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JUILLET 2012
LE DOSSIER |
![]() Par Patrick BERLIER |
TALUYERS, VIE ET MORT D’UN Chef-d’Œuvre Taluyers est un
village
tranquille des coteaux du Lyonnais. C’était jadis une halte sur
l’antique voie
romaine entre Lyon et Rive-de-Gier, et un lieu d’hospitalité au
Moyen Âge pour
les pèlerins de Compostelle qui se dirigeaient sur le
Puy-en-Velay. Son clocher haut et
massif, visible de très loin,
servait de repère. Un hôpital assurait l’accueil des
pèlerins, à l’écart de la
cité. Taluyers doit surtout son existence aux moines de Cluny.
Peu avant l’an
mille, leur abbé Odilon de Mercœur (le futur saint Odilon) avait
reçu en
donation toutes les terres que sa sœur Dame
Blismode possédait
à Taluyers. Les
« moines noirs » y installèrent un
prieuré, dont le prieur était
aussi le seigneur du lieu. Sa chapelle romane qui remonte en partie
à l’an 1100
est devenue l’église paroissiale du village.
Taluyers
n’est pas un nom inconnu pour ceux qui s’intéressent à
l’histoire de
Sainte-Croix-en-Jarez, et l’on peut supposer que son prieur Dom
Polycarpe de la
Rivière s’en préoccupa. C’est dans le cloître de ce
prieuré que fut signée le
24 février 1280 la charte de fondation de la chartreuse, dont un
exemplaire
original est toujours jalousement conservé par la famille
propriétaire des
anciens bâtiments monastiques, aujourd’hui transformés en
vaste demeure
bourgeoise, qui ne s’ouvre
au
public que
lors de rares occasions.
Au printemps 1996 un évènement secoua la
tranquillité de
Taluyers, ou tout au moins celle du petit nombre de personnes au
courant des
faits, car aucune publicité ne fut donnée à
l’affaire, et c’est un hasard
fortuit qui me conduisit à être informé de la
singulière découverte fait dans
l’église, lors de travaux. Un peu de temps s’est
écoulé depuis ces faits, et
les passions qu’ils déchaînèrent se sont
calmées. Il est donc aujourd’hui
possible aujourd’hui de les évoquer sereinement.
CHRONOLOGIE D’UNE
DÉCOUVERTE... VITE
RECOUVERTE ! Janvier
1996 : le bulletin municipal de Taluyers annonce le début
des travaux de
restauration de l’église, un édifice roman (monument
historique) datant du XIIe
siècle pour sa partie la
plus ancienne, le chœur et le clocher.
C’est
d’ailleurs par cette tranche que les travaux commencent.
Fin
mars : les ouvriers attaquent la restauration de la voûte en
cul-de-four
de l’abside. Une peinture murale du XIXe siècle la
décore,
représentant un « Couronnement de la
Vierge » : Marie, au centre, est couronnée par
Jésus-Christ, à droite,
sous la bénédiction de Dieu le Père, à
gauche, la colombe du Saint-Esprit
surmontant le tout. C’est une très classique Trinité
couronnant la Vierge, sans
grande valeur picturale, mais il a été
décidé de la conserver et de la remettre
en état.
Sous
la direction de M. J.-C. Mortamet, architecte en chef des Monuments
Historiques, les ouvriers de l’Atelier Paul Mérindol, d’Avignon,
spécialisé
dans la restauration de ces monuments, réalisent des sondages
sur les parties
manquantes ou pulvérulentes du décor, pour rechercher les
différentes couches
de peinture ou d’enduit. Surprise ! Sous les peintures du XIXe
apparaissent alors deux visages humains nimbés, magnifiques,
puis une colombe,
et enfin une petite croix aux branches évasées... Autant
de vestiges d’une
œuvre beaucoup plus ancienne, mais surtout beaucoup plus belle,
représentant
également un « Couronnement
de la
Vierge », pour autant
que l’on puisse en juger. Selon
les conclusions
de l’Atelier Paul Mérindol, « une étude
plus approfondie nécessiterait
une intervention sur les parties saines du décor, nous pensons
que cela ferait
apparaître l’ensemble du décor antécédent ».
