L'ÉNIGME DE TRÈVES





... Le Souterrain de Trèves ...
... Reflet du Méridien Zéro ...




Le Dossier de Juin 2008








Par
Michel Barbot









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     Par trois fois, le Père Chavannes affirme dans ses écrits que le souterrain de Trèves aurait une longueur qu’il évalue à un kilomètre. Cette distance, ainsi que le notait Thierry Rollat en octobre 2007 dans son article « Guillaume de Roussillon – Un Héros au service de la Chrétienté », est nettement surévaluée. Une telle distance est néanmoins retenue  pour le souterrain du château des Chances ou de la Chance situé sur la commune des Haies, à moins de trois kilomètres de Trèves. Cette ancienne propriété des Roussillon aurait été, suivant la tradition, intimement liée aux Templiers et aux Chartreux bien qu’ils n’en fussent aucunement propriétaires. On affirme qu’un seigneur local, peut-être pendant les guerres de Religion, y aurait caché deux boules d’or alchimiques.

   En affirmant une identique longueur pour le souterrain de Trèves, l’abbé ne voulait-t’il pas l’associer à celui des Chances ? Répondre par l’affirmative serait peut-être hasardeux. Il convient malgré tout de noter que pour se rendre de Trèves aux Chances, le voyageur passait obligatoirement par la « Croix Saint-Adon » érigée en un point précis de la « Géographie sacrée » du Pilat (1). Nous savons que saint Adon (qu’il s’agisse du frère de saint Ouen ou de l’archevêque de Vienne) a marqué de son sceau, l’histoire secrète du Pilat.

(1) Patrick Berlier : « Au confins du Jarez », tome 4 – Action Graphique éditeur, Saint-Étienne.


Le Mètre étalon

Ce kilomètre, le mille mètre impossible, par la rondeur de ce chiffre, pourrait dans l’optique de l’abbé Chavannes, faire référence à la mesure étalon de la longueur : le mètre. Banalisé aujourd’hui, son origine fut une véritable aventure placée sous le signe des sciences les plus avancées alliées à la Haute Tradition.

A la demande de Louis XIV, Cassini et Picard en 1669, matérialiseront l’axe solaire de la France, bande de terre sacrée qui du Nord au Sud était, suivant la tradition, marquée par de très nombreux menhirs dont beaucoup d’emplacements seront repris par la religion chrétienne pour implanter des églises ou des cathédrales.

Sur cet axe solaire, vont se matérialiser le Méridien de Paris qui permettra de calculer l’heure exacte et le Méridien Solaire. Au centre de l’Observatoire de Paris construit à cet effet par Claude Perrault, frère de Charles Perrault auteur des Contes de ma Mère l’Oye, furent gravées dans la Salle de Cassini, plusieurs plaques de cuivres matérialisant son passage.


Le Méridien Solaire est aujourd’hui encore matérialisé au sol de l’église parisienne de Saint-Sulpice, distante d'une centaine de mètres du méridien de Paris, et dans la cathédrale Saint-Étienne de Bourges ou les rayons solaires viennent frapper  une bande de cuivre marquée d’un cercle gravé dans le sol. Le Méridien de Paris, par sa proximité de Saint-Sulpice et de Saint-Étienne est associé au nombre 17 qui exalte le 17 janvier, jour consacré à sainte Roseline, saint Antoine l’Ermite ou l’Égyptien et saint Sulpice de Bourges. Roseline symbolise ainsi la Rose Li(g)ne dite aussi Ligne Rouge ou Roux Sillon caractérisant le Méridien Zéro de Paris auquel s’est substitué en 1884 le Méridien de Greenwich, la Ligne Verte. Cette substitution n’empêchera pas l’illustre Nantais Jules Verne de mettre en avant dans ces Voyages Extraordinaires, l’ancien Méridien Ø…

