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"C’est
l’aube, il fait froid, lentement la massive porte du château de
Montségur s’entrouvre. Une silhouette se glisse dehors, puis
deux, puis trois... jusqu’à deux cents. Pas un bruit, le
silence, comme le brouillard, s’est abattu sur la montagne. Ils
prennent le chemin de la descente, qu’ils connaissent bien. Eux ils
sont ailleurs, dans des sphères que ceux qui les attendent ne
connaissent pas.
Au pied de la montagne, des moines, des hommes d’armes les regardent. Eux-mêmes ne savent pas toujours ce qu’il faut penser de cet instant. Les moines questionnent, écrivent, se concertent. Les soldats d’un côté, les hommes en noir de l’autre, ils sont triés. On mène la longue file jusque dans un champ clos entouré de pieux et rempli de fagots. Soudain une torchère enflamme le bois, les gens se pressent les uns contre les autres comme pour mieux vivre ces ultimes secondes. Quelques cris, une atroce odeur de chair brûlée, c’est fini. Avec ce gigantesque bûcher, qui s’étendra à toute l’Occitanie, disparaissent non seulement des hommes et des femmes, innocentes victimes de l’intolérance, mais aussi une culture et une foi qui ne survivra pas à la croisade. Ceux qui ont allumé ce bûcher vont y jeter aussi des livres, des rites, une foi et l’âme de tout un pays. Ils vont systématiquement éliminer tout ce qui pourrait provoquer la survie de cette pensée étrange qui était née il y a peut-être deux mille ans. Tout éliminer ? Pas si sûr. Par ci, par là quelques flammèches vont jaillir, et redonner un instant de force à cette foi. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Cette foi qui les a fait vivre et mourir est-elle venue d’ailleurs, ou bien est-elle née dans le sud de la France relevant ainsi d’une tradition locale très ancienne ? Quelques mots. Amiel Aicart, Hugo, et Poitevin se cachent dans une cave du château et se glissent le long de la falaise pendant le bûcher pour sauver “le trésor”, mais pas un trésor clinquant, un trésor spirituel, essentiel. Un autre mot : “le Graal” ! Un autre mot encore : Marie Madeleine était la concubine de Jésus Christ ! Et un autre mot enfin : un Evangile de Jean inconnu, l’évangile le plus “gnostique” de tous. Quelques
faits. Ces “bonshommes” étaient pauvres, travailleurs et
vivaient leur foi dans une intégrité totale, ils
parlaient d’un Dieu “esprit” et reniaient la matière. Le message
est petit, ténu, mais d’une force telle que sept siècles
après eux des hommes se revendiquent de leur foi,
qu’apparaissent des “églises gnostiques”, que les lieux sur
lesquels ils ont
vécu sont envahis de visiteurs, et que la région de leur
supplice est appelée “Pays Cathare”. DANIEL DUGÈS
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