DECEMBRE 2019








Par Notre Ami

Eric CHARPENTIER


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SUR LES TRACES DU PIED DE NOS ANCÊTRES LES GAULOIS

A PROPOS DE LA LIEUE GAULOISE

Dans un article récent signé Jacques Laversanne1, l’auteur propose de localiser le forum segusiavarum de la table de Peutinger2, non pas à Feurs dans la plaine du Forez mais à Saint-Chamond dans la vallée du Gier. Une hypothèse audacieuse, qui s’étaye entre autres arguments par l’utilisation d’une mesure de la lieue de 2,5 km environ. La table de Peutinger, indique effectivement qu’à partir de Lyon, il convient d’utiliser la lieue3 et non plus le Mille romain. Cette unité de mesure tire son nom du latin leuga ou leuca, terme qui d’après les auteurs latins fut emprunté au vocabulaire gaulois . Toutefois, en déclarant que « la celticité du mot, en l'absence de corrélats insulaires, est très incertaine » , Xavier Delamarre4 laisse transparaître que la lieue pourrait appartenir à un langage encore plus ancien que l’époque celte.

 

 

 

Quoi qu’il en soit, il apparaît de plus en plus évident que la lieue gauloise est bien présente sur tout le territoire entre Rhône et Loire. Déjà à la fin du XIXe siècle, M. Louis-Jules Michel avait établi en étudiant les antiquités des villes de Lyon et de Vienne, qu’une mesure de 32,5 cm environ apparaissait dans les relevés de ces monuments. C’est le cas notamment du Portique du Forum de Vienne (Isère) dont l’ouverture mesure 6,83 m soit 21 pieds et sa hauteur du pavé jusqu’à la clef 11,045 m, soit 34 pieds. Outre un rapport harmonique évident de 34/21 correspondant à deux nombres de la suite de Fibonacci, la mesure de la hauteur relevée à cinq millimètres près permet d’établir l’utilisation d’un pied de 11,045 / 34 = 32,485 cm.

 

 

 

 
Cette valeur de 32,48 se retrouve encore sur l’aqueduc du Gier : « M. de Gasparin a donné, dans le tome 6 des Mémoires de l’Académie de Lyon, classe des sciences, la description de l’aqueduc qui amenait les eaux de la vallée du Gier sur la colline de Fourvières. J’ai extrait de son mémoire les chiffres donnant les dimensions principales des siphons de Saint-Genis et de Soucieu. Evaluées en pieds de roi, ces mesures se transforment en nombres ronds à quelques millimètres près »5.

En conclusion de son étude, Louis-Jules Michel propose de voir dans la mesure de 32,48 cm celle du pied gaulois, équivalente à celle du pied du roi qui était en vigueur en France avant 1795. Cette mesure correspond de fait à une lieue de 2 436 mètres (1 lieue = 7 500 pieds).

Plus récemment, l’archéologie a su détecter la récurrence de cette distance entre bornes ou cités : « le pied de Paris n’est certainement pas un pied romain dégénéré, mais le descendant direct d’un pied en usage dans les campagnes et les boutiques depuis des siècles »6. Ici, Daniel Jalmain renvoie aux recherches métrologiques de C. Cochet-Cochet et à ses Notices historiques sur le Brie ancienne (1933), lequel donnait une lieue commune en usage à Provins de 4 385,55 mètres, correspondant à 2250 toises de Paris, à côté de laquelle subsistait une Grande lieue de 2500 toises de 4 872,55 mètres. Cette distance étant sensiblement le double de 2 436 mètres renverrait à la lieue gauloise de 7500 pieds de 32,48 cm.

De même, en étudiant cette grande lieue gauloise, l’archéologue Jacques Dassié déclare : « Une mesure récente, mais antérieure au système métrique, est la toise de Paris qui fait 1,949 m. Il y a 6 pieds par toise, d’où le pied de Paris (ou Pied de Roy) = 0,3248 m. Si nous calculons une lieue à partir de ce pied gaulois, nous obtenons : 1 lieue = 0,3248333 x 7500, soit 2 436 m. C’est l’une des valeurs de la lieue gauloise la plus fréquemment rencontrée. On peut donc raisonnablement supposer que le pied de Paris n’est que la continuation d’un pied gaulois qui aurait perduré jusqu’à l’époque moderne »7.

