept soleils et sept
lunes, sept planètes, y compris la Poule. Sept éléments avec la farine de
l’air (les atomes).’’ La farine de l’air évoque effectivement les atomes
ainsi que le clamaient les Druides. Les anciens rois puis les ducs de Bretagne
avaient pour emblème une gerbe de blé. Il n’y a pas de hasard… Sachez-le, votre
présence en ces lieux affirme votre présence dans le Jeu de la Meunière… atomes
parmi les atomes… »
Les deux amis n’osaient interrompre le belle Dame,
buvant ses paroles :
« La neuvième Série s’ouvre
ainsi : ‘’Neuf petites mains blanches sur la table de l’aire près de la
tour de Lézarmeur Et neuf mères qui gémissent.’’ Les commentateurs
s’affrontent. Là où les uns y reconnaissent un aspect nettement positif, les autres
s’appuyant sur l’historien Pierre Le Baud et sur le Révérend Grégoire de
Rostrenen considèrent que les ‘’neuf petites mains blanches’’ rappellent cette
tradition ancienne affirmant qu’au
tems du Paganisme, était pratiqué tous les mois le sacrifice d'un
enfant à la mamelle à une fausse divinité. Cet abomination était pratiquée
à Aber-Vrac'h en Bretagne dont l'ancien nom, ‘’Porzh Keinan’’, signifie ‘’Port
des Lamentations’’. Le nom de la tour de Lézarmeur
à l’ombre de laquelle étaient pratiqués les sacrifices, fut reconnu comme une
corruption du nom de la famille Lozachmeur, soit An Ozhac'h-meur : ‘’Le
Grand Chef de famille’’. Cette corruption linguistique considérée comme un ‘’monstre’’
breton-français doit se lire, ‘’Lézar(d) Meur’’ : le Grand Lézard !
L’Ordre des Sauroctones entend ‘’Lézar(d) Mor’’, le ‘’ Lézar(d) de la
Mer’’, reflet d’un Druidisme noir féminin reconnu par la tradition. La Prophétie
de Hiéronymus Berlier dont voici un exemplaire que vous découvrirez
lorsque vous serez de retour chez vous, prédisait le réveil du ‘’Grand Lézard’’
Baligan en cette année 2024. Les Druides noirs, bras armé de l’Ordre des
Druidesses, connaissaient cette date fatidique mais ne parvinrent jamais,
malgré leurs recherches ininterrompues, à mettre la main dessus ! Je vais
à présent évoquer le Carré de Neuf figurant dans les documents découverts à
Sainte-Croix-en-Jarez. Les signes occupant les 81 cases du carré sont des
lettres tirées de ‘’l’alphabet des anciens Bretons’’. Le premier
témoignage attesté de cet alphabet est celui du bienheureux Père Julien Maunoir
né en 1606 à Saint-Georges-de-Reintembault en Ille-et-Vilaine. Après ses études
au collège des Jésuites de Rennes dès 1621, il va étudier la philosophie à la Flèche
de 1627 à 1630, année où il retrouve le Père Jean Bagot lui-même venu de Rennes
pour y professer mais aussi pour fonder l’énigmatique Aa qu’il développa dans
un second temps à Paris. Depuis la capitale le Père Bagot suivit et dirigea en
partie les missions bretonnes du Père Maunoir. Elles nécessitaient une
connaissance de la langue bretonne qu’il ne connaissait pas. Un ange lui serait
apparu dans la chapelle de Ti-Mamm-Doue, et lui fit don de cette langue en lui
touchant ses lèvres de la main droite. »
https://pontchristbrezal.fr/29/dargent-y.htm
« Pour le Père Maunoir
« l’alphabet des anciens Bretons » est tiré ‘’partie d’un ancien
calice de l’abbaye de Landévennec partie de quelques bâtiments et monuments de
la Bretagne.’’ D’aucuns considèrent que les signes
qui le composent, ne seraient autres que des marques de tailleurs de pierres.
