REPORTAGE REGARDS DU PILAT
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SEPTEMBRE 2007

FARNAY TERRE A CUPULES
Tétrette et le culte
primitif
de la fertilité


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Les premiers écrits concernant ce vieux village du Jarez remontent au XIIème siècle. C’est bien plus qu’un chapitre qu’il nous faudrait pour témoigner de l’histoire de cette commune. Mais cette histoire se fait discrète avant de retrouver au XIIIeme siècle Farnay possession de la fameuse famille Roussillon à l’origine de la chartreuse de Sainte-croix-en-Jarez. C’est aussi sur les terres de Farnay que semblent se perdre les secrets des chartreux……mais ça c’est déjà une autre histoire. 

Farnay garde des signes d’occupation humaine beaucoup plus anciens. Ce village est l’une des grandes « Terre à Cupules » du Pilat : traces du Néolithique gravées dans son sol et dans sa toponymie.

On trouve même ce type de Pierre au cœur et à proximité du bourg mais c’est sur les cimes et les flancs de ses collines que l’on rencontre les plus beaux spécimens de ces roches affleurantes ou pierres gravées de cupules. L’accès au bourg se fait par la vallée du Gier. Depuis Grand-Croix ou Rive-de-Gier le promeneur passera par des lieux-dit aux noms évocateurs Roche Picot et Rochabert (Roche Habert : abris sous roche ?)

Les pierres à cupules sont là bien en évidences ou hors des chemins battus. L’érudit dans le domaine se régalera par ses découvertes sur place mais il trouvera également le chaînon à un territoire beaucoup plus vaste. Trouvera-t-il le fil d’Ariane ? 

Notons la vallée d’Egarande "ega-randa en gaulois limite par l’eau " et donc frontière, sur des voies antiques.

Au sud du village un chemin monte à la " Madonne " en direction du crêt de Monthieu au lieu dit Nanta se trouve la plus connue de ces pierres à cupules :"  Tetrette ". Cette roche fait géographiquement suite aux roches de Merlin.

Un culte du féminin sacré ? 

Tetrette* en dialecte local signifie "  Le téton, Le sein ". En effet cette roche complète la colline et a la forme d’un sein surmonté d’un téton pointant vers le ciel. Elle possède de nombreuses cupules gravées mais curieusement c’est une petite pierre à ses cotés qui semble calée tel un pupitre qui en concentre le plus.


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Tetrette semble avoir eut le plus grand intérêt pour ceux qui ont gravé ces cupules et l’ont fréquenté. Il nous apparaît alors que le symbole " Tetrette " est peut être issu du fond de ces temps. Tetrette est aussi pour les anciens la " pierre du diable ". Rejet d’un culte antérieur au christianisme ? Il y a donc certainement bien eut ici lieu de culte et lieu de haute importance. Au deçà de ce site, à l’Est, se trouve le lieu dit les Gardes…au-dessus de l’Egarande. Ces gardes protégeaient-ils la pierre étaient-ils les gardes d’Egarande ? Ce toponyme est-il le fruit de la déification du site telle Brigit dont l’origine est le mot " Briga " (hauteur, forteresse).

Tetrette ne symbolisait-elle pas la terre mère nourricière de nos ancêtres par ce sein émergeant de la terre, la grande déesse le principe de vie et d'amour entre toutes les formes de vie, nourrissant les hommes telle Gaia, ISIS, la vierge Marie…les vierges noires. Il apparaît difficile d’imaginer que s’il y a eut culte cet aspect soit passé inaperçu. 

Le culte de la Déesse fait référence au culte primitif de la fertilité tel qu'il semble avoir été universellement pratiqué à la fin de la préhistoire. Ce culte, dans lequel la femme tenait une grande place et revêtait une dimension sacrée, consistait essentiellement en une vénération de la Terre.

* La carte IGN 25000 du Pilat comporte des erreurs dont une concernant la localisation de Tétrette qui n’est pas « Terrette » au point d’altitude 570 puisque c’est la madone qui s’y trouve mais au point culminant de la colline le point d’altitude 605 dominant les sites « les Gardes et Nanta »

Ce culte du féminin sacré semble avoir perduré au cours des temps. Par exemple la cloche du clocher primitif fut baptisée Madeleine une légende semble devoir justifier cette nomination : cette cloche aurait miraculeusement éloigné un orage le jour de la Sainte-Marie- Madeleine. Cette démarche " magdalénienne " nous rapproche une nouvelle fois de la famille de Roussillon mais aussi des chartreux. Ces mêmes chartreux sont peut être à l’origine de l’implantation de deux croix aux noms évocateurs : Casarie (devenue croix des cerisiers. Sainte-casarie est issue de l’Avignonais) et Muse. Il est à noter que l’histoire de Sainte-casarie est similaire à celle de Marie-Madeleine à la Sainte Baume. Il n’est pas anodin de retrouver une sainte provinciale dans ce lieu si éloigné. Quant à Muse l’évocation d’un féminin sacré est évidente à moins que Muse soit provençale et issue du mot Musse qui signifie cachette. C’est entre ces deux Croix que se conclue peut-être la fabuleuse histoire de la Chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez.

