L’ABOLITION
DE L’ORDRE DU TEMPLE
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LE
DOSSIER DE MARS 2009
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![]() PAR NOTRE AMI ANDRÉ TRABET |
![]() Aux
Pieds du Pilat, l'Histoire s'écrira à partir
de cet épisode majeur et précis !
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![]() Une
si triste et injuste Fin pour cet Ordre
remarquablement visionnaire et courageux
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Gloire
à Vous Jacques de Molay, Gloire à Tous les Autres, Connus
et Inconnus
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Le 16
octobre 1311, le Pape Clément V ouvrait la première
session du Concile réuni à Vienne, et annonçait
ce qu’en étaient les motivations principales, savoir :
- L’éventualité d’une nouvelle croisade en Orient. - La Réforme de l’Eglise (une fois de plus) mais avec une analyse particulière de la situation sociale et morale du clergé alors que les conflits éclataient régulièrement entre les différents ordres. - Les relations entre le clergé et les seigneurs temporels. - Comme toujours, les questions diverses. - Enfin et surtout, l’avenir de l’Ordre des Chevaliers du Temple (Les Templiers) objet du présent exposé. POURQUOI
VIENNE ?
La
première raison est d’ordre géopolitique.
Géographique : Vienne est facilement accessible par ses grandes voies de communication, terrestre et fluviale en Nord-Sud, terrestre en Est-Ouest. Politique : La ville, sur la rive gauche du Rhône, dépend du Saint Empire Romain Germanique, tandis que la rive droite est en territoire de la Couronne. (aujourd’hui Sainte Colombe les Vienne) Un pont relie les deux rives. Ainsi le Pape et le clergé en général, pourront-ils s’installer hors des terres royales, tandis que la délégation de Philippe le Bel demeurera en son domaine et s’installera dans le couvent des Cordeliers. Raison pratique : Vienne compte une cathédrale et un nombre important d’églises, de monastères, de couvents, d’hospices, qui lui donnent la capacité de loger, nourrir et soigner, les quelques deux mille personnes qui, à un titre ou à un autre participeront au Concile. Enfin, la ville garde tout le prestige de son époque romaine et plus encore celui d’ex Capitale de l’Empire des Gaules. Ses évêques portent le titre de Primats et celui d’archichancelier que leur avait accordé l’Empereur Frédéric Barberousse. En un mot l’archevêque du Viennois est maître en son domaine. |
![]() Le Pape
Clément V et deux moines hospitaliers
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LES
PERSONNAGES :
LE PAPE
CLEMENT V
a succédé en 1304 à Benoît XI qui n’avait
fait qu’un très bref passage sur le trône pontifical
après la mort de Boniface VIII en 1303.
Une mort qui, faut-il le rappeler, était probablement la conséquence de ce qu’il est convenu d’appeler ‘ l’attentat d’Anagni ‘, épilogue d’un bras de fer musclé entre Philippe le Bel et ledit Pape. Bertrand de Got, c’est son nom, a été élu, sous l’influence de Philippe le Bel, au terme d’un conclave de onze mois qui voyait s’opposer les cardinaux ‘pro français’ soutenus par la famille Colonna et les ‘pro Boniface’ soutenus par les Caetani. Il présentait l’avantage d’être, en tant qu’archevêque de Bordeaux, sujet du Roi d’Angleterre donc, a priori neutre, dans ce conflit entre la royauté et la papauté. Un conflit auquel il devra tenter de mettre fin en usant de ses incontestables talents de diplomate. Son couronnement à Lyon le 14 novembre 1305 en présence du Roi Philippe IV a été entaché par l’écroulement d’un mur sur le cortège officiel. Son frère et le cardinal Orsini y trouvèrent la mort. Qui plus est, la tiare papale, perdue dans les décombres ne fut jamais retrouvée. Le lendemain un autre de ses frères perdit la vie au cours d’une rixe entre les domestiques du Pape et ceux des cardinaux. On comprendra pourquoi Clément V gardera en horreur ses journées lyonnaises. Dès son accession au trône pontifical, Clément V perçoit tout le danger qu’il y aurait à s’installer à Rome aussi préféra-t-il résider successivement à Cluny, Nevers, Poitiers, Toulouse puis chez lui à Bordeaux et enfin en Avignon et plus précisément à Carpentras dans le Comtat du Venaissin, possession Du Saint Siège, théoriquement à l’écart du domaine royal mais en fait si proche qu’il ne pouvait en sous estimer l’influence. Philippe le Bel le somme de condamner la mémoire de Boniface VIII, et va jusqu’à lui demander de rayer son nom de la liste des Papes. Clément V qui ne peut accepter une telle forfaiture, va devoir concéder au Roi : Le renouvellement de son absolution prononcée par Benoît XI. La restauration des cardinaux liés aux Colonna et qui avaient été déchus. La nomination de neuf cardinaux français proches du Roi. La cession pour cinq années de titres de propriété de l’Eglise. Le bénéfice de la dîme à Charles de Valois, frère du Roi . Cette influence que Philippe le Bel exerce sur le Saint Père ne va pas s’arrêter à ces quelques événements. Le Roi, nous le verrons, n’accepte plus les prétentions de l’Eglise à dominer les princes et à s’ingérer dans les affaires du Royaume. Il veut prouver sa force, il la prouvera. Il lui faut en finir avec les Templiers, force armée du Saint Siège, Le Pape pourra-t-il s’opposer à ce royal dessein ? Nous le verrons mais auparavant faisons plus ample connaissance avec Philippe le Bel. |
![]() Philippe IV Le Bel, Roi de France |
PHILIPPE
IV, LE BEL :
Succédant
à Philippe III Le Hardi, le petit-fils de Saint-louis a
accédé au trône de France en 1285, à
l’âge de 17 ans.
