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Rubrique Pilat et liens Juillet 2017
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Patrick
Berlier
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QUAND LES
PÈLERINS DE COMPOSTELLE TRAVERSAIENT
LE PILAT J'ai publié en 2002 aux
éditions Actes Graphiques
un livre intitulé Avec les pèlerins de Compostelle,
en Lyonnais, Pilat et
Velay. Quinze ans ont passé depuis sa parution. Il est temps
de faire le point
et de reprendre un état des principaux lieux, avec une attention
particulière
sur ceux pour lesquels il est possible d'apporter quelques
éclairages nouveaux.
Et comme le sujet est particulièrement vaste, j'ai fait le choix
de limiter
l'inventaire aux sites religieux : chapelles, églises ou
monastères.
Réservons les sites mégalithiques ou les pierres
mystérieuses, qui étaient
également visités par les pèlerins,
peut-être pour une autre fois. Nos lecteurs
qui seraient désireux d'approfondir ce dossier de quelques
pages, forcément
partiel et résumé par rapport à un livre de 150
pages, pourront se référer à
cet ouvrage. Il est toujours disponible chez tous les bons libraires,
lesquels
se feront un plaisir de se le procurer chez l'éditeur s'ils ne
l'ont pas en
stock. On peut aussi le commander en ligne sur Amazon : https://www.amazon.fr/p%C3%A8lerins-Compostelle-Lyonnais-Pilat-Velay/dp/2910868699 Livre
de Patrick Berlier LES ORIGINES DU
PÈLERINAGE Selon la légende,
véhiculée par les récits
médiévaux, après la crucifixion de Jésus
l'apôtre Jacques le Majeur tenta
d'évangéliser l'Hispanie, mais ne parvint à
convaincre que quelques personnes
qui devinrent ses disciples, et avec qui il revint en Palestine. Mal
lui en
prit, car il arriva au moment où le roi Hérode Agrippa
avait décidé de tuer
quelques chrétiens. Jacques fut arrêté, jugé
à la hâte, condamné à mort et
décapité. Ces faits-là sont rapportés par
les Actes des Apôtres. La
suite relève de la pure légende. Les disciples furent
contraints de
s'embarquer, avec le corps de Jacques, dans un navire sans gouvernail.
Après
une longue navigation hasardeuse, l'embarcation toucha Iria Flavia sur
les
côtes de Galice, à la pointe nord-ouest de l'Espagne. Les
disciples déposèrent
la dépouille de Jacques sur une grande pierre, laquelle se mit
à fondre comme
de la cire pour absorber le corps de l'apôtre et lui servir de
tombeau.
Diverses tribulations attendaient encore les disciples avant qu'ils ne
pussent
trouver des bœufs pour transporter la pierre, et un terrain pour l'y
déposer. Des siècles plus tard,
alors que l'Espagne
débarrassée des Sarrasins retrouvait sa
souveraineté, le tombeau de saint
Jacques fut découvert grâce à des étoiles
qui le soir venu se mettaient à
danser au-dessus du champ où il se trouvait. Ce champ des
étoiles, campus
stellae en latin, devint Compostelle, selon l'une des
étymologies de ce
nom. D'où le nom aussi de « chemin des
étoiles » donné au pèlerinage
de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui a
été initié au Xe siècle par
Gothescalc, évêque du Puy-en-Velay. Il
fut le premier à se rendre sur la tombe de l'apôtre saint
Jacques. Saint
Jacques le Majeur (Cathédrale
Notre-Dame du Puy-en-Velay) Dans les siècles qui
ont suivi le voyage de
l'évêque du Velay, des milliers de pèlerins se sont
élancés chaque année en
direction de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui devint l'un des trois
grands
pèlerinages de la chrétienté, avec Rome et
Jérusalem. Compostelle ne marquait
d'ailleurs pas la fin du voyage, puisque la plupart des pèlerins
poursuivaient
jusqu'au Cap Finistère, à la pointe occidentale de
l'Espagne, qui marquait
aussi selon les croyances de l'époque la fin de la terre. En
allant ainsi au
bout du monde, les pèlerins allaient avant tout au bout
d'eux-mêmes, et leur
pérégrination valait toutes les psychanalyses modernes.
D'autre part, au fil
des jours ils devaient faire leur profit des images fournies par les
églises ou
les chapelles, sans négliger les sites mégalithiques ou
mystérieux, et cet
ensemble d'indices formait un puzzle dont les pièces se
mettaient en place
lentement, les unes après les autres, pour délivrer une
Connaissance
spirituelle, mystique et ineffable. En un mot c'est une transfiguration
qui les
attendait en chemin. Il y avait en France quatre
points de départ du
pèlerinage : le Puy-en-Velay bien sûr, mais aussi
Tours, Vézelay et Arles.
