L’ABOLITION DE L’ORDRE DU TEMPLE



AU CONCILE DE VIENNE  DE 1311/1312



LE DOSSIER DE MARS 2009





PAR NOTRE AMI ANDRÉ TRABET





Aux Pieds du Pilat, l'Histoire s'écrira à partir de cet épisode majeur et précis !






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Une si triste et injuste Fin pour cet Ordre remarquablement visionnaire et courageux

Puisse Demain apporter Les Bienfaits de Votre Réussite



Gloire à Vous Jacques de Molay, Gloire à Tous les Autres, Connus et Inconnus


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Le 16 octobre 1311, le Pape Clément V ouvrait la première session du Concile réuni à Vienne, et annonçait ce qu’en étaient les motivations  principales, savoir :

-    L’éventualité d’une nouvelle croisade en Orient.
-    La Réforme de l’Eglise (une fois de plus)  mais avec une analyse particulière de la situation sociale et morale du clergé alors que les conflits éclataient régulièrement entre les différents ordres.
-    Les relations entre le clergé et les seigneurs temporels.
-    Comme toujours, les questions diverses.
-    Enfin et surtout,  l’avenir de l’Ordre des Chevaliers du Temple (Les Templiers) objet du présent exposé.

POURQUOI  VIENNE ?

La première raison est d’ordre géopolitique.
Géographique :
Vienne est facilement accessible par ses grandes voies de communication, terrestre et fluviale en Nord-Sud, terrestre en Est-Ouest.
Politique :
La ville, sur la rive gauche du Rhône, dépend du Saint Empire Romain Germanique, tandis que la rive droite  est en territoire de la Couronne. (aujourd’hui Sainte Colombe les Vienne)
Un pont relie les deux rives.
Ainsi le Pape et le clergé  en général, pourront-ils s’installer hors des terres royales, tandis que la délégation de Philippe le Bel demeurera en son domaine et s’installera dans le couvent des Cordeliers.
Raison pratique :
Vienne compte une cathédrale et un nombre important d’églises, de monastères, de couvents, d’hospices, qui lui donnent la capacité de loger,  nourrir et soigner, les quelques deux mille personnes qui, à un titre ou à un autre participeront au Concile.
Enfin, la ville garde tout le prestige de son époque romaine et  plus encore celui d’ex Capitale de l’Empire des Gaules. Ses évêques portent le titre de Primats et celui d’archichancelier que leur avait accordé l’Empereur Frédéric Barberousse. En un mot l’archevêque du Viennois est maître en son domaine.





Le Pape Clément V et deux moines hospitaliers



LES  PERSONNAGES :

LE PAPE CLEMENT V a succédé en 1304 à Benoît XI qui n’avait fait qu’un très bref passage sur le trône pontifical après la mort de Boniface VIII en 1303.
Une mort qui, faut-il le rappeler, était probablement la conséquence de ce qu’il est convenu d’appeler ‘ l’attentat d’Anagni ‘, épilogue d’un bras de fer musclé entre Philippe le Bel et ledit Pape.
Bertrand de Got, c’est son nom, a été élu, sous l’influence de Philippe le Bel, au terme d’un conclave de onze mois qui voyait s’opposer les cardinaux ‘pro français’ soutenus par la famille Colonna et les ‘pro Boniface’ soutenus par les Caetani.
Il présentait l’avantage d’être, en tant qu’archevêque de Bordeaux, sujet du Roi d’Angleterre donc, a priori neutre, dans ce conflit entre la royauté et la papauté. Un conflit auquel il devra tenter de mettre fin en usant de ses incontestables talents de diplomate.
Son couronnement à Lyon le 14 novembre 1305 en présence du Roi Philippe IV a été entaché par l’écroulement d’un mur sur le cortège officiel. Son frère et le cardinal Orsini y trouvèrent la mort. Qui plus est, la tiare papale, perdue dans les décombres ne fut jamais retrouvée.
Le lendemain un autre de ses frères perdit la vie au cours d’une rixe entre les domestiques du Pape et ceux des cardinaux.
On comprendra pourquoi Clément V gardera en horreur ses journées lyonnaises.
Dès son accession au trône pontifical, Clément V perçoit tout le danger qu’il y aurait à s’installer à Rome aussi préféra-t-il résider successivement à Cluny, Nevers, Poitiers, Toulouse puis chez lui à Bordeaux et enfin en Avignon et plus précisément à Carpentras dans le Comtat du Venaissin, possession Du Saint Siège, théoriquement à l’écart du domaine royal mais en fait si proche qu’il ne pouvait en sous estimer l’influence.
Philippe le Bel le somme de condamner la mémoire de Boniface VIII, et va jusqu’à lui demander de rayer son nom de la liste des Papes. Clément V qui  ne peut accepter une  telle forfaiture, va devoir concéder au Roi :
Le renouvellement de son absolution prononcée par Benoît XI.
La  restauration des cardinaux liés aux Colonna et qui avaient été déchus.
La nomination de neuf cardinaux français proches du Roi.
La cession  pour cinq années de titres de propriété de l’Eglise.
Le bénéfice de la dîme à Charles de Valois,  frère du Roi .

Cette influence que Philippe le Bel exerce sur le Saint Père ne va pas s’arrêter à ces quelques événements. Le Roi, nous le verrons, n’accepte plus les prétentions de l’Eglise à dominer les princes et à s’ingérer dans les affaires du Royaume. Il veut prouver sa force, il la prouvera.
Il lui faut en finir avec les Templiers, force armée du Saint Siège, Le Pape pourra-t-il s’opposer à ce royal dessein ? Nous le verrons mais auparavant faisons plus ample connaissance avec Philippe le Bel.





Philippe IV Le Bel, Roi de France



PHILIPPE IV, LE BEL :

Succédant à Philippe III Le Hardi, le petit-fils de Saint-louis a accédé au trône de France en 1285, à l’âge de 17 ans.
C’est un homme autoritaire et profondément convaincu de son rôle de souverain au service de son pays.
Ses buts sont clairs :
-    Accroître l’autorité royale sur les seigneurs.
-    Annexer l’ensemble des terres françaises au domaine royal.
-    S’affranchir de l’autorité pontificale.
-    Mettre en place une administration forte et centralisée.

