"LA GRANDE AFFAIRE"
<RETOUR AU SOMMAIRE DE LA GRANDE AFFAIRE>






"LES MÉROVINGIENS"






"POURQUOI LES MÉROVINGIENS DANS LA GRANDE AFFAIRE"

 

     Notre « Grande Affaire » est formée de strates. La première, fondatrice, est celle de Noël Corbu et de Robert Charroux, à la fin des années 50. Elle restera celle du trésor du « Curé aux Milliards ». Le mystère mérovingien, quant à lui, est au cœur de la seconde strate du Mythe.
 

     Un numéro spécial des Etudes Mérovingiennes, bulletin du Cercle Saint Dagobert II (juin 2000) nous explique ainsi la fin de la dynastie : Dagobert II est né vers 650 et succède au trône d'Austrasie à son père défunt, encore enfant, selon la coutume à cette époque. Le Maire du Palais (sorte de Premier ministre tout puissant), GRIMOALD imagina une ruse pour éloigner l'enfant en exil en Irlande, en espérant que le jeune roi serait oublié. Mais, DAGOBERT fut remarqué par le futur évêque d'YORK, WILFRID. Ce dernier éduqua et instruisit le jeune prince. Informés par WILFRID, les seigneurs d'AUSTRASIE réclamèrent le retour du roi. DAGOBERT Il, de retour dans ses Etats qui avaient été ravagées par les guerres et les factions rivales au cours de son exil, rétablit la paix et la prospérité. Il fit beaucoup de fondations de monastères et d'églises. Cependant, sa réussite suscita la jalousie d'EBROIN, Maire du Palais de NEUSTRIE et de BURGONDIE. Ayant appris le séjour de DAGOBERT, courant décembre 679 à STENAY, un complot visant à assassiner le roi fut organisé et réussit près de la FONTAINE D'ARPHAYS, aujourd'hui FONTAINE SAINT DAGOBERT. Le corps du roi fut ramené à CHARMOIS, puis enseveli dans la basilique St Rémi de Stenay. Son fils SIGEBERT IV, héritier du trône, disparut en même temps que son père ou, selon la légende, fut exilé dans le RAZES, où il aurait fait souche.

 

     Légende en effet, car, est-il besoin de le souligner, aucun document historique n’a jamais étayé cette dernière thèse. Gérard de Sède, dans  l’Or de Rennes (Julliard 1967), la reprend à son compte en se fondant sur les écrits douteux d’Eugène Stublein (Pierres Gravées du Languedoc, 1962), Madeleine Blancasall (Les Descendants Mérovingiens ou l’Enigme du Razès Wisigoth, 1965) et d’Henri Lobineau (Dossiers Secrets, 1967) Il admet certes que la thèse énoncée dans ces documents « est pour le moins étonnante » ! Cela ne l’empêchera pas de la creuser dans un ouvrage postérieur La Race Fabuleuse  (J’Ai Lu, 1973). Et il n’hésitera pas à terminer sa recherche par un véritable feu d’artifice : d’après un vieux manuscrit découvert à Bruxelles par l’auteur, des tombeaux auraient été retrouvés au XVIII ème siècle dans les cryptes de l’église Saint Dagobert, révélant que les Mérovingiens pouvaient être de grande taille..... Des Géants venus d’Ailleurs......

 

   Mais restons sur terre, même si le sol est plus que mouvant. Gérard de Sède, comme il le reconnaîtra par la suite (Rennes-le-Château, le dossier, les impostures, les fantasmes, Robert Laffont 1988), s’est littéralement fait « enfumer » par une équipe de joyeux faussaires-mythomanes (Pierre Plantard et Philippe de Cherisey), distillant sur leur passage des documents fabriqués pour l’occasion. Sigebert IV est bien venu se réfugier à Rennes-le-Château, et on en a la preuve par la Dalle des Chevaliers, découverte par Saunière en son église. Elle représenterait deux cavaliers sur un même cheval, transportant un enfant. Et de tirer le fil……. La dynastie mérovingienne, que l’on croyait éteinte, a survécu au cours de l’histoire, protégée par une mystérieuse société secrète, le Prieuré de Sion. Et de nous fournir toute une batterie d’arbres généalogiques, aboutissant à une conclusion évidente : le dernier descendant de cette dynastie est Pierre Plantard, et il est le prétendant légitime au trône de France….

 

     Force est de donner foi à l’adage, « plus c’est gros, plus ça marche ». Toute une génération de chercheurs s’est précipitée, dans les années 1970-1980, sur cette belle histoire. Pendant que Jean-Luc Chaumeil s’inclinait devant sa nouvelle majesté avant de publier dans Charivari « Les Archives du Prieuré de Sion » (1973), Louis Vazart réécrivait l’Histoire de France à la lumière des Mérovingiens (Les Gouvernants et Rois de France, auto-édition 1978) alors que Jean-Pierre Deloux et Jacques Brétigny reconstruisaient l’affaire de Rennes-le-Château selon les canons du Prieuré de Sion (Rennes-le-Château, capitale secrète de l’Histoire de France, Atlas 1980). Quant à Lincoln, Leigh et Baigent, ils continuèrent, avec L’Enigme Sacrée (Pygmalion, 1983), à tirer encore plus fort sur la ficelle. Les Mérovingiens pourraient bien être issus de la descendance de Jésus et Marie-Madeleine.

 

    Rennes-le-Château n’est plus désormais une vulgaire affaire de trésor. Les Mérovingiens l’ont transformée en une affaire dynastique, royale pour les uns, divine pour les autres. Notre belle colline est devenue le Temple du Saint Graal !

PHILIPPE MARLIN


<LES ARCHIVES : LES MÉROVINGIENS>