Ces quatre chemins se rejoignaient en un seul une fois les
Pyrénées franchies,
lequel faisait alors route plein ouest, la direction où chaque
soir le soleil
disparaît, ce qui en fait aussi la direction de la mort. Mort
toute symbolique,
suivie d'une renaissance matérialisée par le voyage de
retour, car il fallait
bien revenir. Pour prendre le départ du Puy, les pèlerins
venant de la vallée
du Rhône, de Lyon, de la Bresse, ou de plus loin encore comme la
Suisse ou le
sud de l'Allemagne, suivaient un faisceau de chemins dont l'actuel GR
65, de
Genève au Puy conserve en partie le souvenir. Ces cheminements
franchissaient
le Pilat, et aujourd'hui encore le GR 65 le traverse entre Chavanay et
le
Tracol. Cet avant-goût de la quête constituait un
pèlerinage à lui tout seul. Une
fleur sur le chemin des étoiles pilatois : Chavanay LES ITINÉRAIRES PILATOIS Il convient de parler
« des »
itinéraires, d'abord parce qu'il n'y a jamais eu qu'un seul
sentier, mais des
faisceaux de sentiers, ensuite parce que selon l'origine des
pèlerins la
traversée du Pilat se faisait selon plusieurs axes possibles.
Ceux qui venaient
du nord ne prenaient pas le même chemin que ceux qui venaient de
l'est ou du
sud. Les pèlerins venant de Lyon traversaient les Monts du
Lyonnais par la
vieille route romaine qui suivait au plus près
l'itinéraire de l'aqueduc romain
du Gier. Brignais, Taluyers, la Roussillière, rythmaient les
étapes. C'était
l'itinéraire principal, le plus fréquenté. Pour les pèlerins
originaires des régions à l'est
du Pilat, il leur fallait d'abord traverser le Rhône. Il n'y
avait qu'un seul
pont, à Vienne, et des bacs à traille en divers endroits.
Ceux qui venaient de
régions plus au sud traversaient le Rhône à
Serrières et franchissaient d'abord
les collines du nord du Vivarais avant d'aborder le Pilat par le Pont
de la
Pierre. Tous ces itinéraires se réunissaient alors en un
seul chemin passant
par Saint-Julien-Molin-Molette, Bourg-Argental, Saint-Sauveur-en-Rue et
franchissant le Tracol. Il se dirigeait alors sur Riotord et le Velay,
avant de
se séparer à nouveau en plusieurs voies possibles. Carte des
principaux itinéraires pilatois Parmi les pèlerins
venus de Lyon, certains
choisissaient aussi la facilité offerte par la grande route
Rive-de-Gier –
Saint-Chamond – abbaye de Valbenoîte – Firminy, ensuite direction
le Puy. Ils
empruntaient en réalité une vieille voie romaine, qui
allait de Lyon au Puy.
Elle ne passait pas en bordure du Gier, mais restait prudemment sur les
coteaux
côté nord, et ne descendait dans la vallée que pour
franchir le seuil de
Terrenoire. Lorsque la ville de Saint-Étienne, fondée
vers l'an 1200, commença
à prendre une certaine importance, la route du Puy se
détourna pour la
traverser, et Saint-Étienne capta à son profit le passage
des pèlerins.
Diverses traces existent encore de leur passage, depuis la Grande rue
Saint-Jacques (aujourd'hui rue des Martyrs de Vingré)
jusqu'à la chapelle
Saint-Jacques accolée à la Grand-Église, sans
oublier les innombrables
coquilles ornant les façades des maisons anciennes. CHÂTEAUNEUF
ET SES CHAPELLES Sur la route
de Lyon, au débouché dans la vallée
du Gier, tout près du confluent du Gier et du Bozançon,
et au bord de ce
ruisseau, s'élevait une chapelle toute simple. Sa construction
date
probablement de l’époque où saint Clair et ses moines du
monastère de Grigny
évangélisèrent la vallée du Gier, vers 640.
Saccagée lors du passage des
Sarrasins en 731, elle fut relevée par les moines de l'abbaye de
Savigny. Au
XIIIe siècle la chapelle fut placée sous
l’autorité de tuteurs laïcs
puissants, les Roussillon, qui venaient d'édifier le manoir
voisin de
Châteauneuf. Ceux-ci la reconstruisirent en style gothique. La
chapelle
mesurait alors 6 m sur 8 m, avec une chapelle latérale de 3 m
sur 4 m, à
droite, utilisée comme sacristie. En 1443 elle fut donnée
à l’Église de Lyon,
qui la posséda jusqu’à la Révolution. Puis,
abandonnée par tous, la chapelle
tomba en morceaux. Ses malheurs vinrent surtout du fait que pour faire
passer
les routes très au-dessus du Bozançon, on construisit
successivement deux ponts
de part et d'autre de la chapelle et à quelques mètres
d'elle. Le premier au
nord la dominait de 14 m, le second au sud de 9 m. Les ruines de la
chapelle se
trouvèrent ainsi, de fait, au fond d'un trou traversé par
le ruisseau. En 1903,
pour éviter l'accès aux ruines qui devenaient
dangereuses, ce trou fut comblé
par un remblai, et si le ruisseau passe toujours sous les ponts, les
restes de
la chapelle ont disparu sous le talus. Il n'en reste que le souvenir,
et une
photo des ruines, la seule qui semble avoir été prise.