      Ce furent les Cassini, illustre dynastie d’astronomes, qui déterminèrent le tracé de la Méridienne qui leur permettra ensuite d’établir la carte complète de la France. Leurs cartes révèlent que le Domaine du Fay donnant accès suivant la tradition, au souterrain de Trèves, appartenait jadis aux Chartreux. La Méridienne fut remesurée entre 1792 et 1798, à la demande de la Convention, par Delambre et Méchain, afin de servir de base à la détermination de la longueur exacte de la mesure étalon (en 1799), défini comme la dix millionième partie du quart du méridien terrestre. Ainsi naquit  le « mètre étalon » déposé au pavillon de Breteuil à Sèvres. Ce « maître étalon », dit aussi « mètre (maître) du monde », apparaît intimement lié au 45ème parallèle traversant le Méridien de Paris au centre de la France et situé à mi-chemin entre le pôle Nord et l’équateur.


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Les Mystères du 45ème parallèle

La cité italienne de Turin est construite sur le 45ème parallèle, signalé par l’obélisque de la Place Statuto portant sur son sommet l’astrolabe. Turin se révèle comme une destination privilégiée des pèlerins catholiques car il abrite le Saint Suaire.

Suivant la tradition ésotérique turinoise, celui qui possède une relique du Christ les possède toutes. C’est ainsi que l’on croit que l’église de la Gran Madre di Dio, au pied de la colline turinoise, garde le Saint-Graal. Les deux statues à l’entrée de l’édifice, représentant la Foi et la Religion, en seraient le témoignage. L’une tient une coupe symbolisant le Saint-Graal et l’autre a le regard qui semble se perdre dans le vide. Selon une étude de l’École Polytechnique de Turin, il indiquerait un chemin conduisant exactement à la mairie où, suivant une croyance secrète se trouverait le Saint-Graal. Les sous-sols de la Basilique Maria Ausiliatrice abriteraient une croix réalisée avec le bois de la croix de Jésus.

Il fut par ailleurs longtemps admis que le 45e  parallèle qui passe à Margaux (la région de Bordeaux) était la latitude idéale pour produire des vins de grande qualité. Cet aspect du 45e parallèle, a pareillement été mis en relief pour Le Côtes du Rhône d’Hermitage ou bien encore de Jaboulet…

Dans le village de Pont de l’Isère, un monument symbolise cette ligne avec une inscription : « ici commence le midi ». L’aspect touristique du 45ème parallèle fut très tôt exploité par les Chemins de Fer. Jadis à Milan, le Simplon-Orient-Express avait une correspondance avec le Bordeaux-Milan passant par Lyon, le Mont Cenis et Turin. Par manque de rentabilité, cette ligne du 45e parallèle fut supprimée en 1925.



           
Trèves : du 45e parallèle au Méridien de Paris

L’abbé Chavannes évoquant pour le souterrain de Trèves, une longueur plus que douteuse, d’un kilomètre ou mille mètres, a très bien pu, à demi-mot, faire allusion au Méridien de Paris dont la localisation permit ensuite la création du mètre étalon ? L’ecclésiastique rédigea une phrase énigmatique qui aujourd’hui encore pose quelques interrogations : « Il faut bien que chacun ait sa part au banquet de la science, à présent que tout le monde sait lire. » Cette phrase jugée importante, apparaissant en page 7, version 1871du livre de l’abbé, pourrait faire allusion à l’Académie des Sciences qui eut pour membres éminents, les illustres savants qui travaillèrent à la matérialisation de la Méridienne. Les banquets de la science, toujours d’actualité, permettent l’entrée dans le Cénacle de nouveaux membres et l’évocation de travaux en cours…

Voici ce qu’écrivit le Père Chavannes, afin d’expliquer les raisons qui motivèrent la rédaction de son livre sur Trèves :

« Son unique but est de rappeler à la génération actuelle le passé qu'elle oublie, le présent qui l'intéresse, l'avenir qui la regarde, pour l'engager à continuer un jour à glaner comme il l'a fait (l’auteur parle de lui), et à rédiger avec plus d'éloquence l'histoire des faits nouveaux. Il faut bien que chacun ait sa part au banquet de la science, à présent que tout le monde sait lire. »

Par sa position géographique – 45° 32 de latitude nord – la commune de Trèves apparaît intimement liée au 45e parallèle. La jonction de cette latitude avec le Méridien de Paris, s’effectue sur le territoire de la commune de Saint-Fréjoux en Haute Corrèze.