Historiquement, le pied du roi de France de 32,48 cm fut établi par Jean-Baptiste Colbert en 1668 lorsqu’il révisa la Toise de Paris. Avant cette date, le Pied de Roy était légèrement supérieur. La tradition donne aussi au pied du roi réformé en 1668 le nom de Pied de Charlemagne comme si finalement celui-ci était la résurgence d’une mesure plus ancienne.

 

 
La mise en place du nouveau Pied en 1668 fit grande polémique mais Colbert ne céda pas aux pressions et imposa ce nouvel étalon. Colbert aurait-il eu connaissance de cette vieille mesure du pied gaulois au point de vouloir l’instaurer contre vents et marées ? Cet épisode ne serait pas sans rappeler celui de l’invention du Mètre et de rappeler que dans les milieux néo-druidiques, il est admis que le Mètre était la verge (yard, tige, canne de mesure) des druides à l’époque celte et que sa mesure conservée au secret par quelques corporations pendant deux millénaires, aurait été donnée à Napoléon par son Ministre d’Etat Talleyrand…

NOTES

1. Jacques Laversanne, « Lecture iconoclaste de la table de Peutinger », in Bulletin du groupe archéologique Forez-Jarez, n°21, année 2017, pages 5-14.

Jacques Laversanne est membre de la Société d’Histoire du Pays de Saint-Genest-Malifaux ainsi que du Groupe Archéologique Forez-Jarez. Il a dirigé en 2015 l’édition du livre « Canton de Saint-Genest-Malifaux » dans la collection « Le patrimoine du département de la Loire », édité par Liger (Liaison Inter Groupes d’Etudes Régionales) avec le soutien du Conseil général de la Loire. Jacques Laversanne est l’un des meilleurs spécialistes des voies antiques et protohistoriques du Forez et du Massif du Pilat.

 

2. La Table de Peutinger est une compilation de cartes romaines antérieure à la fin du 1er siècle qui a ensuite été mise à jour au IVe siècle et au Ve siècle.

« La table de Peutinger (Tabula Peutingeriana ou Peutingeriana Tabula Itineraria), appelée aussi carte des étapes de Castorius, est une copie du XIIIe siècle d'une ancienne carte romaine où figurent les routes et les villes principales de l'Empire romain qui constituaient le cursus publicus, parfois appelé vehiculatio durant le Haut Empire, qui était le service de poste impérial assurant les échanges officiels et administratifs au sein de l’Empire romain » (Wikipédia, 2019).

 

3. « Lugduno, caput Galliay (Galliœ), usque hic legas», Lyon, capitale de la Gaule, jusqu’ici ce sont des lieues

 

4. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance, 2è édition, 2008, page 199 : leuca, leuga ‘lieue’

« Mesure de distance adoptée officiellement dans les trois Gaules depuis Sévère (3e s.) et valant environ 2,4 km. Attesté leucas par St-Jérôme, puis régulièrement leugas, leuvas (> français lieue, anglais league) ; considéré comme mesure spécifiquement gauloise : « mensuras viarum nos miliaria dicimus, Graeci stadia, Galli leuvas … ». La diphtongue eu est certainement secondaire, et la celticité du mot, en l’absence de corrélats insulaires, est très incertaine. H2197, DAG 571. »

 

5. Louis-Jules Michel, « Détermination de la longueur du Pied Gaulois, à l’aide des monuments antiques de Lyon et de Vienne », Discours de réception à l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, Lyon, Association typographique, 1872.

6. Daniel Jalmain, «Archéologie aérienne en Ile-de-France », Ed. Technip, 1970.

7. Jacques Dassié, « La grande lieue gauloise : approche méthodologique de la métrique des voies », in Gallia, tome 56, 1999, pp.285-311.