L’adjoint au maire, qui
me reçoit pour Pâques, prétend que les experts ont
d’abord estimé que ces
peintures dataient du XVe siècle. Cette information
est purement
orale. L’atelier Mérindol dans son rapport écrit datera
les peintures anciennes
du XVIIIe siècle.
Début
avril : les travaux sont arrêtés. Le maire de
Taluyers propose alors de
remettre à jour totalement les peintures anciennes, et d’en
réaliser une
restauration dans les règles de l’art, quitte à faire des
économies sur les
autres tranches de travaux. Mais la décision, dont la logique
frise
l’absurdité, tombe comme un couperet : « les
subventions ont été accordées pour la remise en
état des peintures
du XIXe, pas question de détourner ces fonds de
l’utilisation prévue »...
L’œuvre ancienne magnifique sera donc recouverte, et seules les
insipides
peintures du XIXe seront restaurées. La
municipalité n’a pas les
moyens de s’opposer à cette décision
« supérieure »...
Les
travaux reprennent. Un premier visage est recouvert d’une couche de
peinture
couleur rose bonbon du plus bel effet. Il faut dire qu’il était
un peu
déroutant, ce visage-là, avec un nimbe dont la partie
dégagée laissait deviner
sans aucun doute possible son aspect en forme d’étoile, à
six branches
semble-t-il vu la disposition des trois branches
dégagées. Qui est-ce ?
L’atelier Paul Mérindol conclut que le décor du XIXe
a remplacé à
l’identique un décor antérieur. En réalité
les personnages ont été inversés,
l’autre visage, à gauche, est sans conteste celui du Christ,
celui de droite,
au nimbe en étoile, est donc Dieu le Père.
7
avril : en ce jour de Pâques, la couche de peinture rose a
progressé, mais se
contente de cerner les autres visages. Ultime scrupule des ouvriers
observant
la trêve pascale ? L’un d’eux s’est cependant amusé
à peindre l’image d’une
cigarette allumée entre les doigts du Père Éternel
du XIXe...
Fin
avril : tout est fini... Le fade et sans âme « Couronnement de la Vierge » du XIXe
siècle,
restauré, a définitivement (?) recouvert son merveilleux
alter ego. Ainsi en ont
décidé les hommes, en cette fin de XXe
siècle ! Il n’en restera plus
que le souvenir dans la mémoire des quelques personnes qui en
ont vu les
vestiges, ainsi que des photos fort heureusement...
QUAND ART RIME AVEC
RARE...
Lorsqu’au
XIXe siècle la voûte de
l’église fut
décorée d’une Trinité
couronnant la Vierge, les peintures anciennes étaient sans doute
encore
visibles, puisque les deux thèmes paraissent identiques. On
s’est donc contenté
de les recouvrir par une œuvre à peu près semblable. Si
les anciens ne se sont
pas très bien rendu compte de ce qu’ils faisaient, il n’en est
sûrement pas de
même pour les « experts » venus examiner la
découverte de 1996, car
ils ont condamné à l’oubli une œuvre dont les quelques
éléments qui furent un
temps visibles témoignaient de la singulière
rareté... La colombe du
Saint-Esprit
Rien
de statique ni de guindé dans cette colombe ancienne,
contrairement à celle du
XIXe siècle. L’artiste avait su lui donner une
saisissante
impression de mouvement, en plaçant les ailes
écartées en oblique, la tête
regardant vers la droite mais les pattes tournées à
gauche. Elle est nimbée
d’une sorte d’aura en forme de soleil, dont les rayons inondent de
lumière
jaune pâle l’ensemble de l’œuvre.
« Christomorphisme »
L’aspect
le plus frappant, dans les visages anciens, est la parfaite
identité de traits
entre Jésus-Christ et Dieu le Père. En art
chrétien cette particularité a reçu
le nom de « christomorphisme ».
L’exemple
le plus connu de ce mode de représentation est un autre Couronnement de la Vierge, peint par Enguerrand Quarton
en 1453
pour la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Dans ce tableau,
le
christomorphisme est intégral, le Christ et Dieu le Père
sont rigoureusement
identiques, conformément au « prix-fait »
conclu entre les Chartreux
et Enguerrand Quarton : « et du père
au filz ne doit avoir nulle différence ».
