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Nicolas Poussin : Au cœur du Mystère





Rubrique

Rennes-le-Château
Janvier 2015







Par
Daniel Dugès




             L’intrusion de Nicolas Poussin dans l’affaire de Rennes le château semble irréelle tant de choses séparant la vie du peintre de celle du curé. Deux siècles d’abord, deux lieux : l’Italie et la France, deux personnalités : un peintre mondialement reconnu à son époque et un obscur curé dans la sienne, enfin deux attitudes un peintre n’affichant pas une religiosité particulière et un curé de village. On pourrait ainsi allonger la liste des oppositions entre ces deux personnages.

            Nous allons étudier ici le travail de Nicolas Poussin pour voir si l’on peut trouver quelque chose qui les rapproche. Bien sûr on a beaucoup parlé du tableau des « Bergers d’Arcadie », mais on a fait sur lui tant d’erreurs. Il n’indique sûrement pas l’emplacement d’un trésor, il n’est pas constitué de lignes et d’angles mesurables en degrés et qui sortent de la toile pour aller plonger dans l’imagination la plus fertile de nos contemporains. Non, un peintre composait à l’œil et se souciait peu ou pas d’angles mathématiques.

            Voyons donc comment Poussin préparait un tableau. À cette époque, le peintre travaillait en atelier, il ne sortait sur le terrain que pour faire quelques croquis qui serviront de décor à ses personnages. Le paysage en tant que tel est une notion qui n’existe pas. Il sert de fond au tableau et la plus part du temps, il est composé  de dessin pris ça et là. On reconnaît plusieurs fois dans l’œuvre de Poussin le château Saint Ange placé dans la nature, alors qu’il est au cœur de Rome.






De même, l’image des Bergers d’Arcadie n’a jamais existé telle quelle, ce n’est pas une photo, c’est une composition. Il arrivait à Poussin de commencer par modeler ses personnages en terre pour se faire une idée plus nette de son projet, puis il faisait des esquisses de ses personnages. Ensuite il a pu installer une grosse caisse dans son atelier pour représenter la tombe, puis quand son projet a été clair dans son esprit, il a fait venir ses modèles, un par un, pour en prendre la pose afin de les peindre. L’ombre du bras sur la tombe nous permet de voir que Poussin avait une source lumineuse dans son dos à gauche assez basse, peut-être une fenêtre ou un luminaire devant un miroir. On notera que cet éclairage ne correspond pas à celui du ciel qui nous présent plutôt un soleil de face. C’est là la preuve absolue qu’il s’agit d’une œuvre d’atelier.




        On ne peut pas raisonner devant l’œuvre de Poussin sans penser que le mystère se situe au  niveau du symbole des personnages. C’est là sa manière de concevoir le symbolisme. Que voit-on ? Trois bergers et une femme. Elle est plutôt richement vêtue, rien ne nous dit que c’est une bergère. Elle semble méditer. Elle pose la main sur l’un des bergers comme pour lui signifier qu’elle le protège. Les trois hommes laissent tous voir qu’ils ont un sein découvert ainsi qu’un genou dénudé. C’est le symbole de l’initié et le chiffre trois est lourdement porteur de sens. Ils portent tous les trois une couronne de laurier sur la tête, récompense, que l’on donnait en Grèce, aux hommes qui avaient rendu un grand service à l’état. Une sorte de légion d’honneur. En dépit du titre de ce tableau, ces trois initiés couronnés ne sont pas des bergers ! D’ailleurs Poussin a la volonté de nous le faire savoir en ne peignant aucune bête dans ce tableau. Leurs bâtons sont aussi ceux du pèlerin ou du pasteur, celui qui guide.

Ce tableau représente le symbole d’une société initiatique protégeant trois gardiens personnages importants dont le rôle est vraisemblablement de « garder » une tombe comme les bergers protègent le troupeau.

Ce n’est pas le seul tableau de Poussin faisant allusion à une société ésotérique, dans la période entre 1636 et 1650, il en peint plusieurs en se servant d’un artifice assez unique : l’utilisation des lignes de force.

