JUILLET 2012
LE DOSSIER






Par Patrick BERLIER


<Retour au Sommaire du Site>


TALUYERS,

VIE ET MORT D’UN Chef-d’Œuvre

 

Taluyers est un village tranquille des coteaux du Lyonnais. C’était jadis une halte sur l’antique voie romaine entre Lyon et Rive-de-Gier, et un lieu d’hospitalité au Moyen Âge pour les pèlerins de Compostelle qui se dirigeaient sur le Puy-en-Velay. Son clocher haut et massif, visible de très loin, servait de repère. Un hôpital assurait l’accueil des pèlerins, à l’écart de la cité. Taluyers doit surtout son existence aux moines de Cluny. Peu avant l’an mille, leur abbé Odilon de Mercœur (le futur saint Odilon) avait reçu en donation toutes les terres que sa sœur Dame Blismode possédait à Taluyers. Les « moines noirs » y installèrent un prieuré, dont le prieur était aussi le seigneur du lieu. Sa chapelle romane qui remonte en partie à l’an 1100 est devenue l’église paroissiale du village.

            Taluyers n’est pas un nom inconnu pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de Sainte-Croix-en-Jarez, et l’on peut supposer que son prieur Dom Polycarpe de la Rivière s’en préoccupa. C’est dans le cloître de ce prieuré que fut signée le 24 février 1280 la charte de fondation de la chartreuse, dont un exemplaire original est toujours jalousement conservé par la famille propriétaire des anciens bâtiments monastiques, aujourd’hui transformés en vaste demeure bourgeoise, qui ne s’ouvre au public que lors de rares occasions.

            Au printemps 1996 un évènement secoua la tranquillité de Taluyers, ou tout au moins celle du petit nombre de personnes au courant des faits, car aucune publicité ne fut donnée à l’affaire, et c’est un hasard fortuit qui me conduisit à être informé de la singulière découverte fait dans l’église, lors de travaux. Un peu de temps s’est écoulé depuis ces faits, et les passions qu’ils déchaînèrent se sont calmées. Il est donc aujourd’hui possible aujourd’hui de les évoquer sereinement.


L’église de Taluyers

CHRONOLOGIE D’UNE DÉCOUVERTE...

VITE RECOUVERTE !

            Janvier 1996 : le bulletin municipal de Taluyers annonce le début des travaux de restauration de l’église, un édifice roman (monument historique) datant du XIIe siècle pour sa partie la plus ancienne, le chœur et le clocher. C’est d’ailleurs par cette tranche que les travaux commencent.

            Fin mars : les ouvriers attaquent la restauration de la voûte en cul-de-four de l’abside. Une peinture murale du XIXe siècle la décore, représentant un « Couronnement de la Vierge » : Marie, au centre, est couronnée par Jésus-Christ, à droite, sous la bénédiction de Dieu le Père, à gauche, la colombe du Saint-Esprit surmontant le tout. C’est une très classique Trinité couronnant la Vierge, sans grande valeur picturale, mais il a été décidé de la conserver et de la remettre en état.

            Sous la direction de M. J.-C. Mortamet, architecte en chef des Monuments Historiques, les ouvriers de l’Atelier Paul Mérindol, d’Avignon, spécialisé dans la restauration de ces monuments, réalisent des sondages sur les parties manquantes ou pulvérulentes du décor, pour rechercher les différentes couches de peinture ou d’enduit. Surprise ! Sous les peintures du XIXe apparaissent alors deux visages humains nimbés, magnifiques, puis une colombe, et enfin une petite croix aux branches évasées... Autant de vestiges d’une œuvre beaucoup plus ancienne, mais surtout beaucoup plus belle, représentant également un « Couronnement de la Vierge », pour autant que l’on puisse en juger. Selon les conclusions de l’Atelier Paul Mérindol, « une étude plus approfondie nécessiterait une intervention sur les parties saines du décor, nous pensons que cela ferait apparaître l’ensemble du décor antécédent ». L’adjoint au maire, qui me reçoit pour Pâques, prétend que les experts ont d’abord estimé que ces peintures dataient du XVe siècle. Cette information est purement orale. L’atelier Mérindol dans son rapport écrit datera les peintures anciennes du XVIIIe siècle.