C’est un homme autoritaire et profondément convaincu de son rôle de souverain au service de son pays. Ses buts sont clairs : - Accroître l’autorité royale sur les seigneurs. - Annexer l’ensemble des terres françaises au domaine royal. - S’affranchir de l’autorité pontificale. - Mettre en place une administration forte et centralisée. Pour réaliser ses objectifs il va s’entourer de conseillers aussi dévoués que compétents que sont, entre autres : - Enguerrand de Marigny, juriste de progrès, foncièrement opposé aux seigneurs féodaux. C’est lui qui fera entrer les bourgeois aux assemblées, qui mettra en place l’harmonisation des monnaies, préconisera la fortification des villes-clés et organisera la centralisation de l’administration. - Guillaume de Nogaret, professeur de droit romain, conseillé du roi en 1295, nommé garde des sceaux en 1307. C’est l’homme des basses œuvres, l’organisateur des complots, le maître du jeu dans la chasse aux Templiers. Un tel roi ne saurait avoir que des amis, bien au contraire. Les grands seigneurs sont farouchement hostiles à ses prétentions centralisatrices. Les bourgeois, un temps satisfaits d’être reconnus, sont écrasés sous le poids de l’impôt. La Papauté voit en lui le plus acharné des adversaires de la théocratie pontificale. Enfin, les paysans, taxés et surtaxés, sont à l’origine des révoltes connues sous le nom de jacqueries. De ce concile qu’il a exigé et obtenu il attend des résultats probants : - La suppression de l’Ordre du Temple. - La récupération des biens de l’Ordre. - L‘inflexion des prétentions de l’Eglise à l’égard du pouvoir temporel. |
![]() Le Cardinal de Pellegrue |
LES DELEGATIONS : Presque tous
les souverains d’Europe avaient été convoqués, il
semble bien qu’aucun ne soit venu en personne, à l’exception de
Philippe le Bel. Par contre, certains déléguèrent
leurs ambassades et, en particulier, les souverains de la
péninsule ibérique.
Le Pape aurait convoqué environ 170 cardinaux parmi lesquels une centaine se seraient effectivement présentés, une majorité d’italiens et de français, quatre anglais et d’assez nombreux espagnols. Les cardinaux sont des gens puissants aussi font-ils l’objet d’une grande sollicitude de la part des souverains en place, ce qui permet d’affirmer que leur neutralité est bien souvent sujette à caution. Bien que leur qualité de prélats laisse supposer qu’ils soient plus proches des papes que des rois, les faits prouvent souvent qu’il n’en est rien. En conséquence il est possible d’affecter certains cardinaux, parmi les plus puissants à l’un ou l’autre camp. Clément V, peut compter sur ceux de sa propre famille que sont : Guillaume Ruffiat, Armand de Pellegrue, Armand de Canteloup, Raimont de Got et son ami Armand le Béarnais. Philippe le Bel s’appuie sur Nicolas de Fréauville, cousin de Marigny, Béranger Frédol, Etienne de Suizy, qui mourut pendant le Concile. Vers quels intérêts allaient les cardinaux Pierre de la Chapelle ou Pierre Colonna ? Nous l’ignorons. Outre les cardinaux, il faut noter la présence de prélats dont l’activité fut importante au cours du Concile : Gilles Aycelin, archevêque de Narbonne, Jacques Duèze, archevêque d’Avignon et futur Pape Jean XXII (il sera nommé cardinal en décembre 1312) le virulent évêque de Mende, Guillaume Durant qui se distingua par ses violentes critiques à l’encontre du Saint Siège. Il est permis de penser que ces trois importants prélats penchèrent en faveur du Roi. Un roi qui
pouvait surtout compter sur sa délégation conduite par
Nogaret, Enguerrand de Marigny et le légiste Guillaume de
Plaisians.