CALLX ? Une inscription mystérieuse

 

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Sur la face supérieure de tetrette apparaît un mot gravé.

Les photos de « CALLX »,  ont été prises sur "Tétrette " (pierre principale) en photographiant les cupules, le " x " final est si bien travaillé que je n’ai pu me résoudre à une explication du type " gravure d’amoureux ".(enfin pas au sens premier du terme !). Sur la forme, je n’en sais rien de plus. Mais il me semble qu’il est gravé Calex calcx ou Callx " Callx " : Calx : pierre ? Calix : Calices

C’est suffisamment troublant compte tenu du fait qu’il s’agisse d’une pierre à cupule et cela mérite que l’on s’y arrête.

Quelques réflexions peut-être trop poussées m’ont conduit à

CA(LL)X

GR(AA)L ! ! !

Graal/Pierre ! ! !

Quoi qu’il en soit, il y a des cupules partout et ce mot à coté reste une énigme. 

Cette inscription n’est pas très nette et je n’en suis pas certain. J’ai nettoyé les « lettres » des lichens qui les avaient recouvertes et partiellement comblé

puis je suis revenu plusieurs semaines après pour prendre le cliché. 

2 détails cependant :

-   la grosseur des lettres (10cm) ne correspond pas, selon moi à quelque chose qui pourrait être contemporain, mais ce n’est qu’une impression

-   le mot est cardinalement orienté : lecture dans un sens ouest-est verticale des lettres Nord-sud en reportant un axe cardinal depuis l’emplacement de

Tétrette* sur une carte au 25 000e que trouve-t-on à vol d’oiseau, à l’Est dans le sens de lecture du mot ? La chartreuse ! 

Mais devant mes réserves, ce mot devient vite polymorphe est retournant la photo, en le voyant enneigé …il devient calcx ou calex 

CALCX : castel crux ?

CALEX : pierre à chaux comme d’autres lieux dans le Pilat 

Mais aussi CALX ( à l’origine des monts de CAUX : CAIIX !) le Géant gaulois des peuples helvètes gardien du trésor, il s’est opposé aux sacrifices sur la «pierre fatale » !!!!!!! 

Bref on tourne autour des thèmes habituels non ? en tout cas le tout est approprié aux lieux.

Une terre mère nourricière


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Le nom de Farnay viendrait de Farro-accum (domaine d’un certain dénomé Farro). Cette conclusion est peut être un peu hative. Le suffixe –accum est souvent associé aux noms propres plus rarement il est vrai aux noms végétaux mais toutefois cela arrive. Farnay deviendrait alors domaine du farro/ Le farro est le seigle primitif nourrissant les hommes, les légions romaines.

Notons Les mots farneiri* farneiron* dans notre patois local se rapprochent de Farnay, et dans la fresque de l’ISIS Giminiana le capitaine du bateau transportant les céréales porte le nom FARNACES MAGISTER (L'Isis Giminiana désignait une "péniche" du Tibre). Cette embarcation portait le nom de la déesse protectrice de la navigation qui n’est autre qu’ " Isis " auquel le nom du propriétaire, Giminius est associé .

Durant plusieurs siècles le farro a été l'aliment de base des romains : il était considéré un bien très précieux, faisait fonction en effet de marchandise d'échange et participait au rituel du mariage : l’époux offrait à son épouse un doux un pain fait avec la farine de farro, qu'ils consommaient ensemble.

Ce nom Farro ne serait-il pas finalement issu de farro domaine du farro ? Farnay grenier antique du Pilat gardé par ces fameux gardes autour de Tétrette symbole de la terre nourricière, de la mère déifiée sacrée terre fertile ?

Cette hypothèse peut être étayée par un autre toponyme que l’on trouve sur la commune de Genilac " le pré Farnay " le terme farnay est commun mais ce pré n’a pas grand chose à voir avec le village de notre sujet à moins qu’il caractérise l’usage du pré …..

Mais tout cela bien entendu n’est qu’hypothèse.

* Le dictionnaire du patois forézien de Louis-Pierre GRAS 1863

farneiri : s f ; provision de vivre ou d'argent ; office, endroit où l'on met les fruits ; mingeâ sa farneiri : manger son bien.

farneiron : s m ; garçon meunier qui dirige un moulin


Rémy ROBERT

Les REGARDS DU PILAT tiennent à adresser de chaleureux remerciements à leur ami Rémy Robert, qui avec beaucoup de brio, de compétence et de pertinence vient de proposer ce reportage qui ne pourra passer inaperçu dans notre bon vieux Jarez, comme en Pilat et en réalité rayonnera bien au delà, puisque nos fidèles Internautes sont répartis sur un territoire illimité. Rémy, vient donc d'intégrer notre équipe rédactionnelle, comme plusieurs autres passionnés, férus ou plein de bon sens, s'apprêtent à le faire. C'est une chance pour tous que de les accueillir...




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