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Pilat et Liens |
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Par
Patrick
Berlier
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LES VIERGES
NOIRES EN VELAY,
LYONNAIS, FOREZ ET PILAT La sortie de notre nouveau
livre Le Pilat
Mystérieux, qui consacre un chapitre à la Vierge
noire du Pilat,
Notre-Dame-soubs-Terre à Pélussin, nous donne l'occasion
d'évoquer quelques
unes des Vierges noires de notre région, qui en compte un
certain nombre, plus
ou moins connues. Nous nous limitons aux plus proches du Pilat, en
incluant
toutefois la Vierge noire du Puy-en-Velay et celle de Fourvière
à Lyon. Vierge
noire de l'abbaye Saint-Victor à Marseille Les Vierges noires se
rencontrent essentiellement
en France, et plus particulièrement dans le Massif Central.
Leurs origines
restent mystérieuses. Ces statues furent le plus souvent
trouvées fortuitement
en des temps très anciens. Le lieu de la découverte
était généralement dans un
arbre ou un buisson, au bord de l'eau ou près d'une source. On
dit que les
Vierges noires résistaient à toute tentative de
déplacement, soit en devenant
subitement très lourdes, empêchant ainsi leur transport,
soit en revenant
toutes seules sur le lieu où on les avait trouvées. Comme
si leur rôle était de
servir de balises pour marquer des points bien précis. Comme
elles étaient très
vénérées, pour les protéger on a fini par
élever en ces lieux chapelles,
basiliques, églises, voire cathédrales comme à
Chartres ou au Puy-en-Velay. Il n'est pas impossible que
ces statues prises
pour des représentations de la Vierge à l'Enfant aient
été bien autre chose en
réalité. Pourquoi pas, comme à Chartres, une
réminiscence de la virgo paritura,
la vierge devant enfanter, vénérée par les Gaulois
ainsi que le signalait Jules
César. À ce sujet il est édifiant de comparer avec
la gravure du livre de
Sébastien Rouillard Parthénie, ou l'histoire de la
très auguste et très
dévote église de Chartres (1609). Le mythe de la
femme vierge donnant
naissance à un enfant est commun à plusieurs
civilisations, et fut récupéré par
les religions successives. La
« virgo paritura » des Celtes LE PUY-EN-VELAY Au Puy-en-Velay, la statue de
la Vierge noire qui
trône aujourd'hui dans le chœur de la cathédrale est en
réalité la troisième.
Le lieu a toujours été un sanctuaire marial. Aux premiers
temps du
christianisme, une femme qui souffrait de fièvre eut en songe la
vision de la
Vierge, qui lui ordonna de se rendre au sommet du Mont Anis, sur
l'emplacement
de la cathédrale actuelle. Ce qu’elle fit dès le
lendemain. Avisant le vieux
dolmen dressé en ce lieu, elle s’y coucha et s’y endormit.
À son réveil, non seulement
la fièvre avait disparu, mais la Vierge se tenait là, qui
lui fit part de son
désir de voir une église s’élever en cet endroit.
La brave femme s’en alla voir
Georges, le premier évêque du Velay, dans son
évêché qui était alors à Ruessio,
actuel Saint-Paulien. Le saint évêque, troublé,
vint illico sur le Mont Anis.
Le sol était couvert de neige, bien qu’on fût pourtant en
juillet. Un cerf
apparut et gambada dans la neige, dessinant le contour de la future
église.
Saint Georges planta des branches épineuses pour marquer ce
pourtour. Il promit
à la femme d’exaucer le vœu de la Vierge, mais il mourut peu
après et le temps
passa. Deux siècles plus tard,
une nouvelle guérison
miraculeuse décida l’évêque saint Vosy à
venir sur le Mont Anis. Les branches
épineuses plantées par saint Georges étaient
devenues des buissons de roses.
Vosy partit à Rome pour obtenir l’autorisation de bâtir la
nouvelle église. Il
revint avec Scutaire, architecte romain, qui se chargea de la
construction. Une
première basilique fut édifiée entre 415 et 430.