-oo-oo-oo-
Il faut noter
la présence du théologien espagnol Raymond Lulle
dont on ignore s’il fut invité ou s’il s’invita tout seul.
Toujours est-il que son action avant et pendant le concile ne manque
pas d’intérêt, nous le verrons lors des conclusions.
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![]() Les Hospitaliers furent des éléments des événements |
- En 1291 lorsque les Templiers se retirèrent à Chypre et qu’il était patent que les Etats d’Orient étaient perdus ? - Quand il a dû leur confier la gestion des finances royales ? - Quand les Templiers refusèrent son admission dans l’Ordre ? - Quand Jacques de Molay repoussa l’idée d’une fusion de l’Ordre avec celui des hospitaliers ? Fusion qui aurait abouti à la création d’une puissance financière et militaire dont Philippe le Bel entendait prendre la Maîtrise ou la confier à l’un de ses fils ? Cette solution aurait eu le double effet d’éliminer l’état dans l’état que représentait le Temple et de décupler la puissance royale. - En 1306 quand après avoir dépossédé les grands féodaux du droit de battre monnaie et pris des mesures de dévaluation, le peuple s’insurgea contre le roi qui dû trouver refuge et protection dans le Temple de Paris ? Les puissants n’aiment pas être redevables. Nul monarque, et surtout pas un homme de la trempe de Philippe Ie Bel, ne pouvait admettre une cohabitation avec une puissance de dimension internationale, tant sur le plan économique que militaire, bénéficiant qui plus est, d’avantages fiscaux exorbitants, tandis que les finances royales ne pouvaient subvenir aux dépenses de l’Etat. |
![]() Le Baphomet représenté en une véritable Divinité sera une charge injuste portée contre les Templiers ![]() |
MOYENS ET
METHODE :
La chute de
Saint Jean d’Acre n’a fait qu’exacerber l’impopularité
croissante des Templiers à qui le peuple reproche leur
fierté et une vie pas aussi ascétique que la Règle
pouvait le laisser supposer. Ce n’est pas le plus grave. Depuis qu’ils
combattent aux côtés des Croisés et des
Hospitaliers,
tous les échecs leurs sont imputés. Refusent-ils de
livrer tel ou tel combat parce que, suffisamment instruits dans
l’art de la guerre, ils savent que l’entreprise est vouée
à l’échec, ils sont traités de lâches.
Font-ils preuve d’extrême courage et de compétence pour
remporter la victoire : Ils l’ont fait par ambition pour la gloire et
le profit !
Entretiennent-ils des rapports plus ou moins cordiaux avec les musulmans ? Ils trahissent leur mission et l’Eglise ! Que se
cache-t-il derrière toutes ces calomnies, quelques fois
justifiées ?
Ils sont riches ! Ils sont forts ! Ils sont créanciers de beaucoup de nobles ou de bourgeois ! C’est largement suffisant pour les faire détester. Le reste est affaire du Roi qui va s’en remettre, une fois de plus, aux services avisés du Sieur Guillaume de Nogaret. L’opinion publique se prête merveilleusement à une action à l’encontre du Temple, encore faut-il trouver un motif irréfutable à opposer à ceux qui lui sont encore favorables. Il se présente sous la forme du dénommé Esquieu de Floryan, prieur de Montfaucon, qui, dès 1305 aurait informé successivement Jacques II d’Aragon puis Philippe le Bel, de ce que les Templiers se livraient à des rites païens en totale contradiction avec leurs engagements de chevaliers chrétiens : Reniement du Christ, baisers obscènes, crachats sur la croix, pratique de la sodomie, de l’alchimie et l’adoration de l’idole Baphomet ! Il y a tout lieu de penser que Philippe le Bel n’en croit pas un seul mot, par contre, il voit dans ces aveux un moyen de pression efficace sur le Pape Clément qui doit décider de la suite à donner à l’affaire Boniface VIII. C’est tout naturellement à Guillaume de Nogaret que le Roi confie la mission d’accréditer les faits, plus certainement qu’à les vérifier. Il se met aussitôt en recherche de témoins, introduit ses espions dans l’Ordre, manipule des anciens Templiers, en un mot il ‘monte’ un dossier solide à l’encontre des Templiers. Informé de ces accusations, le Grand Maître, Jacques de Molay, a fait part au Roi du non fondé de ces griefs. Il aurait toutefois admis qu’en certaines circonstances, des commandeurs d’origine laïque se seraient permis d’accorder l’absolution à des Templiers au terme de leur confession, alors que cette capacité n’appartenait qu’aux seuls clercs. Jacques de Molay n’a pas le niveau intellectuel de ses délateurs aussi, le moindre faux pas, la moindre déclaration hasardeuse, seront-ils versés au dossier comme autant d’arguments à charge. Vers le milieu de l’année 1307, il demande au Pape d’ouvrir une enquête afin d’innocenter l’Ordre. Le 24 août, le Pape écrit au Roi pour lui faire part de la démarche du Grand Maître et lui rappelle qu’il l’avait informé dès 1305 des accusations qui circulaient çà et là, tout affichant un certain scepticisme quant à leur véracité. Clément V se propose de les écouter pour les condamner s’ils sont coupables ou les absoudre si, comme il le pense, ils sont innocents. Hélas, Clément V, malade doit subir un long traitement. Il informe le Roi qu’il ne pourra pas mener son enquête avec tout le sérieux qu’elle mérite, avant le mois d’octobre. Ce délai sera fatal aux Templiers car, de leur côté, Nogaret, Plaisians et leurs adjoints ont affiné leur ‘ réquisitoire’. |
