FARNAY TERRE A CUPULES
Tétrette et le culte
primitif de la fertilité |
Les premiers écrits concernant ce vieux village du
Jarez remontent au XIIème siècle. C’est bien plus qu’un chapitre qu’il nous
faudrait pour témoigner de l’histoire de cette commune. Mais cette histoire se
fait discrète avant de retrouver au XIIIeme siècle Farnay possession de la
fameuse famille Roussillon à l’origine de la chartreuse de
Sainte-croix-en-Jarez. C’est aussi sur les terres de Farnay que semblent se
perdre les secrets des chartreux……mais ça c’est déjà une autre histoire.
Farnay garde des signes d’occupation humaine
beaucoup plus anciens. Ce village est l’une des grandes « Terre à
Cupules » du Pilat : traces du Néolithique gravées dans son sol et
dans sa toponymie.
On trouve même ce type de Pierre au cœur et à
proximité du bourg mais c’est sur les cimes et les flancs de ses collines que
l’on rencontre les plus beaux spécimens de ces roches affleurantes ou pierres
gravées de cupules. L’accès au bourg se fait par la vallée du Gier. Depuis
Grand-Croix ou Rive-de-Gier le promeneur passera par des lieux-dit aux noms
évocateurs Roche Picot et Rochabert (Roche Habert : abris sous
roche ?)
Les pierres à cupules sont là bien en évidences ou
hors des chemins battus. L’érudit dans le domaine se régalera par ses
découvertes sur place mais il trouvera également le chaînon à un territoire
beaucoup plus vaste. Trouvera-t-il le fil d’Ariane ?
Notons la vallée d’Egarande "ega-randa en
gaulois limite par l’eau " et donc frontière, sur des voies
antiques.
Au sud du village un chemin monte à la
" Madonne " en direction du crêt de Monthieu au lieu dit
Nanta se trouve la plus connue de ces pierres à cupules :"
Tetrette ". Cette roche fait géographiquement suite aux roches de
Merlin.
Tetrette semble avoir eut le plus grand intérêt pour
ceux qui ont gravé ces cupules et l’ont fréquenté. Il nous apparaît alors que
le symbole " Tetrette " est peut être issu du fond de ces
temps. Tetrette est aussi pour les anciens la " pierre du
diable ". Rejet d’un culte antérieur au christianisme ? Il y a
donc certainement bien eut ici lieu de culte et lieu de haute importance. Au
deçà de ce site, à l’Est, se trouve le lieu dit les Gardes…au-dessus de
l’Egarande. Ces gardes protégeaient-ils la pierre étaient-ils les gardes
d’Egarande ? Ce toponyme est-il le fruit de la déification du site telle Brigit
dont l’origine est le mot " Briga " (hauteur, forteresse).
Tetrette ne symbolisait-elle pas la terre mère
nourricière de nos ancêtres par ce sein émergeant de la terre, la grande déesse
le principe de vie et d'amour entre toutes les formes de vie, nourrissant les
hommes telle Gaia, ISIS, la vierge Marie…les vierges noires. Il apparaît
difficile d’imaginer que s’il y a eut culte cet aspect soit passé inaperçu.
Le culte de la Déesse fait référence au culte
primitif de la fertilité tel qu'il semble avoir été universellement pratiqué à
la fin de la préhistoire. Ce culte, dans lequel la femme tenait une grande
place et revêtait une dimension sacrée, consistait essentiellement en une
vénération de la Terre.
* La carte IGN 25000 du Pilat comporte des
erreurs dont une concernant la localisation de Tétrette qui n’est pas « Terrette
» au point d’altitude 570 puisque c’est la madone qui s’y trouve mais au point
culminant de la colline le point d’altitude 605 dominant les sites « les Gardes
et Nanta »
Ce culte du féminin sacré semble avoir perduré au
cours des temps. Par exemple la cloche du clocher primitif fut baptisée
Madeleine une légende semble devoir justifier cette nomination : cette
cloche aurait miraculeusement éloigné un orage le jour de la Sainte-Marie-
Madeleine. Cette démarche " magdalénienne " nous rapproche
une nouvelle fois de la famille de Roussillon mais aussi des chartreux. Ces
mêmes chartreux sont peut être à l’origine de l’implantation de deux croix aux
noms évocateurs : Casarie (devenue croix des cerisiers. Sainte-casarie est
issue de l’Avignonais) et Muse. Il est à noter que l’histoire de Sainte-casarie
est similaire à celle de Marie-Madeleine à la Sainte Baume. Il n’est pas anodin
de retrouver une sainte provinciale dans ce lieu si éloigné. Quant à Muse
l’évocation d’un féminin sacré est évidente à moins que Muse soit provençale et
issue du mot Musse qui signifie cachette. C’est entre ces deux Croix que se
conclue peut-être la fabuleuse histoire de la Chartreuse de
Sainte-Croix-en-Jarez.