Pour réaliser ses objectifs il va s’entourer de conseillers aussi dévoués que compétents que sont, entre autres :
-    Enguerrand de Marigny, juriste de progrès, foncièrement opposé aux seigneurs féodaux. C’est lui qui fera entrer les bourgeois aux assemblées, qui mettra en place l’harmonisation des monnaies, préconisera la fortification des villes-clés et organisera la centralisation de l’administration.
-    Guillaume de Nogaret,  professeur de droit romain, conseillé du roi en 1295, nommé garde des sceaux en 1307. C’est l’homme des basses œuvres, l’organisateur des complots, le maître du jeu dans la chasse aux Templiers.

Un tel roi ne saurait avoir que des amis, bien au contraire. Les grands seigneurs sont farouchement hostiles à ses prétentions centralisatrices.
Les bourgeois, un temps satisfaits d’être reconnus, sont écrasés sous le poids de l’impôt.
La Papauté voit en lui le plus acharné des adversaires de la théocratie pontificale.
Enfin, les paysans, taxés et surtaxés, sont à l’origine des révoltes connues sous le nom de jacqueries.
De ce concile qu’il a exigé et obtenu il attend des résultats probants :
-    La suppression de l’Ordre du Temple.
-    La récupération des biens de l’Ordre.
-    L‘inflexion des prétentions de l’Eglise à l’égard du pouvoir temporel.


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Le Cardinal de Pellegrue



LES DELEGATIONS :

Presque tous les souverains d’Europe avaient été convoqués, il semble bien qu’aucun ne soit venu en personne, à l’exception de Philippe le Bel. Par contre, certains déléguèrent leurs ambassades et, en particulier, les souverains de la péninsule ibérique.
Le Pape aurait convoqué environ 170 cardinaux parmi lesquels une centaine se seraient effectivement présentés, une majorité d’italiens et de français, quatre anglais et d’assez nombreux espagnols.
Les cardinaux sont des gens puissants aussi font-ils l’objet d’une grande sollicitude de la part des souverains en place, ce qui permet d’affirmer que leur neutralité est bien souvent sujette à caution.
Bien que leur qualité de prélats laisse supposer qu’ils soient plus proches des papes que des rois, les faits prouvent souvent qu’il n’en est rien.
En conséquence il est possible d’affecter certains cardinaux, parmi les plus puissants à l’un ou l’autre camp.
Clément V, peut compter sur ceux de sa propre famille que sont : Guillaume Ruffiat, Armand de Pellegrue, Armand de Canteloup, Raimont de Got et son ami Armand le Béarnais.

Philippe le Bel s’appuie sur Nicolas de Fréauville, cousin de Marigny, Béranger Frédol, Etienne de Suizy, qui mourut pendant le Concile.

Vers quels intérêts allaient les cardinaux Pierre de la Chapelle ou Pierre Colonna ? Nous l’ignorons.

Outre les cardinaux, il faut noter la présence de prélats dont l’activité fut importante au cours du Concile : Gilles Aycelin, archevêque de Narbonne, Jacques Duèze, archevêque d’Avignon et futur Pape Jean XXII (il sera nommé cardinal en décembre 1312) le virulent évêque de Mende, Guillaume Durant qui se distingua par ses violentes critiques à l’encontre du Saint Siège.
Il est permis de penser que ces trois importants prélats penchèrent en faveur du Roi.


Un roi qui pouvait surtout compter sur sa délégation conduite par Nogaret, Enguerrand de Marigny et le légiste Guillaume de Plaisians.

-oo-oo-oo-

Il faut noter la présence du théologien espagnol Raymond Lulle dont on ignore s’il fut invité ou s’il s’invita tout seul. Toujours est-il que son action avant et pendant le concile ne manque pas d’intérêt, nous le verrons lors des conclusions.





Les Hospitaliers furent des éléments des événements



LES EVENEMENTS QUI PRECEDERENT LE CONCILE :

A quel moment Philippe le Bel a-t-il décidé d’en finir avec le Temple ?
- En 1291 lorsque les Templiers se retirèrent à Chypre et qu’il était patent que les Etats d’Orient étaient perdus ?
- Quand il a dû leur confier la gestion des finances royales ?
- Quand les Templiers  refusèrent son admission dans l’Ordre ?
- Quand Jacques de Molay repoussa l’idée d’une fusion de l’Ordre avec celui des hospitaliers ? Fusion qui aurait abouti à la création d’une puissance financière et militaire dont Philippe le Bel entendait prendre la Maîtrise ou la confier à l’un de ses fils ? Cette solution aurait eu le double effet d’éliminer l’état dans l’état que représentait le Temple et de décupler la puissance royale.
- En 1306 quand après avoir dépossédé les grands féodaux du droit de battre monnaie et pris des mesures de dévaluation, le peuple s’insurgea contre le roi qui dû trouver refuge et protection dans le Temple de Paris ? Les puissants n’aiment pas être redevables.

Il serait vain de vouloir privilégier tel ou tel motif.
Nul monarque, et surtout pas un homme de la trempe de Philippe Ie Bel, ne pouvait admettre une cohabitation avec une puissance de dimension internationale, tant sur le plan économique que militaire, bénéficiant qui plus est, d’avantages fiscaux exorbitants, tandis que les finances royales ne pouvaient subvenir aux dépenses de l’Etat.





Le Baphomet représenté en une véritable Divinité
sera une charge injuste portée contre les Templiers





MOYENS ET METHODE :

La chute de Saint Jean d’Acre n’a fait qu’exacerber l’impopularité croissante des Templiers à qui le peuple reproche leur fierté et une vie pas aussi ascétique que la Règle pouvait le laisser supposer. Ce n’est pas le plus grave. Depuis qu’ils combattent aux côtés des Croisés et des Hospitaliers, tous les échecs leurs sont imputés. Refusent-ils de livrer tel ou tel combat parce que, suffisamment instruits dans l’art de la guerre, ils savent que l’entreprise est vouée à l’échec, ils sont traités de lâches. Font-ils preuve d’extrême courage et de compétence pour remporter la victoire : Ils l’ont fait par ambition pour la gloire et le profit !
Entretiennent-ils des rapports plus ou moins cordiaux avec les musulmans ? Ils trahissent  leur mission et l’Eglise !