Suite au découpage
administratif post-révolutionnaire, aujourd'hui le site se
trouve sur la
commune de Saint-Maurice-sur-Dargoire, et dans le département du
Rhône. Ruines
de la chapelle vers 1900 À qui
était dédiée cette chapelle ? Pour
tout le monde, elle était placée sous le vocable de
sainte Madeleine.
Lorsqu'elle disparut, son nom resta et fut donné au quartier.
Mais sainte
Madeleine fut-elle vraiment sa patronne dès l'origine ?
Noël Gardon fait
remarquer, à juste titre, que les chapelles
dédiées à la Madeleine sont
toujours des chapelles perchées, et jamais des chapelles en fond
de vallée. La
raison en est simple : sous ce vocable ont été
christianisés d'anciens
lieux de prière gaulois placés en des sites
élevés. Dans la langue celtique on
les nommait Sen mad land (vieille terre de
prière), et
l'on comprend que, pour conserver à-peu-près la
phonétique de ce nom, de tels
lieux aient été consacrés à sainte
Madeleine. Châteauneuf
– vue générale, chapelle et ruines du château (Carte
postale ancienne) Le plus
curieux est qu'à 500 m de cette chapelle
il en existe une seconde, perchée celle-là : c'est
la chapelle de
Châteauneuf, dédiée à saint Christophe. La
chapelle actuelle a remplacé la
chapelle primitive du château, qui était
à-peu-près au même endroit. Pour Noël
Gardon, les vocables des deux chapelles originelles ont
été échangés par les
Roussillon pour déplacer dans la vallée les
festivités liées au culte de sainte
Madeleine. Ainsi c'est bien la chapelle de la vallée qui aurait
été
primitivement consacrée à saint Christophe, et la
chapelle perchée à sainte
Madeleine. On en trouve d'ailleurs une confirmation par un vitrail dans
cette
chapelle de Châteauneuf, représentant saint Christophe
portant l'Enfant Jésus
sur ses épaules pour lui faire franchir une rivière
encaissée entre deux rives
rocheuses. Or le paysage d'arrière-plan est bien
reconnaissable : c'est
celui de la colline de Châteauneuf, visible par
l'échancrure. La conclusion est
que saint Christophe franchit en réalité le
Bozançon, au niveau de la chapelle
de la vallée, laquelle lui était donc bien
dédiée. Vitrail de la
chapelle de Châteauneuf représentant saint
Christophe Que cette
chapelle ait été consacrée à saint
Christophe, patron des passeurs, rien de plus logique. Juste au-dessus
s’élevait une hostellerie, simple maison forte qui d'ailleurs
existe toujours,
près de l'échangeur autoroutier, malgré ses
transformations au cours des
siècles. Il n’y avait alors pas de ponts. Pour accéder
à Rive-de-Gier par
Combeplaine il fallait commencer par franchir le Bozançon, et
pour monter vers
le Pilat il fallait franchir le Gier. L'hostellerie proposait aussi un
service
de passeurs pour aider les voyageurs dans cette tâche, souvent
difficile en
période de crues. Châteauneuf
constituait donc le premier degré à
franchir par les pèlerins sur la route du Pilat. Aujourd'hui
Châteauneuf est
une commune constituée de plusieurs hameaux ; il y a le
vieux village au
pied de la chapelle, le village neuf autour de la mairie, dans la
vallée du
Couzon, et d'autres hameaux disséminés sur les collines
entre les vallées. Si
on parle de château neuf, c'est que ce castel a dû
remplacer un château
vieux. Une légende voit ce château vieux construit par
un mystérieux
seigneur étranger, fuyant sa terre natale pour expier un crime.
L'histoire
merveilleuse est à rapprocher de celle d'Henri de Léon,
sénéchal de Bretagne,
qui fuyant son Armorique natale aurait trouvé refuge en nos
contrées pour
devenir le premier comte de Forez. Noël Gardon explique qu'il
retourna son
patronyme Léon pour en faire Noël. Or Noël fait
référence à la fête du même
nom, la Nativité du Christ, laquelle était à
l'origine une fête païenne
célébrant le nouveau soleil, ce qui s'écrit en
latin orsolis, lequel
serait devenu Roussillon. Les deux légendes se
décalquent, s'interpénètrent et
se complètent, tout en se mêlant à celle de la
perdrix qui fut sacrée reine du
Pilat. Il n'est dès lors plus étonnant de voir se tisser
des liens ténus entre
Bretagne et Pilat. La chapelle
de Châteauneuf conservait une statue
en bois représentant sainte Anne avec la Vierge Marie et
l'Enfant Jésus.