Pour déterminer la Méridienne, les membres de l’Observatoire de Paris effectuèrent de Dunkerque à Barcelone, un minutieux travail de triangulation. La commune de Saint-Fréjoux se localise dans un triangle marqué par les sites de Meimac (actuelle Meymac), la Fagitière et Bort (actuelle Bort-les-Orgues). La commune de Meymac, Porte du Plateau de Millevaches, s’associe par sa latitude à celle de Saint-Fréjoux dont elle est séparée par la cité d’Ussel.

Le blason d’Ussel (du gaulois Uxello : « élevé »), se lit : « D’Azur à la Porte d’Or, la serrure et les bris d’huis de Sable, et trois étoiles d’Or, deux en chef et une en pointe. » Devise : « Huis scelle mon droit » Il s’agit d’armes parlantes dont la clé est donnée par la devise. Les trois étoiles d’Or sur champ d’Azur sont importantes, nous les retrouverons…
 



 
BLASON D'USSEL


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       Nous sommes ici sur les contreforts du plateau de Millevaches, p
ays de haute tradition. Le plateau fut longtemps reconnu pour ses scieurs de long, ainsi que ses maçons et tailleurs de pierre qui se nommaient les « hirondelles blanches ». Pour les Compagnons, l’hirondelle – l’oiseau maçonne – voyage et construit. Lorsque les hirondelles arrivent, les Compagnons du Tour de France changent de ville, ainsi les « hirondelles blanches », délaissaient leurs chaumières pendant les « longs jours », de mars à décembre, se dirigeant vers Lyon, Reine des villes du Tour de France. Des bandes, constituées au départ de parents et de voisins, grossissaient en chemin jusqu'à compter plusieurs dizaines d’individus. À Noirétable, après trois jours de marche, une dislocation s'opérait : certains abandonnaient les « Lyonnais » pour gagner la Côte-d'Or ou la région stéphanoise (2).

         Il est plaisant d’imaginer à l’époque médiévale des « hirondelles blanches », sous la houlette des « blancs manteaux » ou Templiers, faisant halte à Trèves puis remontant le 45e parallèle jusqu’à Saint-Fréjoux et au-delà...

(2) Voir à ce sujet le site http://millevaches.free.fr/histoire.htm



            Les trésors templiers de Trèves et de Saint-Fréjoux

     Bien qu’aucune certitude ne vienne confirmer une discrète présence templière dans le sillage du souterrain de Trèves, un indice, tel le fronton de la maison du Fay, tente à le démontrer. L’église de Trèves fut placée sous la dédicace de Sainte Marie et de… Saint Roch dont le nom a pour origine le francique « hrok », désignant une tunique.

        Le blason de Trèves, aussi récent soit-il, est important.  Il se lit : « De Sinople à un Pairle d’Or ».Le pairle évoque en première lecture, le nom latin de Trèves : tri vium les « trois voies ». Cette figure héraldique a pour étymologie, le latin pergula évoquant les fourches qui soutiennent les treilles. En langage blasonné, le pairle est homonyme de perle et l’ensemble se lit : « Si noble est la perle (qui) dort ». Nous retrouvons en filigrane la symbolique du conte de Charles Perrault : « La Belle au Bois Dormant »...

                 

Au sujet de ce blason, Patrick Berlier me signale que le Y peut aussi évoquer le symbole du Bélier en tant que signe du Zodiaque. Or, cette symbolique serait d’autant plus intéressante qu’elle nous renvoie à Saint-Fréjoux et au plateau de Millevaches.