En
réalité, les Chartreux de Villeneuve-lès-Avignon,
généreux commanditaires de
tant de chefs-d’œuvre au fil des siècles, n’ont fait que
remettre au goût du
jour une mode en usage pendant tout le premier millénaire : en
ces temps-là,
Dieu le Père n’était jamais représenté
autrement que sous les traits du Christ,
et ce n’est que relativement récemment qu’on en fit un vieillard
à barbe
blanche.
Le Couronnement de la
Vierge d’E. Quarton (chartreuse de Villeneuve-les-Avignon)
Taluyers
constituait un autre de ces exemples... Mais le christomorphisme
n’était que
l’une des singularités de ses peintures murales ! Poursuivons
l’inventaire, car
les étrangetés ne font que commencer... Dieu le Père
Ah
! Ce nimbe en forme d’étoile à six branches,
était-il donc si déroutant pour
« qu’on » s’empresse de le recouvrir en premier ?
Dieu
le Père est parfois figuré avec une auréole ou
nimbe triangulaire. On peut
citer deux exemples de Couronnement de la
Vierge où il apparaît ainsi : le premier dans
l’église des Estables
(Haute-Loire), le second dans l’église de Méounes (Var).
Ces deux tableaux
proviendraient de chartreuses proches.
Certains
saints sont agrémentés d’un nimbe carré, comme
Grégoire le Grand, pape au VIIe
siècle, mais un nimbe en forme d’étoile à six
branches (ou étoile de David), le
cas semble beaucoup plus rare... On peut cependant citer une peinture
murale
dans l’oratoire du cimetière de Lagrasse (Aude). ![]() L’étrange visage de
Dieu le Père, avec son nimbe en étoile Le Christ
Jésus
bénit de la main droite avec une position des doigts peu
courante : tous
sont dressés, à l’exception de l’annulaire qui est
replié vers le pouce. Ce
n’est pas le classique geste de bénédiction de
l’église catholique romaine (les
deux derniers doigts repliés), mais le caractéristique
geste de bénédiction de
l’église orthodoxe... Voilà qui est curieux !
Et
le nimbe crucifère attire de même l’attention : la
branche supérieure
s’orne d’un symbole ressemblant à un M aux formes arrondies,
à la mode
médiévale, la branche de droite laisse apparaître
ce qui ressemble à un N, et
sur la branche de gauche on croit deviner un O... Soit de gauche
à droite : O M
N. Serait-ce une abréviation du latin omnis
(« tout ») ?
Mais
si le Christ bénit selon le rituel orthodoxe, ces lettres sont
peut-être
grecques et non latines ? Le « M » pourrait
être à la fois un oméga minuscule,
mais à l’envers, ou un oméga majuscule,
mais dédoublé. Quant
aux lettres O et N, elles sont aussi la forme majuscule des lettres omicron et nu. Là, tout devient
clair : ce sont autant d’éléments typiques du
nimbe byzantin, traditionnellement orné des lettres grecques oméga
– omicron
- nu, signifiant « celui qui est ». ![]() Le beau visage du
Christ
Maintenant,
l’affaire va se corser : en effet, le thème du
Couronnement de la Vierge est inconnu de l’iconographie orientale
jusqu’au XVIIIe siècle ! Si l’artiste auteur de
cette œuvre a
peint, au XVe siècle comme cela a été
dit, un Christ typiquement
orthodoxe et byzantin, logiquement son thème
général ne peut pas être un Couronnement
de la Vierge... Ou alors
les peintures datent bien du XVIIIe, comme
précisé par le rapport de
l’atelier Mérindol. Ce qui conduit à analyser la zone
centrale des peintures,
là où aurait dû se trouver la Vierge
couronnée... La croix
Un
point de détail tout d’abord : l’église de Taluyers
est consacrée à
Notre-Dame, donc un Couronnement
de la
Vierge en décor de la
voûte de l’abside serait tout
à fait à sa place. Mais
de cette vierge hypothétique, effectivement rien
n’apparaît dans les fragments
des peintures anciennes... Le visage de Marie (du XIXe)
recouvrait
ce qui semble être une croix aux branches évasées,
dont seule la moitié
supérieure a été dégagée. Cette
croix semble légèrement inclinée sur la gauche.