Longtemps exposée à la mairie du village, cette œuvre
d'art est aujourd'hui
déposée en lieu sûr. Selon la tradition, sainte
Anne serait représentée sous
les traits de Béatrix de Roussillon, la fondatrice de la
chartreuse de
Sainte-Croix-en-Jarez. Mais il est plus probable que cette statue soit
du XVIe
siècle (selon l'avis de la DRAC), comme les autres statues en
bois des
chapelles de Châteauneuf et Jurieu. Statue de
sainte Anne SUR
L'ANCIENNE PAROISSE DE PAVEZIN L'autre
pôle religieux sur la route du pèlerinage
est en effet la vieille chapelle Sainte-Brigitte du hameau de Jurieu,
sur un
replat dominant la vallée du Couzon. C'est un édifice
rural du début du XIIIe
siècle, en style roman du pays, avec un clocher carré et
massif à baies
géminées, et un auvent en bois protégeant la porte
d'entrée. Elle est de plan
rectangulaire, avec deux chapelles latérales, celle de droite de
style gothique
supporte le clocher. Construite plus de soixante ans avant la fondation
de la
chartreuse de Sainte-Croix-en-Jarez, cette chapelle était alors
une succursale
de la paroisse de Pavezin. Le cimetière qui l'entourait
témoigne que le hameau
de Giureu devenu Jurieu devait être le centre religieux d'une
population conséquente
mais éloignée de la paroisse mère de Pavezin. Ce
lieu d'inhumation pourrait
peut-être expliquer l'origine de l'appellation
« chapelle des fous »
donnée par les anciens à la chapelle de Jurieu. En effet
en vieux français
« fou » se disait « fol »,
mais le mot « fou »
existait aussi et signifiait « feu » dans le sens
de
« décédé ». Dans cette
hypothèse, la chapelle des fous serait donc
tout simplement la chapelle des morts. Mais naturellement, une
tradition
légendaire se charge d'expliquer que les malades mentaux
venaient se faire
désenvoûter à la chapelle de Jurieu. On peut y voir
en particulier une statue
naïve de saint Étienne, en bois polychrome, avec une
couronne de pierres sur la
tête. Il est vrai qu'il présente un air béat et
pour tout dire un peu benêt.
Une statue bien semblable ornait aussi la chapelle de Châteauneuf. Chapelle de
Jurieu et statue de saint Étienne La chapelle
de Jurieu est donc consacrée à sainte
Brigitte, non pas la reine de Suède qui n'était pas
encore née lors de sa construction,
mais plutôt l'abbesse fondatrice, au Ve siècle,
du monastère de
Kildare en Irlande. Cela dit, les deux saintes sont tellement
semblables dans
leurs représentations, que l'on se demande si la Suédoise
n'est pas l'avatar de
l'Irlandaise, tout comme l'Irlandaise est elle-même la
christianisation de la
déesse celte Brigit, la Minerve gauloise. On trouve dans la
chapelle pas moins
de quatre représentations de sainte Brigitte : deux statues
et deux
tableaux. La statue la plus ancienne est en bois polychrome, elle se
trouve
dans l'abside à gauche du maître-autel. On déplore
son piteux état et ses mains
coupées. L'autre statue est dans la chapelle latérale de
droite ; elle
paraît être en plâtre, et sûrement plus
récente. Sainte Brigitte porte dans la
main gauche la maquette d'une église, rappelant sa fondation. Le
tableau
principal est derrière le maître autel ; il est
hélas trop abîmé pour
laisser voir quoi que ce soit. Le second tableau est également
placé dans la
chapelle latérale. Il est sans doute plus récent. Il
représente la sainte
abbesse, tenant un livre, avec le clocher d'une église en
arrière-plan. Le
monastère de Kildare fondé par sainte Brigitte
était à l'origine un sanctuaire
druidique, où vivaient des femmes semblables aux vestales
romaines. Trois
représentations de sainte Brigitte dans la chapelle
de Jurieu Statue en bois polychrome – statue en
plâtre – tableau Au terme de
leur première étape pilatoise, les
pèlerins arrivaient sur le site de Sainte-Croix-en-Jarez. Les
premiers d'entre
eux passèrent sans doute par là avant même que la
chartreuse ne fût fondée. À
ce carrefour de voies antiques s'élevait alors une forteresse,
un
« caravansérail » selon le mot de Georges
Pétillon. Les Chartreux
conservèrent cet esprit d'hospitalité. La chapelle du
château devint, dans un
premier temps, l'église conventuelle de la chartreuse. Puis les
Chartreux
construisirent leur propre église, à côté,
c'est le bâtiment où aujourd'hui on
peut voir les peintures murales du XIVe siècle. La
chapelle
primitive, la « chapelle antique » comme la
nommait Thibaud de
Vassalieu, servit de sacristie. Elle était encore visible sur
cette
lithographie publiée en 1842, montrant ce coin du petit
cloître tel qu'il était
avant la l'édification du nouveau clocher, construit cette
année-là. En
haut : la célèbre lithographie publiée en 1842 Au matin du
deuxième jour, les pèlerins
empruntaient la vieille voie romaine montant au village de Pavezin,
puis au col
du même nom. On ne sait pas très bien à quoi
pouvait ressembler Pavezin au
Moyen-Âge. L'église actuelle date du XVIIe
siècle pour ses parties
les plus anciennes, mais on sait qu'elle a remplacé une
église primitive qui
existait déjà au XIe siècle. La
paroisse est depuis toujours
consacrée à saint Clair, l'évangélisateur
de la vallée du Gier. Au col, les
pèlerins tournaient à droite pour rejoindre par le
château de Bélize l'autre
voie romaine, celle passant par la Croix de Montvieux. Cette route les
emmenait
directement à Pélussin. DANS LE
PÉLUSSINOIS Dans cette
bourgade, le principal objet de culte
était la chapelle souterraine Notre-Dame de Soubs-Terre, avec sa
statue
miraculeuse de la Vierge noire. Cette chapelle devrait ses origines aux
chrétiens fuyant les persécutions de Lyon en 177 :
ils l'auraient creusée
pour y placer une statue de la Vierge qu'ils vénéraient.