![]() Clément V et une délégation d'Hospitaliers |
L’affaire a
été méthodiquement et discrètement
préparée par le Roi et ses conseillers. Tous savent
pertinemment que ce qu’ils préparent est en violation totale
avec le droit
canon. Qu’importe, le Roi n’en a cure, il veut agir avant que le
Pape ne prenne l’initiative d’instruire un éventuel
procès. Il s’est assuré le concours, nous devrions dire
la complicité, de son confesseur, l’inquisiteur de France,
Guillaume de Paris. Sa
participation au complot est une sorte de blanc seing officiel
donné au Roi.
L’ordre d’arrestation est transmis courant septembre 1307 à tous les baillis et tous les sénéchaux du royaume qui sont tenus au secret absolu quant à la date d’exécution. Vient ensuite la justification de l’arrestation dont le seul but serait de vérifier la véracité des faits allégués. Enfin, l’ordre d’arrestation précise que tous les Templiers doivent être retenus prisonniers afin qu’ils soient soumis au jugement de l’Eglise et que tous leurs biens soient saisis et placés sous séquestre du royaume. Ce projet est-il resté méconnu des Templiers ou, sûrs de leur bonne foi, ont-ils présumé d’un soutien sans faille du Pape ? Naturellement nous l’ignorons, il nous faut nous en remettre aux faits, c’est-à-dire, à l’arrestation à l’aube du vendredi 13 octobre 1307 d’un nombre important de Templiers à travers tout le pays. Combien ? La question a toujours été débattue et controversée, nous nous en tiendrons à une estimation située entre cinq cents et mille pour la France. Nous savons que cent trente huit furent arrêtés à Paris, quarante neuf à Cahors et qu’au total, cinq cent quarante six furent détenus dans les prisons du royaume. Les aveux des Templiers et en particulier, ceux du Grand Maître, le plongent dans une grande perplexité et l’obligent à reprendre l’initiative en fulminant une bulle ordonnant l’arrestation des Templiers, partout en Europe, et la saisie de leurs biens. C’est ainsi qu’une centaine de Templiers furent arrêtés dans les îles britanniques, d’autres le furent dans les états ibériques, en Allemagne et à Chypre. |
![]() Les restes du Château où résidait le Pape Clément V durant le Concile |
LA MACHINE JUDICIAIRE : Guillaume de Nogaret a confié les interrogatoires aux inquisiteurs Guillaume de Paris et Nicole d’Ennezat. La plupart des Templiers interrogés ont confirmé les griefs portés contre le Temple. Pourquoi ? Certainement pas parce que c’était la vérité mais bien au contraire parce qu’il était plus avantageux d’être reconnu coupable et d’être absous par le Pape, que de nier et d’être soumis aux tortures de l’inquisition. Jacques de Molay ne reconnaît que le crachat sur la Croix et le reniement du Christ. Hugues de Pairaud, Grand Maître de France, en fait de même et rajoute la sodomie et l’idolâtrie à travers l’adoration de Baphomet. Les aveux de ces deux hauts personnages du Temple vont définitivement faire basculer l’opinion publique et certainement ébranler les convictions du Pape. Pour autant il dépêche ses cardinaux auprès des prisonniers. Une première fois le Roi s’y oppose. Les cardinaux parviennent enfin à rencontrer Jacques de Molay qui dans un premier temps confirme ses aveux avant de les renier en prétextant qu’ils ont été obtenus sous la torture. Ce faisant il devenait relaps et donc condamnable à la peine suprême. La lutte entre le Roi, qui s’appuie sur l’opinion publique et le Pape qui fait appel à l’Université, va s’amplifiant jusqu’à la décision de réunir un Concile qui décidera du sort du Temple. En attendant, le Roi maintient les prisonniers dans ses geôles tandis que le Pape se réserve le droit de les juger. Au terme d’enquêtes diligentées par les juristes royaux, une liste des crimes imputables aux Templiers est dressée et servira de support aux travaux du Concile. Les Templiers qui jusqu’en 1308 avaient été interrogés par les agents royaux, le sont désormais par des commissions diocésaines ou par les commissions pontificales. Reniant devant l’une d’elles les aveux faits devant une autre, conduit cinquante quatre Templiers au bûcher le 12 Mai 1310. Les travaux ne vont pas aussi vite que souhaitable. Le pape lui-même préconise d’utiliser la torture. La date du Concile est reportée d’un an pour être fixée au 16 octobre 1311. |
![]() Cathédrale Saint-Maurice de Vienne ; là s'est tenu le Concile |
LE CONCILE : Ambiance : Il
apparaît dès l’ouverture du Concile que les positions des
enquêteurs français et étrangers sont
diamétralement opposées. Les premiers concluent à
la culpabilité, les autres (qui n’ont pas utilisé la
torture) à l’innocence.