Dans l’hypothèse où il ne s’agirait pas d’un Couronnement
de la Vierge, on peut envisager la
possibilité d’un Agneau
mystique
retenant dans sa patte
avant droite une haute croix, traditionnellement figurée
légèrement penchée.
Cet agneau, symbole caché du Christ dans les premiers
siècles, changea
lentement de symbolisme pour désigner ensuite l’ensemble du
« troupeau » des fidèles. Malheureusement
il ne sera jamais possible
de conclure, cette possibilité restera à l’état
d’hypothèse.
Le visage de la Vierge
recouvrant la croix ancienne QUELQUES
RÉFLEXIONS, AVANT D’ALLER PLUS LOIN...
Plusieurs
éléments conféraient aux peintures murales de
l’église de Taluyers un caractère
absolument unique. L’artiste qui les a peintes revenait-il d’Orient ?
Ou tout
au moins avait-il étudié l’art orthodoxe ? Ou a-t-il
simplement copié une icône
byzantine, ramenée par un Croisé ou un pèlerin ?
Cela expliquerait peut-être le W
transformé en M
pour cause
d’incompréhension... Mais pourquoi dans ce cas un nimbe en forme
d’étoile ?
Le Couronnement de la
Vierge
d’Enguerrand Quarton est parfois présenté comme
étant la démonstration de
l’union entre les églises d’Occident et d’Orient, tentée
en 1439 par le concile
de Florence, sous l’influence des Chartreux. Le décret d’union
avait pour thème
central l’unité du Père et du Fils, le christomorphisme,
que les Chartreux
mirent ensuite en application à Villeneuve-lès-Avignon.
Notre peintre
voulait-il faire de Taluyers, alors sur une route très
fréquentée par les
pèlerins, un autre exemple de cette union ?
Voulait-il aller plus loin que le concile de Florence
et
réaliser aussi l’union avec le judaïsme, symbolisé
par cette étoile de David constituant
le nimbe de Dieu le Père ? Il faut signaler qu’à cette
même époque la
bibliothèque de la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon
s’enrichissait d’une
douzaine de manuscrits hébraïques, des ouvrages aujourd’hui
conservés par la
bibliothèque municipale de Nîmes, et dont les titres
semblent dégager un subtil
parfum de kabbale. Notre peintre en était-il lui aussi
féru, en ces temps où la
« kabbale chrétienne » commençait
à s’affirmer grâce aux érudits
comme Pic de la Mirandole ? Questions sans réponses...
Aucune lumière ne
viendra jamais (?) trouer la nuit des siècles où ces
peintures sont maintenant
enfouies. En ce printemps 1996 notre région aurait pu
s’enorgueillir de la
préservation d’une œuvre d’art exceptionnelle, mais de l’ombre
n’a pas jailli la
clarté. PETIT VOYAGE
KABBALISTIQUE
Les
peintures murales de Taluyers proposaient-elles un message
kabbalistique
accessible aux seuls initiés ? J’ai posé la question
à notre ami Michel
Barbot, qui maîtrise particulièrement la kabbale
traditionnelle. Le problème
l’a passionné ! Voici ses conclusions,
particulièrement troublantes, qui
viennent confirmer le caractère exceptionnel des peintures...
Dans
le geste de bénédiction hébraïque, à
chaque doigt de la main droite correspond
une lettre : Yod, pour
le pouce ; Shin, pour
l’index ; Vav, pour le médius ;
Heth,
pour l’annulaire ; enfin Hé, pour l’auriculaire. Le geste de
bénédiction orthodoxe,
tel qu’il est visible à Taluyers, replie l’annulaire et nous
invite à éliminer
la lettre Heth. Les quatre lettres
restantes Yod – Shin – Vav – Hé vont
former le nom Yéchouah, dont la
transcription chrétienne est... Jésus ! La
traduction de Yéchouah est plus souvent
réduite à
« Sauveur », d’où les églises
consacrées au Saint Sauveur, mais la
signification précise est « Dieu sauvera ».
Ce
Dieu sauveur est qualifié de Christos,
terme grec dérivé de l’égyptien Kher’Cheta :
« le Maître du Mystère », ou
« le Possesseur du Secret ».