La chapelle serait
devenue la crypte de la première église Notre-Dame
construite vers le IXe
siècle, crypte préservée par l'église
actuelle. C'est vers la statue de la
Vierge noire que s'élevaient les prières pour les enfants
morts-nés, afin de
les ramener à la vie durant quelques secondes, le temps de les
baptiser, selon
un culte ancestral qui semble avoir été pratiqué
primitivement à Saint-Sabin,
et aurait ensuite été déplacé dans la
plaine. Statue de
Notre-Dame de Soubs-Terre La chapelle
Saint-Sabin constituait le pôle
religieux suivant sur la route des pèlerins. Pour l'atteindre,
ils avaient le
choix entre plusieurs cheminements. Soit monter directement vers les
Trois
Dents par Champailler, Battant-Froid, le Purgatoire, soit faire le tour
par
Roisey, Véranne, Cubusson. Sur le premier chemin se trouvait la
fameuse maison
de Champailler et son petit bas-relief de la crucifixion placé
à côté de la
fenêtre principale du premier étage, en façade
côté rue. La maison et son
pentagramme ont suscité bien des commentaires, il faut lire
entre autres
l'étude de Michel Barbot : http://regardsdupilat.free.fr/Pentacle.html Maison de
Champailler et pentagramme de la crucifixion Le second
chemin passait par Roisey, village qui
possédait un prieuré, dédié à saint
Pancrace. Fondé aux alentours de l'an
mille, il dépendait de l'abbaye Saint-André-le-Bas
à Vienne. L'ancien prieuré,
qui aujourd'hui a reçu d'autres affectations, forme un petit
bâtiment carré, à
gauche de l'église actuelle, laquelle date du XIXe
siècle. Elle ne
présente rien de particulier, hormis un clocher en
bâtière (toit à deux pans),
l'un des deux seuls clochers de ce type du Pilat. On remarque aussi le
levier
du loquet permettant l'ouverture de la porte d'entrée, en forme
de coquille
Saint-Jacques. Roisey,
l'ancien prieuré et l'église – loquet de la porte
de l'église De Roisey, le
chemin se poursuivait jusqu'à
Véranne, paroisse qui existait déjà un peu avant
l'an mille. En 1055 elle
appartenait à parts égales aux deux grandes abbayes de
Vienne, Saint-Pierre et
Saint-André-le-Bas. L’abbé de Saint-Pierre interdit
formellement à ses
successeurs de revendre cette part de leur abbaye, sous peine
d’être condamné
aux pires tourments de l’enfer infligés par le Diable en
personne. L’église
dédiée primitivement à saint Maurice fut plusieurs
fois remaniée au cours des
siècles, avant d’être totalement reprise au XIXe
siècle et consacrée
à la Vierge Marie et à saint Laurent. C’est de cette
époque que datent les
vitraux remarquables, dus au talent de Mauvernay, sur lesquels les
Regards du
Pilat se sont déjà longuement arrêtés dans
le passé : http://regardsdupilat.free.fr/veranne.html Véranne
offrait plusieurs possibilités
d'hébergement. Entre autres la maison forte des Camiers,
anciennement nommée le
Mas du Pèlerin, où l'on peut encore voir, en haut du
grand escalier extérieur,
ce qui semble être un ancien bénitier, reconverti en
vasque éclairante, en
forme de coquille Saint-Jacques. Maison des
Camiers – ancien bénitier SAINT-SABIN Quel que soit
le chemin suivi, les pèlerins
arrivaient donc sur la colline de Saint-Sabin. Le site fut
occupé à toutes les
époques, et les religions successives en ont fait un sanctuaire.