L’opinion publique commence à douter. La sévérité des châtiments montre le parti pris du Roi, tandis que les rétractations des Templiers qui préfèrent le bûcher à l’absolution du Pape tendent à prouver que leurs aveux antérieurs n’ont été obtenus que sous la torture. Enfin la lecture publique des différentes enquêtes étale au grand jour des positions radicalement contraires. Quelque soit la conviction intime du Pape, il veut en finir avec l’Ordre aussi va-t-il laisser entendre que coupable ou non, cet Ordre a été tellement décrié que nul désormais, ne voudra y appartenir (sic) ! Mentez, calomniez…….. Un débat est engagé sur la possibilité qui serait accordée aux Templiers de participer au Concile pour y défendre la position de l’ordre. Presque tous les prélats sont favorables à cette éventualité, sauf naturellement, les inconditionnels du Roi. Certains historiens prétendent que sept Templiers se seraient présentés au Concile ? Rien ne le prouve. Par contre, le Pape, écrit au Roi le 4 novembre 1311, pour lui signaler que quelques mille cinq cents Templiers seraient réunis dans les environs de Vienne, sous-entendant qu’ils peuvent présenter un danger pour le Concile. Soyons sérieux d’où sortiraient ces Templiers après les arrestations de 1307 et les bûchers qui suivirent. Quel dessein poursuivait le Pape avec une telle allégation ? Sollicitait-il l’appui du Roi où voulait-il semer le doute et la crainte sur les membres du Concile ? Si la culpabilité des Templiers demeurait la question principale, le devenir de leurs biens intéressait plus encore certains prélats. Les propositions ne manquent pas : La donation des biens à l’Eglise, en fait au Saint Siège. La création d’un nouvel Ordre qui les recevrait à la seule condition qu’il réside en Palestine. Pour les inconditionnels de Philippe, les biens devraient revenir au Roi. Les évêques français se verraient bien les récupérer. Les prélats espagnols ou portugais considèrent que les biens doivent revenir à ceux qui les ont donnés au Temple ou affectés à des Ordres nationaux. |
![]() Clément V abolit l'Ordre du Temple |
Les esprits s’échauffant, le Pape doit prendre une initiative. Il en prend deux : Par la seconde il réfute l’idée d’un Ordre nouveau et propose que les biens soient affectés à l’Ordre des Hospitaliers. Cette solution n’enchante pas ceux, dont le Roi, qui voient dans l’enrichissement de cet Ordre déjà fortuné un danger plus grand encore que l’Ordre du Temple. Il est peut-être intéressant, à ce stade du Concile, de revenir sur la présence du théologien Raymond Lulle, il était un défenseur de l’idée de la réunion des deux Ordres en un seul. Au Concile il va développer une autre idée, celle de passer de la croisade à la mission avec, pour ce faire, la création d’Instituts d’enseignements de langues orientales, à Paris, Oxford, Rome et Salamanque. Proposition retenue par le Concile. Dès lors il exerça une pression constante sur le Pape en déléguant tout son Etat-major à Vienne. Enguerrand de Marigny succédant à Nogaret dans la conduite des opérations. Le Concile se résumait désormais à une réunion secrète entre les envoyés du Roi et le Pape assisté de cinq cardinaux. C’est dans ce consistoire secret que fut prise la décision finale. L’abolition du Temple par provision apostolique, prononcée le 3 avril 1312 en présence du Roi et de toute sa délégation.( Bulle Vox in excelso) Deux questions restaient en suspens : - L’affectation des biens. ![]() Notre Ami André Trabet ![]() ![]() Nous présentons nos + vives félicitations à André pour la consistance et la rigueur de ce Dossier historique Merci à André et naturellement ............ Aux TEMPLIERS |
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Nous vous
proposons de retrouver les 4 ouvrages d'André Trabet en
Librairie Clins d'Oeil des Regards du Pilat ICI
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Nous remercions
< Les
Voyageurs du Temps > pour nous avoir autorisé la
diffusion de photos dans ce Dossier d'André
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En Mars
pour notre grand plaisir, nous accueillons non pas 1, mais 2
invités :
Adonis
Lejumeau et
Franck Daffos
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NOTRE
PREMIER INVITÉ DE MARS 2009 EST ADONIS LEJUMEAU
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Il y a trois
ans maintenant, un curieux livre est venu exciter nos imaginations :
« L’incroyable découverte du Graal en Forez ». Quoi
! Le Saint-Graal était chez nous et nous ne le savions pas ?