Que se cache-t-il derrière toutes ces calomnies, quelques fois justifiées ?
Ils sont riches ! Ils sont forts ! Ils sont créanciers de beaucoup de nobles ou de bourgeois ! C’est largement suffisant pour les faire détester. Le reste est affaire du Roi qui va s’en remettre, une fois de plus, aux services avisés du Sieur Guillaume de Nogaret.
L’opinion publique se prête merveilleusement à une action à l’encontre du Temple, encore faut-il trouver un motif irréfutable à opposer à ceux qui lui sont encore favorables.
Il se présente sous la forme du dénommé Esquieu de Floryan, prieur de Montfaucon, qui, dès 1305 aurait informé successivement Jacques II d’Aragon puis Philippe le Bel, de ce que les Templiers se livraient à des rites païens en totale contradiction avec leurs engagements de chevaliers chrétiens : Reniement du Christ, baisers obscènes, crachats sur la croix, pratique de la sodomie, de l’alchimie et l’adoration de l’idole Baphomet !
Il y a tout lieu de penser que Philippe le Bel n’en croit pas un seul mot, par contre, il voit dans ces aveux un moyen de pression efficace sur le Pape Clément qui doit décider de la suite à donner à l’affaire Boniface VIII.
C’est tout naturellement à Guillaume de Nogaret que le Roi confie la mission d’accréditer les faits, plus certainement qu’à les vérifier.
Il se met aussitôt en recherche de témoins, introduit ses espions dans l’Ordre, manipule des anciens Templiers, en un mot il ‘monte’ un dossier solide à l’encontre des Templiers.
Informé de ces accusations, le Grand Maître, Jacques de Molay, a fait part au Roi du non fondé de ces griefs. Il aurait toutefois admis qu’en certaines circonstances, des commandeurs d’origine laïque se seraient permis d’accorder l’absolution à des Templiers au terme de leur confession, alors que cette capacité n’appartenait qu’aux seuls clercs.
Jacques de Molay n’a pas le niveau intellectuel de ses délateurs aussi, le moindre faux pas, la moindre déclaration hasardeuse, seront-ils versés au dossier comme autant d’arguments à charge.
Vers le milieu de l’année 1307, il demande au Pape d’ouvrir une enquête afin d’innocenter l’Ordre.
Le 24 août, le Pape écrit au Roi pour lui faire part de la démarche du Grand Maître et lui rappelle qu’il l’avait informé dès 1305 des accusations qui circulaient çà et là, tout affichant un certain  scepticisme quant à leur véracité.
Clément V se propose de les écouter pour les condamner s’ils sont coupables ou les absoudre si, comme il le pense, ils sont innocents.
Hélas, Clément V, malade doit subir un long traitement. Il informe le Roi qu’il ne pourra pas mener son enquête avec tout le sérieux qu’elle mérite, avant le mois d’octobre.
Ce délai sera fatal aux Templiers car, de leur côté, Nogaret, Plaisians et leurs adjoints ont affiné leur ‘ réquisitoire’.


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Clément V et une délégation d'Hospitaliers



L’affaire a été méthodiquement et discrètement préparée par le Roi et ses conseillers. Tous savent pertinemment que ce qu’ils préparent est en violation totale avec le droit canon. Qu’importe, le Roi n’en a cure, il veut agir avant que le Pape ne prenne l’initiative d’instruire un éventuel procès. Il s’est assuré le concours, nous devrions dire la complicité, de son confesseur, l’inquisiteur de France, Guillaume de Paris. Sa participation au complot  est une sorte de blanc seing officiel donné au Roi.
L’ordre d’arrestation est transmis courant septembre 1307 à tous les baillis et tous les sénéchaux  du royaume qui sont tenus au secret absolu quant à la date d’exécution.

Les motivations y sont largement développées dans  un long exposé sur l’horreur des crimes imputés aux Templiers.
Vient ensuite la justification de l’arrestation dont le seul but serait de vérifier la véracité des faits allégués.
Enfin, l’ordre d’arrestation précise que tous les Templiers doivent être retenus prisonniers afin qu’ils soient soumis au jugement de l’Eglise et que tous leurs biens soient saisis et placés sous séquestre du royaume.

Soumis au jugement de l’Eglise ! Les juristes de la Cour connaissent les limites de leur compétence et surtout évitent de se placer, dans la forme, hors de ce  droit canon qu’ils violent dans les faits.
Ce projet est-il resté méconnu des Templiers ou, sûrs de leur bonne foi, ont-ils présumé d’un soutien sans faille du Pape ?
Naturellement nous l’ignorons, il  nous faut nous en remettre aux faits, c’est-à-dire, à l’arrestation à l’aube du  vendredi 13 octobre 1307 d’un nombre important de Templiers à travers tout le pays.
Combien ? La question a toujours été débattue et controversée, nous nous en tiendrons à une estimation située entre cinq cents et mille pour la France. Nous savons que cent trente huit furent arrêtés à Paris, quarante neuf à Cahors et qu’au total, cinq cent quarante six furent détenus dans les prisons du royaume.

Les demandes d’arrestation faites par Philippe le Bel à tous les Princes chrétiens d’Europe, restèrent à quelques rares exceptions près, sans effet. Mis devant le fait accompli, le Pape ne peut qu’exprimer son désaccord par un courrier au Roi en date du 27 octobre.
 
Les aveux des Templiers et en particulier, ceux du Grand Maître, le plongent dans une grande perplexité et l’obligent à reprendre l’initiative en fulminant une bulle ordonnant l’arrestation des Templiers, partout en Europe, et la saisie de leurs biens. C’est ainsi qu’une centaine de Templiers furent arrêtés dans les îles britanniques, d’autres le furent dans les états ibériques, en Allemagne et à Chypre.



 

Les restes du Château où résidait le Pape Clément V durant le Concile



LA MACHINE JUDICIAIRE :

Guillaume de Nogaret a confié les interrogatoires aux inquisiteurs Guillaume de Paris et Nicole d’Ennezat. La plupart des Templiers interrogés ont confirmé les griefs portés contre le Temple.
Pourquoi ?
Certainement pas parce que c’était la vérité mais bien au contraire parce qu’il était plus avantageux d’être reconnu coupable et d’être absous par le Pape, que de nier et d’être soumis aux tortures de l’inquisition.
Jacques de Molay ne reconnaît que le crachat sur la Croix et le reniement du Christ.
Hugues de Pairaud, Grand Maître de France, en fait de même et rajoute la sodomie et l’idolâtrie à travers l’adoration de Baphomet.
Les aveux de ces deux hauts personnages du Temple vont définitivement faire basculer l’opinion publique et certainement ébranler les convictions du Pape.
Pour autant il dépêche ses cardinaux auprès des prisonniers. Une première fois le Roi s’y oppose. Les cardinaux parviennent enfin à rencontrer Jacques de Molay qui dans un premier temps confirme ses aveux avant de les renier en prétextant qu’ils ont été obtenus sous la torture.
Ce faisant il devenait relaps et donc condamnable à la peine suprême.
La lutte entre le Roi, qui s’appuie sur l’opinion publique et le Pape qui fait appel à l’Université, va s’amplifiant jusqu’à la décision de réunir un Concile qui décidera du sort du Temple.
En attendant, le Roi maintient les prisonniers dans ses geôles tandis que le Pape se réserve le droit de les juger.
Au terme d’enquêtes diligentées par les juristes royaux, une liste des crimes imputables aux Templiers est dressée et servira de support aux travaux du Concile.