            Début avril : les travaux sont arrêtés. Le maire de Taluyers propose alors de remettre à jour totalement les peintures anciennes, et d’en réaliser une restauration dans les règles de l’art, quitte à faire des économies sur les autres tranches de travaux. Mais la décision, dont la logique frise l’absurdité, tombe comme un couperet : « les subventions ont été accordées pour la remise en état des peintures du XIXe, pas question de détourner ces fonds de l’utilisation prévue »... L’œuvre ancienne magnifique sera donc recouverte, et seules les insipides peintures du XIXe seront restaurées. La municipalité n’a pas les moyens de s’opposer à cette décision « supérieure »...

            Les travaux reprennent. Un premier visage est recouvert d’une couche de peinture couleur rose bonbon du plus bel effet. Il faut dire qu’il était un peu déroutant, ce visage-là, avec un nimbe dont la partie dégagée laissait deviner sans aucun doute possible son aspect en forme d’étoile, à six branches semble-t-il vu la disposition des trois branches dégagées. Qui est-ce ? L’atelier Paul Mérindol conclut que le décor du XIXe a remplacé à l’identique un décor antérieur. En réalité les personnages ont été inversés, l’autre visage, à gauche, est sans conteste celui du Christ, celui de droite, au nimbe en étoile, est donc Dieu le Père.

            7 avril : en ce jour de Pâques, la couche de peinture rose a progressé, mais se contente de cerner les autres visages. Ultime scrupule des ouvriers observant la trêve pascale ? L’un d’eux s’est cependant amusé à peindre l’image d’une cigarette allumée entre les doigts du Père Éternel du XIXe...

            Fin avril : tout est fini... Le fade et sans âme « Couronnement de la Vierge » du XIXe siècle, restauré, a définitivement (?) recouvert son merveilleux alter ego. Ainsi en ont décidé les hommes, en cette fin de XXe siècle ! Il n’en restera plus que le souvenir dans la mémoire des quelques personnes qui en ont vu les vestiges, ainsi que des photos fort heureusement...


Vue de l'église aujourd'hui avec les peintures du 19ème rénovées

QUAND ART RIME AVEC RARE...

            Lorsqu’au XIXe siècle la voûte de l’église fut décorée d’une Trinité couronnant la Vierge, les peintures anciennes étaient sans doute encore visibles, puisque les deux thèmes paraissent identiques. On s’est donc contenté de les recouvrir par une œuvre à peu près semblable. Si les anciens ne se sont pas très bien rendu compte de ce qu’ils faisaient, il n’en est sûrement pas de même pour les « experts » venus examiner la découverte de 1996, car ils ont condamné à l’oubli une œuvre dont les quelques éléments qui furent un temps visibles témoignaient de la singulière rareté...

La colombe du Saint-Esprit

            Rien de statique ni de guindé dans cette colombe ancienne, contrairement à celle du XIXe siècle. L’artiste avait su lui donner une saisissante impression de mouvement, en plaçant les ailes écartées en oblique, la tête regardant vers la droite mais les pattes tournées à gauche. Elle est nimbée d’une sorte d’aura en forme de soleil, dont les rayons inondent de lumière jaune pâle l’ensemble de l’œuvre.


La colombe du Saint-Esprit

« Christomorphisme »

            L’aspect le plus frappant, dans les visages anciens, est la parfaite identité de traits entre Jésus-Christ et Dieu le Père. En art chrétien cette particularité a reçu le nom de « christomorphisme ».

            L’exemple le plus connu de ce mode de représentation est un autre Couronnement de la Vierge, peint par Enguerrand Quarton en 1453 pour la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Dans ce tableau, le christomorphisme est intégral, le Christ et Dieu le Père sont rigoureusement identiques, conformément au « prix-fait » conclu entre les Chartreux et Enguerrand Quarton : « et du père au filz ne doit avoir nulle différence ».

            En réalité, les Chartreux de Villeneuve-lès-Avignon, généreux commanditaires de tant de chefs-d’œuvre au fil des siècles, n’ont fait que remettre au goût du jour une mode en usage pendant tout le premier millénaire : en ces temps-là, Dieu le Père n’était jamais représenté autrement que sous les traits du Christ, et ce n’est que relativement récemment qu’on en fit un vieillard à barbe blanche.