Il fut dit-on, l’un des alphabets utilisés dans le dangereux livre breton, l’Agrippa
connu aussi sous les noms Ar Vif ou An Nekromans évoqué par le
célèbre folkloriste breton Anatole le
Bras, dans son chef-d’œuvre littéraire La légende de la Mort. Quelques
prêtres Bretons recevaient un enseignement sur ce livre interdit afin de mieux
le combattre… Cet alphabet porteur dit-on d’un certain ésotérisme n’avait en
lui-même rien de sulfureux, on peut d’ailleurs le retrouver de belle façon dans
l’église de *Guengat. »
*Voir sur le sujet le très intéressant
site de Jean-Yves Cordier
« En 1856, le vicomte Théodore Claude
H. Hersart de la Villemarqué, philologue, spécialiste de la culture bretonne,
auteur du célèbre Barzaz Breiz, publiera le texte d’une conférence faite
l’année précédente dans l’étude Notices des principaux manuscrits des
anciens Bretons. Il évoque un Alphabet breton (Alphabethum
britonnicum) connu par les lettres de l’évêque Usher, attribué au
chroniqueur Gallois Nennius disciple d’Eldobug évêque de Bangor. Ce moine du IXe
siècle, d’après une note de l’époque : ‘’inventa ces lettres, poussé par
un certain savant de race saxonne, qui reprochait aux Bretons leur
ignorance ; et lui, subitement inspiré, les forma pour qu’on n’accusât
plus sa nation de stupidité.’’ Bien que pour La Villemarqué : ‘’Il ne
paraît pourtant pas qu’elles aient jamais été employées’’, elles étaient
connues. La logique veut que les Bretons du continent par l’entremise de
l’abbaye de Landévennec aient voulu pareillement posséder leur propre alphabet.
Après le Père Maunoir, ce fut le Capucin Grégoire de Rostronen qui l’évoqua
dans son Dictionnaire François-Celtique ou François-breton édité en
1732. Son contemporain et ami Dom Louis Le Pelletier, fut bibliothécaire de
Landévennec où il appris la langue bretonne, et y rédigea jusqu’en 1716 son Dictionnaire
de la Langue Bretonne dans lequel il va évoquer lui aussi cet alphabet. Il
se rapprocha pour cet ouvrage qui sera édité en 1752 de son ami Capucin ainsi
que du recteur de Plouneventeur, Guillaume Roussel qu’il appelait son oracle.
L’oracle était natif de Roscoff, cité où s’éteignit Rostronen en 1750.
Il fut également évoqué sous le nom de Roussel de Léon. Les Roussel de
Roscoff commune du Léon, étaient-ils apparentés à la célèbre famille de
Léon ? Reconnaissez que cette seconde appellation
interroge ! »
L’Alphabet des
anciens Bretons d’Armorique
« Je puis à présent évoquer le Carré
de Neuf que voici, découvert à Sainte-Croix-en-Jarez et dont voici la
traduction :
« ‘’A Carnant, Guénolé cache le calice en la sousterreine du puits Similien derrière la rouge pierre.’’ C’est à Carnant, la Pierre de Nantes ou la Ville de Nantes, des romans de la Table ronde que fut caché par un moine Irlandais de Saint-Guénolé, Chevalier de l’Ordre des Sauroctones, le vase de l’abbaye mère du Finistère, sur lequel apparaissaient des lettres de l’alphabet des anciens Bretons. Derrière une pierre rouge, symbolique de l’Œuvre au Rouge, dans le souterrain partant du puits de Saint-Similien, en l’église du saint Sauroctone Nantais, troisième évêque de la cité, brillait de mille feux le saint calice. La ligne centrale horizontale du carré comporte après transcription, les lettres STERREINE du mot ‘’sousterreine’’ ancienne variante du mot ‘’souterrain’’. La lettre T de l’alphabet breton surmontée d’un tilde doit être prolongée par un E donnant ainsi l’abréviation STE du mot ‘’sainte’’. Le premier R dans cette inscription est également surmonté d’un tilde permettant d’annoncer le nom ERI. Les cinq dernières lettres de cette ligne centrale horizontale : REINE permettent de reconnaître une ERI REINE, en référence à ERIN ou ERI : l’Irlande, la Terre SAINTE. Les 9 lettres centrales se retrouvent verticalement sur le saint calice en direction d’un trèfle, le symbole de l’Irlande, la Verte Érin. La tige du trèfle gigantisée, telle la lance de l’Archange Michel, terrasse le Dragon.