Elle contenait naturellement
une statue de la Vierge, dont nous ne savons pas grand-chose. Sa
renommée
attira rapidement pèlerins et malades, et la ville prit
rapidement de
l’importance, si bien que le siège de
l’évêché dut être transféré de
Saint-Paulien au Puy-en-Velay, quelques années avant l'an 600. Les premières pierres
de la cathédrale actuelle
furent posées au XIe siècle. Un siècle
plus tard, elle était déjà
trop petite, tant était grande l’affluence des pèlerins,
le Puy étant devenu
l'un des points de départ du pèlerinage de
Saint-Jacques-de-Compostelle. Mais
la place manquait pour agrandir la cathédrale, le terrain
étant trop exigu. La
seule solution était de lancer audacieusement la nef au-dessus
du vide, côté
ouest, cette extension étant soutenue par de hautes arches en
guise de pilotis.
C’est la raison pour laquelle on entre dans la cathédrale non
pas par une porte
en façade mais par l’escalier passant sous la nef et
émergeant directement au
centre du bâtiment. Il est ensuite possible de le quitter par les
portes
situées de part et d’autre du chœur. Ce qui fait dire que l’on y
pénètre par le
nombril pour en ressortir par les oreilles. Entrée
de la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay La première statue de
la Vierge fut reléguée
derrière le maître-autel lorsque la deuxième fut
installée. Cette Vierge noire
aurait été rapportée d’Orient par Louis VII, qui
l’aurait reçue en cadeau du
sultan de Jérusalem. Selon une autre version, c’est saint Louis
qui l’aurait
rapportée d’Égypte, et en aurait fait cadeau à la
cathédrale du Puy au retour
de la septième croisade. Vénérée pendant
des siècles, cette Vierge noire fut
brûlée en place publique par les révolutionnaires,
en 1794. Le lendemain, on
trouva dans ses cendres une petite pierre de jaspe sanguin couverte de
hiéroglyphes égyptiens, qui devait sans doute se trouver
à l'intérieur de la
statue. On connaît précisément l'aspect de cette
Vierge noire, car elle avait
fait l'objet d'une description précise par le géologue
Faujas de Saint-Fond,
venu peu de temps avant visiter le Velay. Voici en quels termes il la
décrit
(avec l'orthographe de l'époque), dans son ouvrage Recherches
sur les
volcans éteints du Vivarais et du Velay (1778) : « La
statue a deux pieds trois
pouces de hauteur, elle est dessinée d’une manière dure
& roide, son
attitude est celle d'une personne assise sur un siège à
la manière de certaines
divinités Égyptiennes ; elle tient sur son giron un
enfant dont la tête
vient correspondre à l’estomac de la statue qui est en bois,
paroissant être d
une seule pièce, & pesant environ vingt cinq livres ;
le fauteuil sur
lequel elle repose est détaché je le crois d’un travail
moderne. Je dois dire
avant de passer à d'autres détails que la statue est de
cèdre, on y distingue
la couleur & toutes les qualités de ce bois, j'ajoute
qu’elle paroît être
très ancienne ». L'ancienne
Vierge noire du Puy (gravure
extraite du livre de Faujas de Saint-Fond) Puis l'auteur détaille
la manière dont la statue
est couverte d’une toile fine marouflée et peinte : « toute
la statue est
entièrement enveloppée depuis la tête jusqu'aux
pieds, de plusieurs bandes d
une toile assez fine, très soigneusement & très
solidement collée sur le
bois à la manière des momies Égyptiennes. C’est
sur ces toiles fortement
collées sur toute l'étendue du bois, ainsi que je l'ai
déjà dit, qu'on a
d'abord jeté une couche de blanc à gouache, sur laquelle
on a peint à la
détrempe les draperies accompagnées d'ornemens de
différentes couleurs. » Faujas de Saint-Fond poursuit,
décrivant l’aspect
du visage de la Vierge : « La
forme du visage présente
un ovale extrêmement allongé & contre toutes les
règles du dessein. Le nez
est également d'une grosseur & d’une longueur
démesurée, & d'une
tournure choquante. La bouche est petite, le menton raccourci &
rond, la
partie osseuse supérieure de l'œil fort saillante, & l'œil
malgré cela très
petit. » À propos des yeux, le
géologue précise qu’ils
sont simplement en verre, de forme convexe et peints à
l’intérieur pour
dessiner l’iris. Ces yeux donnent à la statue un curieux
regard : « on ne peut dissimuler que cette
figure
n'ait un air hagard, & en même temps étonné,
qui inspire de la surprise
& même de l'effroi ». Vierge
noire du Puy-en-Velay, hier et aujourd'hui La référence
à l'Égypte est intéressante, puisque
selon l'une des versions la statue aurait été
rapportée d'Égypte par saint
Louis. Beaucoup pensent que les Vierges noires étaient en fait
à l'origine des
statues égyptiennes représentant Isis et son enfant
Horus. Cela expliquerait la
couleur sombre ou franchement noire de la peau, et l'aspect du visage.