Le Couronnement de la Vierge d’E. Quarton (chartreuse de Villeneuve-les-Avignon)


           
Le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton est considéré comme unique pour son temps. Dans la même région provençale, le peintre avignonnais Lacroix réalisera en 1856 pour l’église de L’Isle-sur-la-Sorgue une peinture ornant le tympan de la nef, où l’on peut voir un autre exemple de christomorphisme et de parfaite identité de traits entre les trois personnages de la Trinité. Pour quelques rares œuvres semblables du XVe siècle, le christomorphisme n’est pas intégral, c’est à dire que des attributs différents permettent de distinguer le Père du Fils. Parmi ces œuvres : une gravure sur bois allemande de 1410, ou une miniature de Jean Fouquet pour le Livre d’heures d’Etienne Chevalier (vers 1461).

            Taluyers constituait un autre de ces exemples... Mais le christomorphisme n’était que l’une des singularités de ses peintures murales ! Poursuivons l’inventaire, car les étrangetés ne font que commencer...

 

Dieu le Père

            Ah ! Ce nimbe en forme d’étoile à six branches, était-il donc si déroutant pour « qu’on » s’empresse de le recouvrir en premier ?

            Dieu le Père est parfois figuré avec une auréole ou nimbe triangulaire. On peut citer deux exemples de Couronnement de la Vierge où il apparaît ainsi : le premier dans l’église des Estables (Haute-Loire), le second dans l’église de Méounes (Var). Ces deux tableaux proviendraient de chartreuses proches.

            Certains saints sont agrémentés d’un nimbe carré, comme Grégoire le Grand, pape au VIIe siècle, mais un nimbe en forme d’étoile à six branches (ou étoile de David), le cas semble beaucoup plus rare... On peut cependant citer une peinture murale dans l’oratoire du cimetière de Lagrasse (Aude).


L’étrange visage de Dieu le Père, avec son nimbe en étoile 

Le Christ

            Jésus bénit de la main droite avec une position des doigts peu courante : tous sont dressés, à l’exception de l’annulaire qui est replié vers le pouce. Ce n’est pas le classique geste de bénédiction de l’église catholique romaine (les deux derniers doigts repliés), mais le caractéristique geste de bénédiction de l’église orthodoxe... Voilà qui est curieux !

            Et le nimbe crucifère attire de même l’attention : la branche supérieure s’orne d’un symbole ressemblant à un M aux formes arrondies, à la mode médiévale, la branche de droite laisse apparaître ce qui ressemble à un N, et sur la branche de gauche on croit deviner un O... Soit de gauche à droite : O M N. Serait-ce une abréviation du latin omnis (« tout ») ?

            Mais si le Christ bénit selon le rituel orthodoxe, ces lettres sont peut-être grecques et non latines ? Le « M » pourrait être à la fois un oméga minuscule, mais à l’envers, ou un oméga majuscule, mais dédoublé. Quant aux lettres O et N, elles sont aussi la forme majuscule des lettres omicron et nu. Là, tout devient clair : ce sont autant d’éléments typiques du nimbe byzantin, traditionnellement orné des lettres grecques oméga – omicron - nu, signifiant « celui qui est ».


Le beau visage du Christ

            Maintenant, l’affaire va se corser : en effet, le thème du Couronnement de la Vierge est inconnu de l’iconographie orientale jusqu’au XVIIIe siècle ! Si l’artiste auteur de cette œuvre a peint, au XVe siècle comme cela a été dit, un Christ typiquement orthodoxe et byzantin, logiquement son thème général ne peut pas être un Couronnement de la Vierge... Ou alors les peintures datent bien du XVIIIe, comme précisé par le rapport de l’atelier Mérindol. Ce qui conduit à analyser la zone centrale des peintures, là où aurait dû se trouver la Vierge couronnée...

 

La croix

            Un point de détail tout d’abord : l’église de Taluyers est consacrée à Notre-Dame, donc un Couronnement de la Vierge en décor de la voûte de l’abside serait tout à fait à sa place. Mais de cette vierge hypothétique, effectivement rien n’apparaît dans les fragments des peintures anciennes... Le visage de Marie (du XIXe) recouvrait ce qui semble être une croix aux branches évasées, dont seule la moitié supérieure a été dégagée. Cette croix semble légèrement inclinée sur la gauche. Dans l’hypothèse où il ne s’agirait pas d’un Couronnement de la Vierge, on peut envisager la possibilité d’un Agneau mystique retenant dans sa patte avant droite une haute croix, traditionnellement figurée légèrement penchée. Cet agneau, symbole caché du Christ dans les premiers siècles, changea lentement de symbolisme pour désigner ensuite l’ensemble du « troupeau » des fidèles. Malheureusement il ne sera jamais possible de conclure, cette possibilité restera à l’état d’hypothèse.