Il y eut sans
doute un sage ermite, peut-être un druide, qui vécut
là en étant vénéré au
point d’être sanctifié par tradition populaire pour
devenir saint Sabin. Très
tôt donc une chapelle rurale s’éleva au sommet de la
colline, dès le IVe
siècle selon la tradition populaire. Son existence n’est connue
avec certitude
que depuis les premières traces écrites, laissées
à son sujet en 1359. Le comte
de Forez se disputait au sujet de cet oratoire avec le seigneur
Gaudémard de la
Barge. Son emplacement n’était pas celui de la chapelle
actuelle, mais quelques
mètres plus à l’ouest. Il est toujours marqué sur
le terrain par un léger
talus, où se trouvent encore enchâssées quelques
pierres, dessinant un
rectangle. Cette chapelle primitive était beaucoup plus petite
que la chapelle
actuelle. Saint-Sabin
un jour de pèlerinage Très
tôt des pèlerinages se mirent à attirer les foules
en ce lieu. Le saint Sabin
du Pilat étant toujours accompagné de ses bœufs, on en
fit donc un protecteur
des bestiaux. Les pèlerinages avaient lieu principalement pour
le lundi de
Pentecôte. Selon la tradition, les pèlerins cueillaient
une petite plante
poussant abondamment en ces lieux, l’alchémille des Alpes, une
rosacée à qui
l’on prête différents pouvoirs. Elle doit son nom au fait
qu’elle était
utilisée par les alchimistes, en raison de sa
propriété de retenir les gouttes
de rosée, nécessaire à l’élaboration du
Grand Œuvre. Le bouquet d’alchémille
pieusement cueilli, béni par le prêtre, était
suspendu dans l’étable qu’il
protégeait pendant un an, à la fois des maladies et de la
foudre. Un bouquet d'alchémille La
chapelle primitive, devenue sans doute trop petite, fut
remplacée par l'édifice
actuel en 1683. De cette époque datent donc les décors de
la chapelle, en
particulier les statues naïves placées dans des niches de
part et d'autre de
l'autel. Celle de gauche représente saint Sabin,
évêque d'Assise au IIIe
siècle, martyrisé en 303. Il est bien évident que
ce saint italien n’est jamais
venu dans le Pilat, et qu’il n’est nullement connu pour un culte
lié à la
protection du bétail. Il a bien fallu que l’Église
rattache notre Sabin local à
un saint « officiel ». Cette statue est en
réalité celle du saint
Sabin du Pilat. Certes il est représenté sous l’aspect
d’un évêque, mais on
voit clairement que son manteau a été repeint aux
couleurs d'un manteau
d'évêque, et surtout que sa mitre a été
rajoutée, on distingue nettement les
deux clous qui la fixent sur sa tête. Il faut imaginer Sabin tel
qu’il était
autrefois : un druide peut-être, pas un évêque.
La statue de droite est
celle d’une femme en qui la tradition voit sainte Sabine, laquelle
n’était
évidemment pas la sœur de Sabin. Seule l’homonymie rapproche les
deux saints,
et l’origine italienne aussi. Sainte Sabine était une martyre
romaine du IIe
siècle. Les deux statues de la
chapelle Saint-Sabin Une fois
leurs dévotions accomplies, les pèlerins
n'avaient plus qu'à quitter la colline par un vieux chemin, un
peu oublié
aujourd'hui, qui les conduisait au hameau de Buet, et de là
directement à
Colombier. DE COLOMBIER
À SAINT-JULIEN Il y eut un
prieuré jadis à Colombier ;
c'était un petit établissement tenu par quelques
religieux, sans doute guère
plus de deux. Connu dès 1242, il dépendait du
prieuré autrement plus important
de Saint-Sauveur-en-Rue. L'église du village,
dédiée à saint Pierre, est un
édifice néoroman tout simple du XIXe
siècle. Il a remplacé une
chapelle déjà connue au XVe siècle. Église
de Colombier – tiare et clés de saint Pierre sur la
porte Saint Pierre
fut l'un des premiers apôtres du
Christ. Il se nommait primitivement Simon, mais Jésus changea
son nom en
Pierre, Képhas en araméen, qui signifie plutôt
« roc » en réalité. L'Évangile
selon saint Mathieu donne à Pierre le nom primitif de
Simon-bar-Iona, ce
qui veut dire Simon fils de la Colombe. Il avait donc naturellement sa
place à
Colombier. Mais ce nom doit-il vraiment son origine à un
colombier et à ses
colombes ? Pour Noël Gardon, Colombier tire son nom de Kolonnem,
qui signifie « colonne », et de Bev, qui
signifie
« vivant ». Ce serait donc la
« colonne de vie », et
colonne de pierre, évidemment. On pense inévitablement au
menhir du Flat, haute
colonne de pierre brute, à l'écart du village, où
les pèlerins ne manquaient
pas d'aller se ressourcer puisque leur route passait par là.