Mais ce livre est surtout un roman, écrit par un certain Adonis
Lejumeau… Drôle de nom, pensions-nous… Mais qui est vraiment le
jumeau d’Adonis ? L’homme paraissait manier la Langue des Oiseaux… Cela
nous a donné envie de le rencontrer. Il est depuis devenu notre
ami, et collabore à nos sites en proposant des études
savantes, démontrant sa culture.
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Nous vous
proposons de retrouver les 2 ouvrages d'Adonis Lejumeau en Librairie
Clins d'Oeil des Regards du Pilat ICI
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Regards du
Pilat : Adonis Lejumeau, vous avez publié deux ouvrages
sous ce nom, qui semble être un pseudonyme d’écrivain.
Cela signifie sans doute que vous menez en quelque sorte une double
vie, d’un côté une vie familiale et professionnelle comme
tout un chacun, d’un autre côté vous endossez la
personnalité d’Adonis Lejumeau pour entrer en littérature
un peu comme
on entre en religion. Cette double articulation semble vous convenir,
peut-être même apporte-t-elle une note excitante à
votre vie ?
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Adonis
Lejumeau : Bien vu,
effectivement je pense que chacun est amené à se dire un
jour « et si c’était à refaire » ou «
si je devais changer de vie, en quoi rêverais-je d’être
transformé ? ». Ainsi, s’adonner au plaisir
d’écrire à partir de son monde intérieur en
adoptant une identité d’emprunt, c’est très excitant et
enrober l’ensemble d’un parfum de mystère est
particulièrement plaisant. En matière de pseudonyme, je
reste pour ma part fasciné par l’œuvre de Fulcanelli, «
l’écu final » dirait Patrick Berlier, car bien malin qui
peut savoir qui se cachait sous ce nom : un seul auteur, un collectif
d’auteur ? Il y a quelques années déjà un
chercheur avait développé une thèse autour de
Shakespeare, qui, d’après lui, était un pseudonyme
masquant un collectif d’auteurs anglo-saxons. Et puis bien sûr,
je reste encore bluffé aujourd’hui par la formidable entourloupe
d’un de mes écrivains
favoris, Romain Gary, dont les critiques littéraires
s’étaient
lassés et qui a été capable de rafler un second
prix
Goncourt sous le pseudo d’Emile Ajar avec ce magnifique roman «
la
vie devant soi », porté ensuite au grand écran avec
Simone Signoret, où il avait raflé encore des prix. Mais
dans son cas, sa créature lui a échappé et cela
n’a
pas bien fini pour lui.
|
Regards du
Pilat : Votre
premier livre, « L’incroyable découverte du Graal en Forez
», est un roman que l’on pourrait qualifier
d’ésotérique, voire d’initiatique. Expliquez-nous les
raisons qui ont motivé l’écriture de ce livre,
publié peu de temps après le fameux « Da Vinci code
», et dont il semble constituer un contrepoint régional.
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Adonis
Lejumeau : Comme je l’ai déjà
expliqué dans différents entretiens avec la Presse, ce
livre est à la conjonction de plusieurs évènements
qui m’ont touchés : la sortie du Da Vinci Code en premier lieu,
en effet.
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Regards du
Pilat : Ce livre
reste un roman, donc une œuvre d’imagination, mais fondée
sans nul doute sur des faits, des personnages, des lieux bien
réels.
Son postulat est que la couronne d’épines, également
imprégnée du sang royal du Christ, revêt autant
d’importance que le Graal lui-même. Dans la vraie vie, menez-vous
aussi comme Alain Le François, le héros de votre roman,
votre propre quête du Graal ?
|
Adonis
Lejumeau : Bien
sûr, comme tout le monde sans doute et à ma manière
naturellement. Chacun est amené à le faire dans sa propre
existence, car comme disait Lao Tseu : « la lumière de
l’expérience n’éclaire que celui qui la porte ! ».