Le visage de la Vierge recouvrant la croix ancienne

QUELQUES RÉFLEXIONS, AVANT D’ALLER PLUS LOIN...

            Plusieurs éléments conféraient aux peintures murales de l’église de Taluyers un caractère absolument unique. L’artiste qui les a peintes revenait-il d’Orient ? Ou tout au moins avait-il étudié l’art orthodoxe ? Ou a-t-il simplement copié une icône byzantine, ramenée par un Croisé ou un pèlerin ? Cela expliquerait peut-être le W transformé en M pour cause d’incompréhension... Mais pourquoi dans ce cas un nimbe en forme d’étoile ?

            Le Couronnement de la Vierge d’Enguerrand Quarton est parfois présenté comme étant la démonstration de l’union entre les églises d’Occident et d’Orient, tentée en 1439 par le concile de Florence, sous l’influence des Chartreux. Le décret d’union avait pour thème central l’unité du Père et du Fils, le christomorphisme, que les Chartreux mirent ensuite en application à Villeneuve-lès-Avignon. Notre peintre voulait-il faire de Taluyers, alors sur une route très fréquentée par les pèlerins, un autre exemple de cette union ?

            Voulait-il aller plus loin que le concile de Florence et réaliser aussi l’union avec le judaïsme, symbolisé par cette étoile de David constituant le nimbe de Dieu le Père ? Il faut signaler qu’à cette même époque la bibliothèque de la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon s’enrichissait d’une douzaine de manuscrits hébraïques, des ouvrages aujourd’hui conservés par la bibliothèque municipale de Nîmes, et dont les titres semblent dégager un subtil parfum de kabbale. Notre peintre en était-il lui aussi féru, en ces temps où la « kabbale chrétienne » commençait à s’affirmer grâce aux érudits comme Pic de la Mirandole ? Questions sans réponses... Aucune lumière ne viendra jamais (?) trouer la nuit des siècles où ces peintures sont maintenant enfouies. En ce printemps 1996 notre région aurait pu s’enorgueillir de la préservation d’une œuvre d’art exceptionnelle, mais de l’ombre n’a pas jailli la clarté.

 

PETIT VOYAGE KABBALISTIQUE

            Les peintures murales de Taluyers proposaient-elles un message kabbalistique accessible aux seuls initiés ? J’ai posé la question à notre ami Michel Barbot, qui maîtrise particulièrement la kabbale traditionnelle. Le problème l’a passionné ! Voici ses conclusions, particulièrement troublantes, qui viennent confirmer le caractère exceptionnel des peintures...

            Dans le geste de bénédiction hébraïque, à chaque doigt de la main droite correspond une lettre : Yod, pour le pouce ; Shin, pour l’index ; Vav, pour le médius ; Heth, pour l’annulaire ; enfin , pour l’auriculaire. Le geste de bénédiction orthodoxe, tel qu’il est visible à Taluyers, replie l’annulaire et nous invite à éliminer la lettre Heth. Les quatre lettres restantes Yod – Shin – Vav – Hé vont former le nom Yéchouah, dont la transcription chrétienne est... Jésus ! La traduction de Yéchouah est plus souvent réduite à « Sauveur », d’où les églises consacrées au Saint Sauveur, mais la signification précise est « Dieu sauvera ».

            Ce Dieu sauveur est qualifié de Christos, terme grec dérivé de l’égyptien Kher’Cheta : « le Maître du Mystère », ou « le Possesseur du Secret ». Et c’est bien vers l’Égypte que le nimbe crucifère de Jésus nous invite à nous tourner. Mais une Égypte visitée par les Hébreux et revisitée par les Chrétiens.