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     Patrick prolonge la symbolique du pairle en  m’indiquant que le tri vium gallo-romain de Trèves comporte en fait une double articulation géographique :


      Saint-Fréjoux, le double…, doit sa célébrité à saint Etienne de Vielgo dit d’Obazine  qui y fonda en 1143, l’abbaye cistercienne de Bonnaigue où il mourut en 1159. Son corps fut ramené à dos d’homme à Aubazine (Corrèze). À Saint-Fréjoux se trouvaient aussi les châteaux de Chabanne et de Bazaneix (ou Basanet). Ce dernier dont l’origine remonte au 12ème siècle, se dresse à 800 mètres d’altitude au milieu d’une nature encore sauvage,


www.casteland.com/pfr/chateau/limousin/correze/bazaneix/bazaneix.htm - 18k -




         Domaine d’Étienne d’Aix en 1335, son nom  que l'on retrouve aussi dans l'ancien provençal, viendrait du mot espagnol Basana désignant une « doublure »… Le château de la « Doublure », cache aussi par l’étymologie arabe du mot espagnol,  une « peau de mouton » qui s’appliquait par extension à la « cavalerie » ; les tapis de selle les plus confortables étant en peau de mouton. La doublure, associée à la peau de mouton (symbolisme de la Toyson d’Or…) semble préciser le rapprochement envisagé entre Trèves et  Saint-Fréjoux. Les érudits locaux, notant qu'en 1510, le terme « basaner » définissait un épiderme, y voient plus volontiers un lien avec les tanneries se trouvant jadis autour d’Ussel (3).

    Faut-il penser qu’en Haute Corrèze se trouverait un souterrain reflet (doublure) de celui de Trèves ? Les traditions locales font effectivement mention d’un important dépôt templier caché non pas en périphérie du plateau de Millevaches mais à l’intérieur. Dans la commune de Peyrelevade (la Pierre levée) se trouve la Croix du Bélier dite aussi Croix des Templiers. Datée de la fin du 13ème siècle, début 14ème, elle serait considérée, suivant Bernard Faulque de Bezaure (4), comme un rébus mythologique. Elle se compose entre autres éléments, d’un bélier et d’un disque solaire – croix celtique – désignant un Nemeton, l’ancien sanctuaire des druides. Sa sœur moins célèbre se trouverait sur la commune voisine de Millevaches au village du Longy. Le thème du Bélier se retrouve apparemment sur d’autres croix de la région (5).


(3) Voir sur le sujet, le site www.passionchateaux.com/ch_bazaneix.htm

(4)
« À la Recherche du Trésor Matériel et Spirituel des Templiers » T. I  - Provençalement Votre.

(5)
La croix représentée ici, se trouverait à Lonzac mais elle n’est assurément pas sans rapport avec celle se dressant à Peyrelevade.


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         À Courteix, ancienne commanderie templière, selon la légende, « sous la dalle de la Tombe du Commandeur se trouveraient des archives du Temple ». B. F. de Bezaure qui relate cette tradition, ajoute : « À notre avis, il s’agirait de la tombe sise sous l’Église romane, ou tombe dite d’Amon/Ra ou du Bélier, à Peyrelevade ; à rapprocher du nom du Templier Peyre de Levade, Commandeur du Temple de Jaffa en Palestine. »

             Bien que B. F. de Bezaure associe le Bélier templier du plateau de Millevaches, au thème égyptien d’Amon/Ra, d’autres pistes, celto/druidique ou bien encore hébraïque pourraient être évoquées. Certains chercheurs pensent qu’un tel trésor placé sous le sceau du Bélier trouverait son origine dans l’Ère du Bélier auxquels se rattachent les personnages mythiques d’Abraham chez les Hébreux et de Ram chez les Celtes.

             Sur la commune de Peyrelevade, se trouve la chapelle du Ra(t) dont le nom est une déformation locale de « LOU RO », « Le Roc ». Lieu de pèlerinage, elle était le centre d’une bénédiction de chiens le jour de la saint Roch, protecteur du monument. On y amenait les enfants malades que l’on baignait dans les cuves de pierres. Le chemin de croix, dont il reste quelques croix, a été indulgencié par l'un des papes limousins au 14ème siècle.   