La
comparaison entre les représentations d'Isis mère, de la virgo
paritura,
et des Vierges noires chrétiennes, est particulièrement
troublante. En fait
toutes ces œuvres ne sont que des déclinaisons de la
déesse mère primitive. On
peut ajouter que la deuxième Vierge noire du Puy, comme beaucoup
d'autres,
avait le visage noir mais les mains blanches, en signe de
pureté. La statue
actuelle est une œuvre du XIXe siècle, l'artiste
s'est inspiré de
diverses Vierges noires existantes pour la réaliser. Statue
d'Isis et Horus NOTRE-DAME DE FOURVIÈRE Direction Lyon pour la suite
de notre tour
d'horizon des Vierges noires régionales. Sur la colline de
Fourvière, qui
domine le Vieux Lyon, il y aurait eu très tôt une chapelle
édifiée sur les
ruines du forum romain. Cet oratoire primitif paraît plus relever
de la légende
que de l'histoire. La première chapelle dont l'existence soit
certaine fut
construite vers 1170. Elle était consacrée à saint
Thomas Becket, qui aurait
séjourné à Lyon quelques années auparavant.
Constituée d'une nef unique, la
chapelle était adossée à un clocher-tour
carré dont la base formait une
chapelle dédiée à la Vierge, communiquant avec la
première par une petite
porte. En 1192 la chapelle de Fourvière fut élevée
au rang d'église collégiale.
Elle attira très vite une intense dévotion, qui dura
plusieurs siècles. En 1562 les protestants se
rendirent maîtres de
la ville de Lyon, et pour tenir leur position ils firent appel à
leur armée.
C'est alors qu'intervint le sinistre baron des Adrets, qui
décida de se livrer
au pillage et au saccage des églises lyonnaises, en
commençant par le symbole
le plus ostensible, l'église de Fourvière, qui resta en
ruines pendant plus de
vingt ans. En 1586, profitant d'une
accalmie dans les
guerres de religion, les lyonnais reconstruisirent leur église
chérie, et la
consacrèrent entièrement à Marie. Pour l'occasion
fut mise en place une
nouvelle statue de la Vierge à l'Enfant, en bois de poirier, qui
s'assombrit
rapidement et fut requalifiée en Vierge noire sous le nom de
Notre-Dame de Bon
Conseil. La
Vierge noire de Fourvière jadis En 1630 elle reçut la
visite du roi Louis XIII et
de son épouse Anne d'Autriche. Le couple, sans enfant, implora
la Vierge de lui
donner une descendance. Leur prière finit par être
exaucée, mais c'est
seulement en 1638 que naquit le futur Louis XIV. Entre temps le couple
royal
avait visité d'autres sanctuaires, vénéré
d'autres statues, en particulier
celle de sainte Anne dans la cathédrale d'Apt, en Provence, mais
pour les
Lyonnais seules les prières à leur Vierge noire furent
efficaces. En 1643 une
épidémie de peste décimait la population
lyonnaise. On comptait plusieurs
dizaines de milliers de morts. Les échevins (édiles
municipaux) promirent
d’offrir une pièce d’or et des cierges blancs à la Vierge
si l’épidémie
cessait. Le fléau s’arrêta en effet quelques semaines plus
tard. Le 8
septembre, fête de la naissance de Marie, les échevins
montent à Fourvière pour
tenir leur promesse, avec à leur tête le
prévôt des marchands (maire). La
tradition de « monter » à Fourvière
chaque 8 septembre fut poursuivie
par ses successeurs puis par les maires après la
Révolution, et elle perdure
aujourd’hui encore, quelles que soient les croyances religieuses,
philosophiques, ou les colorations politiques des premiers magistrats
de la
ville. La
Vierge noire de Fourvière aujourd'hui L'église de
Fourvière fut agrandie en 1740, et
pourvue d'un nouveau clocher en 1852. On décida de le coiffer
d'une statue de
la Vierge dorée à l'or fin. L'œuvre fut commandée
au sculpteur officiel du
diocèse, Joseph Hugues Fabisch. La cérémonie
d'inauguration, prévue pour le 8
septembre 1852, dut être annulée à cause de l'orage
terrible qui s'abattit sur
la ville ce jour-là. Elle fut reportée au 8
décembre, jour de la Conception de
Marie. Le soir venu, les Lyonnais allumèrent
« spontanément » des
milliers de lumignons qu'ils alignèrent sur les rebords de leurs
fenêtre,
perpétuant en réalité une coutume ancestrale.