            Les lettres O N du nimbe crucifère du Christ, au-delà d’une lecture orthodoxe, peuvent faire référence à l’antique cité d’On, l’Hiélopolis ou Cité du Soleil des Grecs, située à 10 km au nord-est du Caire. Le nom On est la forme hébraïque de l’égyptien Ionou : la ville du Pilier. La cité d’On abritait Benou ou Phénix, l’oiseau renaissant de ses cendres ; manifestation d’Osiris, mort puis ressuscité, il préfigure et annonce la mort puis la résurrection du Christ.

            Joseph, 11e fils de Jacob, est lui aussi une figure annonciatrice du Christ sauveur. Dans la Genèse (41, 45) il est dit que Joseph épousa Osnat, fille de Poti-Phéra, prêtre d’On, qui lui avait été donnée en mariage par Pharaon. On est écrit Aleph – Noun, dans ce verset, puis Aleph – Vav – Noun, au verset 50 du même chapitre. Joseph est aussi associé à la syllabe On/Oun par la 11e pierre — un onyx — du pectoral porté par le Grand Prêtre devant l’Arche d’Alliance. Sur cette pierre étaient gravés en caractères hébraïques Oun – Joseph. Bien que sur le pectoral la syllabe Oun soit la syllabe finale d’un mot commencé sur la pierre précédente, il n’en reste pas moins que ce Oun est associé à Joseph.

            Les lettres O N de la fresque transcrivent semble-t-il Aleph – Noun, la première version du nom biblique de la cité. Première remarque : Aleph = 1, Noun = 50. Soit un total de 51, nombre dyonisien... Ces deux lettres permettent d’effectuer ce que les kabbalistes nomment « le Voyage dans le Mot ». Ce voyage qui ne peut s’effectuer qu’à l’intérieur d’un mot de deux lettres, consiste à découvrir le sens du mouvement, du chemin, qui conduit par sa valeur numérique de la lettre la moins élevée à la lettre la plus élevée. Pour passer du Aleph au Noun, du 1 au 50, il faut faire un voyage de 49, nombre qui s’écrit Mem – Teth. Cette racine évoque les idées de vacillement, de remuement, de mouvement communiqué spécialement vers le bas, d’où le verbe hébreu Mat : « vaciller ».

            En quoi On est-elle par sa structure hébraïque appelée à vaciller ? Il faut se rappeler que On vient de l’égyptien Ionou : la ville du pilier. La transcription du Ionou égyptien en On hébraïque n’est pas anodine. Lorsque On est écrit Aleph - Vav -Noun au verset 50, cela signifie aussi « idolâtrie ». Le Benben, pilier de l’idolâtrie sur lequel est perché l’oiseau Benou, est appelé à vaciller ! Le vacillement du pilier du Temple du Soleil d’On est annoncé par Jérémie (43, 13). Dans ce verset, On est nommé Beith-Shémèsh : la Maison du Soleil.

            Ce voyage au cœur de On donne accès à un nouveau mot de deux lettres, Mem - Teth ou Mat, permettant un nouveau voyage dans le mot. Pour passer du Teth, 9, au Mem, 40, il convient de parcourir 31, nombre s’écrivant Lamed – Aleph. Ces deux lettres/nombres permettent d’écrire le mot El : « dieu », mais aussi « héros ». Dieu l’Unique supplante les idoles égyptiennes dont Ézéchiel annonce la chute au chapitre 30 de son Livre. La ville d’On tombera au fil de l’épée, y est-il dit au verset 17.

            El signifie aussi « vers ». Cette préposition indique qu’un troisième voyage dans le mot s’impose. Pour passer de Aleph, 1, à Lamed, 30, il faut parcourir 29, nombre qui s’écrit Kaph – Teth. Ces deux lettres écrivent la racine araméenne TK, signifiant « siège ».

            Ce siège composé de deux lettres oblige à effectuer un quatrième voyage dans le mot. Pour passer de Teth, 9, à Kaph, 20, il faut parcourir 11, nombre qui s’écrit Yod – Aleph. Ces deux lettres écrivent le mot I, signifiant « côte, île, rivage lointain ».

            En résumé, l’ensemble de ces voyages dans le mot aboutit à cette déclinaison :

ON MAT EL TK I

La lecture enchaînée des cinq concepts révélés par ces mots permet dans un premier temps d’affirmer : « Lorsque l’idolâtrie vacille, Dieu (le Héros) siège en un lointain rivage ». Ces cinq déclinaisons renvoient encore à Joseph, qui est associé par six fois, dans la saga biblique, au nombre cinq. Mais il est possible d’aller encore plus loin...