           Sur le site Internet (6) des amis de Saint-Setiers (7) (commune voisine de Peyrelevade) réalisé par Jean-Paul Pasquet, est évoquée la légende du Chariot d’Or des Templiers. Au 15ème siècle, les gens racontaient qu’un chariot débordant d’un fabuleux trésor, emprunta le souterrain qui reliait les châteaux de Saint Germain, Rochefort et Madiolet. J.-P. Pasquet commente : « Bien sûr aujourd’hui les personnes bien renseignées (et certainement intéressées par la légende) vous diront qu’un souterrain long de 8 kilomètres et traversant deux cours d'eau est inimaginable. »

L’auteur, peut-être par sa connaissances des mystères templiers de la Haute Corrèze, avance l’hypothèse suivant laquelle les trois fiefs, pourraient être associés à ceux de Gisors ou de Rennes-le-Château… Un souterrain reliant trois sites pourrait être représenté ainsi : Y…

(6) 
www.saint-setiers.com

(7) Cette commune tire son nom d’un saint local nommé… Sagittaire.



      
  Du 45e parallèle au 48e

       L’importance du 45ème parallèle pour la découverte du mètre, n’est pas sans rappeler que le 48ème parallèle aurait déterminé jadis la coudée de la cathédrale de Chartres... Cette latitude qui traverse la Bretagne au niveau de la mythique forêt de Brocéliande, fut associée par l’abbé Henri Gillard à la symbolique graalienne et arthurienne.  Dans son livre « Rennes-le-Château et l’énigme de l’or maudit », Jean Markale raconte que l’abbé Gillard après la débâcle de 1940, fut démobilisé du côté de Rodez. En attendant de regagner la Bretagne afin d’exercer  son ministère à Tréhorenteuc, l’abbé marqué par les thèmes liés au Saint-Graal, se rendit à Montségur ainsi qu’à Rennes-le-Château. Admiratif devant le travail effectué quelques décennies plus tôt par l’abbé Saunière, il résolut de réaliser chose semblable dans l’église de Tréhorenteuc, haut-lieu de la légendaire forêt de Brocéliande.

      En quoi le Tréhorenteuc breton peut-il être associé à la double énigme de Trèves et de Saint-Fréjoux ? Un premier élément de réponse apparaît dans l’étymologie populaire du nom breton de cette commune : « Nos Trois Sentiers (8)»... J. Markale ne pense pas qu’il faille véritablement associer l’œuvre de l’abbé Gillard à celle de l’abbé Saunière même si dans l’église de Tréhorenteuc, le Chemin de Croix est pareillement inversé. D’autres chercheurs restent malgré tout plus nuancés sur la question car il existe à Tréhorenteuc mais aussi dans  d’autres églises de Brocéliande, des aspects rappelant l’église de Rennes-le-Château, à commencer par le diable de Campénéac…

Dans la 5ème station du Chemin de Croix  de Tréhorenteuc où figure Simon de Cyrène, apparaît un Bouvier dirigeant un attelage de bœufs… L’abbé Gillard écrivit qu’il plaça cette station, à l’entrée en Ille-et-Vilaine, sise précisément au franchissement du 48ème parallèle.

Outre le Chemin de Croix, les mosaïques ou les vitraux, l’abbé fit peindre des tableaux. L’une de ces œuvres représente la « Fontaine de Barenton ».


(8) Henri Vincenot « Les étoiles de Compostelle » éditions Denoël.



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       Le schéma directeur de l’œuvre représente le Saint-Graal. Il s’agit du Graal géographique représentant pour les hermétistes côtoyés par l’abbé, la France, Graal du monde. Les quatre extrémités du Graal, dans le tableau, représentent un Triskèle dont le symbolisme évoquant le passé, le présent et l’avenir, rejoint aussi celui du Pairle de Trèves. Le contour de ce vase évoque également, le symbole zodiacal du Bélier. Le pied du vase représente Ponthus combattant pour la conquête de la belle Sidoine (latin Sidus Onyx, « étoile d’onyx »… Hors vase, à droite, la fée Viviane emprisonne le druide Merlin qui plus tard, suivant la tradition, va inspirer l’énigmatique Éon de l’Étoile représenté à gauche. Éon, moine au monastère du Moinet à Barenton vers 1140, fut le fondateur d’un mouvement gnostique marqué de celtisme, appelé l’Éonisme ou l’Étoilisme. J. Markale n’hésite pas à reconnaître dans ce gentilhomme de Loudéac, l’un des derniers druides de Brocéliande. Très vite, l’hérésie gagna tout le duché  de Bretagne et se répandit jusqu’en Gascogne.