L'habitude a perduré, elle est
devenue aujourd'hui la très prisée Fête des
Lumières. Fourvière connut un
considérable regain de
ferveur, à tel point que l'église devint bien trop
petite. L'archevêque de Lyon
décida d'élever une autre église, beaucoup plus
grande, à côté de la première,
et il fit appel pour cela à un architecte talentueux, Pierre
Bossan. Celui-ci
avait déjà conçu plusieurs églises dans la
région lyonnaise, dont à Lyon
l'église Saint-Georges au pied de la colline. Il imagina une
grande basilique,
très richement décorée à l'extérieur
comme à l'intérieur. Elle fut financée par
les grandes familles lyonnaises, et ouverte au culte en 1896. La
basilique de
Fourvière, dont la silhouette blanche caractéristique se
dresse dans le ciel
au-dessus de la cité, ne fait pas l'unanimité, mais elle
ne laisse personne
indifférent. Elle voisine toujours, en communiquant avec elle,
la chapelle de
la Vierge noire Notre-Dame de Bon Conseil. La
basilique Notre-Dame de Fourvière NOTRE-DAME DE BONSON Nous arrivons maintenant dans
le Forez. La petite
bourgade de Bonson, établie sur la rivière du même
nom, est bien connue pour sa
chapelle rurale construite un peu à l'écart du village,
au bord de la rivière.
On y venait en pèlerinage à cause d'une statue de la
Vierge à l'Enfant, jugée
miraculeuse, qui faisait l'objet d'une grande vénération.
On dit qu'elle fut
découverte dans un tronc d'arbre, par un enfant qui menait ses
bêtes boire à la
rivière. Le gamin courut au village pour conter sa
découverte. Les habitants
incrédules vinrent juger par eux-mêmes, persuadés
que l'enfant avait menti ou
avait mal vu. Mais ils durent convenir que c'était bien la
statue d'une Vierge
qui trônait dans l'arbre. Ils décidèrent alors de
la transporter dans leur
église, où elle serait mieux à sa place. Le
lendemain, la Vierge avait disparu.
Elle était revenue dans son tronc d'arbre. Une seconde fois on
la transporta au
village, et une seconde fois elle revint dans son arbre. Alors on
décida de la
laisser en place, puisque visiblement elle se plaisait là. Puis
au XIe
siècle on éleva une chapelle romane à cet
emplacement, et on y plaça la statue.