Et c’est bien vers l’Égypte que le nimbe crucifère de
Jésus nous invite à nous
tourner. Mais une Égypte visitée par les Hébreux
et revisitée par les
Chrétiens.
Les
lettres O N du nimbe crucifère du Christ, au-delà d’une
lecture orthodoxe,
peuvent faire référence à l’antique cité
d’On, l’Hiélopolis ou Cité du Soleil
des Grecs, située à 10 km au nord-est du Caire. Le nom On
est la forme
hébraïque de l’égyptien Ionou :
la ville du Pilier. La cité d’On abritait Benou ou
Phénix, l’oiseau renaissant
de ses cendres ; manifestation d’Osiris, mort puis
ressuscité, il
préfigure et annonce la mort puis la résurrection du
Christ.
Joseph,
11e fils de Jacob, est lui aussi une figure annonciatrice du
Christ
sauveur. Dans la Genèse (41, 45) il est dit que Joseph
épousa Osnat, fille de
Poti-Phéra, prêtre d’On, qui lui avait été
donnée en mariage par Pharaon. On
est écrit Aleph – Noun, dans ce verset, puis Aleph
–
Vav – Noun, au verset 50 du même
chapitre. Joseph est aussi associé à la syllabe On/Oun par la 11e
pierre — un onyx — du
pectoral porté
par le Grand Prêtre devant l’Arche d’Alliance. Sur cette pierre
étaient gravés en
caractères hébraïques Oun – Joseph. Bien que sur le
pectoral la syllabe Oun soit la syllabe finale d’un mot
commencé sur la pierre précédente, il n’en reste
pas moins que ce Oun est associé à
Joseph.
Les
lettres O N de la fresque transcrivent semble-t-il Aleph –
Noun, la première version du nom biblique de la cité.
Première remarque : Aleph = 1, Noun
= 50. Soit un total de 51, nombre
dyonisien... Ces deux lettres permettent d’effectuer ce que les
kabbalistes
nomment « le Voyage dans le Mot ». Ce voyage qui
ne peut s’effectuer
qu’à l’intérieur d’un mot de deux lettres, consiste
à découvrir le sens du
mouvement, du chemin, qui conduit par sa valeur numérique de la
lettre la moins
élevée à la lettre la plus élevée.
Pour passer du Aleph au Noun, du 1 au
50, il faut faire un voyage de 49, nombre qui s’écrit Mem – Teth. Cette racine évoque les idées
de vacillement, de remuement, de mouvement communiqué
spécialement vers le bas,
d’où le verbe hébreu Mat :
« vaciller ».
En
quoi On est-elle par sa structure hébraïque appelée
à vaciller ? Il faut se rappeler que On
vient
de l’égyptien Ionou : la ville
du pilier. La transcription du Ionou
égyptien en On hébraïque n’est pas
anodine. Lorsque On est écrit Aleph
- Vav -Noun au
verset 50, cela signifie aussi
« idolâtrie ». Le
Benben, pilier de
l’idolâtrie sur lequel est perché l’oiseau Benou, est
appelé à vaciller !
Le vacillement du pilier du Temple du Soleil d’On est annoncé
par Jérémie (43,
13). Dans ce verset, On est nommé Beith-Shémèsh :
la Maison du Soleil.
Ce
voyage au cœur de On donne accès à un nouveau mot de deux
lettres, Mem -
Teth ou
Mat, permettant
un nouveau voyage dans le mot. Pour passer du Teth, 9,
au Mem, 40, il convient
de parcourir 31, nombre s’écrivant Lamed – Aleph.
Ces deux lettres/nombres
permettent d’écrire le mot
El :
« dieu », mais
aussi « héros ». Dieu l’Unique supplante
les idoles égyptiennes dont
Ézéchiel annonce la chute au chapitre 30 de son Livre. La
ville d’On tombera au
fil de l’épée, y est-il dit au verset 17.
El signifie aussi
« vers ».
Cette préposition indique qu’un troisième voyage dans le
mot s’impose. Pour
passer de Aleph, 1, à Lamed,
30, il faut parcourir 29, nombre
qui s’écrit Kaph – Teth. Ces deux
lettres écrivent la racine araméenne TK, signifiant
« siège ».