      Arrêté par le duc de Bretagne Conan III, il fut traduit devant le concile de Reims (ou d’Épernay) présidé par le pape Eugène III, en 1148, « l’année de la Comète » à l’origine a-t-on  affirmé de son surnom, bien qu’il le doive en fait à la noble famille de lÉtoile (9) sise à Langoat (Côtes d’Armor) et à laquelle il était apparenté. Ses armes étaient : « D’Azur à trois étoiles d’Or posées 2 et 1 ». Nous retrouvons ici – la porte en moins…– le blason d’Ussel.

L’hérétique tenait en guise de crosse, un bâton fourchu, exacte représentation du pairle héraldique. Cet ornement, ainsi qu’il le révéla au pape, exposait sa doctrine : « Lorsque la fourche est en haut, c’est que Dieu m’abandonne l’une des trois parties de l’univers. Lorsqu’elle est en bas, il m’en cède deux, mais se garde toujours la tierce. » Il s’agissait, dit-on, d’une allusion directe aux trois pouvoirs : temporel, spirituel et céleste de l’Église. Il convient aussi de chercher la réponse dans les Séries bretonnes du Druide et l’Enfant dans lesquelles le Barde chante ainsi le nombre 3 :

« Il y a trois parties dans le monde : trois commencements et trois fins, pour l’homme comme pour le chêne. Trois royaumes de Merlin, pleins de fruits d’or, de fleurs brillantes, de petits enfant qui rient ».

Hersat de la Villemarqué qui relata par écrit les Séries dans son Barzaz Breiz, ajoute qu’il existe une contre-partie latine et chrétienne évoquant : « tres sunt patriarchæ ». Ces « trois grands patriarches » rappellent Abraham, Isaac et Jacob, les Pères des Hébreux dont l’évocation viendrait confirmer l’idée d’un trésor remontant à l’époque biblique…

            Déclaré fou, contrairement à ses disciples qui furent condamnés comme hérétiques, Éon fut enfermé dans une geôle de l’abbaye Saint-Denys où il mourut ayant dit-on recouvert ses esprits mais sans avoir révélé l’emplacement de son trésor. Un immense trésor que ce Robin des Bois breton accumula en pillant les riches abbayes et châteaux de la région, tout en redistribuant aux pauvres, ainsi que le prescrivait la règle éoniste. Le monastère du Moinet fut totalement rasé mais l’hérésie enseignée par Éon ressurgit rapidement à Redon avant de gagner la totalité de la Bretagne, avec les Théophantes ou « Voyants de Dieu ».

     L’histoire d’Éon de l’Étoile comporte bien des mystères sur lesquels l’abbé Gillard s’est en partie appuyé pour son tableau. Le moine organisait en Brocéliande des banquets, rappelant ceux de l’époque druidique. C’est pour cette raison que sur la table des banquets (10), outre le trésor, l’abbé Gillard a entreposé un plat contenant une volaille rôtie. Éon affirmait au sujet de son or : « en avoir plus que deux rois n'eussent pu en fournir… ». Des auteurs ont relevé l’aspect scientifique du nom qu’il s’était choisi. De son prénom Eudon, il en avait tiré Éon, dérivé du grec « aiôn » : le « temps », nom donné chez les Gnostiques aux principes émanent de l’Intelligence Éternelle. Il sut habilement associer cet Éon au nom de sa famille : les de l’Étoile, annonciateur du passage de la Comète qui affirmait sa mission. Les membres de l’Étoilisme étaient hiérarchisés en Anges et en Apôtres et avaient pour nom : science, sapience, jugement, justice etc. L’abbé Gillard place dans la main gauche d’Éon, deux étoiles (la 3ème apparaît sur sa tête ») : l’étoile à huit branches des Rois-Mages et le l’Étoile de David ou Sceau de Salomon. Cette dernière étoile apparaît pour les hermétistes, comme « le tracé régulateur de cette géographie prédestinée que saluait Strabon. La France est un hexagone aux six angles duquel nous avons Lille, Brest, Bayonne, Perpignan, Nice et Strasbourg. Nous avons au centre l’omphalos qui est Bourges où l’on a construit la ‘’cathédrale du Saint-Esprit’’ ; Paris, centre de la Croix tracée avec les trois angles supérieurs et l’angle inférieur de l’hexagramme étoilé (11). » Jean Phaure, l’auteur de ces propos, indique ensuite que le Sceau de Salomon, tracé régulateur de la France, s’associe à la Rose des Vents à huit branches – l’étoilement du calendrier – déroulant les quatre grandes fêtes celtes associées aux deux solstices et aux deux équinoxes.