« Les
Sauroctones de l’Ordre de Saint-Michel unis aux Sauroctones de l’Ordre d’Og Ben
Anak ont récupéré les précieux
artefacts de la Sauroctonie. L’heure du combat est venu en ce jour du solstice
d’hiver. Je vous invite à suivre sur cet écran le gigantesque combat qui oppose
en ce moment même les Sauroctones aux Druides Noirs, suppôt de Baligan. Ce
partage d’écran nous présente en live les
combats se déroulant pour partie sous la mer et au plus profond des
cavernes normandes et bretonnes du littoral occupées depuis la nuit des éons
archéens par les Dragons puis par les Druidesses et les Druides impies veillant
sur les rêves prolongés des antiques sauriens récemment sortis de leur profond
sommeil. Les Sauroctones de l’Ordre de Saint-Michel, couverts par les 36
membres de l’Ordre Royal de Saint-Michel œuvrent de commun avec les Chevaliers
de l’Ordre d’Og ben Anak auxquels les 36 ou Lamed Vav de la tradition hébraïque
ne sont pas étrangers bien qu’ils n’aient de contact les uns avec les autres.
Le Géant Og environné de mystère lance sa meule meurtrière en direction des
Dragons ainsi que le faisait saint Germain avec sa roue. La meule ogienne,
dans sa symbolique, suivant les Sages, reformule la montagne des 36 mil (le
mille talmudique) sur 36 ou 3 parsaot (la mesure d’origine perse) sur 3, soit
la modique distance de… 13 km environ ! distance du camp des Fils d’Israël
mis en danger par cette ‘’montagne’’, allusive à 3 sortes de mérites dont
bénéficiaient Israël mais aussi Og.
Ce nombre 36 apparaît symbolique de la
Royauté d’Og. Dans le Livre du Deutéronome 3-11, est évoqué le lit d’Og
roi de Bashan, dernier des Rephaïm : ‘’il a neuf coudées de long et quatre
de large, en coudées d’homme’’, soit précisément 36 coudées carrées. Le mot
hébreu ERES traduit par ‘’lit’’ est interprété par les Sages tout à la fois
comme le berceau du géant et comme le trône nommé ‘arsh en langue arabe.
Le nom d’Og au temps d’Abraham, suivant les gloses talmudiques, était un titre,
celui de ‘’tous les rois de Bashan… de même que tous les rois d’Égypte portent
le titre de Pharaon’’. »
Patrick et Thierry bien que toute ouïe, ne pouvaient
décrocher leurs regards de l’écran. Isolde la Blanche Meunière demanda aux deux
Témoins de taire au grand public, les combats titanesques qui se déroulaient ce
jour et cette nuit du solstice d’hiver 2024. Bien qu’informé de ces combats,
moi-même, le narrateur anonyme de ce récit, ne fut autorisé à les évoquer que
20 ans plus tard. Mais sachez lecteurs, que lorsque les deux amis prirent congé
de la Jolie Meunière et du Ménestrel, les ailes du moulin avaient été tournées.
Elles occupaient la position dite en quartier, faisant apparaître la
croix de saint André. Les Forces Alliés avaient vaincu les antiques Dragons et
leurs suppôts les Druides impies.
Patrick et Thierry quittèrent ce lieu mystérieux nommé
Léon, prélude d’un fabuleux Noël 2024.
… La charmante Madame Dupuis se remit de ces émotions
matinales, tandis que les deux amis s’accordèrent eux-mêmes un repos mérité
avant de prendre connaissance de la Prophétie de Hiéronymus Berlier. Les
illustres ancêtres de Patrick et de Thierry avaient, une fois encore vu juste.
Gravure ancienne : Le combat de
saint Germain contre le serpent Baligan
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