Les Templiers qui jusqu’en 1308 avaient été interrogés par les agents royaux, le sont désormais par  des commissions diocésaines ou par les commissions pontificales. Reniant devant l’une d’elles les aveux faits devant une autre, conduit cinquante quatre Templiers au bûcher le 12 Mai 1310.
Les travaux ne vont pas aussi vite que souhaitable. Le pape lui-même préconise d’utiliser la torture.
La date du Concile est reportée d’un an pour être fixée au 16 octobre 1311.





Cathédrale Saint-Maurice de Vienne ; là s'est tenu le Concile



LE CONCILE :
Ambiance : Il apparaît dès l’ouverture du Concile que les positions des enquêteurs français et étrangers sont diamétralement opposées. Les premiers concluent à la culpabilité, les autres (qui n’ont pas utilisé la torture) à l’innocence.
L’opinion publique commence à douter. La sévérité des châtiments montre le parti pris du Roi, tandis que les rétractations des Templiers qui préfèrent le bûcher à l’absolution du Pape tendent à prouver que leurs aveux antérieurs n’ont été obtenus que sous la torture.
Enfin la lecture publique des différentes enquêtes étale au grand jour des positions radicalement contraires.

Quelque soit la conviction intime du Pape, il veut en finir avec l’Ordre aussi va-t-il laisser entendre que coupable ou non, cet Ordre a été tellement décrié que nul désormais, ne voudra y appartenir (sic) ! Mentez, calomniez……..
Un débat est engagé sur la possibilité qui serait accordée aux Templiers de participer au Concile pour y  défendre la position de l’ordre.
Presque tous les prélats sont favorables à cette éventualité, sauf naturellement, les inconditionnels du Roi.
Certains historiens prétendent que sept Templiers se seraient présentés au Concile ? Rien ne le prouve. Par contre, le Pape, écrit au Roi le 4 novembre 1311, pour lui signaler que quelques mille cinq cents Templiers seraient réunis dans les environs de Vienne, sous-entendant qu’ils peuvent présenter un danger pour le Concile.
Soyons sérieux d’où sortiraient ces Templiers après les arrestations de 1307 et les bûchers qui suivirent. Quel dessein poursuivait le Pape avec une telle allégation ? Sollicitait-il l’appui du Roi où voulait-il semer le doute et la crainte sur les membres du Concile ?
Si la culpabilité des Templiers demeurait la question principale, le devenir de leurs biens intéressait plus encore certains prélats.
Les propositions ne manquent pas :
La donation des biens à l’Eglise, en fait au Saint Siège.
La création d’un nouvel Ordre qui les recevrait à la seule condition qu’il réside en Palestine.
Pour les inconditionnels de Philippe, les biens devraient revenir au Roi.
Les évêques français se verraient bien les récupérer.
Les prélats espagnols ou portugais considèrent que les biens doivent revenir à ceux qui les ont donnés au Temple ou affectés à des Ordres nationaux.


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Clément V abolit l'Ordre du Temple



Les esprits s’échauffant, le Pape doit prendre une initiative. Il en prend deux :

Par la première il précise qu’aucun prince séculier ne saurait récupérer les biens du Temple. Philippe le Bel est prévenu.
Par la seconde il réfute l’idée d’un Ordre nouveau et propose que les biens soient affectés à l’Ordre des Hospitaliers.
Cette solution n’enchante pas ceux, dont le Roi, qui voient dans l’enrichissement de cet Ordre déjà fortuné un danger plus grand encore que l’Ordre du Temple.
Il est peut-être intéressant, à ce stade du Concile, de revenir sur la présence du théologien Raymond Lulle, il était un défenseur de l’idée de la réunion des deux Ordres en un seul. Au Concile il va développer une autre idée, celle de passer de la croisade à la mission avec, pour ce faire, la création d’Instituts d’enseignements de langues orientales, à Paris, Oxford, Rome et Salamanque. Proposition retenue par le Concile.

Le Concile eut recours au vote pour savoir si l’on pouvait accorder un droit de défense aux Templiers. Le résultat fut quasiment unanime en faveur de la défense. Pour Philippe le Bel, cette décision était catastrophique, il savait trop bien que si les Templiers pouvaient se défendre il leur serait facile de démontrer comment leurs aveux avaient été obtenus et quel était le dessein secret du Roi.
Dès lors il exerça une pression constante sur le Pape en déléguant tout son Etat-major à Vienne. Enguerrand de Marigny succédant à Nogaret dans  la conduite des opérations. 
Le Concile se résumait désormais à une réunion secrète entre les envoyés du Roi et le Pape assisté de cinq cardinaux.
C’est dans ce consistoire secret que fut prise la décision finale.
L’abolition du Temple par provision apostolique, prononcée le 3 avril 1312 en présence du Roi et de toute sa délégation.( Bulle Vox in excelso)

Deux questions restaient en suspens :

-    Le devenir des prisonniers.
-    L’affectation des biens.

 Les deux questions firent l’objet de négociations parfois séparées, parfois conjointes. Les prélats espagnols obtinrent la disposition, sous certaines conditions, des biens en Espagne. Les biens du Temple furent affectés aux Hospitaliers dont une partie des privilèges fut abolie.( Bulle ad providam en date du 2 mai 1312). Le Pape se réserva le droit de juger les grands dignitaires de l’Ordre qui, selon les vœux du Concile devaient désormais être traités avec déférence s’ils n’étaient relaps, c’est-à-dire, s’ils ne revenaient pas sur leurs aveux. Ce que firent, pour leur malheur ou pour l’honneur du Temple, Jacques de Molay et Geoffroy de Charney, livrés aux flammes du bûcher sur l’île de la Cité le 11 mars 1314 à Paris.