(9) Jean Le Grand : « De la terre à la source » - Association « Vivre à Langoat ».

(10) Cette table des banquets chère à l’abbé Chavannes, figure également dans l’autre tableau complémentaire de l’église de Tréhorenteuc : la « Légende du Val sans Retour ».

(11) Jean Phaure « LA France Mystique » - éditions Dervy-Livres.




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         L’abbé Gillard en plaçant ces deux étoiles dans la main gauche d’Éon, met ainsi en relief la France – Graal géographique – et son Méridien traversant Paris et Bourges… Le recteur de Tréhorenteuc écrit dans la lecture de son tableau, qu’Éon de l’Étoile « se déclara maître du monde ». Vraie ou fausse, cette affirmation peut s’entendre « Mètre du monde » et évoquer ainsi, une fois encore, le Méridien Ø. Au centre du vase, l’abbé a représenté le Chevalier Yvain (Owen) qui, à Barenton y vint. La fontaine est ici représentée comme un cours d’eau sur lequel une pierre posée en guise de pont, permet au chevalier de s’asseoir pour se désaltérer et faire tonner les cieux...

Éon de l’Étoile et les autres acteurs du tableau deviennent pour l’abbé Gillard des supports lui permettent d’évoquer des « trésors » auxquels ces personnages n’ont peut-être que peu de rapport, si ce n’est sur un plan purement symbolique. « Nos 3 Chemins » évoquent le thème celto-breton du Carrefour au 3 routes menant dans l’Autre-Monde, au Château de Cristal, soit l’Étoile d’Onyx ou la Perle

En 1991 les éditions BELTAN publient le livre de Maï-Sous Robert-Dantec « LA PORTE EST EN  DEDANS ». Ce titre reprend l’inscription que l’abbé Gillard fit inscrire sur la porte de l’église de Tréhorenteuc. L’auteur de l’ouvrage associe précisément l’épisode des 3 routes  de la légende du Château de Cristal à la Série bardique bretonne du nombre 3.

Il semble logique de penser que les trésors de Trèves, de Saint-Fréjoux et ceux secrètement évoqués par l’abbé Gillard, aient une origine, ou tout au moins, un dénominateur commun remontant aux traditions les plus secrètes des Ères Druidique et Abrahamique.

Une importante famille de Corrèze et du Limousin, les Chabannes, vieille noblesse médiévale, semble avoir joué un rôle d’importance dans cette énigme trésoraire tant en Corrèze qu’en Bretagne. En 1738, Joseph de Chabannes fut nommé Prieur de Nantes, tandis que son frère Gilbert-Gaspard-Blaise de Chabannes fut nommé le 10 novembre 1742 abbé de l’abbaye de Saint-Méen, ancienne abbaye Saint-Jean de Gaël en Brocéliande. Cet abbé portait les armes de sa famille : « De Gueules au Lion d’hermine, couronné, armé et lampassé d’or – Devise : JE NE CÈDE À NUL AUTRE ». La devise rappelle curieusement celle des Gaël ou Gaël-Montfort, maîtres de Brocéliande : « À UN AUTRE NON ! »… devise démarquée de celle des Templiers. Le blason des de Chabannes, comportant les hermines bretonnes, rappelle pareillement celui des Plessis-Mauron, vassaux des Gaël résidant à Mauron, Porte Nord de Brocéliande et portant : « D'Argent au Lion de Gueules, armé couronné et lampassé d’Or, à la bande de Gueules chargée de trois Macles d’Or ».