Apparemment cela lui convenait puisqu'elle y resta. La
chapelle Notre-Dame de Bonson On ne sait rien de plus de
cette statue
primitive. Par ses caractéristiques – découverte au bord
de l'eau, dans un
arbre, refus de changer de place – tout indique que ce devait
être une Vierge
noire. Au XVe siècle elle fut remplacée par
une nouvelle statue, en
bois sombre de poirier ou de tilleul. Cette statue a
résisté à toutes les
tourmentes, guerres de religion comme révolution. Pendant la
Terreur, elle fut
remisée dans une cachette sûre, enfermée dans un
coffre construit tout exprès,
lequel fut enterré au pied d'un arbre. L'orage passé, on
la remit dans son
sanctuaire. Hélas, le zèle de la population à
protéger sa Madone n'a pas
perduré au fil des siècles. La statue fut honteusement
dérobée dans les années
90. Il en existe heureusement des cartes postales anciennes, des
photographies,
des descriptions. Grâce à elles, nous savons qu'elle
mesurait environ 30 cm de
hauteur, socle compris. Ce socle était en réalité
un reliquaire, une vitre
permettant de voir un morceau d'étoffe présenté
comme un fragment du suaire de
la Vierge. Voici en quels termes émus l'abbé Signerin,
curé de
Saint-Rambert-sur-Loire, décrivait la statue dans son livre
consacré à
Notre-Dame de Bonson : « La
Vierge porte une couronne
adhérant à la tête, avec bandeau très
saillant, uni et surmonté de denticules
dépourvues de fleurons. Le front est haut et découvert,
le visage est ovale et
montre des traits empreints d'une grande amabilité
mêlée de tristesse ;
sous des sourcils bien arqués, les yeux s'ouvrent à demi,
et semblent jeter des
regards de compassion ; le nez est droit et fort ; les
lèvres, bien
dessinées, esquissent un sourire dont la douceur se marie
à la pitié […] Une
abondante chevelure disposée en nattes nombreuses est
répandue, non seulement
sur les épaules de la Vierge, mais encore sur ses bras.
Ramenées ainsi en
avant, ces nattes ondulées font un cadre des plus gracieux
à son doux et
maternel visage […] La tête de la Vierge ne porte pas le voile
traditionnel des
femmes juives ; mais un ample manteau, aux plis nombreux et bien
distribués,
jeté avec grâce sur ses épaules, descend
jusqu'à ses pieds et va, dans un
élégant drapé, dérober le bas de la robe.
De la main droite, la douce Madone
relève les deux pointes extrêmes de ce manteau, comme pour
laisser à découvert
le médaillon creusé à ses pieds [le reliquaire]
pendant que, de la main et du bras gauche, elle soutient l'Enfant-Dieu.
Celui-ci appuie affectueusement une de ses mains sur l'épaule de
sa divine
Mère ; et, dans l'autre, presse un fruit,
croyons-nous. » La tête de l'Enfant
Jésus était détachée du reste
de la statue, et fixée sur elle grâce à un pivot,
comme si la statue originelle
avait été décapitée, et la tête de
l'Enfant remplacée par une nouvelle. Le
trait était d'ailleurs malhabile, le nez en particulier donnait
au visage une
allure de personnage de bande dessinée. Notre-Dame
de Bonson (photo ancienne) Après le vol qui spolia
la chapelle de sa Vierge
vénérée, la municipalité de Bonson
décida de la remplacer. Elle lança un appel
d'offre, et plusieurs artistes proposèrent des projets. C'est
finalement celui
du Roannais Michel Granger qui fut retenu. Ce n'est pas une statue mais
une
dalle en verre de Saint-Just, d'un bleu pailleté, dans laquelle
l'artiste a
découpé la silhouette de la Vierge à l'Enfant,
laquelle apparaît par un jeu de
lumière en blanc éblouissant, comme une apparition.
L'artiste n'a pas voulu
remplacer la statue ancienne par une nouvelle, mais plutôt
symboliser son
absence, tout en rendant hommage au savoir-faire des maîtres
verriers de la
région. On est ainsi passé d'une Vierge noire bien
matérielle à une Vierge
blanche virtuelle et éthérée. Le
vitrail de Notre-Dame de Bonson NOTRE-DAME DE VALFLEURY Nous voici dans le Jarez. Le
modeste village de
Valfleury doit sa célébrité au sanctuaire marial
qu’il abrite, fondé suite à la
découverte d’une statue de la Vierge noire aux alentours de l’an
800. Un soir
de Noël, des bergers eurent leur attention attirée par un
bouquet de genêts
miraculeusement fleuris dans la neige. Et au cœur de ces genêts,
près d’une
source, les attendait une petite statue de la Vierge, en bois sombre.