            Les initiales des cinq mots hébreux ON – MAT – EL – TK – I sont : AlephMem – Aleph – Teth - Aleph. Elles permettent d’écrire les mots Am, la mère, la cité-mère, la capitale, et At, le sorcier, l’enchanteur, le magicien. Am – At a une valeur numérique de 51, soit la valeur de On. En ajoutant le troisième Aleph, le nombre 1, apparaît le nombre 52, nombre de Ben, fils, soit Jésus ou Yéchouah pour le christianisme. Retour à la case départ !

            Il est temps de s’intéresser à la troisième lettre du nimbe crucifère, cet oméga formant avec les deux autres lettres la formule « celui qui est ». Cet omégaMem hébraïque dont la signification est : « les eaux ». Quant à la syllabe égyptienne On/Oun, sa signification est : « lièvre ». Or pour les Égyptiens, l’image du lièvre sur les eaux désigne l’existence ou l’être. Un macaron de la cathédrale Saint-Jean de Lyon représente un lièvre dévoré par un aigle, symbole du martyr du Christ. écrit comme un M est une invitation à le considérer véritablement ainsi. La lettre M a pour origine le

            Lorsque je reçus cette étude remarquable, j’avoue qu’il me fallut la lire un « certain nombre » de fois pour bien m’en pénétrer. J’imagine que le lecteur qui m’a suivi jusqu’ici a dû faire de même ! Puis en lisant « entre les lignes », j’y découvris divers liens ténus avec le Pilat. Par exemple, la similitude entre le nom égyptien de On — Ionou, le pilier — et le mot latin pila— colonne, pilier — à l’origine du nom Pilat.

            Selon Michel Barbot, Joseph paraît être devenu, après la mort de son père Jacob, le gardien de la « pierre d’Israël » évoquée par le verset 24 du chapitre 49 de la Genèse. Le chanoine Osty, auteur d’une traduction de la Bible connue et reconnue, pense que cette pierre pourrait être la fameuse pierre de Béthel, qui servit de chevet à Jacob et qu’il dressa ensuite en stèle. Ce roc devint, dit-on, la non moins fameuse Lia Fail de la mythologie celtique, jalousement gardée par les Sinclair. Son alter ego serait comme je l’ai démontré dans le tome I de mon livre La Société Angélique la pierre qui chante — ou qui enchante — du site des Roches de Marlin.

            « L’enchanteur » dévoilé par le mot At ne serait-il pas Merlin ? Sa « mère, cité-mère ou capitale » dévoilée par le mot Am ne serait-elle pas Sainte-Croix-en-Jarez ? Les peintures murales de Taluyers — le lieu où fut signée la charte de fondation de la chartreuse — ne nous invitent-elles pas, par leur interprétation kabbalistique, à considérer tous les arcanes secrets qui ont précédé ladite fondation ?

            Et que penser de l’étonnante affirmation de Dom Polycarpe qui voyait le nom Pilate venir de Pila, le nom de sa mère, et de Ate, le nom de son père ?

= Pila = pilier, et si Ate = At = enchanteur = Merlin, Pilate devient « le pilier de Merlin », allusion à l’axe du monde des Roussillon ? Et si Pila = mère = Am, Pilate devient Amat, nom d’une famille implantée à la fois dans le Forez et en Haute-Provence, dans le village du Poët, tout proche de la cité perdue de Théopolis, l’une des énigmes historiques exposées dans le tome I de La Société Angélique.

            Ainsi les peintures murales de Taluyers, qui évoquaient déjà la Provence par leur ressemblance avec le « Couronnement de la Vierge » de Villeneuve-lès-Avignon, nous invitent-elles à suivre les traces de Dom Polycarpe dans cette belle contrée.
 


<Retour au Sommaire du Site>



Nous vous proposons à présent de retrouver notre Invité,
notre Ami André TRABET




1/ Bonjour André. Pour commencer pouvez-vous vous présenter, tellement vos diverses activités font de vous un touche à tout ?

Touche à tout, dites vous ? Pourquoi pas, je préfère cette expression à celle de passionné que l’on m’attribue souvent. Je refuse les passions et m’en tiens à mes divers pôles d’intérêt qui, à des degrés divers, tournent autour des mots et donc de l’écriture avec mes livres ou de la narration avec mes conférences.