Notre Ami André Trabet




Nous présentons nos + vives félicitations à André
pour la consistance et la rigueur de ce Dossier historique

Merci à André et naturellement ............ Aux TEMPLIERS

















Nous vous proposons de retrouver les 4 ouvrages d'André Trabet en Librairie Clins d'Oeil des Regards du Pilat ICI



Nous remercions < Les Voyageurs du Temps > pour nous avoir autorisé la diffusion de photos dans ce Dossier d'André






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En Mars pour notre grand plaisir, nous accueillons non pas 1, mais 2 invités :

Adonis Lejumeau et Franck Daffos










NOTRE PREMIER INVITÉ DE MARS 2009 EST ADONIS LEJUMEAU







Il y a trois ans maintenant, un curieux livre est venu exciter nos imaginations : « L’incroyable découverte du Graal en Forez ». Quoi ! Le Saint-Graal était chez nous et nous ne le savions pas ? Mais ce livre est surtout un roman, écrit par un certain Adonis Lejumeau… Drôle de nom, pensions-nous… Mais qui est vraiment le jumeau d’Adonis ? L’homme paraissait manier la Langue des Oiseaux… Cela nous a donné envie de le rencontrer. Il est depuis devenu notre ami, et collabore à nos sites en proposant des études savantes, démontrant sa culture.

Adonis a plus d’une corde à son arc. Après le polar ésotérique régional, voici qu’il s’essaie, non sans brio, à entrer dans la peau de l’ami et de l’éminence grise d’Aristide Briand, pour nous livrer, comme s’il avait été la petite souris tapie dans l’ombre, bien des aspects méconnus de ce grand homme politique.

Que nous réserve-t-il donc pour l’avenir, ce diable d’homme ? C’est ce que nous avons voulu savoir, et le jeu des questions-réponses va sans doute nous permettre de mieux vous faire connaître Adonis Lejumeau.









Nous vous proposons de retrouver les 2 ouvrages d'Adonis Lejumeau en Librairie Clins d'Oeil des Regards du Pilat ICI



Regards du Pilat : Adonis Lejumeau, vous avez publié deux ouvrages sous ce nom, qui semble être un pseudonyme d’écrivain. Cela signifie sans doute que vous menez en quelque sorte une double vie, d’un côté une vie familiale et professionnelle comme tout un chacun, d’un autre côté vous endossez la personnalité d’Adonis Lejumeau pour entrer en littérature un peu comme on entre en religion. Cette double articulation semble vous convenir, peut-être même apporte-t-elle une note excitante à votre vie ?



Adonis Lejumeau : Bien vu, effectivement je pense que chacun est amené à se dire un jour « et si c’était à refaire » ou « si je devais changer de vie, en quoi rêverais-je d’être transformé ? ». Ainsi, s’adonner au plaisir d’écrire à partir de son monde intérieur en adoptant une identité d’emprunt, c’est très excitant et enrober l’ensemble d’un parfum de mystère est particulièrement plaisant. En matière de pseudonyme, je reste pour ma part fasciné par l’œuvre de Fulcanelli, « l’écu final » dirait Patrick Berlier, car bien malin qui peut savoir qui se cachait sous ce nom : un seul auteur, un collectif d’auteur ? Il y a quelques années déjà un chercheur avait développé une thèse autour de Shakespeare, qui, d’après lui, était un pseudonyme masquant un collectif d’auteurs anglo-saxons. Et puis bien sûr, je reste encore bluffé aujourd’hui par la formidable entourloupe d’un de mes écrivains favoris, Romain Gary, dont les critiques littéraires s’étaient lassés et qui a été capable de rafler un second prix Goncourt sous le pseudo d’Emile Ajar avec ce magnifique roman « la vie devant soi », porté ensuite au grand écran avec Simone Signoret, où il avait raflé encore des prix. Mais dans son cas, sa créature lui a échappé et cela n’a pas bien fini pour lui.

Ecrire sous un pseudonyme, s’est aussi se donner des marges de manœuvre pour dire des choses que dans sa position sociale on ne peut pas toujours se permettre d’afficher. « Moi, je, est un autre » disait Arthur Rimbaud quand on lui demandait où il avait trouvé sa source d’inspiration. C’est cela la magie de la création, de quelque nature qu’elle soit et mettre une distance supplémentaire avec un pseudonyme, participe au processus créatif et le sublime, au sens alchimique du terme, bien sur !



Regards du Pilat : Votre premier livre, « L’incroyable découverte du Graal en Forez », est un roman que l’on pourrait qualifier d’ésotérique, voire d’initiatique. Expliquez-nous les raisons qui ont motivé l’écriture de ce livre, publié peu de temps après le fameux « Da Vinci code », et dont il semble constituer un contrepoint régional.



Adonis Lejumeau : Comme je l’ai déjà expliqué dans différents entretiens avec la Presse, ce livre est à la conjonction de plusieurs évènements qui m’ont touchés : la sortie du Da Vinci Code en premier lieu, en effet.
 
Dan Brown en bon Américain talentueux dans le domaine du marketing, a su mettre son talent littéraire au service d’une thèse déjà servie trente ans plus tôt par un trio d’auteurs britanniques dans un ouvrage intitulé : « l’énigme sacrée ». Il l’a accommodé à sa sauce et cela a donné lieu au succès que l’on connaît. Pour ma part, dans la période de crise de sens sociétal que traverse notre monde moderne (et qui s’est amplifiée depuis avec la crise mondiale que l’on sait), je me devais de participer à mon modeste niveau à réhabiliter un certain sens du sacré qui existe en chacun de nous et qui est  inscrit dans les dogmes chrétiens qui sont attachés à notre civilisation. Certains ont qualifiés mon ouvrage « d’anti Da Vinci Code régional », je ne récuse pas ce terme, sans pour autant que je veuille m’ériger en gardien du dogme catholique, je laisse ce rôle aux autorités ecclésiastiques. Mais il est vrai que je suis souvent choqué de voir déambuler dans des lieux de culte des touristes en short, plus soucieux d’immortaliser la plus insignifiante statuette avec leur appareil photo, que de se laisser pénétrer par la magie du lieu, de chercher à comprendre l’organisation sacrée qui préside à cet édifice cultuel, de percevoir les énergies subtiles qui s’en dégagent, de vouloir décrypter le message caché inscrit dans la pierre par les bâtisseurs médiévaux.