 

LE PIED GAULOIS ET LE MERIDIEN DE LA TERRE

L’EXEMPLE DE LA CHAPELLE SAINT-VINCENT D’AGNY

 

En 1799, Charles-Pierre Claret de Fleurieu8 rappelle que 47 pieds et demi du Roi constituent la 120ième partie de la minute du méridien de la terre9. Cette minute de méridien est ce que nous appelons aujourd’hui le Mille Nautique : « On doit l’idée d’utiliser la longueur de la minute d’arc sur la Terre comme unité de distance à un abbé de Lyon, Gabriel Mouton, qui la proposa en 1670 »10. Le rapport du pied du roi réformé aux dimensions de la Terre avait dû être établi dès son institution par Colbert en 1668 pour que les manuels de navigation maritime de la fin du XVIIè et du XVIIIè siècle en fasse état : inspirées du Traité complet de la navigation de Jean Bouguer,  publié en 1698, les Leçons de navigation que donne M. Dulague en 1768 rappellent en effet ce rapport entre le pied du roi de France et la longueur de la minute du méridien de la Terre :

 

 

 

Puisque l’archéologie a établi que le pied du roi de France en vigueur entre 1668 et 1795 est l’exact équivalent du pied gaulois, on peut déduire un rapport identique entre ce dernier et la longueur de la minute du méridien de la Terre :

47,5 pieds gaulois = 120ième partie de la minute du méridien terrestre

47,5 x 0,3248 = 15,428 mètres = 120ième partie de la minute du méridien terrestre

Il se trouve que cette définition trouve une expression tout à fait remarquable dans un petit édifice religieux du plateau mornantais. Il s’agit de la chapelle Saint-Vincent d’Agny qui a fait l’objet d’une attention particulière dans notre livre récemment paru11 : « Située sur la colline qui domine au nord-ouest le bourg de Saint-Laurent-d’Agny, le chapelle Saint-Vincent est donnée pour être la plus ancienne chapelle romane du département du Rhône. Il ne fait aucun doute de l’ancienneté du site dans la mesure où quelques mégalithes des temps préhistoriques jalonnent encore les lieux. Il n’est donc pas illusoire d’imaginer que cette chapelle soit venue remplacer ici un ancien site cultuel païen.

 

 

 

La chapelle Saint-Vincent d’Agny est également un site reconnu pour ses qualités énergétiques. Elle fait régulièrement l’objet de visites géobiologiques et a retenu l’attention de géobiologues renommés, tels que Jean-Louis Augay ou encore Georges Prat, qui ont tous deux étudiés la chapelle dans leurs ouvrages respectifs.

La chapelle a été classée Monument Historique le 17 août 1945, et elle a été restaurée en 1956 par M. Louis Mortamet, architecte en chef des Monuments Historiques. Nous lui devons les plans et croquis ci-dessous, que nous empruntons pour notre propos. »

 

 

Cette chapelle dont l’existence est attestée au Xè siècle fut bâtie avec le nombre 36412 et la mesure du pied gaulois. De nombreux indices détectés dans son tracé régulateur le montrent clairement : le chevet en cul de four voit sa base tracée par un cercle de rayon 2,364 mètres, ce qui correspond à la mesure de 2 x 3,64 pied gaulois de 32,48 cm ; l’épaisseur des murs nord et sud mesure 1 verge gauloise de 0,9744 m13 (1 verge ou 1 yard valent 3 pieds : 3 x 32,48 cm = 97,44 cm). Mais la véritable révélation de cette chapelle est sa longueur totale que nous avons mesurée à 15,425 m. Or, à 3 millimètres près, il s’agit de l’expression exacte de 47,5 pieds gaulois, c’est-à-dire la 120ième partie du méridien de la Terre qui précisément définit cette mesure.

NOTES

8. Charles-Pierre Claret, comte de Fleurieu, est un explorateur, hydrographe et personnalité politique français, né le 2 juillet 1738 à Lyon et mort le 18 août 1810 à Paris. Il fut notamment ministre de la Marine sous Louis XVI, membre de l'Institut de France. Il est le frère du botaniste Marc Claret de La Tourrette bien connu dans notre région pour être l’auteur de « Voyage au mont Pilat dans la province du Lyonnais, contenant des observations sur l'histoire naturelle de cette montagne, & des lieux circonvoisins ; suivi du catalogue raisonné des plantes qui y croissent », Avignon : Regnault, 1770.