Ce
siège composé de deux lettres oblige à effectuer
un quatrième voyage dans le
mot. Pour passer de Teth, 9, à Kaph,
20, il
faut parcourir 11, nombre qui s’écrit Yod – Aleph.
Ces deux lettres écrivent
le mot I, signifiant « côte,
île, rivage lointain ».
En résumé, l’ensemble de ces
voyages dans le
mot aboutit
à cette déclinaison : ON → MAT → EL → TK → I La lecture enchaînée
des cinq
concepts révélés par ces mots permet dans un
premier temps d’affirmer :
« Lorsque l’idolâtrie vacille, Dieu
(le Héros) siège en un lointain rivage ».
Ces cinq déclinaisons
renvoient encore à Joseph, qui est associé par six fois,
dans la saga biblique,
au nombre cinq. Mais il est possible d’aller encore plus loin...
Les
initiales des cinq mots hébreux ON – MAT – EL – TK – I
sont : Aleph – Mem – Aleph – Teth - Aleph.
Elles permettent d’écrire les mots Am,
la mère, la cité-mère, la capitale, et At,
le sorcier, l’enchanteur, le magicien. Am
– At a une valeur numérique de 51, soit la valeur de On. En
ajoutant le
troisième Aleph, le nombre 1,
apparaît le nombre 52, nombre de Ben,
fils, soit Jésus ou Yéchouah pour le
christianisme. Retour à la case départ !
Il
est temps de s’intéresser à la troisième lettre du
nimbe crucifère, cet oméga formant avec
les deux autres
lettres la formule « celui qui est ». Cet omégaMem hébraïque dont la
signification est : « les eaux ». Quant
à la syllabe égyptienne On/Oun, sa
signification est :
« lièvre ». Or pour les Égyptiens,
l’image du lièvre sur les eaux
désigne l’existence ou l’être. Un macaron de la
cathédrale Saint-Jean de Lyon
représente un lièvre dévoré par un aigle,
symbole du martyr du Christ.
Lorsque je reçus cette étude
remarquable,
j’avoue qu’il me
fallut la lire un « certain
nombre » de fois pour
bien m’en pénétrer.
J’imagine que le lecteur qui m’a suivi jusqu’ici a dû faire de
même ! Puis
en lisant « entre les lignes », j’y
découvris divers liens ténus avec
le Pilat. Par exemple, la similitude entre le nom égyptien de On
— Ionou, le pilier — et le mot latin pila—
colonne, pilier — à l’origine du
nom Pilat.
Selon Michel Barbot, Joseph paraît
être
devenu, après la
mort de son père Jacob, le gardien de la « pierre
d’Israël » évoquée
par le verset 24 du chapitre 49 de la Genèse. Le chanoine Osty,
auteur d’une
traduction de la Bible connue et reconnue, pense que cette pierre
pourrait être
la fameuse pierre de Béthel, qui servit de chevet à Jacob
et qu’il dressa
ensuite en stèle. Ce roc devint, dit-on, la non moins fameuse Lia Fail de la mythologie celtique,
jalousement gardée par les Sinclair. Son alter ego serait comme
je l’ai
démontré dans le tome I de mon livre La
Société Angélique la pierre qui
chante — ou qui enchante — du
site des Roches de Marlin.
« L’enchanteur »
dévoilé par le mot At ne serait-il pas
Merlin ? Sa
« mère, cité-mère ou
capitale » dévoilée par le mot Am
ne serait-elle pas
Sainte-Croix-en-Jarez ? Les peintures murales de Taluyers — le
lieu où fut
signée la charte de fondation de la chartreuse — ne nous
invitent-elles pas,
par leur interprétation kabbalistique, à
considérer tous les arcanes secrets
qui ont précédé ladite fondation ?
Et que penser de l’étonnante
affirmation de Dom
Polycarpe
qui voyait le nom Pilate venir de Pila, le nom de sa mère,
et de Ate, le nom de son père ?
= Pila = pilier, et si Ate =
At = enchanteur = Merlin, Pilate devient « le pilier de
Merlin »,
allusion à l’axe du monde des Roussillon ? Et si Pila =
mère = Am, Pilate
devient Amat, nom d’une famille implantée à la fois dans
le Forez et en
Haute-Provence, dans le village du Poët, tout proche de la
cité perdue de
Théopolis, l’une des énigmes historiques exposées
dans le tome I de La
Société Angélique.