Sur la face supérieure de tetrette apparaît un mot
gravé.
Les photos de « CALLX
», ont été prises sur "Tétrette
" (pierre principale) en photographiant les cupules, le " x "
final est si bien travaillé que je n’ai pu me résoudre à une explication du type
" gravure d’amoureux ".(enfin pas au sens premier du terme !).
Sur la forme, je n’en sais rien de plus. Mais il me semble qu’il est gravé
Calex calcx ou Callx " Callx " : Calx : pierre ? Calix : Calices
C’est suffisamment troublant compte tenu du fait
qu’il s’agisse d’une pierre à cupule et cela mérite que l’on s’y arrête.
Quelques réflexions peut-être trop poussées m’ont
conduit à
CA(LL)X
GR(AA)L
! ! !
Graal/Pierre ! ! !
Quoi qu’il en soit, il y a des cupules partout et ce
mot à coté reste une énigme.
Cette inscription n’est pas très nette et je n’en
suis pas certain. J’ai nettoyé les « lettres » des lichens qui les avaient
recouvertes et partiellement comblé
puis je suis revenu plusieurs semaines après pour
prendre le cliché.
2 détails cependant :
- la grosseur
des lettres (10cm) ne correspond pas, selon moi à quelque chose qui pourrait
être contemporain, mais ce n’est qu’une impression
- le mot est
cardinalement orienté : lecture dans un sens ouest-est verticale des lettres
Nord-sud en reportant un axe cardinal depuis l’emplacement de
Tétrette* sur une carte au 25 000e que trouve-t-on à
vol d’oiseau, à l’Est dans le sens de lecture du mot ? La chartreuse !
Mais devant mes réserves, ce mot devient vite
polymorphe est retournant la photo, en le voyant enneigé …il devient calcx ou calex
CALCX
: castel crux ?
CALEX : pierre à chaux comme d’autres lieux dans le
Pilat
Mais aussi CALX ( à l’origine des monts de CAUX :
CAIIX !) le Géant gaulois des peuples helvètes gardien du trésor, il s’est
opposé aux sacrifices sur la «pierre fatale » !!!!!!!
Bref on tourne autour des thèmes habituels non ? en
tout cas le tout est approprié aux lieux.
Le nom de Farnay viendrait de Farro-accum (domaine
d’un certain dénomé Farro). Cette conclusion est peut être un peu hative. Le
suffixe –accum est souvent associé aux noms propres plus rarement il est vrai
aux noms végétaux mais toutefois cela arrive. Farnay deviendrait alors domaine
du farro/ Le farro est le seigle primitif nourrissant les hommes, les légions
romaines.
Notons Les mots farneiri* farneiron* dans notre
patois local se rapprochent de Farnay, et dans la fresque de l’ISIS Giminiana
le capitaine du bateau transportant les céréales porte le nom FARNACES MAGISTER
(L'Isis Giminiana désignait une "péniche" du Tibre). Cette
embarcation portait le nom de la déesse protectrice de la navigation qui n’est
autre qu’ " Isis " auquel le nom du propriétaire, Giminius
est associé .
Durant plusieurs siècles le farro a été l'aliment de
base des romains : il était considéré un bien très précieux, faisait fonction
en effet de marchandise d'échange et participait au rituel du mariage : l’époux
offrait à son épouse un doux un pain fait avec la farine de farro, qu'ils
consommaient ensemble.
Ce nom Farro ne serait-il pas finalement issu de
farro domaine du farro ? Farnay grenier antique du Pilat gardé par ces fameux
gardes autour de Tétrette symbole de la terre nourricière, de la mère déifiée
sacrée terre fertile ?
Cette hypothèse peut être étayée par un autre
toponyme que l’on trouve sur la commune de Genilac " le pré
Farnay " le terme farnay est commun mais ce pré n’a pas grand chose à
voir avec le village de notre sujet à moins qu’il caractérise l’usage du pré
…..
Mais tout cela bien entendu n’est qu’hypothèse.
* Le dictionnaire du patois forézien de Louis-Pierre GRAS 1863
farneiri :
s
f ; provision de vivre ou d'argent ; office, endroit où l'on met les fruits ; mingeâ sa farneiri : manger son bien.
farneiron
: s
m ; garçon meunier qui dirige un moulin
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