En second lieu, dans mon roman intervient le personnage de La Gazette, qui existe réellement, je le confirme. Il ne s’appelle pas comme cela dans la vrai vie, son pseudo je l’ai emprunté à Henri Vincenot, l’un des mes autres auteurs favoris. Mais sa personnalité et sa quête intime m’ont, depuis que je le connais, immanquablement amené à l’identifier au héros du « pape des escargots », une des œuvres majeures de Vincenot. Lorsque j’ai commencé le livre, il s’apprêtait à effectuer à pieds le tour de la Méditerranée, accompagné de son dromadaire Loukoum et de son chien Ephémère. Tout cela pour tenter de découvrir pas moins que les Tables de la Loi de Moïse. Je raconte en filigrane son aventure dans le livre. Heureusement, il est revenu en vie après plus de deux ans de pèlerinage. Sans les Tables de la Loi dans sa besace, mais avec un autre Secret, non moins fabuleux. J’en reparlerais plus loin.

En troisième lieu, intervient le personnage d’Alain. Dans la vraie vie il se prénomme réellement comme cela et son parcours ressemble diablement à celui de mon héros. Il s’apprêtait à l’époque à prendre sa retraite. Aujourd’hui c’est fait. A travers le livre, je voulais lui rendre hommage, pour des raisons que j’exposerais un peu plus tard.

Enfin, un autre évènement qui m’a amené à écrire cet ouvrage est la mort en juillet 2005 du Lyonnais François-Xavier Verschave, un des chantres de la lutte contre la Françafrique, victime quelque part de son combat contre les méfaits du néo-colonialisme. Dans mon livre, je lui rends hommage en tentant de réhabiliter son image, au moment même (automne 2005) ou Pierre Péan (le même auteur qui vient de se signaler avec un ouvrage féroce contre Bernard Kouchner) venait d’écrire un ouvrage sur les massacres du Rwanda, dans lequel il attaquait François-Xavier sur son action humanitaire dans ce pays. Sauf que Péan ne tirait pas sur une ambulance, mais sur un cadavre qui ne pouvait pas répliquer, car François-Xavier Verschave reposait quelques pieds sous terre. J’ai trouvé le procédé indigne de la part d’un auteur qui prétend  écrire au nom de la Morale !



Regards du Pilat : Ce livre reste un roman, donc une œuvre d’imagination, mais fondée sans nul doute sur des faits, des personnages, des lieux bien réels. Son postulat est que la couronne d’épines, également imprégnée du sang royal du Christ, revêt autant d’importance que le Graal lui-même. Dans la vraie vie, menez-vous aussi comme Alain Le François, le héros de votre roman, votre propre quête du Graal ?



Adonis Lejumeau : Bien sûr, comme tout le monde sans doute et à ma manière naturellement. Chacun est amené à le faire dans sa propre existence, car comme disait Lao Tseu : « la lumière de l’expérience n’éclaire que celui qui la porte ! ». L’époque de crise que nous traversons est encore plus propice à mes yeux pour s’interroger sur ce que représente ce concept de Graal et pour se mettre en chemin ...











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Regards du Pilat : On vous présente volontiers comme un humaniste, et l’action humanitaire apparaît constamment en filigrane de ce roman, avec de nombreux flash-back concernant le vécu du héros, « french doctor » ayant œuvré dans divers pays du tiers-monde. On sent que ces souvenirs sont trop précis pour être seulement imaginaires. Ces préoccupations humanitaires sont-elles aussi les vôtres ?



Adonis Lejumeau : Bravo, vous m’avez démasqué ! mais je suis consentant, rassurez-vous.
 
En fait, le fameux Alain évoqué dans le livre est à la fois un condensé de collègues que j’ai effectivement rencontré au cours d’une première vie humanitaire, vie qui m’a entrainé sur des terrains à haut risque, où régnaient des situations de guerre. Ainsi, je suis devenu amoureux de l’Afrique et le Moyen-Orient est  comme ma deuxième terre d’adoption. La récente guerre à Gaza m’a horrifié sur un plan humain, car je connais particulièrement bien  la Palestine.

Les faits que je décris sont donc bien réels, ils ne me concernent pas forcément, ou pas tous, mais ils sont à l’image de l’engagement des humanitaires. Par contre, j’ai réellement connu Bernard Kouchner, du temps où il prenait de vrais risques sur les terrains en conflit.

Mais Alain, c’est aussi réellement le prénom de mon ancien patron dans les milieux humanitaires que j’ai fréquenté. Je voulais lui rendre hommage au moment où il prenait sa retraite, comme je le disais plus haut.



Regards du Pilat : Vous venez de publier, ou vous allez le faire très rapidement, une réédition de « L’incroyable découverte du Graal en Forez ». Est-ce seulement une réimpression, ou avez-vous apporté des ajouts ou des modifications à la trame de l’histoire ?



Adonis Lejumeau : En fait, la première édition a rapidement été épuisée et il m’est apparu naturel de faire publier une réédition. Pour celle-ci, j’ai donc sollicité une préface auprès de notre ami Patrick Berlier, ce dont je le remercie au passage. J’ai également fait corriger les inévitables coquilles qui s’étaient glissées dans la première édition. Mais un doute m’a ensuite saisi : comment réactualiser certains passages de l’ouvrage qui pouvaient avoir pris un coup de vieux en trois ans, notamment tous ceux qui font référence à l’actualité du moment ? Et puis, dans le même temps, de nombreux lecteurs que j’ai rencontrés ou qui m’ont contactés me demandaient avec insistance : « le tome 2, c’est pour quand ? ».
Alors finalement, comme dans ma tête j’avais déjà la suite, j’ai opté pour l’écriture de celle-ci et je compte faire une petite réédition du Graal en Forez en version initiale corrigée,  lors de la sortie du Tome 2.



Regards du Pilat : Toujours sous le nom d’Adonis Lejumeau, vous avez publié ensuite « Mon étrange rencontre avec Aristide Briand, l’ami de ma vie », un livre dans un genre bien différent, puisqu’il s’agit cette fois d’une œuvre à caractère biographique, une approche de la vie d’un homme politique de premier plan, vue par l’un de ses amis. Est-il facile de passer d’un genre à l’autre, du roman initiatique à la narration biographique « à la manière de » ?



Adonis Lejumeau : Disons que je suis passionné d’Histoire et que j’aime les belles destinées. J’ai une formation de chercheur en Sciences Sociales et pour écrire, quoi que ce soit, j’utilise les mêmes méthodes d’investigations, de recherche documentaire et de structuration de l’écriture. J’aime assez rapidement m’appuyer sur un plan général de l’ouvrage et ainsi, je peux écrire ensuite au gré de mes envies, en commençant par la fin, le milieu ou le début. Mais dans le cas de l’ouvrage sur Gilbert-Antoine Peycelon, je me suis appuyé sur ses archives personnelles  et les journaux de l’époque, ainsi que sur la véritable histoire de France, déjà écrite par les historiens. Comme on dit dans le journalisme, il fallait que je colle « aux faits, rien qu’aux faits ».