Cette « voie
du Flat » n'est pas sans rappeler Iria Flavia, la Fla Via ou
voie du Fla
en admettant ce jeu de mots, où fut débarqué le
corps de saint Jacques. Se ressourcer
au menhir du Flat En suivant la vallée du
Ternay, les pèlerins
arrivaient à Saint-Julien-Molin-Molette, bourgade qui doit son
nom aux moulins
et aux carrières de molettes ou pierres à aiguiser,
Saint-Julien étant le nom
de la paroisse. L'église Saint-Julien est un édifice
modeste, remanié maintes
fois au cours du temps. Difficile d’en déterminer
l’époque d’origine. On sait
qu'elle était citée dès 1090 dans le Cartulaire du
Prieuré de
Saint-Sauveur-en-Rue. En 1596 Marguerite de Gaste,
héritière des Gaste
seigneurs de Lupé, fit don d’une tour pour servir de clocher. Le
clocher
actuel, bâti sur la tour de Marguerite, n’a été
achevé qu’en 1683. Les
boiseries du chœur proviennent du prieuré de Colombier, mais il
s’agit là de
Colombier-le-Cardinal, en Ardèche proche. Les vitraux quant
à eux datent du XIXe
siècle, ils sortent comme ceux de Véranne de l’atelier
Mauvernay, un artisan
verrier réputé. L'église
de Saint-Julien-Molin-Molette Saint Julien un saint purement
régional, un
martyr fuyant Vienne, au temps des persécutions, qui
arrivé à Brioude se livra
lui-même au bourreau. Son culte s’étend essentiellement
entre vallée du Rhône
et Auvergne. Il y a aussi un saint Julien légendaire, patron des
voyageurs et des
pèlerins, lesquels ne manquaient pas puisqu'à partir de
ce village les
différentes routes du pèlerinage de Compostelle, celle
que nous venons de
suivre et celles venant de la vallée du Rhône, n'en
formaient désormais plus
qu'une. Disons quelques mots,
précisément, sur ces
chemins secondaires avant de reprendre l'itinéraire unique vers
l'ouest. Depuis
Chavanay, le chemin correspond globalement à l'actuel GR 65. Il
passe par la
Ribaudy, Bessey, Goëly, et rejoint la première route
à Véranne. Depuis Saint-Pierre-de-Bœuf,
les pèlerins pouvaient prendre la grande route romaine reliant
les vallées du
Rhône et de la Loire ; ils rejoignaient Saint-Julien par
Malleval, Lupé et
Maclas. Enfin depuis Serrières, un chemin presque rectiligne
rejoignait la voie
précédente près de Maclas au lieu-dit les
Jacquards, réminiscence peut-être du
passage des pèlerins de Saint-Jacques. Désormais les
pèlerins suivaient la grande route
romaine. Après avoir franchi le col du Banchet, ils descendaient
vers la vallée
de la Déôme et le pays bourguisan. Puis ils poursuivraient
sur la même voie
jusqu'à atteindre la Loire aux abords du Puy-en-Velay. Mais pour
l'heure
intéressons-nous à Bourg-Argental, et
particulièrement à son église. DE BOURG-ARGENTAL AU TRACOL Dans cette grosse bourgade du
Pilat méridional,
commençait l'enseignement dispensé par l'art roman, qui
désormais allait
accompagner les pèlerins jusqu'à leur destination. J'ai
déjà eu l'occasion, sur
le site des Regards du Pilat, d'exposer en détails tout le
symbolisme du
portail roman de l'église de Bourg-Argental : http://regardsdupilat.free.fr/BourgArgental.html Il est donc inutile de le
reprendre dans son
ensemble, mais il convient d'insister quand même sur ce qui
concerne
directement, dans son ornementation, saint Jacques et le
pèlerinage. Le
portail roman de Bourg-Argental (XIIe siècle) La colonne
à gauche de la porte est consacrée aux deux saints
Jacques.
Le chapiteau reproduit
sur trois faces les trois scènes de
l’arrestation, du jugement, et de l’exécution de saint Jacques
le Majeur. La
face gauche représente l’arrestation de Jacques par un
personnage qui lui
attache les mains à l’aide d’une longue corde. Le roi
Hérode sur son trône,
brandissant son sceptre, sépare cette scène de la
suivante, où l’on voit le
bourreau agrippant Jacques par les cheveux, de la main gauche, et
brandissant
son glaive de la main droite, s’apprêtant à le
décapiter. Le texte
biblique narrant la mort de saint
Jacques le Majeur est très succinct. Le sculpteur s’est donc
inspiré, pour
illustrer le chapiteau, des textes médiévaux racontant
les vies des saints.
Selon la légende, saint Jacques fut arrêté,
ligoté, et amené prisonnier à
Hérode par un scribe nommé Josias. Celui-ci
obéissait aux ordres mais il
demanda à Jacques de lui pardonner. L'artiste a utilisé
une étonnante subtilité
pour l’évoquer : la corde servant à lier les mains
de Jacques tombe à la
verticale, puis se courbe et repart à l’horizontale, surlignant
le niveau des genoux
du scribe Josias. Dans l’art roman, un tel détail a toujours un
sens caché, en
l’occurrence il signifie que Josias se met symboliquement à
genoux pour
implorer le pardon, et Jacques le lui accorde par un discret signe de
la main.