 

9. Il est très difficile de définir précisément les dimensions de notre planète dans la mesure où celle-ci n’est pas une sphère parfaite. La Terre est de forme ellipsoïdale, c’est-à-dire qu’elle est légèrement aplatie aux pôles et inversement légèrement gonflée à l’équateur.

Depuis 1984, nous utilisons le WGS84 (World Geodetic System 1984) qui est le système géodésique international utilisé notamment par les applications GPS ou satellitaires comme Google Earth par exemple. Nos systèmes de coordonnées GPS actuels sont toujours basés sur un quadrillage de la surface de la Terre par des cercles verticaux appelés méridiens ou longitudes, lesquels passent par les pôles et par des cercles horizontaux appelés parallèles ou latitudes. Ces cercles se divisent en 360 degrés, chaque degré en 60 minutes et chaque minute en 60 secondes. Dans ce système les mensurations de la Terre ont été établies sur les mesures suivantes :

- Circonférence Polaire (méridien terrestre) : 40 007 864 mètres

- Longueur de 1 degré de méridien : 111 132,95 mètres

- Longueur d’1 minute de méridien : 1 852,21 mètres

- Longueur d’1 seconde de méridien : 30,87 mètres

10. Pierre-Yves Bely, Deux cent cinquante réponses aux questions du marin curieux, Gerfaut, 2004, page 274

 

11. Eric Charpentier, Les Bâtisseurs du Sacré, des mégalithes aux édifices religieux. Mégalithes oubliés du sud lyonnais : Tome 1, la Déesse Mère de Mornant, Vienne, Editions Morel, 2019.

 

12. Bien que le nombre 364 soit la base numérique de cet édifice, il s’exprime aussi de manière évidente sous la forme du nombre 953, extrêmement présente sur le plateau mornantais. Or 953 est le produit du nombre 364 par le Nombre d’Or au carré : 953 = 364 x ϕ2.

 

LE PIED GAULOIS DANS L’ORGANISATION MÉGALITHIQUE

DU PLATEAU MORNANTAIS

 

Il apparait donc avec évidence que la mesure du pied gaulois de 32,48 cm était encore bien connue et utilisée dans les constructions des édifices religieux au moyen âge. La chapelle Saint-Vincent d’Agny en est l’exemple manifeste, mais il n’en est pas le seul. Sur le même plateau mornantais, existe une autre chapelle romane probablement contemporaine de Saint-Vincent d’Agny puisqu’une charte du Xè siècle en fait mention. Il s’agit de la chapelle Saint-Martin de Cornas. Celle-ci n’est pas bâtie sur la mesure du pied gaulois mais sur celle du yard mégalithique. Cependant, elle est reliée à sa jumelle de Saint-Vincent d’Agny par une relation des plus subtiles dans laquelle la mesure du pied gaulois apparaît à nouveau.

 









 




 
 



 

 
La mesure de 7 465 m (3 600 TM) qui les séparent, selon un angle de 24,98° exactement par rapport au nord, permet d’établir que la mesure de la base de ce triangle rectangle (axe des équinoxes) est de 3 152,48 mètres. Or cette mesure est l’exacte expression de cent fois les dimensions de la chapelle Saint Vincent exprimées en Pieds Gaulois :

-          360° - 335,02° = 24,98°

-          7 465 x sinus(24,98°) = 3 152,48

-          1 Pied Gaulois (PGL) = 32,48 cm

-          3 152,48 m = 100 x 6,294 x 15,425 x 0,3248 (Précision 99,97 %)

Observer ici que les dimensions de la chapelle Saint Vincent sont de 6,294 x 15,425 mètres et que la mesure de 3 152,48 mètres inscrite sur l’axe Est-Ouest du triangle qui relie les deux chapelles, est l’expression de 100 x 6,293 x 15,425 Pieds Gaulois, montre à l’évidence l’exactitude de toutes ces mesures et confirme de surcroit cette relation entre les deux édifices.

Mais là ne s’arrêtent pas les observations qui corroborent cette relation. En effet, du site de Saint-Vincent d’Agny, nous allons maintenant étudier une relation qui fait apparaître la même mesure de 3 152,48 mètres.