Ils la
rapportèrent chez eux, à Saint-Christo, où elle
trouva sa place dans l’église.
Mais le lendemain la Vierge était retournée dans son
vallon sauvage. Alors on
décida d’élever un oratoire à cet endroit. Bien
vite quelques chaumières
vinrent l’entourer. Ainsi est né le sanctuaire du val fleuri,
devenu le village
de Valfleury. Puis rapidement la réputation de sa Vierge et de
sa source draina
vers lui les chrétiens des environs, les premiers miracles
s’accomplirent. Le
parallèle avec la Vierge de Bonson est à relever. Découverte
de la Vierge noire Ce sont les
Lazaristes, installés à Valfleury depuis la fin du XVIIe
siècle, qui
ont relancé un pèlerinage un peu tombé dans
l’oubli. Son succès doit beaucoup à
James Lugan, supérieur de la congrégation et curé
de la paroisse, qui à partir
de 1840 passa 28 ans de sa vie à Valfleury. C'est lui qui fit
construire la
nouvelle église, s’adressant à celui qui allait devenir
le maître d’œuvre de
Notre-Dame de Fourvière à Lyon, Pierre Bossan. C’est le
style néogothique,
alors très à la mode, qui fut adopté pour la
nouvelle église. La première
pierre fut bénite le 22 mai 1853. Antoine Nicolle, successeur de
James Lugan,
obtint en 1860 du pape Pie X le couronnement de la Vierge de Valfleury,
insigne
honneur accordé aux statues miraculeuses, qui relança la
piété et favorisa de
nouveaux financements. Toutes les grandes familles d’industriels de la
vallée du
Gier et du bassin de Saint-Étienne y adhérèrent.
Le Père Nicolle supervisa la
construction de la nef et de la façade, et pour les sculptures
il fit appel
bien entendu à Joseph-Hugues Fabisch, le sculpteur officiel du
diocèse de Lyon.
L’église fut consacrée en 1866. Joseph Courtade, qui
succéda à Antoine Nicolle
de 1871 à 1873, s’occupa des aménagements
intérieurs, les boiseries en
particulier. Il fallut attendre 1880 pour voir commencer à
s’élever le clocher,
et 1885 sa haute flèche en pierre terminée. Mais les
travaux se poursuivirent
en réalité jusqu’en 1899. La
Vierge noire de Valfleury, hier et aujourd'hui SAINT-PRIEST-EN-JAREZ Toujours dans le
Jarez, au nord de
Saint-Étienne se dresse une colline occupée par un
village perché aux allures
provençales : c'est le crêt de Saint-Priest-en-Jarez.
Au Moyen-Âge un
puissant château fort s'y élevait, dont il ne reste
quasiment plus rien. Une
double enceinte entourait le château, et une troisième
ligne de remparts
protégeait le village et son église. Très pentu,
le site fut abandonné au XIXe
siècle au profit d'un nouveau bourg et d'une nouvelle
église, plus commodes car
construits sur un replat de terrain à mi-hauteur de la colline.
Mais le vieux
village n'est pas mort pour autant, car il a su attirer de nouveaux
occupants,
séduits par son charme et par sa vue, qui ont su le sublimer. Sur la place
principale du nouveau
bourg, devant l'église, s'élève une haute croix de
pierre érigée en 1875. Croix
typique de la fin du XIXe siècle, elle n'aurait rien
de bien intéressant,
si au croisillon un médaillon ne représentait pas une
Vierge noire. Non
seulement son visage est noir, mais des deux mains elle entrouvre son
vêtement
pour montrer son thorax et son cœur, eux aussi noirs. Seules les mains
sont
blanches, comme celles de la Vierge noire du Puy, ce qui ne fait
qu'accroître
le mystère. Car s'il ne s'agit pas là d'une statue,
néanmoins elle doit faire
référence à une vraie Vierge noire, mais on ne
sait pas vraiment laquelle.