Dans la scène suivante montrant la mort de saint Jacques, on
observe que le
bourreau utilise une épée à double tranchant,
même si ce détail n'est plus
guère visible aujourd'hui après la dernière
restauration. Dans l'art roman, qui
s'inspire en l’occurrence de la mythologie celtique, une telle
épée tue et
ressuscite tout à la fois. C’est donc une mort toute symbolique,
qui précède
une seconde naissance, un nouvel éveil, selon un cycle que l’art
chrétien a
souvent représenté. Les
scènes du chapiteau de saint Jacques :
arrestation, jugement, exécution La statue
située sur la colonne sous ce chapiteau
constitue la suite de cet enseignement. On
y voit un personnage habillé et aux pieds nus. Il tient
contre lui un
phylactère (ruban porteur d’inscriptions) sur lequel on peut
déchiffrer une
phrase latine dont plusieurs mots sont écrits en
abrégé. En voici la
transcription : INFIR La suite est
partiellement ou totalement effacée,
mais la partie visible permet de reconnaître un verset de la
Bible en
latin : Infirmatur quis in vobis inducat presbyteros
ecclesiæ...
C'est un extrait de l’Épître de Jacques, dont
voici la
traduction : « L’un
de vous est-il malade ? Qu’il
appelle les anciens de l’Église... », et la suite
est : « et qu’ils prient sur lui en
l’oignant d’huile au nom du Seigneur »
(Jacques, 5, 14). Statue de
saint Jacques le Mineur et détail du phylactère L’onction des
malades et des blessés était jadis
une pratique très courante. Ce texte semble s’adresser aux
pèlerins de
Compostelle qui transitaient par Bourg-Argental, et le personnage
paraît donc
être saint Jacques le Mineur, l’auteur de l’épître
d'où est extrait le texte du
phylactère. Saint Jacques est représenté
vêtu mais les pieds nus. Dans l’art
roman, cela signifie que ce personnage vit en harmonie avec la terre.
Saint
Jacques tient le phylactère de la main gauche, la main de la
Connaissance ; il avance le pied gauche, ce qui dans l’art roman
est un
symbole d’intériorisation. Pour ceux qui ont réussi
à décrypter tous les symboles,
ce message devient clair : « vous avez su vous
dépouiller de vos écorces
pour entrevoir la lumière de Dieu, et vous savez qu’une nouvelle
vie vous est
offerte, maintenant cette connaissance doit rester en vous ».
Ceux qui savent
lire peuvent également remarquer que l’index droit de saint
Jacques semble
désigner les deux mots IN VOBIS, qui pris isolément
signifient simplement
« en vous ». Pour
atteindre le col du Tracol, les pèlerins
avaient sans doute le choix entre plusieurs chemins. La grande voie
romaine dite
route du sel ne suivait probablement pas le fond de vallée, mais
devait passer
à flanc de coteau, on ne sait pas très bien où,
peut-être par un itinéraire
récupéré par la voie du chemin de fer. C'est en
tout cas le choix du GR 65 que
de suivre l'ancienne voie ferrée. Il est également
possible de monter par
Montchal jusqu'au Grand Togny d'où un chemin conduit directement
au Tracol. Le
prieuré de Saint-Sauveur-en-Rue constituait
l'étape principale sur la grande route. J'ai conté son
histoire sur le site des
Regards du Pilat : http://regardsdupilat.free.fr/saintsauveurenrue.html L'église
abbatiale du XIe siècle était
de style roman. Ses chapiteaux constituaient la suite de l'enseignement
commencé à Bourg-Argental. Cette église, devenue
paroissiale après la
disparition des moines à la révolution, a
été remplacée par un édifice plus
grand au début du XXe siècle. Les principaux
chapiteaux ont
heureusement été préservés dans un petit
dépôt lapidaire. L'un d'eux représente
des têtes humaines crachant des serpents qui s'entrelacent et
viennent leur
lécher les oreilles de leurs langues fourchues. C'est un rappel
de la
mythologie grecque : l'histoire de Tirésias, qui
après s'être fait nettoyer
les oreilles par des serpents comprenait la Langue des Oiseaux. Chapiteau aux
têtes d'hommes crachant des serpents Il y avait
déjà des serpents parmi les décors du
portail roman de Bourg-Argental, remontant le long des jambes et des
bras d'une
femme nue. Dans la Tradition, le serpent doit se métamorphoser
pour retrouver
sa dignité après avoir conduit Adam et Ève au
péché originel. Le pèlerin doit
suivre son exemple tout en « serpentant » sur son
chemin. Aux portes
du Puy, l'église de Saint-Étienne-Lardeyrol montre sur un
chapiteau des têtes
humaines crachant des oiseaux qui se retournent pour leur becqueter les
oreilles. C'est l'étape ultime de la métamorphose du
serpent, et c'est l'avenir
promis au pèlerin. |