Cette relation que nous pouvons observer entre le site de la chapelle Saint-Vincent et celui de l’église de Mornant est tout à fait singulière.  Elle s’opère en effet, non pas à partir d’un point précis de la chapelle Saint-Vincent mais bien à partir de l’un des mégalithes encore en place sur le site.

 

 

   


Il s’agit plus précisément des deux blocs mégalithiques (a priori le bloc le plus au nord) situés à une trentaine de mètres à l’ouest de la chapelle et à quelques pas du magnifique tilleul, gardien du lieu.

 

 

 

A partir de ces mégalithes, la relation vise précisément le clocher de l’église de Mornant situé à plus de 3 km, selon une orientation remarquable de 4,76° Nord. Il s’agit cette fois d’une orientation caractéristique de la diagonale d’un rectangle de proportion 1/12, que nous avons d’ailleurs déjà rencontré sur la relation entre l’église de Mornant et celle de Saint-Sorlin.

 

 

 

Ce rectangle se positionne parfaitement sur les axes cardinaux, ayant le côté 12 sur l’axe nord-sud et sa base 1 sur l’axe est-ouest. La mesure de la diagonale, arrêtée à 3 152,48 mètres, confère à ce rectangle une unité exacte de 261,8 mètres, c’est-à-dire l’expression de 500 coudées royales égyptiennes (1 CRE = 52,36 cm) :

§  3 152,48 / Ѵ145 = 261,8 mètres14

§  261,8 / 0,5236 = 500 CRE

Cette mesure peut à nouveau être exprimée en fonction des nombres 364 et 953, puisque :

§  261,80 m = 3,643 x ϕ2 exprimé en Toise Mégalithique (1 TM = 2,0736 m)

§  261,80 m = 3,642 x 9,53 exprimé en Toise Mégalithique (1 TM = 2,0736 m)

Cette relation où apparaît pour la deuxième fois la mesure de 3 152,48 m, résultat du produit numérique 100 x 6,294 x 15,425 x 0,3248 comme expression des dimensions et métrologie de la chapelle, ne laisse plus aucune place à la coïncidence. Cette organisation est non seulement intentionnelle, mais elle dépasse la cadre chronologique d’une science de la construction qui incomberait uniquement aux bâtisseurs du moyen âge.

En effet, il n’est pas envisageable que le mégalithe de Saint-Vincent d’Agny soit contemporain de la chapelle romane. Les textes qui, du Vè siècle jusqu’à l’an Mil, jalonnent toute la première partie du moyen âge, sont sans ambiguïté : ordre est donné d’abattre ces pierres auxquelles les païens rendent hommage.

« Le vingt-troisième canon du concile d’Arles (entre 443 et 452) condamne ceux qui « sur le territoire d’un évêque quelconque, ou bien allument de petits flambeaux ou bien adorent des arbres, des sources ou des pierres ». Un capitulaire du roi Childebert Ier (511-558) présente des remontrances à tous ceux qui, malgré certains avertissements, n’ont pas aussitôt jeté bas, dans leur domaine, partout où il y en avait, des pierres alignées ou des idoles consacrées au démon. En 567, le vingt-troisième canon du concile de Tours récidive : « Que tous ceux qui paraissent persister en leur folie d’accomplir auprès de l’on ne sait quelles pierres, arbres ou fontaines, lieux manifestes de paganisme, des actes incompatibles avec les règles de l’Eglise, soient chassés de la Sainte Eglise et qu’on ne leur permette pas de s’approcher du saint autel. » En 789, Charlemagne dans un « avertissement général », précise : « Pour ce qui est des arbres ou des pierres ou des fontaines, où quelques sots allument des feux ou font d’autres pratiques, nous ordonnons de la manière la plus expresse, que cet usage, le pire de tous et exécrable à Dieu, partout où il se rencontrera, soit extirpé et détruit »15.