Ainsi les peintures murales de Taluyers, qui
évoquaient
déjà la Provence par leur ressemblance avec le
« Couronnement
de la
Vierge » de
Villeneuve-lès-Avignon, nous
invitent-elles à suivre les traces de Dom Polycarpe dans cette
belle contrée. |
Nous vous proposons à présent de retrouver notre Invité, notre Ami André TRABET |
![]() |
1/ Bonjour André. Pour commencer pouvez-vous vous présenter, tellement vos diverses activités font de vous un touche à tout ? Touche
à tout, dites
vous ? Pourquoi pas, je préfère cette expression
à celle de passionné que
l’on m’attribue souvent. Je refuse les passions et m’en tiens à
mes divers
pôles d’intérêt qui, à des degrés
divers, tournent autour des mots et donc de
l’écriture avec mes livres ou de la narration avec mes
conférences. 2/ Très connu et reconnu en région viennoise, quel déclic vous a poussé vers l’écriture sur votre ville alors que d’autres l’avaient déjà fait (exemple, Pierre Cavard) ? J’ai en
partie déjà répondu
à votre question ; je n’écris pas comme un historien
que je ne suis pas
mais comme un narrateur qui veut mettre du sel dans les écrits
des vrais
historiens. J’ai rédigé mon livre sur Vienne après
avoir constaté que mes amis,
dans l’ensemble, ignoraient tout de l’histoire de la ville, bien que
certains
soient en possession des ouvrages, fort intéressants, des
historiens locaux.
Pourquoi ? Parce que ces ouvrages sont trop sérieux, trop
précis, souvent
longs à lire, en cela ils soulignent la qualité des
recherches entreprises par
leurs auteurs mais ils n’éveillent l’intérêt
que de ceux qui veulent
absolument savoir. J’ai lu tout ou presque cette littérature sur
la ville et
j’en ai fait un ouvrage à la portée de tous. Avec de
l’humour, de l’anecdote,
des dialogues entre les belligérants, en un mot, un livre de
vulgarisation. 3/ Si on y regarde de près, on s’aperçoit alors, que là encore vos sujets cette fois sont très différents. Comment expliquez-vous ces différences de style si je peux le formuler ainsi ? Nous revenons à votre ‘touche à tout’ Après mon livre sur Vienne, je me suis dirigé vers mon autre pôle d’intérêt, la philosophie. Toujours avec l’intention de mettre certains écrits à la portée d’un large public. Mon ‘ Procès et mort de Socrate’ n’est rien d’autre que le résumé sous forme d’une pièce de théâtre des ouvrages de Platon : Apologie, Criton, Phédon, il se lit en une heure et demi. ‘ Les chiens de Corinthe ‘ c’est la vie de Diogène le Cynique prise sur le vif et non une biographie classique sur le célèbre philosophe. Tous ces ouvrages ont trait à l’histoire et pour un narrateur, l’imagination se borne à écrire différemment des sujets que d’autres ont traité avant lui. Aussi, avec ‘Nadia’, j’ai voulu faire un roman, un peu pour tester mes compétences. Quant à ‘ Raconte-nous les Templiers’ c’est la suite logique de Vienne Sainte et Maudite puisque cet Ordre a été dissout à Vienne au cours du Concile de 1311/1312 qui constitue le plus grand événement politico/religieux qui se soit déroulé dans notre ville. ‘Samina’
est l’histoire d’une
jeune femme d’origine pakistanaise, vivant à Vienne, qui a
manifesté à des amis
communs son intention d’écrire un livre sur sa vie difficile.
C’est ainsi
qu’elle m’a été présentée et qu’ensemble
nous avons rédigé cet ouvrage. J’ai
découvert une forme de narration très particulière
qui résulte d’une sorte
d’enquête auprès de l’intéressée chez qui il
faut faire remonter les plus
intimes émotions voire les plus profonds ressentiments. 4/ La légende de fin de vie de Ponce Pilate prend racine à Vienne. Pouvez-vous nous faire part de votre réflexion sur cette légende ? Vous
employé vous-même le
mot de légende. A quel moment se croise-t-elle avec
l’Histoire ? S’il est
vrai que les romains exilaient en Gaule quelques personnages des pays
conquis
par leurs armées, notamment Archélaüs, fils
d’Hérode Ier à Vienne, rien ne
prouve que Pilate y fut exilé et rien ne prouve le contraire. 5/ Voici quelques années vous avez réalisé un DVD, Vienne Sainte et Maudite. Pouvez-vous nous préciser vos souvenirs de ce tournage ?