Mais comme beaucoup de zones d’ombres subsistaient, je me suis pris à rêver certains aspects de ce qu’il n’avait jamais dit ou écrit, à propos de son ami Aristide Briand, des personnages politiques qu’il côtoyait, de l’époque dans laquelle il évoluait.

Par contre, j’ai introduit une histoire fictive dans la trame du livre, à savoir des personnages contemporains qui commentent les faits sociaux ou politiques de l’époque d’Aristide Briand. Là encore, j’ai introduit de la fiction certes, mais tiré de nos évènements contemporains, pour apporter une plus-value littéraire à cette narration biographique « à la manière de », pour reprendre vos termes. C’est notamment ce que Michel Durafour, filleul laïc d’Aristide Briand et un des nos grands hommes politiques contemporains a souligné dans la très aimable préface qu’il a bien voulu rédiger. Enfin, quand je dis qu’il s’agit de la fiction ne me prenez pas forcément au mot, car il vous est toujours possible d’aller dialoguer avec la charmante Sophie, un des personnages de premier plan du livre, elle vous attend à Saint-Etienne, là où je la situe dans le livre !











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Regards du Pilat : Pour ce livre, vous vous glissez dans la peau de Gilbert-Antoine Peycelon, l’ami et l’éminence grise stéphanoise d’Aristide Briand. Peut-on en savoir un peu plus sur ce personnage de l’ombre ? A-t-il été facile pour vous d’endosser sa personnalité, et quelles sont les raisons qui ont motivé cette nouvelle « quête » ?



Adonis Lejumeau : Cela fait quinze ans que je suis arrivé dans la région stéphanoise et je voulais rendre hommage (c’est un terme que j’emploie beaucoup, vous avez remarqué, ce doit être la marque des humanistes !) à la fois à cette ville chaleureuse et à ses habitants, dont la simplicité, le bon sens terrien et le goût de l’effort m’ont séduit. Il me fallait une figure emblématique pour cela. En lisant une biographie d’Aristide Briand, que j’admire pour avoir été un des plus grands hommes politiques français du début du 20ème siècle et accessoirement député de Saint-Etienne ( je vous rappelle au passage qu’il a été un grand humaniste et qu’il a reçu le prix Nobel de la paix en 1926, pour ses efforts de rapprochement des peuples européens, après la première guerre mondiale), j’ai découvert que dans son sillage évoluait un certain Gilbert-Antoine Peycelon. Il était Stéphanois et avait tous les attributs caractéristiques de ce que j’aime à Saint-Etienne. J’ai su qu’il avait laissé des archives personnelles aux Archives nationales, j’ai pu y avoir accès et voilà, il m’a été ensuite très simple de me glisser dans sa peau.

J’ai fait d’une pierre deux coups : rappeler le parcours politique exceptionnel d’Aristide Briand et l’humanité qui se dégageait de sa personne, éclairer le dévouement sans égal de ce coulissier hors pair de la politique qu’était son éminence grise,  le Stéphanois Gilbert-Antoine Peycelon.

Je me suis régalé à écrire ce livre et je me régale aujourd’hui encore à travers le cycle de conférences que j’effectue pour en parler. Je m’appuie sur une vidéo-projection qui nous ramène à l’époque du Saint-Etienne de Geoffroy Guichard, de Manufrance, des débuts du Tour de France, de la fête de la Muse, des opéras de Jules Massenet… A chaque fois, je vois luire la fierté dans les yeux de mes auditeurs. Un jour, dans un théâtre de la région où un comédien a fait une lecture publique d’extraits du livre, j’ai même vu un homme les yeux embués de larmes. Il  était submergé par l’émotion d’avoir entendu l’évocation de son grand-père, inventeur d’un outillage révolutionnaire pour l’époque dans les milieux de l’aciérie, le martinet. Il venait de réaliser que ce grand-père était contemporain de Briand et de Peycelon et qu’il les avaient sans doute connus et rencontrés.

Mais pour moi, la plus belle récompense vient d’un courriel que j’ai reçu il y a quelques temps d’une des petites filles de Gilbert-Antoine Peycelon. Il disait ceci :

Ma sœur Christine nous a fait découvrir votre livre Mon étrange rencontre…je ne peux vous cacher qu’une grande émotion me poursuit. Mon grand père que je n’ai pas connu raconte sa vie !
jusqu’à présent, je n’avais pu le retrouver que par bribes, à travers ce que mes parents m’ont dévoilé. A l’époque, trop d’éléments sont restés secrets et pour moi entourés de mystères. Votre livre m’a permis de mettre un peu d’ordre dans mes idées. Alors, merci d’avoir à travers vos écrits fait revivre ce grand père fabuleux.
Je sais que ma sœur Christine et mon frère Bertrand ont lu votre livre et souhaitent vivement vous rencontrer. Il en est de même pour moi, alors, à bientôt.

Bien cordialement.

Laurence Aubert Peycelon

Cela me conforte dans l’idée que ce travail de mémoire n’a pas été complètement inutile et cette quête est ainsi couronnée par cette jolie surprise.



Regards du Pilat : Le fait de faire parler G.-A. Peycelon de sa vie aux côtés de Briand préfigurait, semble-t-il, votre nouvelle activité, puisque Adonis Lejumeau propose maintenant ses services « d’écrivain de vie », ce qui semble correspondre au besoin de certains de nos contemporains de laisser, ne serait-ce que pour leurs descendants, une trace écrite de leur vie. Parlez-nous de cette nouvelle orientation de votre vie littéraire, avez-vous déjà trouvé des vies passionnantes à raconter ?



Adonis Lejumeau : C’est une orientation humaniste qui me procure un immense plaisir, car c’est l’opportunité de faire de très touchantes rencontres. Je suis particulièrement attaché aux notions, de transmissions inter-générationnelles, inter-culturelles, inter-frontières…Je suis persuadé que la Grande Histoire s’écrit surtout à partir de la vie des petites gens. J’en veux pour preuve que ceux qui appartiennent à ma génération ont sans doute été beaucoup plus sensibilisés sur le sort  réservé aux Juifs pendant la seconde guerre mondiale par le journal d’Anne Franck, plus que par les procès de Nuremberg. Je pense que la vie de chacun est un roman qu’il faut savoir laisser à la postérité, c’est pour cela que je propose mes services comme « romancier de vie ».