NOTES

13. Nous avons mesuré la largeur extérieure de l’édifice au millimètre près à 6,294 m. En supposant que les murs nord et sud font chacun 3 pieds gaulois d’épaisseur, soit 1 verge, la largeur intérieure de la chapelle serait de : 6,294 – 2 x 3 x 0,3248 = 4,345 m. C’est la mesure que donne au demi-centimètre près, l’architecte des monuments historiques sur son plan.

 

14. C’est aussi l’expression de 100 fois le nombre d’or au carré exprimé en mètres : 100 ϕ2 = 261,80m

 

15. Philippe Walter, « Mythologie chrétienne », Imago, 2005, page 150. Professeur à l’Université de Grenoble, mais aussi Professeur des Universités, Philippe Walter enseigne les mythologies chrétiennes et notamment la littérature arthurienne. Il est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes français de la mythologie merlinesque.

 

LE PIED GAULOIS DANS L’ORGANISATION MÉGALITHIQUE

DU SITE DE LA PIERRE DES TROIS ÉVÊQUES

 

Dans la mesure où ces traditions païennes sont d’origine celtique, il semble évident que la science des bâtisseurs du moyen âge tire aussi son origine de la connaissance des druides qui officiaient à l’époque gauloise. Après tout, le nom même de pied gaulois, nous renvoie directement à cette période.

Cependant, l’organisation lithique du plateau mornantais, que nous datons par l’archéoastronomie aux années 1 000 – 1 300 av. J.C., sort du cadre chronologique habituellement attribué au peuple celte (arrivé en Europe occidentale vers -800). De même, nos travaux sur le site de la Pierre des Trois Evêques, connus aujourd’hui sous le nom de Cadran du Pilat, montrent une organisation des mégalithes aux alentours des années 2 500 av. J.C., bien avant l’existence supposée des druides de l’âge du fer. Et pourtant, la mesure du pied gaulois se trouve exprimée à deux reprises sur ce site, dans des relations qui là non plus ne laissent pas de place au hasard.

Le relevé topographique effectué par les étudiants en 2ème année de BTS géomètre a permis de confirmer et compléter l’organisation géométrique des mégalithes : ainsi, le Viseur des Ecrins se positionne par rapport à la Pierre des Trois Evêques selon la géométrie du triangle 7-24-25 ; l’Aménagement de « la Source » du point haut du site, se positionne quant à lui par rapport au même Viseur des Ecrins, selon la géométrie du triangle 5-12-13.

Il se trouve que la géométrie mégalithique permet de « boucler la boucle » en reliant l’Aménagement lithique de la Source à la Pierre des Trois Evêques.

 

 

 

Une ligne reliant le centre de l’Aménagement la Source au point de départ sur la Pierre des Trois Evêques, sera orientée selon un angle de 7,13° qui correspond à un angle remarquable. Il s’agit de celui de la diagonale d’un octuple carré, c’est-à-dire un rectangle de proportion 1 (largeur) sur 8 (longueur), dont les côtés 1 et 8 sont respectivement orientés sur les axes cardinaux nord/sud, d’une part et est/ouest d’autre part.

Ce qui vient étayer de façon probante cette nouvelle géométrie mégalithique, est l’expression des mesures : la diagonale reliant la Pierre des 3 Evêques à la Source mesure 261,80 mètres. Il s’agit de l’expression de 100 fois le Nombre d’Or au carré (ϕ = 1,61803… ; ϕ2 = 2,61803…), mais aussi celle de 500 Coudées Royales Egyptiennes (1 CRE = 52,36 cm). Pour enfoncer le clou et finir de « boucler la boucle », cette géométrie très subtile nous apprend qu’un octuple carré ayant 500 CRE pour diagonale, aura pour unité 32,48 mètres, soit l’expression de 100 Pieds Gaulois de 32,48 cm !

 


 

L’utilisation ici de la mesure du pied gaulois comme unité de l’octuple carré dont la diagonale correspond à une valeur exacte de 500 coudées royales égyptiennes montre encore à l’évidence le caractère intentionnel de cette organisation. Ce genre de relations géométriques où deux systèmes métrologiques sont en résonnance est typique de la géométrie mégalithique.