Ainsi, il peint pour le cardinal de Richelieu quatre tableaux dont le « Triomphe d’Amphitrite » (Vénus). Ce tableau nous montre Amphitrite sortant de l’onde sur sa coquille portée par trois dauphins, sous l’œil admiratif de Neptune son époux. Dans son génie Nicolas Poussin arrive à dissimuler un symbole connu mais visible des seuls initiés. L’ensemble de la composition s’articule autour d’un triangle formé par une ligne de force partant de la jambe externe du cheval à gauche du tableau pour se prolonger par le bras de Neptune, longer le voile rouge, puis le corps du putto (angelot) pour s’arrêter au pied du putto le plus haut. La ligne de force symétrique de celle-ci part du même pied longe l’autre côté du voile rouge pour suivre le corps de la nymphe vers l’angle droit du tableau. La ligne du bas du triangle nous est donnée par l’alignement du poitrail des chevaux, puis la tête du putto central pour aboutir à droite au pied gauche de la nymphe.









       Mais ce n’est pas tout le voile rouge au centre du tableau possède un dessin assez étonnant pour que l’on s’y arrête. Dans les plis, on peut apercevoir assez facilement un sourcil et au dessous un œil avec la pupille et l’iris bien marqué. Les cinq personnages qui soutiennent ce tissu et jouent de la corne sont placés en position rayonnante vers le sommet du triangle. Enfin pour clore le tout, les trois dauphins qui soutiennent la conque forment chacun trois cercles parfaits. Il y a donc dans ce tableau un symbole ancien, mais utilisé par nombre de sociétés initiatiques à cette époque, symbole appelé souvent « l’œil de Dieu ».

Si l’on analyse les détails de ce tableau, on s’aperçoit que nombreux sont les éléments groupés par trois : trois tissus, trois personnages principaux, deux fois trois puttis dans le ciel, trois dauphins, etc.

Poussin montre à travers ces exemples et de nombreux autres qu’il a travaillé ou côtoyé une société initiatique. Il est possible que cette société détînt un secret concernant une tombe, ce qui expliquerait la fameuse phrase de l’abbé Louis Fouquet à son frère : « Monsieur Poussin détient des secrets que les rois lui envieraient »… 

            Au XIXe siècle une société initiatique décide de faire d’une petite église de village un temple destiné aux plus hauts grades de leur groupe : les gardiens. Tout à fait par hasard ce village se trouve près d’un autre qui s’appelle Arques, ces gardiens seraient-ils les bergers d’Arcadie ? Serait-ce cette société initiatique qui rapproche le peintre du XVIIe et le curé du XIXe ?

            Enfin, puisqu’il y a bien un lien entre ces deux hommes, la solution n’est elle pas dans le sens de la phrase : « Et in Arcadia ego » gravée su la tombe  « Maintenant je suis en Arcadie ». Qui parle, qui dit cela ? On a tout envisagé une traduction littérale, un mort nous dit : « maintenant je suis au paradis ». La mort elle-même qui dirait « même au paradis, je suis présente » ce qui a soulevé de nombreuse adhésion, mais qui à terme n’a aucun sens. Pourtant c’est à nos yeux dans cette phrase qu’est le secret de cette histoire, et c’est à chacun d’essayer de le trouver.

            Enfin Poussin exécute deux autoportraits pour deux de ses mécènes. Le premier le représente souriant un pinceau à la main dans un décor indéfinissable, le second le représente dans son atelier devant quelques toiles à peine entrevues. Il nous donne là encore un petit bout de la clef. Dans la seconde toile, il a remplacé le pinceau qui est l’apanage du peintre, par sa main décorée d’une grosse chevalière. Sur celle-ci la pierre est une pyramide et l’éclat qu’il a souligné sur cette pierre forme une équerre.







            Chacun est à même de réfléchir à ce qu’il nous transmet, à travers ces images.




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