Je viens de terminer un ouvrage pour un couple d’octogénaires de Rive-de-Gier qui ont fêté l’été dernier leurs soixante ans de mariage. A cette occasion leurs enfants les ont motivés pour qu’ils racontent leurs vies, emplies de combats politiques et syndicaux, mais aussi de beaucoup d’amours pour les autres. Ils ont offerts leur récit à tous les membres de la famille, sous forme d’un bel ouvrage édité à 35 exemplaires en guise de cadeau de Noël. Ce travail nous a pris six mois de rencontres régulières, au cours desquelles j’ai partagé l’émotion qui remontait de leur passé, j’ai vu couler des larmes à l’évocation de certains drames familiaux, j’ai lu dans leurs yeux le sentiment de fierté d’avoir bataillé toute leur vie pour les autres et de conserver la même énergie, encore maintenant. Ils m’ont fait confiance en me livrant beaucoup de secrets inavoués et cela m’a assurément enrichi sur le plan humain. Depuis, J’ai eu la réaction des uns et des autres sur cette œuvre, j’ai compris qu’elle aller aider à cimenter un peu plus cette famille. J’en suis très heureux pour eux.

Entretemps, j’ai commencé un autre ouvrage dans un tout autre genre : raconter la vie d’un champion cycliste de notre région : Cyril Dessel. C’est un des meilleurs coureurs professionnels français actuel,  porteur notamment du maillot jaune dans le Tour de France 2006, vainqueur d’étape de montagne dans le Critérium du Dauphiné 2008 et dans le Tour de France 2008. C’est un garçon adorable, d’une grande simplicité, d’une intelligence très vive et l’un des chantres du combat contre le dopage. Il résume bien à lui seul la formule : « un esprit sain dans un corps sain ! ». L’ouvrage se veut pédagogique, à la fois pour tenter de changer l’image de ce sport auprès du grand public et rassurer les parents des jeunes qui veulent s’orienter vers le vélo. Mon ami Bernard Thévenet a accepté d’en écrire la préface. L’ouvrage devrait sortir en novembre prochain, à l’occasion de l’assemblée générale annuelle du plus grand club cycliste stéphanois, l’ECSEL, qui vient de remporter un label d’excellence national pour la formation des jeunes.

Et en plus, cela va vous plaire à Regards du Pilat, il a fait ses premières armes dans le club de Pélussin et ses terrains d’entrainement favoris se trouvent bien sûr le long des routes vallonnées du Pilat. Détail amusant, il s’avère que ses parcours de prédilection dans le Pilat sont exactement ceux que je décrivais dans un article paru dans les Regards du Pilat à l’automne 2007 !

Par ailleurs, je finalise actuellement avec la municipalité stéphanoise, un accord pour écrire un ouvrage sur les centenaires de cette ville. Il pourrait s’appeler : « je suis Stéphanois, j’ai 100 ans, je voudrais vous raconter ma ville ! ». Mon intention est de rencontrer plusieurs centenaires, de les faire se raconter, de leur demander de me faire part de la vision qu’ils ont de leur ville et de son évolution au fil du temps. J’espère bien trouver dans leur récit la trace de Gilbert-Antoine Peycelon !
Ce projet présente un intérêt général pour nous tous qui aimons cette ville et un intérêt particulier pour ceux qui sont en charge de bâtir une politique pour son avenir. C’est la raison pour laquelle il m’a paru naturel de prendre langue avec les élus de la ville et percevoir leur intérêt pour un tel projet, qui touche à la fois à la Culture, au Patrimoine, au cadre de vie, à l’action en faveur des  personnes âgées.



Regards du Pilat :  A quand le prochain roman d’Adonis Lejumeau, et sur quel thème ?



Adonis Lejumeau : Et bien justement le prochain roman d’Adonis est la suite de l’Incroyable découverte du Graal en Forez, comme je l’ai indiqué plus haut.

Il devait s’appeler :

 « la pierre philosophale était tout simplement ici ! ou le secret des Templiers enfin découvert ? ». Encore une occasion de poursuivre la quête de sens dans cette époque déboussolée que nous connaissons. Le héros La Gazette continuera à nous montrer la voie, à Alain en particulier et de retour de Terre Sainte nous fera découvrir un fabuleux  secret. C’est du lourd, croyez moi, moi-même je n’en suis pas encore revenu. En plus, le véritable La Gazette a accepté de poser pour les futurs lecteurs et trônera en vedette sur la couverture du livre. Je l’en remercie sincèrement du fond du cœur. Dans cet ouvrage, coïncidence troublante, l’occasion nous sera donné également de croiser Guillaume de Roussillon, désormais omniprésent en terre pilatoise et au cœur de belles empoignades intellectuelles, que je suis de très près avec délectation sur les Regards du Pilat.

Le livre aurait du sortir à l’occasion de la prochaine Fête du Livre de Saint-Etienne en octobre 2009, mais je vais sans doute privilégier l’ouvrage de Cyril Dessel.
Ce sera donc plutôt pour les Fêtes de fin d’année 2009.

Au sujet de la prochaine Fête du Livre de Saint-Etienne, j’en profite pour faire une petite digression. Il s’avère que la capitale libanaise Beyrouth a été désignée par l’UNESCO pour être la capitale mondiale du livre en 2009. Amoureux du Liban, je milite actuellement dans une association franco-libanaise  et  j’ai proposé à la municipalité stéphanoise de placer cette Fête du Livre 2009 sous l’égide du pays du cèdre. Aux dernières nouvelles cela semble assez bien s’engager. En outre, je suis en contact avec l’organisme qui fédère les métiers du livre au Liban. Il pourrait être le partenaire libanais de la manifestation, afin de promouvoir une littérature extrêmement riche en auteurs de qualités, aussi bien en langue français, arabe ou anglaise. Je vous rappelle que le Liban compte un prix Goncourt avec Amin Maalouf,  pour son magnifique roman « le rocher de Tanios ».



Regards du Pilat : Cher Adonis, il nous reste à vous remercier de nous avoir consacré un peu de temps, cela nous a permis de mieux vous connaître et de mieux comprendre votre œuvre.



Adonis Lejumeau : Merci à Regards du Pilat de s’intéresser à mes projets, merci à tous les lecteurs qui m’envoient régulièrement des signes amicaux, je vous souhaite à tous beaucoup de bonheur et de douceur dans vos existences et vive la vie !

Pour me contacter c’est très simple : adonis.lejumeau@orange.fr



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