L’exemple du cromlech des Faves qui fait partie du même site de la Pierre des Trois Evêques, le montre à merveille. Ce cercle de pierres est construit selon des principes géométriques basés sur le triangle 3-4-5, dit premier triangle de Pythagore. Ils corroborent les conclusions de l’archéologue français Jacques Briard, qui déclarait en parlant des cercles de pierres préhistoriques16:


 

Mais dans le cas du cromlech des Faves, la construction du cercle de pierres est d’autant plus intéressante qu’elle est documentée par une tablette mésopotamienne datée de 1 600 ans av. J.C.

 


Outre l’aspect géométrique de cette construction, la métrologie révèle ici, dans cette composition, la relation qui existe entre la mesure du yard mégalithique et celle du pied gaulois. En effet, le cercle de pierres des Faves a été conçu de manière à ce que son périmètre mesure exactement 100 yards mégalithiques. En le construisant à partir d’un triangle 3-4-5, on s’aperçoit que l’unité de ce triangle est la mesure de 4,22 mètres, c’est-à-dire 13 pieds gaulois de 32,48 cm. Cette mesure n’est certainement pas anodine, puisque nous l’avions déjà rencontrée plus au nord dans le Pilat, sur le site des Roches de Marlin. Là-bas, c’est la fameuse Pierre qui Chante, monument mégalithique phare de tout le massif du Pilat, qui affiche une longueur exacte de 4,22 m, se traduisant à nouveau par une mesure de 13 pieds gaulois.

 



 
 
Cette pierre mesurant 1,60 m de largeur, est en fait au rapport 1/
ϕ2. Ramené aux nombres de la suite de Fibonacci, nous pourrions donc envisager que le rapport 13/5 définit les proportions de ce mégalithe.

Le pied gaulois de 32,48 cm semble encore entretenir une relation très particulière avec le yard mégalithique dans la géométrie du cercle. En effet, un cercle ayant pour diamètre 100 pieds gaulois, soit 32,48 m (pour reprendre l’unité de l’octuple carré dont nous avons parlé plus haut), aura une surface de 1 000 yards mégalithiques à la précision de 99,93 % et un écart de 0,55 m2 (1 YM = 82,944 cm).

(32,48/2)2 x (22/7) = 828,89 m2

 

 
Pour clore cette étude sur le pied gaulois, dont nous venons de voir qu’il fut utilisé au moins à deux reprises sur le site de la Pierre des Trois Evêques, nous allons voir que cette mesure se trouve certainement inscrite sur cette pierre elle-même.

Plusieurs gravures sont visibles sur face supérieure de la Pierre des Trois Evêques : les fameuses croix qui caractérisent cette pierre borne, les patronymes d’individus ayant vécus dans les environs, et en définitive, trois cupules. Or deux de ces cupules indiquent clairement une orientation nord/sud exacte.



 

 
 
 
 
En poussant plus loin la démarche, on s’aperçoit que le centre de ces deux cupules sont distants de 97,4 cm (la précision au 1/10ième de millimètre ne peut être obtenue avec notre matériel de mesure).

Or une mesure de 97,44 cm correspondrait à celle de 3 pieds gaulois de 32,48 cm :

3 x 32,48 cm = 97,44 cm

 



 


Il s’agit aussi de la mesure de 1 verge gauloise (ou 1 yard), laquelle en métrologie vaut 3 pieds. C’est cette même mesure que nous avons vue plus haut comme étalon fixant l’épaisseur des murs de la chapelle Saint-Vincent.

Une telle inscription sur la dalle de la Pierre des Trois Evêques, évoquant à la fois l’orientation cardinale et à la fois une mesure utilisée à deux reprises dans l’organisation lithique de ce site, pourrait très bien être une dédicace comme l’on en trouve encore dans certains édifices religieux du moyen âge.

Elle pourrait aussi être la trace d’une antique base d’arpentage, dont le matériel de mesure aurait nécessité ces marquages sur la pierre. De tels procédés ont été montrés par Jacques Laversanne quant à l’utilisation de la groma romaine.

 

 

A Saint Sorlin, le 13 novembre 2019

Eric CHARPENTIER

 

NOTES

16. Jacques Briard, Les Cercles de pierres préhistoriques en Europe. Editions Errance, 2000, page 29

 

 

 










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