2/ Très connu et reconnu en région viennoise, quel déclic vous a poussé vers l’écriture sur votre ville alors que d’autres l’avaient déjà fait (exemple, Pierre Cavard) ?

J’ai en partie déjà répondu à votre question ; je n’écris pas comme un historien que je ne suis pas mais comme un narrateur qui veut mettre du sel dans les écrits des vrais historiens. J’ai rédigé mon livre sur Vienne après avoir constaté que mes amis, dans l’ensemble, ignoraient tout de l’histoire de la ville, bien que certains soient en possession des ouvrages, fort intéressants, des historiens locaux. Pourquoi ? Parce que ces ouvrages sont trop sérieux, trop précis, souvent longs à lire, en cela ils soulignent la qualité des recherches entreprises par leurs auteurs mais ils n’éveillent l’intérêt que de ceux qui veulent absolument savoir. J’ai lu tout ou presque cette littérature sur la ville et j’en ai fait un ouvrage à la portée de tous. Avec de l’humour, de l’anecdote, des dialogues entre les belligérants, en un mot, un livre de vulgarisation.

3/ Si on y regarde de près, on s’aperçoit alors, que là encore vos sujets cette fois sont très différents. Comment expliquez-vous ces différences de style si je peux le formuler ainsi ?

Nous revenons à votre ‘touche à tout’ Après mon livre sur Vienne, je me suis dirigé  vers mon autre pôle d’intérêt, la philosophie. Toujours avec l’intention de mettre certains écrits à la portée d’un large public. Mon ‘ Procès et mort de Socrate’ n’est rien d’autre que le résumé sous forme d’une pièce de théâtre des ouvrages de Platon : Apologie, Criton, Phédon, il se lit en une heure et demi. ‘ Les chiens de Corinthe ‘ c’est la vie de Diogène le Cynique prise sur le vif et non une biographie classique sur le célèbre philosophe.

Tous ces ouvrages ont trait à l’histoire et pour un narrateur, l’imagination se borne à écrire différemment des sujets que d’autres ont traité avant lui. Aussi, avec ‘Nadia’, j’ai voulu faire un roman, un peu pour tester mes compétences.

Quant à ‘ Raconte-nous les Templiers’ c’est la suite logique de Vienne Sainte et Maudite puisque cet Ordre a été dissout à Vienne au cours du Concile de 1311/1312 qui constitue le plus grand événement politico/religieux qui se soit déroulé dans notre ville.

‘Samina’ est l’histoire d’une jeune femme d’origine pakistanaise, vivant à Vienne, qui a manifesté à des amis communs son intention d’écrire un livre sur sa vie difficile. C’est ainsi qu’elle m’a été présentée et qu’ensemble nous avons rédigé cet ouvrage. J’ai découvert une forme de narration très particulière qui résulte d’une sorte d’enquête auprès de l’intéressée chez qui il faut faire remonter les plus intimes émotions voire les plus profonds ressentiments.

4/ La légende de fin de vie de Ponce Pilate prend racine à Vienne. Pouvez-vous nous faire part de votre réflexion sur cette légende ?

Vous employé vous-même le mot de légende. A quel moment se croise-t-elle avec l’Histoire ? S’il est vrai que les romains exilaient en Gaule quelques personnages des pays conquis par leurs armées, notamment Archélaüs, fils d’Hérode Ier à Vienne, rien ne prouve que Pilate y fut exilé et rien ne prouve le contraire.

5/ Voici quelques années vous avez réalisé un DVD, Vienne Sainte et Maudite. Pouvez-vous nous préciser vos souvenirs de ce tournage ?

C’est un merveilleux souvenir, puisqu’ à partir de mon premier livre, France 3 réalisait, en collaboration avec la Compagnie Lyonnaise de Cinéma, un documentaire fiction de 52 minutes, en quatre langues, sur l’histoire de Vienne. Ce film qui été projeté sur la chaîne a également fait l’objet d’un DVD sous le titre : De Ponce Pilate aux Templiers, Vienne cité sainte et maudite. J’ai été invité à participer au tournage et à donner mon avis sur le montage et les commentaires.

6/ 2011/2012, période anniversaire des 700 ans du Concile réuni à Vienne et qui a vu principalement l’abolition de l’ordre du Temple. Comment votre ville a-t-elle abordé ce sujet brûlant ?