Aujourd'hui la teinte noire du visage et du corps de la Vierge n'est
plus guère
visible, il n'en reste que quelques traces. Encore quelques
années et la Vierge
noire sera devenue blanche. La
Vierge noire de Saint-Priest-en-Jarez telle qu'elle était visible NOTRE-DAME-SOUBS-TERRE
À PÉLUSSIN Le Pilat enfin,
pour terminer notre
tour d'horizon. L'église de Pélussin, dans la partie
basse du village, est
historiquement parlant la première église de la paroisse.
La légende veut que
des chrétiens fuyant les persécutions à Lyon en
l'an 177, soient venus se
réfugier dans le Pilat, creusant dans la roche une
première chapelle pour
abriter la statue de la Vierge qu'ils avaient réussi à
sauver. Au XIe
siècle une église s'éleva par-dessus, la chapelle
primitive devenant la crypte
de cette église. Menaçant ruine, elle fut démolie
à la fin du XIXe
siècle et remplacée par l'église actuelle. La
crypte a heureusement été
conservée ainsi que sa statue, même si le décalage
de l'édifice a obligé à
changer son orientation. On venait dans la crypte
Notre-Dame-soubs-Terre pour
tenter de ramener à la vie des enfants morts-nés, le
temps de les baptiser,
selon une pratique répandue que l'on retrouve un peu partout en
France. Les
chapelles ou églises où ce culte se pratiquait sont dits
sanctuaires de répit. Les anciens de
Pélussin ou du Pilat
se souviennent que jadis cette statue était celle d'une Vierge
noire, ce que
confirment les rares photos anciennes. Faisant exception à la
règle, elle n'est
pas en bois mais en pierre. Cependant son aspect
« sédentaire » est
bien celui d'une Vierge noire : on raconte qu'un jour on voulut la
déplacer vers l'église des Croix, mais la statue parut
soudain peser des tonnes
et les hommes chargés de ce travail durent la remettre en place.
Puis dans les
années 70 la Vierge noire est devenue subitement blanche, suite
semble-t-il à
un nettoyage un peu poussé. Vous trouverez dans notre livre Le
Pilat
Mystérieux tous les détails sur l'histoire de cette
statue, des églises
successives, et des croyances populaires qui lui sont attachées. La
Vierge noire de Pélussin, hier et aujourd'hui LA MADONE DE
CHAVANAY Il y aurait une
Vierge noire à
Chavanay ? Oui... et non... Sur la colline qui domine le village,
près du
hameau d'Izeras, la Madone est une Vierge placée sur un
piédestal maçonné en
moellons de granite du pays, haut de 17 m. La statue elle-même
est en pierre de
Volvic, et de fait cette Vierge-là, de par la couleur de cette
pierre, est bien
noire, même si elle n'en possède pas les
caractéristiques habituelles. Certes
il est tentant de remarquer que du hameau d'Izeras à la
déesse Isis il n'y a
qu'un pas... mais il serait quand même bien risqué de le
franchir ! La
Madone de Chavanay Cependant cette
Madone noire vaut
tout de même que l'on s'y arrête, et pas seulement pour la
vue magnifique
qu'elle offre sur Chavanay et la vallée du Rhône. Elle
semble en effet
présenter la particularité d'annoncer une guerre
lorsqu'elle est frappée par la
foudre. Érigée en 1861, une première fois en 1870
lors d'un orage un éclair
tomba du ciel et lui cassa un bras. Aucun souvenir n'a
été rapporté pour
l'année 1914, mais en 1939, pendant la nuit de la
déclaration de guerre, la
foudre la frappa à nouveau et emporta un autre morceau.
Réparée en 1956, elle
résista vaillamment jusqu'en 1992. En janvier, à la
veille de la guerre du
Golfe, la foudre lui cassa à nouveau un bras et fit voler sa
couronne en
éclats. On fit les reprises nécessaires. Mais pour ne pas
risque de devoir
réparer la Madone à nouveau dans l'avenir, la
municipalité de Chavanay décida
d'investir dans un paratonnerre. La Vierge est désormais
protégée, le
paratonnerre lui donnant l'impression d'avoir une antenne au-dessus de
la tête,
mais la prochaine guerre se déclenchera sans qu'elle nous ait
avertis...
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