L’époque
de crise que nous traversons est encore plus propice à mes yeux
pour s’interroger sur ce que représente ce concept de Graal et
pour se mettre en chemin ...
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Regards du
Pilat : On vous
présente volontiers comme un humaniste, et l’action humanitaire
apparaît constamment en filigrane de ce roman, avec de nombreux
flash-back concernant le vécu du héros, « french
doctor » ayant œuvré dans divers pays du tiers-monde. On
sent que ces souvenirs sont trop précis pour être
seulement imaginaires. Ces préoccupations humanitaires
sont-elles aussi les vôtres ?
|
Adonis
Lejumeau : Bravo,
vous m’avez démasqué ! mais je suis consentant,
rassurez-vous.
Les faits que
je décris sont donc bien réels, ils ne me concernent pas
forcément, ou pas tous, mais ils sont à l’image de
l’engagement des humanitaires. Par contre, j’ai réellement connu
Bernard
Kouchner, du temps où il prenait de vrais risques sur les
terrains
en conflit.
Mais Alain, c’est aussi
réellement le prénom de mon ancien patron dans les
milieux humanitaires que j’ai fréquenté. Je voulais lui
rendre hommage au moment où il prenait sa retraite, comme je le
disais plus haut. |
Regards du
Pilat : Vous venez
de publier, ou vous allez le faire très rapidement, une
réédition de « L’incroyable découverte du
Graal en Forez ». Est-ce seulement une réimpression, ou
avez-vous apporté des ajouts ou des modifications à la
trame de l’histoire ?
|
Adonis
Lejumeau : En fait,
la première édition a rapidement été
épuisée et il m’est apparu naturel de faire publier une
réédition. Pour celle-ci, j’ai donc sollicité une
préface auprès de notre ami Patrick Berlier, ce dont je
le remercie au passage. J’ai également fait corriger les
inévitables coquilles qui
s’étaient glissées dans la première
édition.
Mais un doute m’a ensuite saisi : comment réactualiser certains
passages de l’ouvrage qui pouvaient avoir pris un coup de vieux en
trois
ans, notamment tous ceux qui font référence à
l’actualité du moment ? Et puis, dans le même temps, de
nombreux lecteurs que j’ai rencontrés ou qui m’ont
contactés me demandaient avec insistance : « le tome 2,
c’est pour quand ? ».
Alors finalement, comme dans ma tête j’avais déjà la suite, j’ai opté pour l’écriture de celle-ci et je compte faire une petite réédition du Graal en Forez en version initiale corrigée, lors de la sortie du Tome 2. |
Regards du
Pilat : Toujours
sous le nom d’Adonis Lejumeau, vous avez publié ensuite «
Mon étrange rencontre avec Aristide Briand, l’ami de ma vie
», un livre dans un genre bien différent, puisqu’il
s’agit cette fois d’une œuvre à caractère biographique,
une approche de la vie d’un homme politique de premier plan, vue
par l’un de ses amis. Est-il facile de passer d’un genre à
l’autre,
du roman initiatique à la narration biographique «
à
la manière de » ?
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Adonis
Lejumeau : Disons
que je
suis passionné d’Histoire et que j’aime les belles
destinées. J’ai une formation de chercheur en Sciences Sociales
et pour écrire, quoi que ce soit, j’utilise les mêmes
méthodes d’investigations, de recherche documentaire et de
structuration de l’écriture.
J’aime assez rapidement m’appuyer sur un plan général
de l’ouvrage et ainsi, je peux écrire ensuite au gré de
mes envies, en commençant par la fin, le milieu ou le
début.
Mais dans le cas de l’ouvrage sur Gilbert-Antoine Peycelon, je me suis
appuyé sur ses archives personnelles et les journaux de
l’époque, ainsi que sur la véritable histoire de France,
déjà écrite par les historiens. Comme on dit dans
le journalisme, il fallait que je colle « aux faits, rien qu’aux
faits ».
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Regards du
Pilat : Pour ce
livre, vous vous glissez dans la peau de Gilbert-Antoine Peycelon,
l’ami et l’éminence grise stéphanoise d’Aristide Briand.
Peut-on en savoir un peu plus sur ce personnage de l’ombre ? A-t-il
été facile pour vous d’endosser sa personnalité,
et quelles sont les raisons qui ont motivé cette nouvelle
«
quête » ?