La branche cadette, les Plessis-de-Grenedan qui arborèrent le même blason, possédaient dit-on un trésor alchimique : des boules d’or et une quille d’or. Ce trésor, perdu au fond d’un puits rappelle celui du château de Chance. Mais ceci est assurément une autre histoire ! Reste que l’abbé Chavannes de Trèves, lorsqu’il évoque en 1871 les lieux associés au souterrain, se contente de mentionner « le domaine de Mr Bret », alors qu’auparavant il donnait le véritable nom des sites. Il est vrai que Mr Bret, premier maire de Trèves, devint par sa femme, le propriétaire des lieux. Thierry Rollat me signale que les Bret dont il existe des descendants, appartiennent à une grande famille locale. Un chemin porte d’ailleurs le nom du Bret. Bien que très courant dans les environs de Trèves, ce nom semble  revêtir pour l’abbé Chavannes une clé liée à ce qu’il nomme « le domaine de Mr Bret ».

Très courant dans l’Isère, la Drôme et la région lyonnaise, Bret désignait au Moyen-Âge, le cas-sujet de « Breton » mais pouvait définir, notamment en pays occitan, un « bègue ». Son féminin Brette, est surtout porté en Corrèze. Ces éléments ont peut-être influencé l’abbé de Trèves maître dans la langue des oiseaux, quant à l’utilisation spécifique de ce nom…

Michel Barbot












       Ce copieux dossier mérite une attention de chaque ligne, si je puis spontanément imager ma pensée de la sorte. Michel  Barbot vient de proposer des développements extrêmement riches, qui découlent à la fois d'une longue expérience éparse et bien sûr d'une implication intime, particulièrement pertinente au cœur même de l'Énigme de Trèves. Le doigt et le regard sont à présent concentrés sur la longueur réelle du souterrain ; nos recherches avancées impliquant des données de terrain beaucoup mieux cernées.

       Le versant Nord de la commune de Trèves s'apprivoise, s'étudie avec patience et une perséverance doublée d'une réflexion foncièrement large. Pourquoi cette remarque ? Simplement pour ne jamais perdre de vue que nous ne nous retrouvons pas dans une problématique locale, mais en l'occurrence dans un mystère appartenant à une chaine discrète et précieuse, dont ici un maillon clef demeure confondu mais dont toutes les ramifications restent encore à inventorier avec une rigueur exemplaire.

        L'abbé Chavannes a laissé comme un testament, son testament ésotérique de chercheur avisé. Oui, la longueur du souterrain qu'il a au travers du temps, si longuement portée en avant dans ses écrits, nous impose de procéder à un décryptage. Evidemment il n'est pas simple de lire justement entre les lignes. La présence des moines chartreux sur un peu plus de cinq siècles durant, doit orienter certaines approches géographiques... Nous vous présenterons dans le futur des résultats particulièrement précis sur ce point.

        Dans l'immédiat, je vous conseille de lire et relire nos Dossiers "L'énigme de Trèves", ceux-là même qui font suite à mon ouvrage de 2004 "Le Vieux Secret". Au-delà de l'héraldique ou d'un hermétisme trop résolu, Trèves s'avère à mes yeux, effectivement et incontestablement, un curieux croisement de voies, secrètes et historiques, mais notons-le clairement, sur plusieurs époques très espacées. La technologie s'appuiera, j'espère vivement un jour prochain, sur des données aussi bien strictes que surprenantes.    

Thierry Rollat



En OCTOBRE 2008, on vous présentera Le Second Dossier :

"Guillaume de Roussillon et sa destinée"
"... Erreurs, Pseudos Données Historiques et Faits Indiscutables
..."