6/ 2011/2012, période anniversaire des 700 ans du Concile réuni à Vienne et qui a vu principalement l’abolition de l’ordre du Temple. Comment votre ville a-t-elle abordé ce sujet brûlant ? La ville veut profiter du 700ème anniversaire du Concile pour remédier au déficit d’image dont elle souffre depuis des décennies. Son Député-maire, Jacques Remiller, m’a demandé d’organiser cette commémoration. Avec d’autres associations de la ville nous nous sommes réparti les tâches. Le Lions Club à organisé une soirée de gala avec lancement d’une cuvée spéciale, les Amis de Vienne, un cycle de conférences et l’association ‘Concile et templiers’ que je préside, va organiser une grande manifestation sous forme de fête médiévale le 25 et 26 août 2012. Ce sera une manifestation colossale avec près de 350 exécutants ou figurants, elle se déroulera au sein même de la ville et notamment autour de la cathédrale et l’hôtel de ville. Tous les spectacles, toutes les animations seront gratuits et les visiteurs pourront découvrir sur le marché médiéval qui se tiendra place Saint Maurice, les produits et l’artisanat de l’époque. Une
fête à ne pas manquer qui
devrait connaître un très grand succès tout en
faisant découvrir les richesses
patrimoniales de la ville. 7/ Pouvez-vous nous donner votre avis personnel sur ce Concile et par là-même sur la culpabilité des Templiers ? Puisque
vous me demandez le
fond de ma pensée je vous dirais que le roi avait de
sérieuses raisons de voir
disparaître cet Ordre mais que, sur la forme, je ne peux
être d’accord avec les
moyens employés, ceux de l’époque hélas. Il est
possible que les Templiers
aient usé et abusé de leur fortune et de leurs
privilèges mais le sieur
Nogaret s’est chargé de nourrir le dossier d’arguments
fallacieux sur fond
d’aveux obtenus par la torture avec la sainte complicité de
l’Inquisition. 8/ Procès et mort de Socrate, Nadia, Samina, des ouvrages bien différents. Comment se manifeste chez vous cette passion pour l’écriture ? Je
crois avoir déjà répondu
à cette question, j’aime écrire, j’aime les mots, c’est
ce qui m’a conduit à
rédiger des grilles de mots croisés pour un journal
local, c’est ce qui m’avait
amené à inventer il y a fort longtemps, le jeu
‘Intellude’ sur fond de racines
grecques et latines. 9/ Qualifier André Trabet de « rassembleur » ; sommes-nous loin de la vérité ? Le mot
de rassembleur à
pris ces derniers temps une connotation politique que je
réprouve, non pas que
je sois contre l’idée mais parce que je sais qu’une fois au
pouvoir les
promesses sont vite oubliées. Et puis, on ne peut
rassembler que ce qui
veut bien s’assembler, si mes lecteurs, mes auditeurs trouvent un
certain
plaisir à me lire ou m’entendre je serai très heureux de
les rassembler autour
d’un style que d’autres réprouveront avec des arguments
honorables s’ils sont
fondés. 10/ Et maintenant ? Quels sont vos nouveaux projets ? J’en ai
toujours plein la
tête. Après la fin de la commémoration du concile,
je ‘sortirai’ mon livre sur
les petites histoires de Pont-Evêque, village de mon enfance. Si
Dieu me prête
vie j’aurai peut-être le temps de terminer un roman
commencé depuis plus d’un
an ‘ L’orgue de barbarie’. Je voudrais aussi pouvoir obtenir, en
collaboration
avec le directeur due théâtre, la présentation
à Vienne de l’opéra ‘Michel
Servet’ que j’ai vu à Genève et pour lequel j’ai ouvert
des pourparlers avec sa
compositrice. Et puis, je trouverai peut-être le temps de prendre
des vacances
avec mes petits enfants. |
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