La ville veut profiter du 700ème anniversaire du Concile pour remédier au déficit d’image dont elle souffre depuis des décennies. Son Député-maire,  Jacques Remiller, m’a demandé d’organiser cette commémoration. Avec d’autres associations de la ville nous nous sommes réparti les tâches. Le Lions Club à organisé une soirée de gala avec lancement d’une cuvée spéciale, les Amis de Vienne, un cycle de conférences et l’association ‘Concile et templiers’ que je préside, va organiser une grande manifestation sous forme de fête médiévale le 25 et 26 août 2012.

Ce sera une manifestation colossale avec près de 350 exécutants ou figurants, elle se déroulera au sein même de la ville et notamment autour de la cathédrale et l’hôtel de ville. Tous les spectacles, toutes les animations seront gratuits et les visiteurs pourront découvrir sur le marché médiéval qui se tiendra place Saint Maurice, les produits et l’artisanat de l’époque.

Une fête à ne pas manquer qui devrait connaître un très grand succès tout en faisant découvrir les richesses patrimoniales de la ville.

7/ Pouvez-vous nous donner votre avis personnel sur ce Concile et par là-même sur la culpabilité des Templiers ?

Il faut se souvenir que l’Ordre des Templiers avait été créé dans le but de protéger les pèlerins se rendant en Terre Sainte. Après la perte des Etats Latins d’Orient et le retour des Croisés, il n’avait plus, théoriquement, de raison d’être, quand bien même au cours du concile on vota un impôt pour le financement d’une nouvelle croisade qui n’aura jamais lieu. Le Roi pouvait-il tolérer cette puissance militaire et financière au sein de son royaume ? L’Ordre constituait-il une menace ? Apparemment non mais il s’agissait de l’armée du Pape et les relations, entre pouvoir la papauté n’étaient pas toujours très cordiales notamment en matière de perception d’impôts.

Puisque vous me demandez le fond de ma pensée je vous dirais que le roi avait de sérieuses raisons de voir disparaître cet Ordre mais que, sur la forme, je ne peux être d’accord avec les moyens employés, ceux de l’époque hélas. Il est possible que les Templiers aient usé  et abusé de leur fortune et de leurs privilèges mais le sieur Nogaret s’est chargé de nourrir le dossier d’arguments fallacieux sur fond d’aveux obtenus par la torture avec la sainte complicité de l’Inquisition.

8/ Procès et mort de Socrate, Nadia, Samina, des ouvrages bien différents. Comment se manifeste chez vous cette passion pour l’écriture ?

Je crois avoir déjà répondu à cette question, j’aime écrire, j’aime les mots, c’est ce qui m’a conduit à rédiger des grilles de mots croisés pour un journal local, c’est ce qui m’avait amené à inventer il y a fort longtemps, le jeu ‘Intellude’ sur fond de racines grecques et latines.

9/ Qualifier André Trabet de « rassembleur » ; sommes-nous loin de la vérité ?

Le mot de rassembleur à pris ces derniers temps une connotation politique que je réprouve, non pas que je sois contre l’idée mais parce que je sais qu’une fois au pouvoir les promesses sont vite oubliées. Et puis, on ne peut rassembler que ce qui veut bien s’assembler, si mes lecteurs, mes auditeurs trouvent un certain plaisir à me lire ou m’entendre je serai très heureux de les rassembler autour d’un style que d’autres réprouveront avec des arguments honorables s’ils sont fondés.

10/ Et maintenant ? Quels sont vos nouveaux projets ?

J’en ai toujours plein la tête. Après la fin de la commémoration du concile, je ‘sortirai’ mon livre sur les petites histoires de Pont-Evêque, village de mon enfance. Si Dieu me prête vie j’aurai peut-être le temps de terminer un roman commencé depuis plus d’un an ‘ L’orgue de barbarie’. Je voudrais aussi pouvoir obtenir, en collaboration avec le directeur due théâtre, la présentation à Vienne de l’opéra ‘Michel Servet’ que j’ai vu à Genève et pour lequel j’ai ouvert des pourparlers avec sa compositrice. Et puis, je trouverai peut-être le temps de prendre des vacances avec mes petits enfants.



<Retour au Sommaire du Site>