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Adonis
Lejumeau : Cela
fait quinze ans que je suis arrivé dans la région
stéphanoise et je voulais rendre hommage (c’est un terme que
j’emploie beaucoup,
vous avez remarqué, ce doit être la marque des humanistes
!) à la fois à cette ville chaleureuse et à ses
habitants,
dont la simplicité, le bon sens terrien et le goût de
l’effort
m’ont séduit. Il me fallait une figure emblématique pour
cela. En lisant une biographie d’Aristide Briand, que j’admire pour
avoir
été un des plus grands hommes politiques français
du début du 20ème siècle et accessoirement
député
de Saint-Etienne ( je vous rappelle au passage qu’il a
été
un grand humaniste et qu’il a reçu le prix Nobel de la paix en
1926, pour ses efforts de rapprochement des peuples européens,
après la première guerre mondiale), j’ai découvert
que dans son sillage évoluait un certain Gilbert-Antoine
Peycelon.
Il était Stéphanois et avait tous les attributs
caractéristiques
de ce que j’aime à Saint-Etienne. J’ai su qu’il avait
laissé des archives personnelles aux Archives nationales, j’ai
pu y avoir accès et voilà, il m’a été
ensuite très simple de me glisser dans sa peau.
Mais pour moi, la plus belle récompense vient d’un courriel que j’ai reçu il y a quelques temps d’une des petites filles de Gilbert-Antoine Peycelon. Il disait ceci : jusqu’à présent, je n’avais pu le retrouver que par bribes, à travers ce que mes parents m’ont dévoilé. A l’époque, trop d’éléments sont restés secrets et pour moi entourés de mystères. Votre livre m’a permis de mettre un peu d’ordre dans mes idées. Alors, merci d’avoir à travers vos écrits fait revivre ce grand père fabuleux. Je sais que ma sœur Christine et mon frère Bertrand ont lu votre livre et souhaitent vivement vous rencontrer. Il en est de même pour moi, alors, à bientôt. |
Regards du
Pilat : Le fait de
faire parler G.-A. Peycelon de sa vie aux côtés de
Briand préfigurait, semble-t-il, votre nouvelle activité,
puisque Adonis Lejumeau propose maintenant ses services «
d’écrivain de vie », ce qui semble correspondre au besoin
de certains de nos contemporains de laisser, ne serait-ce que pour
leurs descendants, une trace écrite de leur vie. Parlez-nous
de cette nouvelle orientation de votre vie littéraire, avez-vous
déjà trouvé des vies passionnantes à
raconter ?
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Adonis
Lejumeau : C’est
une orientation humaniste qui me procure un immense plaisir, car c’est
l’opportunité de faire de très touchantes rencontres. Je
suis particulièrement attaché aux notions, de
transmissions inter-générationnelles, inter-culturelles,
inter-frontières…Je suis persuadé que la Grande Histoire
s’écrit surtout à partir de la
vie des petites gens. J’en veux pour preuve que ceux qui appartiennent
à ma génération ont sans doute été
beaucoup plus sensibilisés sur le sort
réservé
aux Juifs pendant la seconde guerre mondiale par le journal d’Anne
Franck, plus que par les procès de Nuremberg. Je pense que la
vie de
chacun est un roman qu’il faut savoir laisser à la
postérité, c’est pour cela que je propose mes services
comme « romancier de vie ».
Ce projet présente un intérêt général pour nous tous qui aimons cette ville et un intérêt particulier pour ceux qui sont en charge de bâtir une politique pour son avenir. C’est la raison pour laquelle il m’a paru naturel de prendre langue avec les élus de la ville et percevoir leur intérêt pour un tel projet, qui touche à la fois à la Culture, au Patrimoine, au cadre de vie, à l’action en faveur des personnes âgées. |
Regards du Pilat : A quand le prochain roman d’Adonis Lejumeau, et sur quel thème ? |
Adonis
Lejumeau : Et bien
justement le prochain roman d’Adonis est la suite de l’Incroyable
découverte du Graal en Forez, comme je l’ai indiqué plus
haut.
Le livre aurait du sortir à l’occasion de la prochaine Fête du Livre de Saint-Etienne en octobre 2009, mais je vais sans doute privilégier l’ouvrage de Cyril Dessel. Ce sera donc plutôt pour les Fêtes de fin d’année 2009. |
Regards du
Pilat : Cher
Adonis, il nous reste à vous remercier de nous avoir
consacré un peu de temps, cela nous a permis de mieux vous
connaître
et de mieux comprendre votre œuvre.
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Adonis
Lejumeau : Merci
à Regards du Pilat de s’intéresser à mes projets,
merci à tous les lecteurs qui m’envoient
régulièrement des signes amicaux, je vous souhaite
à tous beaucoup de bonheur et de douceur dans vos existences et
vive la vie !
Pour me contacter c’est très simple : adonis.lejumeau@orange.fr |
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