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(... n'oublions jamais ...) |
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![]() ESCLARMONDE " FIGURE MYTHIQUE DU CATHARISME " |
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Novembre 2007
Par Patrick BERLIER |
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Notre ami Daniel Dugès, dans son texte introductif,
racontait déjà la tragédie de Montségur, sur un ton quelque peu romanesque. J’y
reviens à mon tour, sur le même ton romanesque, pour évoquer une grande héroïne
du catharisme. Laissons-nous d’abord emporter par le récit, avant de mieux
raisonner. Selon la formule consacrée : « il était une fois… »
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…CELLE QUI ÉCLAIRAIT LE MONDE |
Depuis trente-six ans, l’Église qui les a déclarés hérétiques veut anéantir leur mode de vivre et de penser. Trois rois de France se sont attelés avec zèle à devenir le bras armé de Rome : Philippe Auguste, Louis VIII « le lion », qui est mort en prenant une part active à la croisade, laissant le royaume sous la régence de son épouse Blanche de Castille pendant l’enfance de son fils Louis IX. En cette année 1244, le roi a vingt-neuf ans, la régente lui donne progressivement les rênes du pouvoir. Elle gouverne le pays d’une main de fer depuis presque vingt ans : « femme par le sexe, homme par le génie », dira-t-on d’elle. L’histoire retiendra surtout son rôle déterminant dans la croisade contre le catharisme, qui a pris un tournant décisif en 1229 par sa victoire sur Raymond IV, le comte de Toulouse, qui s’est même vu contraint de donner en mariage sa fille Jeanne à Alphonse II, le second fils de Blanche de Castille. « Une union marquée du sceau de l’infamie », pense Esclarmonde en franchissant le seuil du château, tout en se remémorant ces dramatiques évènements passés. Depuis, les Cathares ne forment plus que quelques poches de résistance. Mais le pays est rude, et il ne manque pas d’imprenables forteresses. La tragédie s’éternise… Les Parfaits de Montségur sont les derniers, ou presque. Un délai de réflexion de quinze jours leur a été laissé, il est expiré depuis minuit. Plier sous le joug de l’Église ou mourir par le feu. Ils ont choisi. La longue cohorte s’étire sur le chemin tortueux conduisant au pied du pog. Les flambeaux l’éclairent chichement. La descente délicate leur offre quelques minutes de répit, le temps de méditer une dernière fois sur cette vie terrestre qu’ils vont bientôt quitter. Ils savent qu’en bas, en ce moment même, des hommes d’armes du roi et les « chiens du Seigneur » de l’Inquisition sont en train de dresser un bûcher. Fugitivement, ils aperçoivent la lueur des torches, trahissant l’effervescence qui doit régner au pied du pog, malgré l’heure matinale. Mais dans l’immédiat leur attention est fixée sur le sentier. Il est étroit, les pierres sont glissantes de rosée, le précipice est là, tout proche, quelque part dans la nuit. Chacun s’applique à poser calmement ses pieds et à assurer ses pas. Il serait trop bête de glisser, de chuter vers les sombres abîmes de cette Terre maudite, créée par un être malfaisant que l’Église de Rome s’acharne à considérer comme Dieu. En bas, dans le camp des armées du roi, on a aperçu aussi la procession des flambeaux descendant sur les flancs du pog. Les inquisiteurs brandissent leur croix vers le ciel : les hérétiques ont donc fait leur choix. Les chiens du Seigneur auront leur pâture de chair humaine, aujourd’hui. |
Soudain la nuit est trouée
par les flammes qui s’élèvent du bûcher immonde. Les Cathares s’avancent en silence,
hiératiques dans leur robe blanche. Par dizaines, ils se jettent dans la
fournaise expiatoire et les flammes les encerclent. Ils ne poussent pas un cri.
Leurs enveloppes terrestres se racornissent et tombent en cendres, mais leurs
âmes s’envolent vers les étoiles, en même temps que la fumée acre qui emporte
au loin l’effroyable odeur des chairs cramées. Le feu a du mal à consumer
autant de corps humains, on doit sans cesse remettre des bûches pour
l’alimenter, ne pas le laisser faiblir ou s’éteindre. « Diable ! Ces
pouilleux de Cathares, ils sont secs comme du bois mort, pas une once de
graisse », peste le sergent chargé de veiller à l’entretien du feu. Mais
voici qu’Esclarmonde monte à son tour sur le brasier. Même dans la mort elle
est fidèle à sa réputation d’éclairer le monde. Le feu qui l’enveloppe décuple
de puissance, une immense clarté monte jusqu’au sommet du pog.
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DE LA LÉGENDE À L’HISTOIRE, ET SES CURIEUSES
RAMIFICATIONS
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Comme on le comprend alors,
le personnage emblématique de la Grande Esclarmonde a été forgé à partir d’au
moins trois femmes ayant porté ce nom : la sœur de Raimon Roger qui
devient Parfaite cathare, sa nièce qui possède Montségur, et Esclarmonde de
Pereilhe qui y vit et y meurt. Patrick BERLIER
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Pour en savoir plus. Sur les Cathares : L’épopée
cathare, en deux tomes, Michel Roquebert, Privat éditeur, Toulouse 1977. Sur
les diverses Esclarmonde : www.catharisme.net,
article Les cinq Esclarmonde ou la confusion. Sur le projet de
monument : www.chemins-cathares.eu,
article Esclarmonde de Foix. |